Texte intégral
Mesdames et Messieurs les délégués,
Chers membres du bureau national,
Mesdames et Messieurs,
Je suis heureuse d'être parmi vous aujourd'hui.
Pas par courtoisie protocolaire. Parce que ce congrès est l'un des rares endroits où l'enseignement professionnel s'exprime dans sa vérité. Trois cents professeurs, formateurs, conseillers, venus de tout l'Hexagone et de tous les territoires d'outre-mer, qui portent chaque jour, dans leurs établissements, le destin de centaines de milliers de jeunes. Ce n'est pas une réunion institutionnelle de plus. C'est un moment de responsabilité partagée.
Et c'est précisément de cette responsabilité que je veux parler en premier. Le dialogue entre le ministère de l'Éducation nationale et les organisations syndicales n'est pas une option. Ce n'est pas une concession que l'on fait quand tout va bien et que l'on suspend quand ça se complique. C'est une nécessité. Permanente. Structurelle. Et le ministère y est prêt, naturellement, sans réserve. Nous n'aurons pas toujours les mêmes positions. Il y aura des désaccords, des tensions, des moments où nos analyses divergeront. Mais il faut s'écouter à défaut de s'entendre. Vous êtes les premiers à connaître la réalité des classes, des ateliers, des territoires. Aucune politique sérieuse ne peut se construire sans vous. C'est la conviction qui guidera chacun de nos échanges.
C'est dans cet esprit que je veux vous parler ce matin.
Un élève sur trois. Une voie de réussite.
La voie professionnelle, c'est un élève sur trois du secondaire. 650 000 lycéens. Un tiers de la jeunesse lycéenne de ce pays.
Ce n'est pas une voie de relégation. Ce n'est pas la voie de ceux qui n'ont pas réussi à aller ailleurs. C'est une voie de réussite. Et la différence entre ces deux mots, "relégation" et "réussite", c'est précisément le combat que nous avons à mener ensemble.
Chaque individu a droit à la réussite. Pas à une forme particulière de réussite définie par des critères académiques uniformes, mais à la réussite qui correspond à ce qu'il est, à ce qu'il veut faire, à ce dont le pays a besoin. La voie professionnelle, c'est ça. C'est une réponse concrète à une aspiration concrète : apprendre un métier, maîtriser un savoir-faire, entrer dans la vie active avec une qualification reconnue et une fierté légitime. C'est une voie des possibles, au sens plein du terme : des possibles professionnels, des possibles de poursuite d'études, des possibles de vie.
Ce que je veux pour cette voie, c'est qu'elle soit respectée. Respectée par les familles, respectée par les employeurs, respectée par la société. Et ce respect, il passe d'abord par les résultats que nous obtenons, et par les femmes et les hommes qui les rendent possibles.
Ce que j'ai vu sur le terrain
Je ne suis pas arrivée à ce ministère avec des certitudes préfabriquées. Je suis arrivée avec l'intention d'aller voir. Et c'est ce que j'ai fait.
Dans l'Aisne, à Angers, à Montigny-le-Bretonneux, au Blanc-Mesnil, à La Garenne-Colombes, dans les Bouches-du-Rhône. Dans des ateliers d'industrie, dans des formations de bergers, dans des sections de cybersécurité. Et à chaque visite, la même chose m'a frappée : la qualité de ce qui se passe dans ces établissements quand on prend la peine d'y regarder. La qualité des relations entre les enseignants et leurs élèves. La qualité de la pédagogie. L'inventivité. Ces réussites, elles ne tombent pas du ciel. Elles sont à mettre au crédit de ceux qui font ce métier. De vous.
Les PLP : une pédagogie qui mérite d'être reconnue
Il y a quelque chose dans le métier de professeur de lycée professionnel qui n'est pas suffisamment vu, nommé, valorisé. Je veux prendre le temps d'en parler.
Les PLP ont développé une pédagogie qui leur est propre. Une pédagogie de l'ancrage dans le réel, où l'on ne part pas d'un savoir abstrait pour aller vers l'application, mais d'une situation concrète, d'un geste professionnel, d'une compétence à acquérir. Une pédagogie qui valorise l'élève dans ce qu'il sait faire, pas seulement dans ce qu'il ne sait pas encore. Une pédagogie qui dit à chaque jeune : tu es capable. Et qui le prouve.
Jean Jaurès disait : "On n'enseigne pas ce que l'on veut ; on n'enseigne pas même ce que l'on sait ; on n'enseigne que ce que l'on est." Cette phrase a été écrite pour tous les enseignants. Mais elle résonne avec une force particulière pour les PLP. Parce que ces professeurs enseignent avec ce qu'ils sont : des femmes et des hommes qui connaissent le monde du travail de l'intérieur, qui ont parfois usé les mêmes outils que leurs élèves, qui savent ce que c'est que d'apprendre un geste, de rater, de recommencer, de maîtriser. Cette transmission-là ne s'improvise pas. Elle ne s'administre pas non plus. Elle s'incarne.
