Texte intégral
ADRIEN GINDRE
Bonjour Serge Papin.
SERGE PAPIN
Bonjour Adrien Gindre.
ADRIEN GINDRE
Demain, 1er juillet, entre en vigueur la taxe européenne sur les petits colis : trois euros par catégorie d'articles. Cette taxe devait s'ajouter à la taxe de deux euros déjà pratiquée par la France, mais surprise, ce matin on apprend que ce ne sera finalement pas le cas. Vous confirmez ça ?
SERGE PAPIN
Oui, c'est une suspension, donc c'est une suspension tactique. Comme se met en place la taxe douanière de trois euros, il faut qu'on l'installe.
ADRIEN GINDRE
Ça veut dire quoi, une suspension tactique ?
SERGE PAPIN
Ça veut dire que, d'abord, on a bien fait de tenir les positions, parce que sinon, cette taxe de deux euros qui va se mettre en place pour l'ensemble des pays européens à partir du mois de novembre, c'est parce qu'on a tenu les positions. Si nous avions renoncé, comme par exemple l'Italie l'a fait au mois de février, si nous avions renoncé, elle n'aurait pas existé, cette taxe. Et c'est parce qu'on tient les positions qu'elle va se mettre en place au mois de novembre. Alors là, comme ce n'est...
ADRIEN GINDRE
La taxe complémentaire, selon le fait qu'il y a une taxe de trois euros, et vous dites qu'il y aura une deuxième taxe au mois de novembre.
SERGE PAPIN
Pour que les téléspectateurs comprennent bien : la taxe petits colis de deux euros, c'est une taxe dite de gestion, parce que ça utilise des infrastructures douanières, au passage, que tout le monde paye, y compris ceux qui n'utilisent pas ces services-là.
ADRIEN GINDRE
Serge Papin, vous ne le découvrez pas aujourd'hui. Le 5 février sur ce plateau, et à plusieurs reprises depuis, vous avez dit : " Ça va s'additionner. " Quel recul pour la crédibilité de la parole politique, Serge Papin ?
SERGE PAPIN
Non, mais attendez, ça va s'additionner au mois de novembre. Mais là, comme se met en place la taxe douanière, il faut que cette taxe aussi, elle s'installe en France, que les colis qui doivent venir passent dans notre pays. Ça permettra, un, de mieux les contrôler, parce qu'aujourd'hui, la taxe petits colis, au fond, elle était bypassée, puisque les colis arrivaient en Belgique et revenaient ensuite en France.
ADRIEN GINDRE
Votre taxe n'a pas marché, votre taxe a été contournée.
SERGE PAPIN
Non, elle a été contournée, oui, mais jusqu'au mois de novembre, puisque au mois de novembre, c'est pour toute l'Europe, donc c'est une suspension qui est éphémère.
ADRIEN GINDRE
Reprenons pour que ce soit parfaitement clair, Serge Papin, pour nos téléspectateurs. Il y avait une taxe de deux euros appliquée par la France jusqu'à présent. À partir de demain, il y a une taxe européenne de trois euros. Elle la remplace de ce fait, puisque vous suspendez votre taxe. Et vous nous dites, à partir de novembre, on aura bien un cumul des deux.
SERGE PAPIN
Exactement, puisque là, toute l'Europe va appliquer la taxe de deux euros, dite de gestion, donc ça fera cinq euros à partir du mois de novembre. Et là, pourquoi on suspend ? Pour mieux contrôler les choses et les produits qui vont arriver en France, puis aussi, entre guillemets, profiter de la taxe douanière, parce que si ça vient en France, c'est une taxe qui viendra dans notre pays et qui n'ira pas dans un autre pays.
ADRIEN GINDRE
Je n'ai en revanche pas compris, pardon, je vous repose la question : pourquoi est-ce qu'il faut attendre novembre pour cumuler la taxe européenne et la taxe française ? Pourquoi ne pas le faire dès maintenant ?
SERGE PAPIN
Parce que l'ensemble de l'Europe a décidé d'appliquer la taxe de deux euros à partir du mois de novembre.
ADRIEN GINDRE
La taxe complémentaire de deux euros à partir du mois de novembre ?
SERGE PAPIN
La taxe dite de gestion à partir du mois de novembre. C'est un peu compliqué, mais on va y arriver.
BRUCE TOUSSAINT
Et c'est irrévocable ?
SERGE PAPIN
C'est irrévocable.
BRUCE TOUSSAINT
Ou est-ce vous risquez de revenir nous voir en octobre pour nous dire finalement on va le faire ?
SERGE PAPIN
C'est irrévocable, parce que cette taxe petits colis de deux euros, elle existe parce que la France s'est engagée. Là, on suspend provisoirement pour laisser s'installer la taxe européenne, voilà.
ADRIEN GINDRE
Mais parce que vous aviez peur, si je comprends bien en fait, que comme c'était le cas en ce moment pour la taxe française, elle soit contournée, qu'en réalité les colis arrivent en Belgique.
SERGE PAPIN
Oui, donc cette taxe, comme elle est valable pour toute l'Europe, il faut que la France fasse le job aussi par rapport à la réception des produits.
