Texte intégral
ALIX BOUILHAGUET
Bonjour Annie GENEVARD.
ANNIE GENEVARD
Bonjour.
ALIX BOUILHAGUET
Vous participez à 11 h 30 à une réunion autour de Sébastien Lecornu. Il s'agit de définir ce fameux nouveau plan de relance à destination des agriculteurs, de manière extrêmement concrète. Quelles nouvelles mesures est-ce que vous envisagez ?
ANNIE GENEVARD
D'abord, gérer l'urgence, cela n'exclut pas de préparer l'avenir. Et on voit bien qu'il faut redonner de l'espoir à cette profession et s'adapter aux bouleversements climatiques que cette profession connaît. Cela veut dire très concrètement adapter les bâtiments d'élevage pour que les animaux ne suffoquent pas de chaleur. Cela veut dire mettre en oeuvre la loi d'urgence agricole et augmenter le stockage de l'eau, parce que l'irrigation est devenue indispensable à la production alimentaire avec le réchauffement et les canicules qui s'ensuivent. Cela veut dire mettre en oeuvre les projets d'avenir agricole pour la souveraineté alimentaire. Il y a beaucoup de projets partout en France, il faut pouvoir les épauler. Cela veut dire apporter des capacités d'emprunt à taux zéro. C'est le prêt à taux zéro. Voilà des mesures qui vont être discutées ce matin avec le Premier ministre.
ALIX BOUILHAGUET
Il y a aussi des problèmes avec l'assurance récolte. Les maraîchers estiment qu'ils ne sont pas assez couverts. Est-ce qu'il y aura une mesure là-dessus ?
ANNIE GENEVARD
Je pense que la question de l'assurance est une question très importante. C'est un outil qui est fait pour dérisquer l'activité agricole qui est soumise à ce dérèglement climatique. Donc s'assurer, c'est permettre de passer les coups durs. C'est cela, la fonction première de l'assurance. Or, nos agriculteurs recourent très peu à l'assurance : deux sur dix assurés. Un éleveur sur dix est assuré. Et cette année, probablement plus qu'aucune autre, elle aurait été extrêmement utile. Il faut donc qu'on travaille avec la profession pour lever les freins. Pourquoi est-ce qu'ils ne s'assurent pas suffisamment, alors même que l'Etat et l'Europe prennent en charge 70% du contrat d'assurance ?
ALIX BOUILHAGUET
C'est cela, le problème, en fait. Ce sont eux qui ne sont pas suffisamment assurés. Ce ne sont pas les indemnités qui sont trop faibles ?
ANNIE GENEVARD
Les indemnités sont faibles parce qu'ils ne sont pas assurés.
ALIX BOUILHAGUET
Mais s'ils l'étaient ?
ANNIE GENEVARD
S'ils l'étaient davantage, évidemment, dans une année comme celle-là, une compagnie d'assurance m'a dit : " Cette année, les agriculteurs vont passer à côté de 2 à 3 milliards d'indemnisation d'assurance. " Il faut donc comprendre, il faut lever les freins, il faut améliorer le système. Et je comprends ce que disent les maraîchers. C'est vrai que c'est plus compliqué d'assurer du maraîchage parce que les cultures ne sont pas les mêmes d'une année à l'autre au même endroit, donc c'est difficile d'apprécier les pertes de cultures. Mais je pense que cette question de l'assurance est fondamentale. Elle est vraie pour la France comme pour toute l'Europe.
ALIX BOUILHAGUET
Vous parliez des 2 milliards d'euros de prêts à taux zéro. Est-ce qu'ils sont d'ores et déjà effectifs ? Ils sont entre les mains des agriculteurs aujourd'hui ?
ANNIE GENEVARD
Alors l'annonce vient d'en être faite. Je l'ai faite à Cournon la semaine dernière, donc je connais l'impatience des agriculteurs et ils ont raison, et on peut les comprendre compte tenu de leurs difficultés. Donc on va pouvoir les débloquer dès cette année, mais surtout l'année prochaine. Cela veut dire qu'il faut que ce soit intégré au budget. Et cela veut dire qu'il faut un budget, notamment pour l'agriculture.
