Texte intégral
FRANCIS LETELLIER
Bonjour Maya. Bonjour à tous et bienvenue dans les quatre vérités. À l'heure qu'il est, tous les enfants sont à l'école, normalement. L'année est lancée, en tout cas. Du point de vue politique, l'éducation est sur toutes les lèvres. Au centre de la campagne présidentielle, tous les candidats en parlent et veulent faire la révolution. Bonjour Édouard Geffray.
ÉDOUARD GEFFRAY
Bonjour.
FRANCIS LETELLIER
Invité des quatre vérités aujourd'hui. Merci d'être avec nous. D'abord, faisons un point. 15 jours après la rentrée, est-ce qu'il y a un prof devant chaque élève et dans chaque classe ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, comme je l'avais dit : nous avons un nombre de postes vacants qu'on peut passer comme marginal rapporté aux 800 000 professeurs. En revanche, ce qui reste ici ou là, comme chaque année, et malheureusement, c'est assez inévitable, des groupes d'heures qui ne sont pas encore pourvus. Donc, on y travaille.
FRANCIS LETELLIER
À raison de combien, de pourcentage d'heures qui ne sont pas pourvus, ou de profs qui ne sont pas à leur poste ?
ÉDOUARD GEFFRAY
C'est difficile à dire, parce qu'en fait, c'est souvent des groupes d'heures dans les établissements. C'est 3 h, par exemple, parce qu'une personne est passée à 90 %, etc. Donc, on ne sait pas le quantifier en équivalent…
FRANCIS LETELLIER
Les syndicats, eux, ils disent : ça touche un établissement sur deux, cette histoire.
ÉDOUARD GEFFRAY
C'est probablement un tout petit peu excessif, mais pas forcément une vérité. Après ça, un établissement, c'est plusieurs centaines d'heures et ça peut être 2, 3 h qui manquent. Donc, ça ne veut pas forcément dire grand-chose appréhendé comme ça. Ce qui est sûr, c'est que la quasi-totalité, évidemment, des cours sont assurés. Dans le premier degré, il nous reste à peine une cinquantaine de postes non pourvus sur les 355 000. Donc, vous voyez.
FRANCIS LETELLIER
L'école primaire, premier degré.
ÉDOUARD GEFFRAY
Voilà.
FRANCIS LETELLIER
Et collèges et lycées ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Et collèges et lycées, on est à peu près sur quelques dizaines de postes non pourvus actuellement. Donc, globalement, on a une rentrée que je qualifierais de correcte en termes de qualité service public pour les Français.
FRANCIS LETELLIER
Et parmi les nouveautés : l'interdiction du téléphone portable dans les lycées. Est-ce que ça marche ? Est-ce que c'est respecté ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, ça se met en place progressivement.
FRANCIS LETELLIER
Vous voulez dire que, bon, c'est difficile ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Non, non, parce que… Alors, c'est assez intéressant, ce truc-là, parce que tout le monde dit : c'est quand même bien difficile de faire respecter par des élèves de quinze ans l'interdiction du téléphone portable. Mais en revanche, y compris dans… la semaine dernière, tout le monde nous dit, et c'est démontré scientifiquement, que c'est indispensable. Donc, au bout d'un moment, ça se met en place progressivement. Mais la ligne, elle est claire…
FRANCIS LETELLIER
Très progressivement, vous voulez dire ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Non, progressivement.
FRANCIS LETELLIER
Bon, d'accord.
ÉDOUARD GEFFRAY
Mais la ligne, elle est claire : c'est qu'un élève, un lycéen ou lycéenne, il laisse son portable au fond du sac au lycée. Et c'est vital. C'est tout.
FRANCIS LETELLIER
Sébastien Lecornu appelle tous les ministres à faire des économies sur leur budget d'ici la fin de l'année. Et il y a quelque chose qui est en train de monter. Vous allez me dire si c'est vrai ou faux. C'est très clair et net. Parmi les pistes pour des économies sur le budget, il y aurait les déductions fiscales, les crédits d'impôt pour les frais de scolarité qui seraient mis en cause. Vrai ou faux ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Écoutez. Enfin, à ma connaissance, ni l'un ni l'autre, en tout cas. Il y a des supputations. Mais enfin, comme ça fait des semaines que tout le monde émet des hypothèses, si vous voulez, en dehors du budget, je suis content de voir que ça intéresse tout le monde, mais il faut regarder…
FRANCIS LETELLIER
Et les frais de scolarité déductibles des impôts ou qui donnent droit à un crédit d'impôt, ce n'est pas remis en cause ?
ÉDOUARD GEFFRAY
En tout cas, moi, à date, je n'ai aucun élément dans ce sens. Mais on a un séminaire gouvernemental avec le ministre du Budget, donc j'imagine qu'on parlera globalement du budget. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il faut vraiment arrêter collectivement les petites musiques qui visent en fait à faire peur à chacun pour mieux faire peur à tout le monde. Ce qui compte, c'est qu'on ait un budget à la fin. Parce que ça, par contre, si le pays n'a pas de budget, je peux vous garantir qu'on sera vraiment, pour le coup, dans une situation compliquée.
