Interview de M. David Amiel, ministre de l'action et des comptes publics, à France 2 le 16 juin 2026, sur la baisse des prix du carburant, le projet de loi de finances de 2027, les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants et l'intelligence artificielle dans toute l'administration.

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Média : France 2

Texte intégral

ALEXANDRE PEYROUT
Bonjour à tous, et bonjour David Amiel.

DAVID AMIEL
Bonjour.

ALEXANDRE PEYROUT
Merci d'être notre invité ce matin.

DAVID AMIEL
Merci à vous.

ALEXANDRE PEYROUT
L'accord de paix entre les États-Unis et l'Iran doit être signé ce vendredi. Les prix du baril ont déjà bien baissé hier : plus de 6%. Quand est-ce que les prix à la pompe vont enfin baisser ?

DAVID AMIEL
Mais il faut que ce soit le cas, le plus vite possible. Puisqu'évidemment, personne ne pourrait comprendre que les prix montent plus vite qu'ils ne baissent. C'est le but de la réunion qu'organisent aujourd'hui mes collègues du Gouvernement, Roland Lescure, Maud Bregeon, Serge Papin, avec les distributeurs de carburant.

ALEXANDRE PEYROUT
Et c'est ce qu'a demandé le Premier ministre aussi ?

DAVID AMIEL
Ce sera le cas en fin de matinée pour, précisément, s'en assurer.

ALEXANDRE PEYROUT
Mais c'est quoi, rapidement ? Quand vous dites :  " Il faut que ça baisse vite ", c'est quoi, rapidement ? C'est quoi le délai acceptable ?

DAVID AMIEL
C'est tout le but, pour le coup, de la réunion : de s'assurer que ça va le plus rapidement possible. Il faut que ce soit le même délai que quand les prix montent. Ce serait inacceptable, évidemment, que ça baisse...

ALEXANDRE PEYROUT
C'était monté en à peine quelques jours, en un ou deux jours. Là, il faut que ça baisse en un ou deux jours ?

DAVID AMIEL
Ça doit baisser dans les mêmes délais que les délais dans lesquels c'est monté.

ALEXANDRE PEYROUT
Vous avez entendu Michel-Édouard Leclerc. Lui, il dit que ça va prendre plusieurs semaines. Est-ce que c'est acceptable quand il dit ça ?

DAVID AMIEL
Ce ne serait pas acceptable que ça dure des semaines et des semaines. Donc, c'est la raison, à nouveau, pour laquelle il y a cette réunion qui est convoquée à Bercy aujourd'hui.

ALEXANDRE PEYROUT
L'idée, c'est de leur mettre la pression, aux distributeurs ?

DAVID AMIEL
L'idée, c'est de travailler avec eux pour que ça baisse le plus rapidement possible.

ALEXANDRE PEYROUT
Alors, votre ancien collègue Bruno Le Maire, il doute de cette hypothèse. Il dit que les infrastructures ont été endommagées en Iran, que, du coup, ça va prendre du temps et que ça ne va pas forcément baisser. Vous vous dites «Qu'importe, c'est trop compliqué, trop difficile pour les Français aujourd'hui» ?

DAVID AMIEL
Non, mais ce qu'on voit aujourd'hui, c'est que les prix du baril sur les marchés mondiaux baissent. C'est les prix auxquels s'approvisionnent les distributeurs de carburant. Donc, en tout état de cause, il faut évidemment que ça baisse. Maintenant, il faut être très lucide sur la situation économique. Il y a cette réouverture annoncée du détroit d'Ormuz, qui est une première étape. C'est quand la mer se retire qu'on constate les dégâts. Et donc, il va falloir tirer un premier bilan de la crise. Mais d'ores et déjà, et je veux le dire avec beaucoup de gravité : cette crise est forcément une mauvaise nouvelle pour la croissance, pour l'activité économique; et donc, une mauvaise nouvelle pour nos comptes publics. Et donc, il faudra évidemment des mesures d'économie supplémentaires.

