Texte intégral
Mesdames et messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et messieurs les députés,
Mesdames et messieurs les sénateurs,
Monsieur le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, cher Georges-François,
Monsieur le préfet de police, cher Patrice,
Monsieur le maire de Paris, cher Emmanuel,
Monsieur le maire, représentant de la présidente du conseil régional d'Ile-de-France,
Monsieur le premier président de la Cour d'appel de Paris,
Mon Général, gouverneur militaire de Paris,
Mesdames et messieurs les préfets,
Mon général, directeur général de la gendarmerie nationale, cher Hubert,
Monsieur le directeur général de la police nationale, cher Louis,
Madame la directrice générale de la sécurité intérieure, chère Céline,
Madame la présidente du tribunal administratif de Paris,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs les directeurs et chefs de service,
Mesdames et messieurs les représentants des organisations associatives, religieuses et syndicales,
Mesdames et messieurs, en vos grades et qualités,
Il y a 82 ans, le Comité Parisien de la Libération placardaient des affiches appelant la population du Grand Paris à l'insurrection. C'était le 19 août 1944, et les Parisiens avaient pour ordre de saluer " l'entrée des armées bientôt victorieuses dans les communes de banlieue " et faire en sorte que, partout, les maisons soient « pavoisées aux couleurs des alliés ». L'enthousiasme de la résistance était total.
Mais ce message de liesse, et les sourires des Parisiens capturés dans ces images d'archives bien connus - que même le noir et blanc ne parvient pas à ternir - se sont accompagnés d'un sacrifice courageux, sanglant, acharné contre l'occupant. Ici, à la Préfecture de police, les murs en parlent encore : certains de ses bâtiments passés au crible des balles, portent toujours la trace de cette bataille livrée sans merci pour la liberté chérie. Oui : les murs, comme les corps, ont été attaqués ce jour-là.
En août 44, Paris est meurtrie. Paris est épuisée. Paris n'est plus vraiment Paris. Depuis quatre ans, la capitale est sous le joug de l'ennemi. La population est dévorée par l'attente d'une libération, et envahie par l'espoir après les deux débarquements alliés. Celui du 6 juin, en Normandie, puis celui de Provence, le 15 août. C'est dans ce contexte que les cheminots lancent une grève patriotique, qui s'étend quelques jours plus tard aux 20 000 agents de la police parisienne. La grève devient insurrection et l'insurrection devient bataille décisive. L'heure est venue d'essuyer l'étrange défaite de 1940, décrite par cette autre figure de la résistance, l'historien Marc Bloch, que notre Nation a fait entrer au Panthéon de ses grands hommes, le 23 juin dernier.
Au petit matin du 19 août, 2 000 gardiens de la paix se retrouvent, en civil, sur le parvis de Notre-Dame, puis investissent la Préfecture de police. Ils construisent 600 barricades contre l'oppression, et la caserne de la Cité devient alors la place forte de la résistance parisienne. Paris est battue par les flots, mais Paris ne sombrera pas. Ici, là où nous nous trouvons, là où nous nous tenons debout, la France soudain renaît. Pour la première fois depuis juin 1940, le drapeau tricolore flotte sur un bâtiment public à Paris. Et La Marseillaise, que l'on n'avait plus entendue depuis 1 500 jours, résonne enfin. C'est ici, aussi, que l'ennemi signera l'acte de capitulation des troupes allemandes, le 25 août 1944. Au siège de la police parisienne, la France peut enfin reprendre des couleurs : les siennes.
Le 19 août 1944, plus de 2 000 agents de la Préfecture de police ont ainsi pris les armes et leur courage pour reprendre la caserne de la Cité. 167 policiers et quatre agents administratifs de la Préfecture de police, ainsi que 15 pompiers de Paris, périront dans ce combat pour la Libération de la capitale.
Ils s'appelaient Eugène BERTAUT, Désiré GUILBERT, Roger JOURDAIN ou encore Raymond PERRETIN. Leurs noms ne sont pas souvent prononcés mais la plupart d'entre eux sont inscrits ici, dans le marbre du monument aux morts qu'abrite cette cour. Cette cour qui, plutôt qu'un nom, s'est choisi une date qui puisse embrasser tous les leurs : la date du 19 août.
