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Déclaration de Mme Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants, sur le Débarquement de Provence en août 1944, à Lacroix-Valmer le 15 août 2026.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Alice Rufo - Ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants

Circonstance : Cérémonie de commémoration du 82ème anniversaire du Débarquement de Provence à Lacroix-Valmer (83)

Texte intégral

Monsieur le Consul général des États-Unis,
Mesdames et messieurs les représentants du corps diplomatique, 
Mesdames et messieurs les élus,
Officiers, sous-officiers, militaires du rang,
Mesdames et messieurs les représentants du monde combattant, 
Mesdames et messieurs les porte-drapeaux,
Chers jeunes, merci beaucoup de m'avoir accompagnée au bout de cette jetée, 
Merci Monsieur le maire,
Mesdames et messieurs, en vos grades et qualités


Il est un peu plus de six heures, cette nuit-là, dans la baie qui va de Cavalaire à La Croix-Valmer. La mer était sombre, et pourtant, elle portait déjà une aube qui allait renaître.

C'est ici, sur ce littoral, dans la nuit du 14 au 15 août 1944, que les hommes de la 3e division d'infanterie américaine touchèrent le sable du secteur Alpha Beach. Deux jours plus tard, le 17 août, sur la plage de la Douane, c'était au tour de la 1ère Division française libre du général Brosset de débarquer.

Ils venaient pour combattre - Ils venaient pour nous libérer.

Vous l'avez dit, monsieur le maire, au large, c'est l'une des plus grandes flottes jamais rassemblée en Méditerranée que l'on voit alors apparaître : près de 900 bâtiments de guerre et de débarquement, portant plus de 400 000 hommes vers ces rivages. L'opération Dragon débutait.

Ici, à La Croix-Valmer, cette histoire s'incarne, elle est inscrite dans notre paysage. La plage de la Douane, la plage de Gigaro. Ces lieux que nous connaissons aujourd'hui, ces lieux de vacances, ces lieux que nous connaissons pour leur lumière, leur mer et leur beauté, ont été en août 1944, des lieux d'affrontements, des lieux de guerre.

Et je voulais vraiment remercier tous ceux et toutes celles qui ont pris un peu de leurs vacances et de cette belle journée pour venir honorer cette mémoire. C'est important d'être là aujourd'hui, d'avoir cette capacité à commémorer dans notre bien beau pays et dans cette bien belle ville.

Car ici, ce n'est pas un simple lieu de mémoire. C'est un point de départ-celui d'une reconquête qui a changé le cours de l'Histoire. Le point de départ de ce qui va libérer la Provence, permettre d'ouvrir un second front à l'Ouest, précipitant la chute du nazisme. Sans ce débarquement, sans ce qui s'est passé ici, la Libération de Paris aurait pu prendre des mois de plus. Sans les soldats venus d'Afrique, d'Amérique et d'Europe, l'Histoire, notre histoire aurait été différente.

Ici a commencé une nouvelle étape de la route de la France combattante. Une route qui allait conduire à la libération de notre pays.

Mesdames et Messieurs les représentants du corps diplomatique, monsieur le Consul général, votre présence aujourd'hui est un honneur pour la France. Elle est le symbole vivant d'une histoire que nos peuples ont écrite ensemble, dans le sang, dans le courage, dans l'espoir.

En 1944, il y avait des soldats qui débarquaient ici: ce sont les fils d'Afrique, du Sénégal à l'Algérie, du Maroc à Madagascar, et qui se battaient pour un idéal : la liberté de la France, et avec elle, celle de l'Europe. Nous leur devons à tous une reconnaissance éternelle.

Leur engagement, trop longtemps méconnu, a été décisif. Sans eux, la Provence ne se serait jamais libérée aussi rapidement. Sans eux, la  route vers Paris n'aurait pas été la même. Aujourd'hui, devant vous, la France reconnaît humblement leur rôle si important dans notre liberté, leur rôle dans notre libération. Elle affirme avec force que leur courage, leur sacrifice et leur fraternité d'armes appartiennent pour toujours à notre mémoire commune.

Les péniches de débarquement approchaient dans l'obscurité et de jeunes soldats, de vingt ans, parfois moins, ont foulé pour la première fois ces rivages, cette côte, ces villages. Beaucoup allaient s'y arrêter pour toujours, y laissant au moins une part d'eux-mêmes.

Il y avait aussi tous ceux de Provence, du Var aux Bouches-du-Rhône, qui, en l'espace de quelques jours, sont passés d'une attente fiévreuse à la stupeur, puis à une joie qu'en fait ils ne devaient même plus imaginer.

Le débarquement de Provence n'était pas seulement une opération militaire, c'est un peuple entier qui a retenu son souffle, puis qui a respiré à nouveau et qui s'est levé.

Cette même armée, en quelques semaines, allait libérer un tiers du territoire national. Avant même que les premiers navires n'apparaissent à l'horizon, la Résistance varoise avait renseigné les Alliés, réceptionné les parachutages venus d'Algérie et harcelé l'occupant sur ses arrières dès l'annonce du débarquement de Normandie.

Des réseaux entiers, souvent composés de quelques dizaines d'hommes et de femmes sans formation militaire, ont pris des risques considérables pour transmettre l'emplacement des batteries allemandes, saboter des lignes de communication, guider dans l'obscurité les premières unités venues de la mer.

Nous nous souvenons d'Esther Poggio, de Joseph Lajoux, et de René Borghini, agents de liaison arrêtés à Monaco en juillet 1944, quelques semaines à peine avant l'opération qu'ils avaient contribué à préparer.

