Interview de M. Serge Papin, ministre des Petites et moyennes entreprises, du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'achat, à France 2 le 22 mai 2026, sur la prime carburant versée par les entreprises et la critique de la politique menée par le secteur de la distribution.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Serge Papin - Ministre des Petites et moyennes entreprises, du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'achat ;
  • Jeff Wittenberg - Journaliste

Média : France 2

Texte intégral

JEFF WITTENBERG
Bonjour Serge PAPIN.

SERGE PAPIN
Bonjour Jeff WITTENBERG.

JEFF WITTENBERG
Et avec toutes ces casquettes que vous avez, c'est vous monsieur PAPIN qui avez annoncé l'une des mesures phares hier lors de cette annonce gouvernementale pour aider les Français à affronter la hausse des carburants. C'est le doublement de cette prime carburant versée par les entreprises dont le plafond va passer de 300 à 600 Euros. Est-ce que vous pensez que les entreprises vont jouer le jeu ?

SERGE PAPIN
Alors écoutez, d'abord on est dans une crise qui est en train de s'installer dans la durée. Et par rapport à cette durée, probable, il faut avoir capacité à endurer. Donc on a des mesures de soutien. Le Gouvernement a pris des mesures de soutien aux activités, aux métiers. Donc on pourra peut-être en reparler, je pense notamment au BTP qui a été…

JEFF WITTENBERG
Avec le gasoil non routier.

SERGE PAPIN
Avec le gasoil non routier. Donc c'est une prime sur les carburants qui est concernée par les entreprises de moins de 50 salariés.

JEFF WITTENBERG
Qui est la nouveauté.

SERGE PAPIN
C'est la nouveauté, ça concerne 30 000 entreprises. Et puis évidemment, moi, j'ai poussé cette prime carburant à la liberté des entreprises. Pourquoi ? Parce que, je veux dire, moi, j'ai vécu ça. Dans les années 80, il y a eu d'autres crises. Et j'ai été dans un magasin, dans une zone rurale, où les salariés venaient…

JEFF WITTENBERG
Je rappelle que vous êtes l'ancien dirigeant du SYSTEME U, pour tous les téléspectateurs qui ne le savent pas.

SERGE PAPIN
Oui, j'avais un magasin en Vendée, précisément à Chantenay. Et des gens, des collaborateurs, ils venaient de 20, 30 kilomètres parfois pour travailler. Et cette prime, c'est une mesure de soutien. Ça m'a été demandé. Ça m'a été demandé par des entreprises en zone rurale.

JEFF WITTENBERG
Mais vous l'aviez fait. Et la question qui se pose aujourd'hui, excusez-moi juste de vous interrompre, c'est est-ce que les entreprises, c'est la question que je vous ai posée initialement, est-ce qu'il n'y aura pas un peu une inégalité entre les entreprises qui joueront le jeu et qui verseront cette prime, et puis les salariés qui n'en bénéficieront pas ? Il n'y a pas d'obligation de la part des entreprises.

SERGE PAPIN
Non, il n'y a pas d'obligation. C'est une prime laissée à la liberté des chefs d'entreprise, des entreprises. Il faut savoir qu'elle est utilisée déjà pour un million et demi de salariés. Ce n'est quand même pas rien. Là, on a doublé le plafond, c'était 300, donc on est passé à...

JEFF WITTENBERG
Défiscalisé et exempté de charges sociales.

SERGE PAPIN
Donc c'est 600 Euros net. Bon, c'est sûr que là, il faudra… je pense que les entreprises auront le discernement pour le donner, pour tout ou partie, aux collaborateurs qui ont de la route, ceux qui habitent à côté de leur lieu de travail.

JEFF WITTENBERG
Mais vous les incitez en quelque sorte, vous l'Etat, vous leur dites...

SERGE PAPIN
On leur donne cette possibilité.

JEFF WITTENBERG
Parce qu'il y a des entreprises qui ont des difficultés financières, tout simplement, et qui ne peuvent pas le faire.

