Texte intégral
LAURE CLOSIER
Notre invité ce matin, c'est Sébastien MARTIN. Bonjour, merci d'être avec nous. Vous êtes ministre délégué chargé de l'industrie. On a bien compris le message de Sébastien LECORNU, hier. Le Premier ministre a martelé que la crise allait durer, qu'il n'y avait pas d'argent magique. Il a aussi expliqué que l'économie française finalement, elle résiste assez bien. Il s'est insurgé contre les prophètes de malheur sur les pâtes plateaux. Mais quand on regarde certains indicateurs économiques, c'est le cas du PMI Flash qui a été publié hier où on voit que l'activité enregistre son plus fort recul depuis cinq ans et demi. Ça, ça fait quand même un peu peur.
SEBASTIEN MARTIN
Que voulez-vous que je vous dise ? Vous l'avez dit. Vous avez tous les jours sur certains plateaux, certains qui vous prédisent le pire. Bon, au bout d'un moment, comme chaque année, ils vous prédisent le pire, peut-être qu'un jour, ça finira par arriver. C'est un peu les cavaliers de l'apocalypse. Donc, ça pèse sur le moral des chefs d'entreprise, forcément. Quand vous avez le climat que vous connaissez en ce moment, est-ce que vous avez envie d'investir ? Est-ce que vous vous dites que demain, ça ira mieux ? Sans doute également un peu moins. Mais moi, ce qui m'intéresse, c'est le réel.
LAURE CLOSIER
Ça se traduit dans la demande pour les entreprises, c'est réel.
SEBASTIEN MARTIN
Dans le réel, aujourd'hui, on a quand même des secteurs économiques qui tiennent. Moi, je vais tous les jours sur le terrain. J'étais dans l'Ain en début de semaine chez RENAULT TRUCKS, qui continue à investir sur l'électrification de ses camions. Le Premier ministre a beaucoup parlé de l'électrification. On était avec SAFRAN, qui a posé la première pierre de son usine. Il y a bien évidemment un moment qui est compliqué, qui est difficile, qui pèse sur le moral. Et le rôle du Gouvernement, c'est, comme l'a fait le Premier ministre, de dire les choses telles qu'elles sont et d'essayer d'y apporter des réponses les plus précises possible pour peut-être rassurer, mais en tout cas donner ce qu'est la réalité de la situation et voir comment on y réagit.
LAURE CLOSIER
Un sujet majeur, notamment pour l'industrie, qui est votre sujet à vous, ce sont un certain nombre de hausses de prix de matières premières, notamment dans la chimie, là où on voit des dérivés pétroliers qui ont énormément augmenté. C'est quoi le niveau d'aide ? Qu'est-ce que vous allez proposer exactement ?
SEBASTIEN MARTIN
Je vais réunir la filière de la chimie la semaine prochaine, parce qu'on a un sujet depuis maintenant un certain nombre de mois qui s'appelle la compensation carbone, c'est-à-dire la possibilité d'accompagner sur l'énergie un certain nombre de secteurs, dont la chimie. Donc, on va travailler sur ce sujet-là, parce que vous l'avez dit, en réalité, aujourd'hui, c'est une hausse des prix, c'est une hausse des coûts des intrants, la question est de voir si elle se répercute à l'aval ou pas, parfois oui, donc si elle se répercute à l'aval, parfois oui, ça veut dire qu'il n'y a pas forcément besoin d'un soutien particulier, mais il y a des fois c'est absolument pas possible, donc c'est là-dessus qu'on va travailler, c'est un besoin parce qu'en plus ce sont des mesures qui existent dans d'autres pays, qui ne sont pas propres à cette crise et qui jouent sur la compétitivité de notre industrie chimique.
LAURE CLOSIER
Mais ça veut dire quoi, vous allez jouer sur la compensation carbone, expliquez-nous ?
SEBASTIEN MARTIN
La compensation carbone c'est un mécanisme qui est ouvert par l'Union Européenne, parce que vous le savez, nous avons fait en Europe le choix de décarboner au maximum nos industries, de décarboner au maximum nos économies, et il y a certaines industries, la chimie en fait partie, qui utilisent toujours du carbone, parce que de toute façon quand vous faites de la chimie, vous avez besoin de gaz, vous avez besoin d'utiliser du CO2, et donc on peut peut-être aider ces secteurs-là, notamment en agissant avec eux sur leur consommation énergétique et le prix de leur énergie, et c'est ce sur quoi on va travailler. Roland LESCURE l'a indiqué hier, il m'a donné mandat pour le faire, et donc nous allons le faire.
LAURE CLOSIER
Donc pour l'instant on réfléchit ?
SEBASTIEN MARTIN
Ce n'est pas qu'on réfléchit, non, c'est un peu plus que réfléchir, mais le sujet doit être évoqué avec les filières la semaine prochaine, on va avancer, et j'espère pouvoir obtenir un arbitrage favorable dans les tout prochains jours.