ALEXANDRE PEYROUT
Cette semaine, vont être versées les 100 euros aux gros rouleurs qu'avait promis le Gouvernement. Vous dites quoi à ces automobilistes ? Vous leur dites «Profitez-en. C'étaient les dernières aides» ?

DAVID AMIEL
D'abord, c'était des aides indispensables pour pouvoir répondre précisément aux besoins des Français, qui travaillent, qui ont besoin de leur voiture pour travailler, et qui vivent loin de leur lieu de travail. Et c'est comme cela qu'ont été ciblés les 3 millions environ de Français qui sont éligibles. Et donc, il y a cette aide de 100 euros qu'on avait décidée pour amortir le coût de la crise, pour permettre aussi de se projeter dans la période estivale. Et je crois que c'était indispensable.

ALEXANDRE PEYROUT
Alors, justement, le budget, on parlait des finances publiques, vous êtes en train de préparer le projet de loi de finances de 2027. Est-ce que vous avez toujours un objectif de 6 milliards d'euros d'économie pour l'année prochaine ?

DAVID AMIEL
Ah non, les objectifs d'économie pour l'année prochaine, ils devraient être beaucoup plus importants que cela.

ALEXANDRE PEYROUT
Combien ?

DAVID AMIEL
J'ai dit qu'on devrait tirer le bilan de la crise dans le détroit d'Ormuz. Ça, c'est pour 2026. Et ensuite, il faudra...

ALEXANDRE PEYROUT
Vous aviez dit que cela coûtait 6 milliards d'euros aux finances publiques.

DAVID AMIEL
Oui. Là, vous me parlez de 2027, je crois.

ALEXANDRE PEYROUT
Oui. Est-ce que ça va coûter encore plus cher en 2027 ?

DAVID AMIEL
Non, mais pour 2027, il faudra des économies très importantes partout.

ALEXANDRE PEYROUT
Combien ?

DAVID AMIEL
Parce qu'il faut pouvoir maîtriser les déficits publics. Et donc, aujourd'hui, c'est évident que le compte n'y est pas. Le Premier ministre a tiré la sonnette d'alarme. Il a raison.

ALEXANDRE PEYROUT
On va en reparler de ça, mais est-ce que vous pouvez nous dire de combien l'État doit faire un effort ?

DAVID AMIEL
Je le dirai au mois de juillet. C'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, j'ai mentionné aussi des économistes indépendants pour qu'ils aient accès à l'ensemble des documents de Bercy et qu'ils disent très clairement ce qui se passerait si aucune mesure d'économie n'était prise. Quel serait le déficit en 2027, en 2028, en 2029, en 2030 ? Parce que moi, je le vois dans le débat public : les somnambules sont de retour. Ceux qui nous disaient pendant le pire de la crise iranienne  " Ouvrez la vanne aux milliards, peu importe le déficit ", qui vont nous dire maintenant  " Vous allez voir dans les prochains jours, ce n'est pas le moment de faire des économies, ce n'est pas le moment de réduire le déficit, ce n'est pas le moment de s'occuper de la dette ", eh bien, je crois qu'il faut pouvoir dire l'état exact de la situation. Et comme ça, au moins, personne ne pourra dire qu'il ne savait pas.

ALEXANDRE PEYROUT
Vous avez toujours l'objectif de rester sur un déficit en dessous de 5% du PIB ?

DAVID AMIEL
Il faut faire le maximum pour maintenir la trajectoire, pour contenir le déficit public.

ALEXANDRE PEYROUT
Est-ce que c'est faisable ?

DAVID AMIEL
Je l'ai dit : la crise qui s'est déroulée en Iran, elle a un impact sur la croissance, elle aura un impact sur le déficit, et des mesures d'économie supplémentaires seront nécessaires.

ALEXANDRE PEYROUT
Sébastien Lecornu, vous le disiez, il a recadré vos collègues du Gouvernement, parce qu'ils avaient, je cite, des demandes irréalistes. Il appelle tout le monde au sérieux, ce sont ses mots. Est-ce qu'il y a vraiment besoin d'appeler vos collègues au sérieux ? Est-ce qu'ils sont si irresponsables que ça ?