Les PLP pratiquent la co-intervention, ce dispositif qui réunit dans une même classe un enseignant de discipline générale et un enseignant de spécialité professionnelle, pour faire se rencontrer la langue et le geste, la rédaction et le métier. C'est une innovation pédagogique que l'Éducation nationale tout entière aurait intérêt à regarder davantage.
Ils ont développé une capacité relationnelle avec leurs élèves qui est une spécificité fondamentale du métier. Pas le "tout relationnel" qui renonce aux apprentissages, mais la relation comme condition de l'apprentissage, comme levier pour emmener vers le savoir des jeunes qui ont parfois un rapport difficile à l'école.
Cette pédagogie singulière, cette capacité à innover, cette diversité des parcours qui nourrissent l'enseignement : c'est une chance pour la voie de réussite que nous voulons construire. C'est aussi une chance pour tout le système éducatif, si on accepte de le voir.
Ce que j'ai entendu et ce que je ne veux pas ignorer
Il y a quelques jours, nous nous sommes rencontrés. Vous m'avez dit des choses directes, parfois dures, toujours justes dans leur intention : que des enseignants sont épuisés, que des familles sont perdues, que des jeunes peinent à trouver leur chemin. Que la souffrance des PLP est réelle, profonde, et qu'elle appelle une réponse.
Je les ai entendus, ces mots. Et je veux être honnête avec vous : entendre ne signifie pas toujours acquiescer. Vous respecter, c'est d'abord ne pas vous mentir.
La réforme engagée avait une ambition réelle et juste : faire de la voie professionnelle une voie choisie, personnaliser le parcours de chaque élève selon son projet, renforcer le lien avec le monde économique. Cette ambition, je la partage. Elle reste la bonne.
Mais une ambition n'est pas un résultat. Et entre l'intention et la réalité du terrain, il y a un espace que personne ne peut ignorer honnêtement. Certaines articulations pensées sur le papier n'ont pas trouvé leur traduction dans les classes. Des ajustements ont été nécessaires, ils ont été faits, publiquement, en l'expliquant.
Ce travail, le ministre Édouard Geffray l'a mené avec sérieux et avec le souci du terrain. Nous partageons la même boussole : une voie de réussite qui tient ses promesses. C'est dans cette continuité que je veux avancer, avec vous.
Faire respecter la voie pro : obtenir des résultats
Faire respecter la voie professionnelle, ça ne se décrète pas. Ça se prouve. Par des jeunes qui réussissent leur insertion. Par des formations dont les familles comprennent le sens. Par des parcours qui s'ouvrent plutôt qu'ils ne se ferment.
Et sur ce terrain-là, il y a des signaux encourageants. Pour la première fois depuis près d'un quart de siècle, les demandes d'orientation vers la voie professionnelle augmentent. Elles sont passées de 32 % en 2019 à 36,2 % en 2025. Ce n'est pas un chiffre de communication. C'est la preuve que quelque chose change dans le regard des familles sur cette voie. C'est la preuve que votre travail porte.
Mais il reste trois chantiers sur lesquels vous m'avez interpellée, et sur lesquels je veux travailler avec vous.
Premier chantier : la troisième prépa-métiers.
Vous m'avez parlé de l'orientation comme du sujet que nous avons "le plus raté." Je ne vais pas vous contredire. Trop de jeunes arrivent en lycée professionnel sans projet construit, orientés par défaut plutôt que par choix. Ce n'est injuste ni pour eux, ni pour vous.
La troisième prépa-métiers est la bonne réponse à ce problème. Permettre à des collégiens de découvrir les métiers, de toucher la réalité d'un atelier, d'un chantier, d'un service, avant de faire un choix qui engage plusieurs années de leur vie : c'est cela l'orientation réelle. Pas une case à cocher, pas une fiche Parcoursup remplie en cinq minutes.
Son développement doit s'accélérer. Avec méthode, sans reproduire les erreurs d'un déploiement trop rapide et sans moyens adaptés. C'est un chantier que nous allons mener avec la DGESCO, en lien direct avec vos représentants.
Deuxième chantier : les places réservées en première LP pour les titulaires d'un CAP.
Un jeune qui a obtenu son CAP a prouvé sa compétence. Il a le droit d'aspirer à construire la suite de son parcours. Cette continuité CAP vers la première LP doit être réelle, lisible, garantie. Aujourd'hui, trop de jeunes titulaires d'un CAP se retrouvent sans porte d'entrée vers la LP, faute de places fléchées.
C'est une question de justice. Et c'est une question de cohérence : si nous voulons que la voie professionnelle soit véritablement une voie des possibles, nous devons assurer ces passerelles. Ce travail sera engagé avec la DGESCO dans les prochaines semaines.
Troisième chantier : la poursuite d'études dans l'enseignement supérieur.