FRANCIS LETELLIER
Des candidats à la présidentielle promettent tous d'augmenter les salaires des enseignants.
ÉDOUARD GEFFRAY
Ils ont raison.
FRANCIS LETELLIER
Donc, ça veut dire qu'il y a eu du retard ces dernières années. Vous l'actez, ça ? Il y a eu du retard ces dernières années.
ÉDOUARD GEFFRAY
Ce n'est pas simplement une question de retard. On a deux sujets différents. Il y a eu des augmentations assez importantes entre 2022 et 2024. On est dans une situation, actuellement, budgétaire contrainte. Et surtout, la structure de rémunération des professeurs fait qu'on a beaucoup valorisé en début de carrière, mais qu'après, il y a un long plateau, en fait. C'est-à-dire qu'en gros, entre 5 et 20 ans de carrière, on ne progresse pas beaucoup. Et ça, c'est un énorme sujet.
FRANCIS LETELLIER
Donc, là, il y a eu du retard ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Il ne faut pas forcément qualifier ça de retard. En tout cas, structurellement, la progression des salaires est très lente chez les professeurs les 20 premières années. Et après, par contre, elle s'accélère sérieusement. Et donc, c'est là-dessus qu'il faut concentrer l'effort.
FRANCIS LETELLIER
Mais comme il faut faire des efforts sur le budget, ça, ça ne sera pas touché ?
ÉDOUARD GEFFRAY
On verra bien.
FRANCIS LETELLIER
Ce n'est pas encore acquis ? Ce n'est pas sanctuarisé ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Non, mais ce n'est ni l'un ni l'autre. Mais si vous voulez, arrêtons de se poser…
FRANCIS LETELLIER
Mais je vous pose la question, parce que tout le monde se pose la question, de savoir sur qui ça va tomber.
ÉDOUARD GEFFRAY
Eh bien, au bout d'un moment, il y aura des décisions qui seront prises, et on verra.
FRANCIS LETELLIER
Alors, la bonne nouvelle en tout cas, c'est que tous les candidats, je disais, s'intéressent à l'école, à l'éducation. Ils pourront faire campagne sur ce sujet partout ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, ils pourront faire campagne dans les écoles au sens où ils pourront se rendre dans les lieux. Enfin, dans les écoles, en dehors du temps scolaire. En dehors du temps scolaire.
FRANCIS LETELLIER
C'est-à-dire ?
ÉDOUARD GEFFRAY
L'école, c'est un objet de campagne. Vous voyez bien, tout le monde en parle.
FRANCIS LETELLIER
Oui.
ÉDOUARD GEFFRAY
Ce n'est pas le lieu de la campagne. C'est-à-dire qu'on ne va pas faire campagne au milieu des enfants.
FRANCIS LETELLIER
Ça veut dire ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Donc, ça veut dire qu'ils pourront venir en dehors des cours pour éventuellement rencontrer des personnels volontaires, c'est-à-dire, si les personnes acceptent de les rencontrer. Aucun problème. Au contraire, ça permettra de connaître la réalité du terrain. Mais en revanche, on ne les verra pas faire le tour des classes et être photographié…
FRANCIS LETELLIER
Vous allez leur interdire ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Très concrètement, je prends aujourd'hui une instruction qui indique très clairement cela. C'est-à-dire que tout candidat peut venir voir les équipes en dehors du temps scolaire. En revanche, un candidat ne commence pas à faire le tour des classes pour parler aux élèves et faire campagne.
FRANCIS LETELLIER
Ce sera une circulaire ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Oui.
FRANCIS LETELLIER
C'est nouveau, ça.
ÉDOUARD GEFFRAY
C'est la première fois qu'on le dit explicitement. Et je crois que ça a un peu de bon sens.
FRANCIS LETELLIER
Mais pourquoi ? Pourquoi ? Parce qu'il y a eu des dérapages ? Vous craignez quelque chose ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Il y a un principe de neutralité du service public, dont moi, je suis le garant. Et je considère que des élèves de dix, douze, treize ans n'ont pas à voir un candidat débarquer dans leurs salles de classe pour faire campagne. Donc, que les professeurs, bien sûr, puissent les rencontrer sur le site scolaire, évidemment. Mais les élève, ils n'ont pas besoin.
FRANCIS LETELLIER
Alors, peut-être dans les écoles et collèges, mais dans les lycées ? Il y a aussi, dans les lycées, des jeunes qui ont 18 ans.
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, il y a quelques jeunes qui ont 18 ans, à fortiori quand ils sont en classe prépa.
FRANCIS LETELLIER
Dans les lycées professionnels, dans les lycées classiques. Et donc ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Oui, mais on ne commence pas à faire le tri sur l'âge des élèves. Il y a un principe de neutralité du service public. Donc, je n'ouvre pas une école pendant des heures de cours pour qu'on puisse y faire campagne. C'est tout. Mais c'est du bon sens, hein.
