Interview de Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, à TF1 le 19 mai 2026, sur les répercussions économiques du conflit au Moyen-Orient et la loi d'urgence agricole.

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Média : TF1

Texte intégral

ADRIEN GINDRE
Bonjour Annie GENEVARD,

ANNIE GENEVARD
Bonjour Adrien GINDRE,

ADRIEN GINDRE
La loi d'urgence agricole arrive aujourd'hui à l'Assemblée. On va en parler en détail dans un instant. D'abord un petit mot des carburants puisque le Premier ministre doit faire de nouvelles annonces jeudi. Pour les agriculteurs, il y a déjà des aides. Ce sera le maintien des aides existantes ?

ANNIE GENEVARD
Il appartient au Premier ministre de donner ces informations.

ADRIEN GINDRE
Mais des fois, nous donner un indice.

ANNIE GENEVARD
Mais oui, je pense que selon toute vraisemblance, les aides apportées aux gros rouleurs à certaines catégories professionnelles ne cesseront pas du jour au lendemain.

ADRIEN GINDRE
Vous savez combien, d'ores et déjà, on a engagé pour les agriculteurs, par exemple, depuis le début de la crise ?

ANNIE GENEVARD
Oui, on le sait précisément. Près de 90 millions ont déjà été engagés suite à la crise, à la fois pour les céréaliers, pour répondre au renchérissement des engrais et puis également pour alléger la facture du carburant agricole, ce qu'on appelle le GNR.

ADRIEN GINDRE
Le gazole non routier.

ANNIE GENEVARD
C'est ça.

ADRIEN GINDRE
Effectivement, il y a, avec le blocage du détroit d'Ormuz, les conséquences sur le prix des carburants qu'on voit, y compris nous, à la pompe tous les jours. Mais effectivement, sur les engrais, là, cas très spécifique. Aujourd'hui, devant le Parlement européen, les agriculteurs, notamment comme la FNSEA, d'autres syndicats européens, appellent à manifester. Est-ce qu'il y aura une réponse française supplémentaire ou est-ce que vous considérez que c'est à la Commission européenne de leur répondre ?

ANNIE GENEVARD
Je crois que la situation est tellement grave concernant les engrais qu'il faut à la fois une intervention de l'Union européenne, mais aussi des États probablement. En tout cas, en France, moi, je réunis une cellule de crise qui suit au plus près la question des stocks, des disponibilités, des besoins. Et puis, il faut une réponse multiple. D'abord, privilégier les cultures qui nécessitent moins d'engrais. Ça veut dire qu'on travaille sur ce qu'on appelle les assolements avec les agriculteurs. C'est aussi l'agriculture de précision, où mettre de l'engrais, là, moins en mettre ici. C'est multiplier les approvisionnements, c'est utiliser les engrais organiques, c'est-à-dire les effluents d'élevage, par exemple, ou les digestats de méthanisation qui peuvent être étendus pour être moins dépendants des engrais à l'international. Et puis, il faut que la France s'arme industriellement pour produire des engrais. On importe, on est le plus gros importateur européen d'engrais. On n'en produit pas. Et l'Union européenne, de façon générale, est dépendante des engrais. Et il y a beaucoup d'engrais qui passent par le détroit d'Ormuz, beaucoup de composants des engrais. Il y a le gaz qui constitue une part importante et qui, évidemment, coûte beaucoup plus cher. Donc, il y a une situation qui est très périlleuse parce que l'engrais est au sol, ce que le carburant est à la voiture. L'engrais permet d'avoir des cultures abondantes et de qualité, différemment selon les productions, mais il nous faut des engrais. Il y a aussi l'engrais naturel. Par exemple, certaines cultures enrichissent le sol plus naturellement. Donc, les solutions sont multiples.

ADRIEN GINDRE
Et de moyen terme, on le comprend, tout ne se fera pas en un instant. Je le disais donc aujourd'hui à l'Assemblée, une loi d'urgence agricole. Hier, à votre place, Marc FESNEAU, qui est aujourd'hui le président des députés MODEM, ancien ministre de l'Agriculture, s'étonnait d'un chiffre. Je le cite, il dit : " Nous en sommes au 4e texte agricole en quelques mois, à peine. Pour les précédents textes agricoles, on est à moins de 30% de décrets d'application. On vote des lois qui ne sont pas appliquées. " Qu'est-ce que vous lui répondez ?