ADRIEN GINDRE
Donc on s'aperçoit qu'en fait on ne peut pas faire seuls, il faut forcément faire à 27.
SERGE PAPIN
Oui, parce qu'autrement on est contournés.
ADRIEN GINDRE
C'est le bilan que vous tirez des derniers mois. Il faut quand même noter que jusqu'ici, à peu près rien n'a fait reculer les géants chinois. Alors la taxe, vous venez d'en parler, il y a eu des millions d'euros d'amendes qui leur ont été délivrées. Hier, le Sénat a encore adopté un nouveau texte, une nouvelle loi, mais il y a une partie des modalités qui doit être définie par décret, c'est-à-dire par le Gouvernement. Quelles seront les nouvelles règles exactes, plus contraignantes ?
SERGE PAPIN
Sur l'ultra fast fashion qui a été votée hier, donc il y a deux critères qui permettent de déterminer un seuil. Le premier critère, c'est le nombre de références. Il faut savoir, par exemple, que les plateformes en question proposent 6 000 produits nouveaux par jour. Donc là, le nombre de produits mis sur le marché va être un des critères. Et le deuxième, c'est l'indice de réparabilité. C'est-à-dire que ça va donner un coefficient - c'est un peu technique -, le fait d'agréger ces deux critères donne un coefficient, et tout ce qui sera en dessous de ce coefficient, ça va cibler les plateformes chinoises.
ADRIEN GINDRE
Donc si on propose trop de produits pas assez réparables, on peut être pénalisé.
SERGE PAPIN
Exactement, et ça protège au passage les commerçants et les fabricants français.
ADRIEN GINDRE
Je voudrais également qu'on parle de la canicule, Serge Papin, parce qu'elle a des conséquences. Alors les commerçants qui font les soldes le constatent, le début a été catastrophique. Le Gouvernement a déjà dit qu'il allait prolonger les soldes, mais sans donner de date précise. Est-ce que vous avez arrêté la nouvelle date de fin des soldes ?
SERGE PAPIN
Oui, alors on va prolonger d'une semaine, parce qu'en effet la canicule a fait que les magasins n'ont pas été fréquentés pendant cette période, donc les soldes n'ont pas bien marché. Et donc elles devaient s'arrêter le 21 juillet, elles sont donc prolongées jusqu'au 28 juillet, très précisément.
ADRIEN GINDRE
Donc une semaine pleine de soldes supplémentaires. Si une nouvelle canicule survient d'ici là, il peut y avoir une nouvelle prolongation ?
SERGE PAPIN
Écoutez, on s'adaptera. Moi, en matière de soldes, je suis, comment dirais-je, à l'écoute des parties prenantes. Vous savez, à titre d'exemple, ils m'avaient demandé de repousser aussi la date des soldes pour les soldes d'hiver, parce que le Black Friday siphonne une partie des soldes. Ils m'ont dit : " Ce serait intéressant, Monsieur le Ministre, de repousser aussi au mois de janvier. " À partir du moment où il y a une demande des parties prenantes, moi je suis plutôt là pour les accompagner.
BRUCE TOUSSAINT
Donc pourquoi pas ?
SERGE PAPIN
Donc on verra, pourquoi pas.
BRUCE TOUSSAINT
Parce qu'effectivement, on dit la semaine prochaine, il peut y avoir en effet une nouvelle canicule. Vous dites là, le 28 juillet, ça pourrait être prolongé jusqu'à début août. Vous ne dites pas non ?
SERGE PAPIN
Je ne dis pas non, puisque si c'est demandé par toutes les parties prenantes, bien sûr. Si les magasins ne sont pas fréquentés à cause de la canicule, il faut s'y adapter.
ADRIEN GINDRE
Un petit mot pour conclure assez rapidement. Vous êtes également ministre du Tourisme et ministre du Pouvoir d'achat. Là encore, deux sujets sur lesquels la canicule peut avoir un impact. Est-ce qu'à votre connaissance, il y a eu un impact réel de la canicule sur le tourisme, ou est-ce qu'il faut le redouter ? Sur le Pouvoir d'achat, je pense notamment aux fruits et légumes. On voyait tout à l'heure avec Ange Noiret la sécheresse. Est-ce que ça veut dire une augmentation des prix à venir ?
SERGE PAPIN
Pour la partie tourisme, les choses sont plutôt bien orientées. Moi, les informations que j'ai, c'est que la France va rester le premier pays touristique du monde, et que les Français vont plutôt rester en France, et beaucoup d'étrangers viennent dans notre pays. À titre d'exemple, les compagnies aériennes, c'est 3% de plus de billetterie pour venir en France. Donc, c'est plutôt bien orienté. Après, sur le pouvoir d'achat, là, sur partie où vous parlez des fruits et légumes, je pense aux abricots et aux tomates, notamment, qui ont augmenté. Mais vous savez pourquoi ? Parce qu'il y a beaucoup de demandes aussi. C'est aussi une période de salades, les gens consomment frais, et donc, il y a eu une augmentation. Bon, il faut faire preuve de discernement, parce qu'il y a des produits qui n'ont pas bougé.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er juillet 2026