Déclaration de Mme Catherine Vautrin, ministre des armées et des anciens combattants, sur la carrière du général Pierre Schill, à Paris le 3 septembre 2026.

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Circonstance : Adieu aux armes du général Pierre Schill

Texte intégral


Madame la ministre,
Madame la ministre déléguée,
Monsieur le grand chancelier de la Légion d'honneur, 
Monsieur le chef d'état-major des armées,
Monsieur le délégué national de l'ordre de la Libération, 
Monsieur le délégué général pour l'armement,
Monsieur le secrétaire général pour l'administration, 
Messieurs les chefs d'état-major,
Monsieur le directeur général de la Gendarmerie nationale, 
Mesdames et messieurs les inspecteurs généraux,
Mesdames et messieurs les officiers généraux,
Officiers, sous-officiers, militaires du rang de l'Armée de Terre, 
Personnels civils du ministère des Armées,
Mesdames et messieurs,

Général,

À l'heure de vos adieux aux armes, c'est toute une vie de soldat qui revient à votre mémoire, et s'invite à la nôtre : des paysages, des visages, des voix, des frères d'armes, des décisions, celles prises dans l'urgence, comme d'autres mûries dans la solitude du commandement.

Mais derrière chacun de ces souvenirs, il y a surtout une existence entière donnée au service de la France.

Trente-neuf années.

Trente-neuf années au cours desquelles vous avez servi notre pays sur tous les terrains, de la tête d'une section jusqu'à celle de l'armée de Terre.

Permettez à la Marnaise que je suis de rappeler que cette histoire commence un peu plus tôt, à Châlons-sur-Marne, où vous êtes né.

Premier ancrage, qui ouvre aussitôt sur le mouvement.

Aîné d'une fratrie de six enfants, vous grandissez au gré des affectations de votre père, le général Schill, de l'Allemagne au Sénégal, de Paris à la Nouvelle-Calédonie.

Tous les deux ans, la découverte ; tous les deux ans aussi, le déchirement du départ.

Comme un avant-goût de votre vie future.

À seize ans, admis à La Flèche, vous préparez, par la voie scientifique, le concours de Saint-Cyr.

En 1987 vous êtes admis à " Coët' ", promotion " Lieutenant Tom Morel ", le héros des Glières.

Vous sortez major.

Parmi toutes les voies qui s'ouvrent alors à vous, vous choisissez l'ancre d'or, celle des troupes de marine.

Avec elles, l'appel du large, et cette fraternité singulière qui unit les marsouins, par-delà les générations.

Votre histoire militaire est une histoire de famille : votre père fut, lui aussi, officier général des troupes de marine et chef de corps du 11e régiment d'artillerie de marine.


Général,

Retracer votre parcours, c'est retracer l'histoire des engagements de la France depuis un demi-siècle : le Tchad de l'opération Épervier, la Somalie de l'opération Oryx, Sarajevo, puis l'Albanie, la République centrafricaine, et la Côte d'Ivoire de l'opération Licorne.

Autant de théâtres où nos armées ont agi, au péril de leur vie, pour le succès des armes de la France.

Chaque fois, vous en étiez.

À Sarajevo, l'Europe redécouvrait 30 ans avant la guerre d'agression russe en Ukraine, que la guerre pouvait ressurgir sur son propre sol.

De la Polynésie au Mans, du Régiment d'infanterie de marine du Pacifique - Polynésie au 2e régiment d'infanterie de Marine vous poursuivez cet apprentissage du commandement au contact.

À Saint-Cyr, où vous revenez encadrer trois promotions de sous-lieutenants, vous transmettez déjà ce que le terrain vous a enseigné.

Puis vous retrouvez le 3e RIMa (3ème régiment d'infanterie de marine), comme chef du bureau opérations-instruction, et la Côte d'Ivoire, dans le cadre de l'opération Licorne.

À l'état-major des armées, vous contribuez au Livre blanc de 2008 et à la loi  de programmation militaire 2009-2014.

En 2009, vous prenez le commandement de ce " Grand 3 ", le 3e RIMa, votre régiment de cœur.

Les années suivantes, Général, seront celles du centre des hautes études militaires, de l'IHEDN, surtout de l'état-major particulier du Président de la République, point de rencontre ultime entre la volonté politique et l'action militaire.

Pendant cinq années aux côtés de François Hollande, vous avez acquis une connaissance intime de ce dialogue exigeant entre le pouvoir civil et le commandement militaire.

Votre loyauté, Général, vous ne la confondez jamais avec le silence: vous dites les choses telles qu'elles sont, sans détour, mais jamais sans proposer une voie de passage, une solution.

j'ai moi-même pu en faire l'expérience.

En 2017, vous décrochez vos étoiles d'officier général, et retrouvez le commandement opérationnel à la tête de la 9e brigade d'infanterie de marine.

Deux ans plus tard, vous devenez chef de la division emploi des forces à l'état-major des armées.

Puis le 22 juillet 2021, vous êtes nommé par le Président de la République, Emmanuel Macron, chef d'état-major de l'armée de Terre.

Là, le marsouin, le planificateur, le conseiller et le chef se rejoignent alors, et votre " quinquennat " débute.

A ce moment-là, la crise sanitaire n'est pas encore derrière nous.

La France est encore pleinement engagée au Sahel.

Sept mois plus tard, la Russie envahit l'Ukraine.

La guerre de haute intensité revient en Europe.

Les rapports de force redeviennent la première langue du monde.

Votre responsabilité, Général, n'était pas de commenter cette rupture.

Elle était d'y préparer l'armée de Terre.

Comme toutes vos missions, vous conduisez celle-ci avec brio.

Vous engagez notamment la transformation " vers une armée de Terre de combat " l'une des plus importantes depuis la fin de la conscription.