ANNIE GENEVARD
Alors, je crois que Marc a été ministre de l'Agriculture. Donc, il doit connaître un peu quand même les choses. Le compteur de l'Assemblée nationale, ce sont les décrets. Dans un texte, il y a…

ADRIEN GINDRE
C'est ce qui fait que la loi est transcrite dans la réalité.

ANNIE GENEVARD
Chaque fois que le mot décret est prononcé, l'Assemblée nationale comptabilise si les décrets sont pris. Mais il y a des mesures d'applications directes. Aujourd'hui, plus de 50% des lois sont appliquées et en juin, on sera à 90%.

ADRIEN GINDRE
Mais vous contestez ce chiffre, et c'est honnête.

ANNIE GENEVARD
Ils sont évidemment très partiels et ils ne restituent pas la réalité des choses. Et je crois que Marc le sait. Mais je vais vous donner un exemple. Vous voyez, en un an, on a créé un nouveau diplôme, le bachelor agro. De l'avis de tous les spécialistes, c'est un délai exceptionnel. Il y a des mesures qui doivent se mettre en oeuvre au 1er janvier 2027, c'est ce que dit la loi. Dons, pas d'affolements, les choses sont parfaitement en l'état. Voilà.

ADRIEN GINDRE
Dans le texte tel qu'il arrive aujourd'hui, plusieurs mesures vont faire l'objet de débats assez vifs et ont déjà fait réagir. Hier, nos confrères du Parisien ont consacré une double page à une mesure, la simplification des procédures d'installation pour les grands élevages de volailles, en rappelant cet exemple, une exploitation dans l'Oise qui va, à terme, accueillir plus de 1,2 million poules pondeuses. Je dis bien 1,2 million. Est-ce que c'est un modèle qui est souhaitable ?

ANNIE GENEVARD
D'abord, il y a toutes sortes de modèles qui existent. Il ne faut pas opposer les modèles entre eux. Le chiffre peut paraître considérable. Après, il faut voir les conditions auxquelles les éleveurs français se sont soumis. Aujourd'hui, il n'y a plus d'élevage en cage pour les trois quarts des volailles. On a beaucoup amélioré la question du bien-être animal dans les élevages.

ADRIEN GINDRE
Vous comprenez que sur des questions d'environnement, de voisinage, des mesures de facilitation des très grands élevages puissent inquiéter ?

ANNIE GENEVARD
D'abord, ce type d'élevage n'est pas la norme. Pourquoi, dans ce texte de loi d'urgence agricole, y a-t-il des mesures sur les bâtiments d'élevage ? Parce qu'aujourd'hui, pour agrandir, moderniser ou créer un bâtiment d'élevage, c'est la croix et la bannière. Nous, ce que nous voulons, c'est que ce ne soit pas plus compliqué en France qu'ailleurs. Singulièrement sur la volaille, aujourd'hui, la moitié des volailles que l'on consomme sont élevées dans des élevages immenses, dans des conditions d'élevage beaucoup moins favorables au regard du bien-être animal. Donc, il faut quand même... Il faut quand même voir... Les Français mangent du poulet, des oeufs, seulement c'est produit ailleurs, et dans des conditions infiniment moins vertueuses que celles auxquelles on assujettit nos propres éleveurs.

ADRIEN GINDRE
Sur les conditions de production, certains parlementaires demandent la réintroduction de certains pesticides, comme l'acétamipride, qui sert pour certaines cultures. Le Gouvernement s'y opposera, si ça revient dans la discussion ?

ANNIE GENEVARD
Nous avons été très clairs. Dans ce texte de loi, il n'y aura pas de réintroduction de produits phytosanitaires. Il y a, s'agissant de l'acétamipride, un autre texte de loi, d'initiative parlementaire, une proposition de loi. Il y a deux véhicules législatifs distincts. La loi d'urgence, dont nous commençons l'examen en séance, qui vise à libérer les agriculteurs d'un certain nombre de normes, à les protéger aussi des concurrences déloyales et à produire et donner aux jeunes agriculteurs des sources d'espoir dans les métiers agricoles.

ADRIEN GINDRE
Donc, non pour cette fois mais peut-être plus tard.

ANNIE GENEVARD
Il y a un autre véhicule législatif, celui-là d'initiative parlementaire. Le Gouvernement n'est pas à la manoeuvre, qu'il va vivre sa vie de son côté. Les deux démarches sont différentes et parallèles.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 mai 2026