DAVID AMIEL
En tout cas, le compte est loin d'y être. Effectivement, j'ai commencé, moi, les réunions avec les différents ministres pour la préparation du budget 2027. Et à ce stade, les demandes se multiplient, d'augmentation de dépenses. Or, je le dis très clairement : notre objectif en 2027, c'est de baisser la dépense publique. C'est vrai pour l'État. Il y aura aussi, évidemment, des économies importantes à faire en matière sociale pour pouvoir continuer, d'ailleurs, à assurer la pérennité de la sécurité sociale. Collectivités locales devront aussi maîtriser leurs dépenses. C'est vraiment un effort collectif qu'il va falloir faire.

ALEXANDRE PEYROUT
Tout le monde devra faire des économies ?

DAVID AMIEL
Oui, tout le monde.

ALEXANDRE PEYROUT
Même la justice ?

DAVID AMIEL
Mais tout le monde doit s'assurer que la dépense est le mieux utilisée possible. Après, je l'ai dit : il y a des ministères dans lesquels on va avoir besoin de renforcer les moyens. Je l'ai d'ores et déjà publiquement. Le budget de la justice, il a vocation à augmenter. Mais dans l'ensemble...

ALEXANDRE PEYROUT
Pourtant, pour cette année, pour 2026, vous avez prévu 414 millions d'économies quand même.

DAVID AMIEL
Non, le budget de la justice...

ALEXANDRE PEYROUT
Il y avait 414 millions de crédits gelés.

DAVID AMIEL
Non, vous confondez, pardonnez-moi, plusieurs choses. Le budget de la justice, il augmente depuis des années. Il augmente à un rythme historique. On a eu plus de 4 milliards d'euros d'augmentation, 3,9 milliards pour être précis, depuis 2017. Et cette année encore, le coeur des besoins de la justice, c'est-à-dire les besoins humains, les recrutements, c'est 1 600 recrutements supplémentaires en 2026. Et je l'ai dit : pour 2027, c'est un budget qui a vocation à continuer à augmenter.

ALEXANDRE PEYROUT
Ça ne suffit pas, parce qu'on a toujours moins de magistrats par habitant que dans les autres pays, notamment de l'Union européenne. On est très en dessous de la moyenne. Est-ce que vous consentez, comme l'ont demandé les manifestants, qu'on a pu voir hier encore, devant les tribunaux, devant le ministère de la Justice, après la mort de la jeune Lyhanna, à enfin mettre la main à la poche, à la hauteur de ce dont a besoin la justice ?

DAVID AMIEL
Vous savez, je crois qu'on paye pour la justice des décennies, où ce ministère a été sacrifié sous des Gouvernements de droite comme sous des Gouvernements de gauche. Et c'est vrai que depuis 2017, l'effort, il est historique. Et je l'ai dit : cet effort a vocation à continuer.

ALEXANDRE PEYROUT
Et pas assez, visiblement.

DAVID AMIEL
Si je pensais que c'était assez, je n'aurais pas annoncé que le budget de la justice avait vocation à augmenter. Donc, il faut poursuivre cet effort, qui vient, je le redis, après des décennies de sacrifices.

ALEXANDRE PEYROUT
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a reçu les signataires du projet de loi intégrale de lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Ça coûte 3 milliards d'euros par an. Est-ce que vous êtes prêt à mettre ces 3 milliards d'euros ?

DAVID AMIEL
La proposition de loi intégrale a été soumise à l'avis du Conseil d'État par la présidente de l'Assemblée nationale, par le Premier ministre également. Ce qui est certain, c'est qu'il faut une réponse intégrale pour protéger les enfants. Ça peut prendre différentes formes. On a aussi un projet de loi de protection de l'enfance qui est en train d'être enrichi. Et on a une prise de conscience générale de la société qui est nécessaire. Donc, il faut d'abord qu'on étudie les mesures qui sont indispensables. Et c'est vraiment le travail qui est en cours.