FRANCIS LETELLIER
Vous avez des craintes, non ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Non, ce n'est pas une question de crainte, mais les règles sont toujours plus simples à faire respecter quand elles sont claires et quand elles sont écrites.
FRANCIS LETELLIER
Un autre sujet, c'est le périscolaire : les affaires d'animateurs accusées ou poursuivies de violence ou d'abus sur les enfants lors d'activités extrascolaires, en particulier à Paris. Une commission d'enquête parlementaire au Sénat en ce moment. Anne Hidalgo, ancienne maire de Paris, dit : "C'est un problème systémique. C'est le système. Il n'y a pas forcément de responsabilité personnelle ou politique". Est-ce que vous partagez ce point de vue ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Pas complètement. Il y a un fait sociétal, c'est qu'aujourd'hui, un enfant sur dix a été victime, alors qu'il était mineur, de viol ou d'agression sexuelle. Bon, ça, c'est un fait sociétal. Maintenant, quand on exerce une responsabilité, par définition, on prend toutes les mesures possibles pour que ce genre d'événement n'arrive pas. Et donc, je ne crois pas qu'on puisse dire, mais comme ça a été fait, d'ailleurs, pendant des années, un peu par tout le monde. Chat perché, ce n'est pas chez moi. Il n'y a pas de chat perché en matière de viol.
FRANCIS LETELLIER
Donc, ça veut dire que quand Anne Hidalgo dit "Ce n'est pas moi", vous dites, vous "Elle a une part de responsabilité" ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Non, je ne juge pas Anne Hidalgo en particulier. Je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est qu'on a la responsabilité individuelle et collective d'agir. Moi, depuis que je suis arrivée, si vous voulez, j'ai publié un guide de signalement, j'ai nommé une médiatrice en charge du droit des enfants. Je porte un fichier interdit d'école dans la loi. Bon, ce sujet, c'est un combat qu'on mène au quotidien.
FRANCIS LETELLIER
Donc, ça, en tant que ministre. Donc, un maire doit faire aussi attention ? Il doit prendre sa responsabilité ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Il doit faire en sorte que le droit soit respecté et que le cadre soit respecté. À part ça, est-ce que le cadre est suffisant ? Ça, c'est une autre question. Mais au moins, de faire en sorte que ça soit respecté. Je ne sais pas en l'occurrence.
FRANCIS LETELLIER
Mais un maire a des responsabilités ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Bien évidemment. Enfin, oui, le maire a une responsabilité très précise sur ses personnels ; comme le ministre de l'Éducation nationale a une responsabilité sur ses personnels.
FRANCIS LETELLIER
Alors, ça nous amène à un couac de la rentrée, qui est un peu dans le même thème : le questionnaire qui devait être distribué en novembre aux élèves.
ÉDOUARD GEFFRAY
Qui va être distribué, oui. Qui devait, qui doit.
FRANCIS LETELLIER
C'est toujours novembre ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Ah oui, bien sûr.
FRANCIS LETELLIER
Sur les violences sexuelles et sexistes. Ça a été retoqué. Il faut qu'il soit rerédigé. Qu'est-ce qui va se passer ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, il n'a absolument pas été retoqué, puisqu'il y a une version qui est actuellement en cours de travail et de concertation avec des professionnels, les organisations syndicales, les associations de parents d'élèves, les associations de protection des enfants. Donc, il y a juste une version, si je puis dire, martyr, qui a été malheureusement diffusé dans la presse, alors que c'était juste un document de travail fait pour être complètement remanié. Donc, ça, il n'y a pas de débat. En revanche, ce qui va se passer, c'est ça qui est intéressant : c'est que ce n'est pas un questionnaire isolé, c'est un processus. En s'appuyant sur les séances d'éducation à la vie affective et relationnelle, les élèves vont tous pouvoir remplir un questionnaire pour libérer la parole et dire si oui ou non, ils ont été victimes d'actes anormaux.
FRANCIS LETELLIER
Mais dans un cadre précis, et pas chez eux, ni dans leur coin.
ÉDOUARD GEFFRAY
Dans un cadre précis. Non, non, à l'école. Et si dans ce cadre-là, ils le souhaitent, ils pourront laisser leur nom et leur prénom pour rencontrer des professionnels ensuite, infirmières, scolaires, psychologues, et cetera, qui déclencheront d'éventuelles poursuites judiciaires. Voilà. C'est aussi simple et lisible que ça.
FRANCIS LETELLIER
Merci, Édouard Geffray, d'être venu sur le plateau des 4 Vérités ce matin, où vous nous avez dit que les candidats à la présidentielle sont priés de ne pas aller à l'école quand il y a des élèves.
ÉDOUARD GEFFRAY
En tout cas sur temps-scolaire, oui.
source : Service d'information du Gouvernement, le 22 septembre 2026