SERGE PAPIN
On leur donne cette possibilité, ces entreprises qui seront volontaires pour le faire. C'est une mesure de liberté, c'est une mesure de soutien aux salariés, c'est une mesure qui avait été demandée. Moi, j'ai eu beaucoup de discussions avec des chefs d'entreprise qui m'ont dit, mais ça, on peut le mettre en place. Alors, il y a un petit moment que je la pousse, cette demande, et là, je suis très heureux que ça ait été accepté.

JEFF WITTENBERG
Alors monsieur PAPIN, on vous a vu lors de cette conférence de presse insister sur le fait que, selon vous, il n'y a pas, pour l'instant, de conséquences autres, alors évidemment, le prix du carburant, mais que celle-là, par exemple, sur les prix de l'alimentation, vous, vous n'avez pas observé d'inflation, parce qu'on sait que beaucoup de produits, notamment les bouteilles d'eau, les bouteilles de lait, sont faites avec du plastique, et donc avec de la pétrochimie.

SERGE PAPIN
Il y a des choses qui peuvent jouer, comme vous venez de le dire, les emballages plastiques, la logistique. Pour l'instant, on a eu des discussions avec les parties prenantes, j'étais en réunion avec eux la semaine dernière, et on doit se revoir avant l'été. Il s'agit d'ajustements. Pour l'instant, il n'y a pas d'inflation. Il y aura peut-être des ajustements qui seront d'ici l'été, qui pourront peut-être concerner...

JEFF WITTENBERG
Mais qu'est-ce que vous appelez des ajustements ?

SERGE PAPIN
Des ajustements, s'il y a des besoins, mais ça sera… il n'y aura pas de...

JEFF WITTENBERG
Vous avez écarté ça ? Pas rouvrir de négociations commerciales entre les distributeurs et les fournisseurs.

SERGE PAPIN
Non. On ne va pas rouvrir les négociations, mais il sera possible, vous savez, dans les contrats, dans les rapports industrie-commerce, il y a ce qu'on appelle les clauses de revoyure. Il y a des discussions qui sont là, en route. Et s'il y a un peu de logistique, s'il y a des emballages plastiques augmentés, il y aura cette possibilité d'ajustement, dont on décidera ensemble, avec toutes les parties prenantes, à la fin juin.

JEFF WITTENBERG
Vous étiez bien placé pour l'entendre. Sébastien LECORNU a parlé hier d'une possibilité de scénario noir, une possibilité aussi que les choses s'arrangent à la fin de l'été ou à l'automne, mais un scénario noir, je le cite encore, n'est pas à exclure. Dans ce cas, comment échapper à l'inflation ?

SERGE PAPIN
Écoutez, pour l'instant, on enjambe l'été. Jusqu'à la rentrée, les choses sont sous contrôle, si je puis dire. S'il y a un scénario noir, on verra. Pour l'instant, moi, je suis dans un scénario où la crise s'enlise, tel qu'on l'a vu aujourd'hui, avec un baril qui est aux alentours de 100 Dollars. C'est ce qui est en train de se passer. Et donc on se projette, là, pour l'instant, jusqu'à la rentrée. Et dans ce cadre-là, on n'est pas inquiets jusqu'à la rentrée.

JEFF WITTENBERG
Les grandes surfaces, dont vous étiez l'un des dirigeants il y a encore quelques temps, ont été sévèrement mises en cause, vous l'avez évidemment noté hier, dans un rapport rendu par des sénateurs qui pointe, je les cite, des pratiques prédatrices. Elles se basent, c'est une commission d'enquête, sur le prix de revient. Lorsque l'on achète un produit à 100 Euros, un produit alimentaire, eh bien, il y a 8 Euros qui reviennent à l'agriculteur et 40 Euros qui reviennent au distributeur. Est-ce que ces chiffres sont vrais, déjà, monsieur PAPIN ?

SERGE PAPIN
Oui, je vais vous dire. Vous savez, ce rapport, Jeff WITTENBERG, ce qui me suggère, c'est qu'on est rendu au bout d'un modèle. Ce modèle, il est à bout de souffle.