ALEXANDRE PEYROUT
Alors, vous allez présenter aujourd'hui un plan de déploiement de l'intelligence artificielle dans les services publics. On va en parler. Mais vous allez aussi participer à un événement sur l'IA dans la justice. Vous présentez l'IA comme une solution pour, je cite, raccourcir les délais et améliorer la qualité du traitement des dossiers. Est-ce que c'est-à-dire que pour vous, l'IA aurait pu empêcher les dysfonctionnements dans l'affaire de la jeune Lyhanna ?

DAVID AMIEL
Non, je pense que ce serait extrêmement déplacé de prendre les choses ainsi. Il y a une enquête qui est en cours autour de l'affaire Lyhanna. Elle sera rendue publique. Et je pense qu'il y aurait beaucoup d'indécence à vouloir présenter les choses de la sorte. En revanche, je pense qu'il est évident que l'intelligence artificielle, de manière générale, est une opportunité comme elle est une menace. Elle est une menace quand elle n'est pas souveraine, quand elle n'est pas sécurisée. Et il y a évidemment un risque d'être dépendant de technologies extra-européennes. Et vous avez vu la semaine dernière ce qui s'est passé avec Anthropic, Claude, le risque de rupture d'accès à ces modèles d'intelligence artificielle américains pour les pays européens. Mais elle est aussi une opportunité, qui est de permettre à des agents publics de se débarrasser de tâches chronophages, de paperasses inutiles, pour se concentrer sur ce qui fait le coeur de leur métier. Et moi, je le dis : en 2026, demander à des agents publics de perdre du temps à taper à la main des compte-rendu de réunion, ce n'est plus possible. C'est la raison pour laquelle je généralise un outil qui s'appelle Transcript, qui permet d'automatiser la prise de notes.

ALEXANDRE PEYROUT
Vous généralisez l'intelligence artificielle dans toute l'administration ?

DAVID AMIEL
Dans toute l'administration, dans tout l'État. Pour tous les agents publics de l'État, il y a des outils de base de l'IA qui vont être sécurisés, qui vont être souverains et qui vont être accessibles à tous ceux qui en ont besoin. C'est l'agent conversationnel, l'équivalent, pour ceux qui nous écoutent, de ChatGPT, mais en mention souveraine, sécurisée, pour pouvoir faire de la recherche documentaire, de la synthèse, de l'analyse des résumés. C'est Transcript, je l'évoquais, pour pouvoir retranscrire automatiquement des compte-rendu de réunion. C'est des outils aussi de traduction. Bref, tout ça, ça doit être la boîte à outils qui est accessible à l'ensemble des agents de l'État.

ALEXANDRE PEYROUT
Très rapidement, parce qu'on n'a plus beaucoup de temps, ça va coûter 655 millions. Enfin, le Premier ministre annonce 655 millions d'euros d'investissement dans l'intelligence artificielle. Est-ce que mettre l'intelligence artificielle à tous les niveaux de l'État, ce n'est pas encore un peu plus couper le citoyen du service public et des agents du service public ?

DAVID AMIEL
Non, c'est tout le contraire. L'intelligence artificielle, elle permet de gagner du temps sur des tâches internes, je le disais, sur des tâches de paperasse.

ALEXANDRE PEYROUT
Vous garantissez que ça n'éloignera pas plus les Français du service public ?

DAVID AMIEL
Mais c'est exactement l'inverse. L'IA, que je veux développer, c'est une opportunité unique pour pouvoir gagner du temps sur des tâches chronophages, pour pouvoir en allouer davantage à la relation avec le citoyen. C'est la raison pour laquelle je lance aussi une négociation sociale avec les organisations syndicales pour qu'on travaille ensemble. C'est pionnier en Europe.

ALEXANDRE PEYROUT
Merci beaucoup David Amiel d'avoir été notre invité ce matin.

DAVID AMIEL
Merci à vous.

ALEXANDRE PEYROUT
Bonne journée à vous.

DAVID AMIEL
A vous aussi.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 juin 2026