Interview de Mme Catherine Vautrin, ministre des armées et des anciens combattants, à ICI Radio Cotentin le 16 octobre 2026, sur les sous-marins nucléaires d'attaque, l'entreprise Naval Group, le budget de la défense et le nouveau service national .

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Texte intégral

BENOIT MARTIN
Bonjour Caroline. Bonjour à tous.

CAROLINE JOUANNEAU
Vous nous avez rejoints en studio ce matin avec l'invitée d'ICI Cotentin, la ministre des Armées, en déplacement dans la Manche aujourd'hui.

BENOIT MARTIN
Oui. Bonjour, Catherine Vautrin.

CATHERINE VAUTRIN
Bonjour Benoît Martin.

BENOIT MARTIN
Merci d'avoir accepté l'invitation d'ICI Cotentin à l'occasion de votre passage dans notre département. Vous allez notamment assister à une étape symbolique dans la préparation du sous-marin Le Rubis, destiné à rejoindre la flotte française l'année prochaine. Il représente quoi, d'ailleurs, pour la France, ce sous-marin, celui-ci et les cinq qui l'accompagnent ?

CATHERINE VAUTRIN
Alors, ce sont ce qu'on appelle des sous-marins nucléaires d'attaque. C'est un nouveau programme qui a été lancé en 1998. Donc, vous voyez le temps entre le moment où on lance le programme. Trois de ces nouveaux sous-marins sont déjà opérationnels et, aujourd'hui, c'est la mise à l'eau. Donc, c'est un moment tout à fait important pour les capacités françaises. Ce Rubis sera ensuite suivi par le Casabianca, qui sera le dernier. Et entre-temps, on en a un qui est en voie de finalisation, qui est le De Grasse, qui, lui, devrait être opérationnel d'ici la fin de cette année. Et à un moment où le monde se réarme, ça montre la capacité de la France en matière de technologie, de savoir-faire, d'avoir effectivement des sous-marins qui assurent très concrètement la défense de notre pays par la technicité, mais également par les équipages. Et quand je parle des équipages des équipages des sous-marins, mais également de tous les plongeurs qui peuvent être embarqués, parce que c'est l'une des caractéristiques : propulsion nucléaire, armement, et embarquement également de plongeurs. Donc, on voit une capacité des armées françaises.

BENOIT MARTIN
Donc on est à la pointe de la technologie avec ces équipements que l'on doit à une entreprise française, Naval Group, où vous serez tout à l'heure, effectivement, pour assister à ce moment symbolique autour du Rubis. Ça compte d'avoir une entreprise capable de faire ça en France ?

CATHERINE VAUTRIN
Bien sûr. C'est l'un des fleurons de l'industrie française. Vous savez, quand on parle de Naval Group, on parle évidemment des SNA, mais on pourrait parler des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins, qui sont également en construction. Et ici, à Cherbourg, on peut également parler des frégates de défense et d'intervention. On a, à Lorient, livré de magnifiques frégates l'année dernière pour les Grecs, le Kimon, après avoir construit une autre frégate, la première FDI française, l'Amiral Ronarc'h. On vient de signer une vente de quatre frégates à la Suède. Donc, vous voyez qu'en matière non seulement de savoir-faire, d'équipement, mais d'export… Moi, j'ai retrouvé Naval Group il y a trois semaines en Indonésie, où ils construisent avec une entreprise indonésienne, PT PAL, deux Scorpène. Je les ai vus à Salamine, en Grèce, où là, ils sont avec un chantier naval pour les FDI. Donc, vous voyez le rayonnement. Et si on regarde Cherbourg, 5 000 emplois à Cherbourg. Donc, c'est dire la dynamique de cette entreprise en matière à la fois de technicité, mais aussi de tradition. Je ne vais pas donner des cours aux habitants du Cotentin, qui connaissent parfaitement l'industrie navale, mais il y a ici des savoir-faire exceptionnels.

BENOIT MARTIN
Pour la souveraineté aussi de notre armée, c'est également important dans un contexte compliqué au niveau international, où nos alliés peuvent devenir, d'une certaine façon, des fois presque des ennemis.

CATHERINE VAUTRIN
Vous avez tout à fait raison, c'est un élément de souveraineté absolument majeur, avec un sujet que je veux mettre en avant, qui est ce choix français qui date du général de Gaulle : le programme de dissuasion nucléaire. Vous avez entendu le discours du président de la République à l'île Longue le 2 mars dernier. Cette souveraineté, elle n'a jamais évolué dans notre pays, au sens où elle n'a jamais changé, quels qu'aient été les exécutifs depuis soixante ans.Et au moment où on va avoir un rendez-vous démocratique très important, qui est celui des présidentielles, il ne faut jamais oublier que celui qui détient la responsabilité de la dissuasion, par son élection au suffrage universel, c'est le président. C'est majeur.

BENOIT MARTIN
Catherine Vautrin, on va parler du budget parce que...

CATHERINE VAUTRIN
Est-ce qu'on peut dire que le Rubis qu'on va mettre à l'eau porte un nom symbolique ?

BENOIT MARTIN
Oui.

CATHERINE VAUTRIN
Il y a 85 ans, un précédent Rubis avait été fait compagnon de la Libération par le général de Gaulle, qui avait dit qu'il n'y avait pas une heure qui n'avait pas été consacrée au service de la France. Vous voyez la force de ces SNA.