Nous nous souvenons des infirmières, qui ont soigné sous les bombes, avec un dévouement sans limites. Les mères, les épouses, les sœurs, qui ont caché des soldats, nourri des résistants, ou tenu bon, dans l'attente de jours meilleurs.

Nous nous souvenons, des commandos d'Afrique, qui touchèrent terre les tout premiers, au pied de la falaise du Cap Nègre, avant même minuit.

Cette 1ère  Armée, ce sont, pour l'essentiel, des tirailleurs sénégalais, marocains, algériens, tunisiens, des goumiers, des spahis, des artilleurs et des sapeurs venus de Madagascar et d'Afrique équatoriale : sur les 260 000 soldats de l'armée qui la composent, la grande majorité vient d'Afrique du Nord et d'Afrique subsaharienne.

Beaucoup ne découvrent pas la guerre sur ces côtes - ils se sont déjà battus avec bravoure en Tunisie, puis en Italie, au prix de pertes très lourdes.

Ce sont eux qui mèneront l'essentiel des combats pour la libération de Toulon et de Marseille, arrachées à l'ennemi en quelques jours à peine, bien avant ce que les états-majors alliés avaient jugé possible.

Mais ce souvenir est aussi celui des forces alliées. Car si la France a été libérée par des Français, elle l'a été aux côtés d'hommes venus d'Amérique, du Royaume-Uni ou encore du Canada.

Près de 100 000 soldats américains participent à l'opération Dragon. Ils viennent de débarquer sur ces côtes, avec leurs chars, leur artillerie, leurs véhicules, leur aviation et leurs navires.

Près de neuf cents Alliés perdent la vie au cours de cette seule opération.

Cette histoire a longtemps été à peine racontée, ou peut être laissée au second plan par rapport à d'autres mémoires du débarquement. Elle ne peut plus l'être.

Et notre présence, si nombreuse aujourd'hui, le montre, parce que ces nations, nos nations, ont donné des soldats à la France dans des heures sombres; la France leur doit, en retour, l'entière reconnaissance de leur sacrifice, et une fidélité éternelle qui ne se démentira jamais. Cette armée venue de tous les continents n'attendait rien en retour de son sacrifice, sinon la paix.

Les anciens combattants, présents aujourd'hui et les associations entretiennent cette mémoire et jouent un rôle absolument essentiel.

C'est un rôle qui est pour nous et qui est pour vous.

Lorsque j'avais votre âge, il n'y avait pas de si belles cérémonies ou en tout cas on les connaissait moins. C'est très important d'être là aujourd'hui, merci d'avoir lu les si jolis textes que vous avez lus, merci à tous ceux qui vous ont accompagnés. C'est un travail de fidélité.

Ceux qui ont connu ce qu'on décrit, ceux qui ont vu cette plage autrement que nous la voyons aujourd'hui, peu à peu ne peuvent plus. Ils ont témoigné, mais peu à peu ils ne seront plus là. Il y a encore quelques années, quand le Président de la République a commémoré le 80e anniversaire de la libération de Provence, il y avait d'anciens tirailleurs sénégalais qui étaient à ses côtés, qui étaient présents sur ces côtes pour incarner cette Histoire vivante.

Et bientôt, ce sera à notre tour, à votre tour de dire :

Nous savons.
Nous savons ce qu'il s'est passé ici. Nous savons qu'ils sont venus.
Nous savons qu'ils ont combattu pour nous. Nous savons qu'ils ont souffert.
Nous savons que certains sont tombés ici.
Nous savons que leur sacrifice a contribué à rendre à la France sa liberté.
Et nous voulons que cette mémoire ne s'efface jamais. Et nous faisons le serment de la porter.

Elle signifie beaucoup. Elle signifie que des hommes, différents par leur origine, leur langue, leur culture, leur histoire, leur condition, ont su combattre ensemble. Ils n'avaient pas nécessairement le même passé, mais ils avaient un objectif commun : la liberté, la défaite de la barbarie, la libération de l'Europe.

Cette fraternité d'armes entre eux ne signifie pas que toutes les histoires sont les mêmes. Elle signifie que dans l'Histoire, des destins différents peuvent se rejoindre autour d'une même cause, la plus grande, quand l'essentiel est en jeu.

La paix retrouvée en 1945 n'a pas mis fin à l'Histoire. Elle a ouvert 80 années au cours desquelles la France aux côtés de ses Alliés, s'est engagée.

Les soldats de 1944 n'ont pas seulement gagné une bataille: ils ont ouvert un chemin que d'autres générations, les nôtres, ont su, ont pu entretenir. Nos armées portent aujourd'hui cette responsabilité, dans un contexte stratégique que probablement nos aînés n'auraient pas imaginé avec le retour de la guerre sur le continent européen.

Il est d'autant plus important de garder cette fidélité à ce qu'il s'est passé, il y a 82 ans, dans cette baie, à cette même heure, où des hommes venus de tous les continents ont choisi de risquer leur vie pour que nous vivions libres. Ils partageaient une conviction : qu'aucun peuple ne devrait être soumis à un autre par la force, et que cette conviction valait qu'on meure pour elle.

82 ans plus tard, sur ces mêmes rivages, notre devoir est simple à énoncer mais exigeant à tenir : ne jamais laisser s'effacer ce qu'ils ont fait, être dignes, chaque jour, de ce qu'ils nous ont donné.

À tous ceux qui sont tombés dans cette campagne de Provence, À tous ceux qui ont survécu et nous ont transmis leur mémoire, À ceux qui, aujourd'hui encore, portent l'uniforme de la France, À ceux dont les nations ont libéré ce rivage aux côtés de la nôtre, La France n'oublie pas. Et elle n'oubliera jamais.

Vive la République !
Et vive la France !


source https://www.defense.gouv.fr, le 18 septembre 2026