93 % des bacheliers professionnels qui candidatent dans Parcoursup visent un BTS ou une licence professionnelle. Ce désir de continuer est légitime. Il mérite une réponse sincère, pas un contournement.
Les Certificats de Spécialisation, ces diplômes de niveau bac+1 réalisés en alternance, trop peu connus des familles et trop peu valorisés par les institutions, sont l'un des outils les plus puissants dont nous disposons. Les élèves qui en bénéficient améliorent leur taux d'insertion de 20 points. Mon ambition est qu'ils soient pleinement reconnus comme diplômes de l'enseignement supérieur. Ce changement de statut change tout : pour l'élève, pour sa famille, pour l'employeur, pour le sens que le jeune donne à son parcours après le bac.
Je ne vous promettrai pas une révolution architecturale du post-bac professionnel ce matin : ce serait vous promettre ce que je ne peux pas garantir seule. Mais je ne laisserai pas la poursuite d'études des bacheliers professionnels être traitée comme la variable d'ajustement des politiques universitaires.
Sur la carte des formations
Je veux dire un mot de ce sujet, sans vous mentir sur ce qu'il implique ni vous inquiéter sur ce qu'il n'implique pas.
La carte des formations doit évoluer pour correspondre aux réalités économiques des territoires. Depuis 2023, ce rythme d'évolution s'est accéléré, avec des ouvertures de places dans des secteurs qui recrutent vraiment : l'industrie, le numérique, les services à la personne, l'énergie. C'est un mouvement positif pour les jeunes qui cherchent un emploi à la sortie.
Ce que je ne ferai pas, c'est traiter les personnels comme une variable d'ajustement de cette transformation. L'évolution de la carte doit être pensée avec les équipes, accompagnée, anticipée. Pas imposée par le haut avec des délais impossibles. C'est une ligne rouge pour moi.
Les internats : une promesse d'égalité des chances
Je veux vous parler d'un sujet qui n'est pas assez présent dans le débat public et qui me tient à cœur : les internats.
Aujourd'hui, 20 % des places d'internat dans les lycées professionnels restent vacantes.
Pendant ce temps, des jeunes renoncent à des formations parce qu'ils ne peuvent pas se loger.
Ce gaspillage n'est pas acceptable, et cette injustice non plus.
L'internat dans un lycée professionnel, ce n'est pas seulement un toit. Pour certains jeunes, c'est un espace de stabilité dans une vie qui n'en offre pas toujours. C'est un cadre qui permet de travailler, de se concentrer, de construire un projet. C'est parfois, pour les plus fragiles, une véritable protection.
J'attends des académies qu'elles travaillent sérieusement sur ce recensement des places vacantes, en lien avec les chefs d'établissement. Je veux que ces données soient partagées avec les organisations syndicales. Et je veux que les familles sachent que cette option existe, qu'elle est accessible, qu'elle peut changer le destin d'un jeune qui n'a pas les ressources pour se loger loin de chez lui.
L'internat est l'un des outils d'égalité des chances les plus concrets dont nous disposons. Il serait incompréhensible de ne pas l'utiliser pleinement.
L'outre-mer
40 % des lycéens en voie professionnelle sont en outre-mer, contre 29 % en Hexagone. Le chômage des jeunes y atteint 38 % en Guadeloupe, 40 % en Guyane, 59 % à Mayotte. Ces chiffres ne sont pas des abstractions. Ce sont des vies, des familles, des territoires qui attendent que la République soit au rendez-vous.
Chaque territoire a sa réalité propre. La Guyane n'est pas la Martinique, Mayotte n'est pas La Réunion. Je ferai la prochaine rentrée en outre-mer. Parce qu'on ne gouverne pas ces territoires depuis Paris, et parce que les équipes qui y travaillent méritent d'être vues et entendues de visu.
Pour conclure
Ces 95 % de PFMP dans des TPE et des PME, c'est votre quotidien. Pas des vitrines industrielles. Des artisans, des commerçants, des patrons de petites entreprises qui accueillent vos élèves parce qu'ils savent, au fond, que la voie professionnelle forme ceux dont leur territoire a besoin.
Ces jeunes ne méritent ni les discours qui les plaignent ni les politiques qui les oublient. Ils méritent une école professionnelle qui leur dit : ton projet a de la valeur, ton savoir-faire sera reconnu, ton avenir est possible. Une école qui dit "réussite" et "possibles", pas "relégation". C'est ce cap que je vous propose de tenir ensemble. Non pas en effaçant les désaccords, car il en existera, et c'est sain. Mais en les inscrivant dans un cadre de travail où la bonne foi de chacun est le point de départ.
Le 16 juin, nous serons là. Ce rendez-vous, vous l'avez accepté. C'est un geste de responsabilité que je salue. Je ferai en sorte qu'il soit à la hauteur de ce que vous attendez.
Pour l'enseignement professionnel. Pour ces jeunes que vous, chaque jour, vous choisissez d'accompagner vers la réussite.
Merci.
source https://www.education.gouv.fr, le 9 octobre 2026