ALIX BOUILHAGUET
Parce que ces nouvelles mesures, ce plan de relance, ce ne sera pas un texte ad hoc, ce seront des amendements qui vont être au budget qui est discuté en ce moment à l'Assemblée nationale.
ANNIE GENEVARD
Exactement. Les agriculteurs découvriront, au moment de l'examen du budget, les amendements du gouvernement, en espérant qu'il soit adopté et qui permettront de financer. Mais il n'y aura pas que des... Il y aura différents aspects à ce plan de relance : une mobilisation de fonds publics, mais aussi une mobilisation de fonds privés, parce que les projets agricoles et agroalimentaires ne sont pas nécessairement tous portés par l'Etat. Il y a aussi les projets des exploitations et même des entreprises, des coopératives. Donc tout cela va se mettre en oeuvre avec le budget. Mais je répète très clairement qu'il faudra un budget au pays.
ALIX BOUILHAGUET
Et combien ce plan va coûter ?
ANNIE GENEVARD
Alors les choses ne sont pas toutes budgétaires, mais cela, je réserve, si vous me le permettez, l'annonce au moment de l'examen du budget, aux parlementaires. Et puis, il faut que nous travaillions aussi. Le Premier ministre est très attentif à cette question de la relance, et je partage évidemment son analyse, parce que traiter l'urgence, réparer les dégâts ne peut pas se suffire. Il faut aussi préparer l'agriculture de demain.
ALIX BOUILHAGUET
Alors justement ce qu'on a vécu cet été, les sécheresses, les canicules, les incendies, forcément, ça va se répéter. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faudra à chaque fois sortir le carnet de chèques ? Ou est-ce que ça veut dire qu'il faut adapter notre modèle agricole ? Changer de culture avec des variétés peut-être plus résistantes ?
ANNIE GENEVARD
Alors c'est tout ça à la fois. En tout cas, il est clair qu'on ne peut pas être seulement dans la réparation des dégâts. Il faut éviter effectivement de se retrouver dans cette situation. Alors vous avez évoqué quelques pistes. La question de l'eau agricole est fondamentale, la question de l'adaptation des bâtiments. Vous avez évoqué les nouvelles productions végétales mieux résistantes au gel, à la sécheresse. Il faut une irrigation de précision. Il faut travailler avec la profession pour voir exactement quelles sont les bonnes mesures. Mais il est clair qu'il y a des productions qui vont géographiquement bouger avec le réchauffement climatique.
ALIX BOUILHAGUET
Lesquelles ?
ANNIE GENEVARD
Tout type de production qui, aujourd'hui, est plutôt dans le Sud. Peut-être qu'on les verra aussi apparaître dans le Nord. On voit, par exemple, que le maraîchage de serre a moins souffert que le maraîchage de plein champ. Donc peut-être que, dans certaines régions, il faudra intensifier la production sous serre. Les arbres, beaucoup ont péri en raison de la canicule. Il faut qu'on ait de nouvelles variétés végétales mieux résistantes.
ALIX BOUILHAGUET
L'Occitanie, le Sud-Ouest sont particulièrement affectés par la sécheresse. La semaine dernière, il y avait encore 79 départements qui étaient en crise. Quel est l'état des lieux aujourd'hui ?
ANNIE GENEVARD
C'est une situation très, très préoccupante, le manque d'eau, le manque de précipitations dans le Sud particulièrement. Mais chez moi, à Pontarlier, on vit une situation absolument inédite aussi : il n'y a plus d'eau. Il va falloir envisager peut-être des coupures d'eau dans les maisons. Donc on a une situation qui est hors norme, très préoccupante et qui nous renvoie à l'un des objets de la loi d'urgence agricole. Il faut pouvoir stocker l'eau quand elle abonde, quand elle inonde. On a eu des inondations cet hiver. Cette eau si précieuse qui nous manque aujourd'hui, on pourrait en disposer si nous la stockions davantage et si nous l'utilisions avec beaucoup de soin, parce que c'est une ressource précieuse.