JEFF WITTENBERG
Le modèle de la distribution ?

SERGE PAPIN
Le modèle des relations industrie-commerce. Moi, il y a un petit moment… D'abord, il y a une chose qui est intéressante dans ce rapport, c'est qu'on fait le distinguo entre les PME et les grands groupes. Le seuil est en train d'être vu. Le seuil des PME, d'ailleurs, il est discuté dans le cadre de la loi d'urgence agricole en ce moment. Le seuil entre une PME et un grand groupe, ça va être 350 millions d'Euros. Moi, ce que je souhaite en tant que ministre des PME, c'est qu'on ait des rapports industrie-commerce qui soient sur le temps long, qui soient sur la pluriannualité.

JEFF WITTENBERG
Sur les objectifs, on vous entend, mais sur les pratiques concrètes, ce rapport pointe par exemple des méthodes d'intimidation faites aux distributeurs par les grandes surfaces. Est-ce que c'est vrai ? Pour avoir les prix toujours les plus bas.

SERGE PAPIN
Non, mais il y a une loi qui s'appelle la loi de modernisation de l'économie, qui favorise la négociabilité avec en toile de fond le pouvoir d'achat. Ça, c'est le dispositif actuel, avec des négociations annuelles. Il faut qu'on sorte de ça. Il faut qu'on aille vers un dialogue. Il faut qu'on aille vers des solutions de rapport de force qui ne soient pas les mêmes qu'aujourd'hui.

JEFF WITTENBERG
C'est-à-dire ? Expliquez-nous concrètement comment ça se passe.

SERGE PAPIN
Pour arriver à ça, il faut un contrat sur le temps long, il faut un dialogue permanent, il ne faut pas que ça soit un rapport de force dans des négociations annuelles qui remettent en cause chaque année. Là, imaginez une entreprise qui veut investir dans la décarbonation, qui a besoin d'améliorer sa compétitivité, et c'est le cas quand même de l'appareil agroalimentaire français. Il faut qu'il change ses chaînes souvent. Et là, il faut qu'il ait de la visibilité. Et c'est ça, je milite, moi, pour ça.

JEFF WITTENBERG
Mais si je peux me permettre, je voudrais revenir aussi aux accusations portées par ce rapport qui propose, par exemple, et qui interpelle le Gouvernement, que les distributeurs, les grandes marques, pour ne pas les citer, SYSTEME U, CARREFOUR, INTERMARCHE, mettent leurs marges, affichent la marge qu'elles font sur les produits qu'elles vendent. Est-ce que vous y êtes favorable, monsieur PAPIN ?

SERGE PAPIN
Moi, je vais vous dire, s'il y a de la transparence, il faut qu'il y ait de la transparence partout. On est bien d'accord.

JEFF WITTENBERG
C'est-à-dire ?

SERGE PAPIN
C'est-à-dire qu'il faut aussi qu'il y ait toute la filière amont qui soit transparente. On ne peut pas demander simplement à un acteur de la filière d'être transparent. Il faut que ça soit sur l'ensemble de la filière. À ce moment-là, on verra.

JEFF WITTENBERG
Mais vous y êtes opposé à cette mesure d'urgence, de l'affichage de la marge par les distributeurs ?

SERGE PAPIN
Il y a un juge de paix.

JEFF WITTENBERG
40 %, je le répète.

SERGE PAPIN
Il y a un juge de paix aujourd'hui. Le juge de paix, ce sont les résultats nets des entreprises qui sont déposés au greffe du tribunal. Et il y a un cadre qui est l'observatoire des prix et des marges, qui rend son rapport chaque année. Cet observatoire, il n'a pas constaté de dérapage sur la filière des marges, sur l'ensemble de la filière, y compris la distribution. Et les résultats nets des distributeurs, c'est en gros entre 1 et 3%. C'est affiché.

JEFF WITTENBERG
Donc pour vous, il n'y a pas de dérive.

SERGE PAPIN
Voilà.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 mai 2026