LAURE CLOSIER
Sur la question des engrais, là on est assez dépendant de l'extérieur, c'était le cas la Russie et puis des pays du Golfe, on a besoin de structurer quasiment une filière en France, parfois il y a des acteurs qui veulent se développer, ils ont des difficultés sur le plan réglementaire et on n'arrive pas à faire des choses, et puis il y a la méthanisation aussi, sur laquelle on peut accélérer, là est-ce qu'il y a une volonté pour faire quelque chose ?
SEBASTIEN MARTIN
Il y a plein de sujets sur les engrais, d'abord, vous l'avez vu, Annie GENEVARD s'est battue au niveau européen, donc, il y a un plan européen sur les engrais avec des soutiens financiers qui arrivent sur les engrais. Moi mon sujet de ministre de l'Industrie, c'est celui de continuer à produire des engrais sur le territoire national. Il y a plusieurs projets qui existent au niveau national, qui consistent à pouvoir produire des engrais et le faire aussi de manière décarbonée, là encore pour moins dépendre des importations qui arrivent de pays extérieurs. Le seul problème, c'est qu'effectivement produire des engrais décarbonés, ça coûte un peu plus cher que de produire des engrais carbonés qu'on fait venir de l'autre bout du monde. Donc, on va travailler pour voir, notamment avec France 2030, comment on peut soutenir ces projets de décarbonation de nos engrais, qui là encore nous inscriront dans une filière beaucoup plus pérenne.
LAURE CLOSIER
Sur les questions de développement industriel, il y a deux sujets dont je voudrais qu'on parle. C'est l'IA d'un côté avec les annonces d'Emmanuel MACRON, mais je voudrais d'abord qu'on parle de carbone. Ce dossier qu'on suit nous sur BFM Business, avec des espoirs de créer une filière dans le photovoltaïque, dans le sud de la France à Fos-sur-Mer. L'entreprise s'est terminée, liquidation, ils mettent en avant le fait de n'avoir eu aucun soutien sur le plan européen. Ils parlent de l'Europe, je ne vous parle pas de soutien financier, ils ont été largement financés d'ailleurs. Qu'est-ce que vous dites de ce dossier-là ?
SEBASTIEN MARTIN
D'abord, il y a un autre projet qui lui continue, dans le Grand Est, qui est le projet Holosolis, qui continue. Sur les panneaux photovoltaïques, on voit bien qu'effectivement il y a un sujet, c'est que finalement, on repart un peu de zéro dans notre pays sur la production de panneaux photovoltaïques. Et en face de nous, il y a un leader mondial qui s'appelle la Chine et qui avait pris une avance considérable. Et face à ça, on pense que quand il y a des projets comme ça en croissance, il faut essayer un peu de les protéger. Et donc, ce qu'a voulu dire l'entreprise, c'est sans doute qu'au niveau européen, on n'a pas suffisamment mis en place de mesures de protection pour que des projets comme ceux-là puissent prendre leur envol. Après, on fera l'analyse globale des raisons qui a mené à l'échec de ce dossier, mais ça peut en être une. C'est sans doute un échec, il faut le reconnaître, puisque le projet ne va pas au bout, mais il y a d'autres projets qui, eux, se poursuivent, notamment l'utilisation de l'hydrogène pour l'industrie, qui vont permettre de décarboner notre industrie.
LAURE CLOSIER
Emmanuel MACRON va annoncer cet après-midi 1,5 milliard d'euros de financement pour les semi-conducteurs et pour l'intelligence artificielle. On a de l'autre côté SpaceX, ANTHROPIC, OpenAI qui vont faire des levées de fonds en bourse qui sont spectaculaires. Il se passe des choses en Europe, mais on voit bien les écarts d'échelle. Est-ce qu'on va réussir vraiment à rester dans la course ?
SEBASTIEN MARTIN
Vous l'avez dit, il se passe des choses en Europe, d'abord parce qu'on a des gens de qualité qui sont capables de développer ça. Rien qu'à l'échelle française, on est plutôt en avance sur les questions d'ordinateurs quantiques, qui sera un sujet aussi de cette rencontre et des annonces du Président de la République. On a des champions comme MISTRAL AI sur l'intelligence artificielle. Nous ne sommes pas, comment dirais-je, absents de tous ces sujets-là. J'entends trop souvent tous ceux qui vous disent que la France n'est pas dans la course. La France est présente sur ces sujets-là. Maintenant, il faut passer à l'échelle européenne parce qu'en face de nous, ce sont des continents. Les États-Unis, la Chine, ce sont des continents. L'Europe, c'est un continent qui est capable de financer de manière beaucoup plus massive ces projets-là et il faut qu'elle le fasse. Il va y avoir des annonces qui vont être faites par la Commission européenne sur le Fonds de modernisation, par exemple. Je pense que c'est un des sujets.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 mai 2026