ALIX BOUILHAGUET
Arnaud Rousseau, le patron de la FNSEA, évoque une trentaine de milliers d'exploitations agricoles, sur grosso modo 370 000, qui ne seraient pas en capacité de passer l'hiver. Est-ce que c'est juste ? Est-ce que ce chiffre est juste ?
ANNIE GENEVARD
Alors moi, je ne sais pas exactement sur quoi se fonde cette évaluation. Mon rôle à moi n'est pas d'évaluer les fermes qui vont disparaître. C'est de tout faire pour éviter qu'elles ne disparaissent.
ALIX BOUILHAGUET
Mais le Premier ministre est extrêmement alarmiste. Il redoute d'ailleurs de nouvelles mobilisations des agriculteurs en novembre. Est-ce que c'est aussi votre cas ?
ANNIE GENEVARD
Moi, je connais l'inquiétude des agriculteurs et la colère qui peut en résulter. Parce que, quand on vit une situation extrêmement angoissante, ça peut conduire à la colère. C'est humainement tout à fait compréhensible. Mais on n'a pas attendu l'expression de cette colère pour agir. Depuis le mois de mai, avril même, on connaît des problèmes avec le GNR. En mai, la canicule, on a agi au plus vite pour donner aux agriculteurs la certitude que l'Etat et que les Français sont à leur côté.
ALIX BOUILHAGUET
Mais est-ce que cela va suffire ? Est-ce que ça ne va pas être un hiver de tous les dangers ?
ANNIE GENEVARD
Moi, ma responsabilité, c'est d'écouter, c'est de tenir mes engagements et puis surtout de veiller à ce que les choses se déploient rapidement. Parce que la question de la rapidité du déploiement des mesures est tout à fait importante. Et puis, je dirais, par rapport à cette inquiétude et à cette possible colère, les agriculteurs doivent entendre qu'aujourd'hui, à la veille de l'élection présidentielle, le débat doit avoir lieu entre le monde agricole et les candidats à l'élection présidentielle.
ALIX BOUILHAGUET
Ce n'est pas une manière de refiler, si je puis dire, la patate chaude aux candidats à la présidentielle ?
ANNIE GENEVARD
Vous savez, dans quelques mois, nous changerons de président de la République, nous changerons de gouvernement. Ils me connaissent, ils savent comment nous avons travaillé ensemble et comment nous allons continuer de le faire jusqu'au dernier jour, notamment pour le déploiement des lois et, en particulier, la loi d'urgence. Toutes les mesures que nous mettons en place pour le plan d'urgence et le plan de relance. Mais après, il faut qu'il y ait des indications très précises sur ce que veulent les candidats pour eux-mêmes.
ALIX BOUILHAGUET
Toutes dernières deux petites questions d'actualité. Le syndicat de police Alliance annonce le dépôt d'une plainte contre l'Etat pour mise en danger de la vie d'autrui. Les policiers dénoncent des injonctions contradictoires lors des mobilisations lycéennes. C'est du jamais vu. Quelle est votre réaction ?
ANNIE GENEVARD
C'est très troublant parce qu'en effet, des fonctionnaires qui sont assujettis à la neutralité, vous le savez, et qui sont là aussi pour mettre en oeuvre les politiques décidées par leur ministre de tutelle, c'est très troublant. Mais cela dit aussi la situation terriblement compliquée qu'ils vivent. Non seulement ils doivent vivre des heures très difficiles, beaucoup sont blessés. Et, en plus...
ALIX BOUILHAGUET
Ça veut dire que Sébastien Lecornu et Emmanuel Macron les a froissés d'une certaine manière en parlant de manque d'empathie ?
ANNIE GENEVARD
Non, je crois que ce qui est en cause là, ce sont les propos incessants de La France insoumise contre " La police tue. La violence illégitime. " Tout cela, ce sont des ferments de désagrégation du pacte social. Ils exercent une violence légitime, ils protègent les citoyens et ils ont droit à notre respect et notre soutien.
source : Service d'information du Gouvernement, le 16 octobre 2026