Vous lui donnez trois axes :

- moderniser les équipements,
- refondre l'organisation,
- adapter le fonctionnement.

Sous votre impulsion, l'armée de Terre change d'échelle.

Elle se prépare à réaliser un engagement majeur.

Le Commandement du combat futur place la maîtrise de la donnée, la transparence du champ de bataille, la létalité et la protection au cœur de la modernisation.

L'École des drones est créée.

Sept brigades interarmes, dix-huit entités d'appui et de soutien, quatre commandements Alpha, et un Commandement Terre Europe redonnent sa cohérence à l'ensemble de nos forces terrestres.

Le programme SCORPION modernise les unités.

Les exercices ORION leur réapprennent la masse, la durée, l'interarmées, la coalition.

En Roumanie, avec Dacian Fall, la France démontre qu'elle sait projeter une brigade en trente jours et tenir son rôle de nation-cadre sur le flanc Est de l'Europe.

Vous consolidez la coopération avec les États-Unis, vous engagez avec l'Allemagne un partenariat inédit, et vous approfondissez avec la Belgique la coopération CaMo.

En 2024, jusqu'à 18 000 soldats de l'armée de Terre répondent présents pour sécuriser les Jeux olympiques et paralympiques de Paris.

Derrière toutes ces réformes, une seule finalité : des soldats prêts, dès ce soir, et encore plus dès demain, à remplir les missions que la France leur confie.

Durant ces cinq années, vous avez voulu transformer les esprits autant que les structures.

C'est le sens du commandement par intention, que vous avez placé au cœur de l'armée de Terre.

Faire le pari de l'intelligence de ceux que l'on commande, libérer l'initiative et donner du sens à l'action collective.

Car au combat, rappelez-vous sans cesse, seule la victoire compte.

Vous traduisez cette confiance en actes: vous allégez les carcans normatifs, vous placez la performance, l'efficacité et la réactivité au cœur du fonctionnement, et offrez aux brigades davantage d'autonomie, avec un principe maître: la subsidiarité.

Je veux également saluer votre attention constante au recrutement, à la fidélisation, à la réserve opérationnelle, et à la jeunesse française.

Vous avez confiance en elle.

Vous savez qu'elle ne demande pas moins d'exigence, mais une cause à la hauteur de son désir d'engagement.

Cette cause, c'est la France.


Général,

Comme tout grand militaire, il vous arrive aussi de poser le glaive pour prendre la plume. Vous avez consacré à cette réflexion un livre,

Le sens du commandement, dont vous avez choisi de reverser les bénéfices à Terre Fraternité, au profit des blessés et des familles endeuillées.

Général, à l'heure où vous êtes délié de l'obligation de disponibilité au service de la France, je veux saluer votre famille.

Vos trois enfants : Claire, Clotilde et Antoine, ainsi que Marie, votre épouse, qui a été à vos côtés tout au long de cette vie d'officier.

j'ai été très sensible à sa délicate présence lors des hommages que nous avons rendu à nos soldats morts pour la France.

Cette famille, vous avez toujours tenu à la préserver.

Elle n'en a pas moins partagé les exigences de votre engagement.

À Marie, à vos enfants, j'adresse aujourd'hui, comme à vous-même, la profonde reconnaissance de la Nation.

Je salue aussi vos compagnons de promotion, vos frères d'armes, et tous ceux qui, du 3e RIMa à l'état-major de l'armée de Terre, ont servi sous vos ordres ou à vos côtés.

Chacun emporte fièrement une part de ce que vous lui avez transmis.


Général,

La République vous a élevé cet été à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur.

Elle distingue ainsi un officier titulaire de la croix de la Valeur militaire avec deux citations.

Elle honore surtout plus de trente-neuf années de fidélité, de courage, et de service.

Vous êtes, disons-le, un officier général de très grande classe.

Cette classe ne tient ni au rang, ni aux étoiles, ni aux décorations.

Elle tient à cette manière d'être qui vous caractérise.

Faite d'humilité, de droiture, d'intelligence, et de l'élégance de placer toujours le service avant soi.

Chez vous, derrière le calme, l'émotion n'est pas absente :

Elle est tenue, transformée en responsabilité, pour rendre aux autres un cap et la force d'avancer.

Indispensables qualités, dans des fonctions où les drames humains peuvent scander le quotidien.

Il y a quelques semaines, à Coëtquidan, vous avez remis le glaive de commandement au général d'armée Jacques de Montgros.

Car si les hommes passent, la mission demeure.

Pourtant, certains chefs laissent une trace qui demeure avec elle.

La vôtre se trouvera dans une armée de Terre plus forte, plus réactive, plus européenne, plus confiante dans l'initiative de ses soldats, et mieux préparée à affronter les combats qui viennent.

Dans votre dernier ordre du jour, vous avez dit aux soldats de l'armée de Terre :

" L'avenir, vous n'avez pas à le prévoir, mais à le permettre. "

C'est exactement ce que vous avez fait.

Vous avez permis à l'armée de Terre de regarder le monde tel qu'il est, de se préparer sans peur, et d'avancer sans renier ce qu'elle est.

Le 11 septembre, vous quitterez le service actif.

Mais on ne quitte jamais tout à fait le service de la France.

Sous les étoiles du général d'armée, toujours demeurera le jeune marsouin de Châlons-sur-Marne, celui qui avait choisi l'ancre d'or, et le service de la France.

Général d'armée Pierre Schill, la Nation vous exprime sa profonde reconnaissance.

Ces trente-neuf années de service continueront d'inspirer ceux qui portent aujourd'hui l'uniforme, comme ceux qui le porteront demain.

Adieu aux armes, mon général. 
Vive la République ! Vive la France !


source https://www.defense.gouv.fr, le 16 octobre 2026