Déclaration de Mme Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants, en hommage aux combattants alliés du Débarquement de Provence en août 1944, à Cogolin (Var) le 15 août 2026.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Alice Rufo - Ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants

Circonstance : 82e anniversaire du débarquement de Provence

Texte intégral

Madame la maire de Cogolin,
Monsieur le consul général des États-Unis, 
Monsieur le consul général du Cameroun, 
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le préfet maritime de la Méditerranée, 
Messieurs les officiers, sous-officiers et militaires du rang,
Mesdames et messieurs les représentants du monde combattant, 
Mesdames et messieurs les porte-drapeaux,
Mesdames et messieurs, en vos grades et qualités,

Merci beaucoup pour ce beau discours, madame la maire, dans lequel au fond vous avez rappelé quelque chose qui relève de la simplicité, des gestes simples, comme, déposer des fleurs, qui racontent la très grande histoire et rencontrent de très grands personnages, des héros et de très grandes alliances.

Et au fond, le lieu dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui, ce sont ces mémoires qui s'y côtoient : celle de Jean Moulin, qui unifia la Résistance ; celle des soldats américains du " Rock of the Marne " ; celle du général de Lattre de Tassigny et de la 1ère armée française.

La Résistance, qui espérait, qui attendait l'Allié, l'Armée de la France renaissante: tout ce qu'il a fallu pour libérer un pays tient au fond dans ce square autour de nous.

Il y a quatre-vingt-deux ans, jour pour jour, les hommes de la 3e division d'infanterie américaine débarquaient à Cavalaire. Le soir même, par la route, ils étaient à Cogolin.

Cette division portait un surnom gagné vingt-six ans plus tôt. En juillet 1918, sur la Marne, ses régiments tinrent quand tout pliait autour d'eux ; et aux officiers, leur général répondit en français : « Nous resterons là. » On les appela " Rock of the Marne ", le rocher de la Marne, et la phrase devint leur devise.

En 1918, ils sont restés. Et en 1944, ils sont revenus.

Deux fois en cette première moitié du siècle dernier, la jeunesse américaine a traversé l'Atlantique pour libérer la France. Et l'année où les États-Unis célèbrent le 250e anniversaire de leur indépendance, nous nous souvenons de ce qui fonde cette fidélité : la première alliance que l'Amérique ait jamais conclue, elle l'a conclue avec la France, en 1778.

De la rade de Yorktown aux rives de la Marne, des plages de Cavalaire aux rues de Cogolin, c'est la même parole, une même fidélité, qui se tient.

Mr. Consul General, since you did it in French and thank you very much for that, I will speak for a moment in English. This year your nation celebrates 250 years of independence. France was at America's side at her birth ; America was at France's side at her rebirth, here, in August 1944. On this square, the word "ally" has a face : the soldiers of the Rock of the Marne. France does not forget. ln Normandy, we say "Welcome back, welcome home". Somehow, here, you are at home at Cogolin.

Deux jours plus tard, le 17 août 1944, le général de Lattre de Tassigny installe ici son quartier général : le premier de la 1ère armée française sur le sol de la métropole libérée, comme le rappelle la plaque apposée sur l'immeuble qui l'abrita. C'est d'ici qu'il lança ses hommes sur Toulon et sur Marseille, tombées avec des semaines d'avance sur les plans alliés.

Quelques jours durant, en août 1944, Cogolin fut la capitale militaire de la France en train de renaître.

Et ce square porte le nom de Jean Moulin. Rien n'est plus juste dans l'histoire militaire de notre pays.

Car avant le soleil des plages au mois d'août, il y eut le long et patient combat de l'armée des ombres : les maquis des Maures, les guides de la nuit du débarquement, ceux qui renseignaient, cachaient, résistaient. La Libération n'est pas seulement arrivée par la mer. Elle s'était préparée aussi depuis l'intérieur des terres.

Quatre-vingt-deux ans ont passé.

Les témoins s'éteignent ; les monuments demeurent ; mais un monument ne parle que si quelqu'un s'arrête devant lui, si quelqu'un célèbre le souvenir qu'il porte, si quelqu'un s'efforce de transmettre, par des mots toujours bien insuffisants, l'importance de ce qu'ont accompli ces héros.

Des héros qui étaient des jeunes gens comme ceux que l'on croise chaque jour pourtant. Des hommes et des femmes ordinaires dans une époque extraordinaire, qui ont fait leur devoir, et qui nous rappellent ce que signifie l'engagement pour son pays, pour la liberté.

C'est pourquoi nous sommes là, et c'est pourquoi il faudra y revenir, avec les enfants, avec les jeunes de Cogolin, année après année. Parce que si l'on s'habitue au discours de haine, si l'on s'habitue à ce qui doucement fait glisser un pays dans l'oubli de soi et dans l'oubli des valeurs qu'il porte, alors le pire est toujours possible. Alors même qu'à cette banalité du mal, nous pouvons à notre échelle opposer cette simplicité du bien.

Aux soldats de la 3e division d'infanterie américaine, aux combattants de la 1ère armée française, aux résistants du Var, à tous ceux qui ont rendu à la France sa liberté, nous  disons humblement, modestement notre gratitude et la promesse de maintenir leur serment.


Vive l'amitié entre les peuples libres !
Vive la République ! 
Vive la France !


source https://www.defense.gouv.fr, le 22 septembre 2026