Oui, ces patronymes demeurent sans doute largement méconnus, mais nous connaissons leur sacrifice, et nous en reconnaissons chaque année la dimension, la valeur, et le dénouement. Ceux-là sont tombés pour défendre la Préfecture de police, et honorer sa devise. Ils sont tombés pour défendre la France, et hisser son drapeau. Ils sont tombés pour la liberté, et que nous puissions crier son nom.
Dans les grandes occasions – aujourd'hui en est incontestablement une – vous arborez sur votre tenue le symbole de ce sacrifice. Depuis octobre 1944, depuis que le général DE GAULLE a remis la Légion d'honneur à votre institution, cette fourragère qui vous distingue unit votre destin à la grande histoire de la Préfecture de police. Elle vous rappelle le courage de vos prédécesseurs, leur probité, leur sens du devoir, leur engagement jusqu'à la mort. Portez donc cette fourragère sans oublier « l'exemple de patriotisme et de solidarité » qu'elle vous donne, et la grande responsabilité qu'elle confie. Elle est le fil rouge qui doit lier votre engagement à celui de vos aînés. Elle est le fil rouge d'une institution qui, à la fin, s'érige toujours contre ce qui outrage, ce qui brise et ce qui martyrise.
Aujourd'hui encore, c'est ce qu'elle fait, jour et nuit. Le temps de la guerre, certes, a laissé place au temps de paix, mais l'ordre peut être menacé même en temps de paix, et ce temps n'échappe pas aux troubles. Vous ne combattez plus sur le même front que vos anciens, mais vous luttez quotidiennement sur d'autres fronts, nombreux, difficiles et qui, d'une autre manière, vous exposent parfois – trop souvent – en première ligne. Et, c'est ainsi que dans cette cour, de part et d'autre de sa porte Notre-Dame, au monument honorant les policiers de la Préfecture de police morts pour la France, répond celui qui rend hommage à vos camarades victimes du devoir.
Ce devoir, c'est maintenir l'ordre républicain - et le rétablir dès lors qu'il est menacé. C'est reconquérir les territoires disputés de la République, c'est mettre à l'abri nos concitoyens en danger, c'est défendre les valeurs de la France. C'est garantir le respect des droits fondamentaux et celui des libertés individuelles : liberté d'aller et venir en sécurité, liberté de se divertir sans être ciblé, liberté d'opiner et de manifester, liberté de croire ou d'aimer, sans être discriminé. Liberté de posséder, sans être spolié. Liberté de vivre, sans craindre pour son intégrité. Les époques ne sont pas comparables – gardons-nous de tenter des parallèles maladroits, mais au fond : l'âme de nos policiers, la mission, n'a pas fondamentalement changé.
N'ayons pas la mémoire courte ou sélective, comme ceux qui minimisent aujourd'hui votre courage de chaque jour, qui discutent la noblesse de votre engagement, ou qui tentent de dénaturer le sens profond de votre vocation. Comme ceux qui n'hésitent pas à vous appeler quand ils s'inquiètent, et vous méprisent quand ils sont inquiétés. Comme ceux, aussi, qui se saisissent des agissements fautifs de quelques-uns pour jeter l'opprobre sur une institution toute entière. Sachons nommer, sans la relativiser, la responsabilité endossée par la police parisienne dans la répression des opposants au régime de Vichy et la persécution des Juifs. Sachons reconnaître le zèle de nombreux policiers à servir l'occupant nazi.
Mais ne taisons pas le souffle résistant qui s'est propagé au sein de cette même police, dans l'action individuelle ou collective : ne passons pas sous silence la centaine de policiers parisiens qui, dès août 1940, ont rallié le mouvement du Coq gaulois ; ni ceux qui, en 1943, formeront les organisations clandestines Honneur de la Police, Front national de la police, et Police et Patrie qui, toutes, joueront un rôle décisif dans la Libération de Paris. Rejoindre la résistance policière, c'était trouver le courage de désobéir à l'autorité de tutelle dans un corps où l'obéissance hiérarchique, hier comme aujourd'hui, est inscrite au cœur de la culture de métier. Mais cette fois-là, désobéir c'était servir. Et ce fut en effet l'honneur de la police parisienne que de résister.
Vive la Préfecture de police ! Vive la République ! Et vive la France !
Source https://www.interieur.gouv.fr, le 16 septembre 2026