BENOIT MARTIN
Un mot sur le budget, Catherine Vautrin, parce qu'il est en train d'être voté. Et le budget des armées, il sera à la hausse l'année prochaine, s'il est voté : un peu plus de 63 milliards d'euros. Ce n'est pas le cas de tous les budgets. Vous êtes l'une des rares ministres à pouvoir vous en féliciter. Est-ce que c'est normal au moment où, finalement, partout, on demande des économies ?

CATHERINE VAUTRIN
Vous savez, un budget, c'est un choix politique. Un choix politique fait par l'exécutif. Vous l'avez dit au début de notre entretien, notre enjeu absolument majeur, c'est celui de l'évolution de la situation mondiale. On voit que le monde se réarme, on voit que nous avons besoin… Le chef des armées, qui est le président de la République, doit avoir une armée qui est une armée entraînée, une armée opérationnelle, une armée équipée. Tout cela nécessite bien évidemment des choix qui sont des choix d'équipement. Et on voit l'importance de ces choix d'équipement. Je viens de parler des emplois à Cherbourg avec Naval Group. Je pourrais dire que, globalement, en France, l'industrie de la défense représente 240 000 emplois. Donc vous voyez cette importance. Donc, il y a pour un euro dépensé dans les armées, on génère 1,80 euro dans l'économie, donc c'est un sujet majeur.

BENOIT MARTIN
Avec ce projet de budget à la hausse, on va en voir la couleur ici aussi, en Normandie et à Cherbourg ?

CATHERINE VAUTRIN
Alors, vous allez d'autant plus en voir la couleur, comme vous le dites si bien, qu'il y a plusieurs sujets. On continue sur les sous-marins : il y a plus d'un milliard et demi sur ce sujet-là, mais il y a également des sujets d'infrastructures. À Cherbourg, entre 2026 et 2030, il y a 150 millions d'euros d'investissements d'infrastructures. Il y a vingt millions pour une évolution de la base navale, qui va être recentrée plus au nord qu'au sud. Il y a également neuf millions de travaux d'électricité. Je ne vais pas vous faire un catalogue, mais vous voyez tous ces équipements d'infrastructure et les acquisitions. D'autre part, vous avez également à Cherbourg le service national. Le service national, sur cette première année, ce sont trois vagues de 30, donc 90 jeunes qui ont fait le choix de s'engager. Pourquoi je vous en parle ? Parce que derrière, il y a des travaux d'infrastructures.

CAROLINE JOUANNEAU
7 h 50. La ministre des Armées est l'invitée ce matin d'Ici Cotentin.

BENOIT MARTIN
Alors, vous allez vous rendre à l'École des spécialités du commissariat des armées également ce matin, juste après cette interview. On la connaît plus ici sous le nom de l'École des fourriers. Et c'est là-bas, justement, vous venez de l'évoquer, que les appelés qui se sont engagés volontairement dans le nouveau service national ont été accueillis depuis le mois de septembre. C'est quoi, l'objectif avec ce nouveau système de service militaire ?

CATHERINE VAUTRIN
C'est un service… Vous le dites militaire, vous avez raison, c'est un service volontaire. Ce que l'on propose aux jeunes, c'est de s'engager pour une période de dix mois : un mois de formation, neuf mois de service utile dans nos armées. Les jeunes choisissent les armées dans lesquelles ils veulent servir, entre la Marine, l'armée de l'Air ou l'armée de Terre. Après le mois de formation, ils ont un service dans nos armées où, là, ils acquièrent une expérience. Ils sont payés, ils sont évidemment nourris, chauffés et logés. Mais l'idée, c'est vraiment, d'une part, de rapprocher le lien entre l'armée et la Nation, de leur permettre, dans un concept d'année de césure pour ceux qui sont étudiants, d'une trêve d'un an pour d'autres qui, par exemple, peuvent déjà être en activité, puisque ça concerne tous les jeunes, garçons ou filles, entre 18 et 25 ans.

BENOIT MARTIN
Et là, donc, on va les voir dans les prochains mois, ici même, sur la base de Cherbourg, dans les sémaphores, sur le territoire.

CATHERINE VAUTRIN
Vous avez tout à fait raison. Il y en a qui pourront aller dans les sémaphores, d'autres sur la base navale. Ça fait tout à fait partie des propositions qui sont faites. Et ça permet ensuite, pour ceux qui voient l'intérêt qu'ils portent à la militarité, cela leur permet de s'engager, pour ceux qui voudraient le faire, pour d'autres qui préfèrent rester dans le civil, mais qui veulent un engagement, d'aller dans la réserve. Et ça nous permet de constituer une armée qui est une armée hybride, qui dépassera les 300 000 personnes packs, avec une armée d'active, une armée de réserve et des appelés du service national. L'objectif, en 2030, c'est d'avoir déjà 10 000 appelés du service national, on sera à 80 000 réservistes et on aura 230 000 militaires d'active.

BENOIT MARTIN
Il nous reste une petite minute. Catherine Vautrin, un mot sur la suite de vos déplacements dans la Manche ? Cet après-midi, vous allez rencontrer les élus locaux, les maires qui sont réunis au congrès des maires de la Manche à Saint-Sauveur-Villages. Pour leur dire quoi ? Là aussi, leur parler de défense ? Ou bien ne risquez-vous pas plutôt d'être interpellée par rapport au budget qui, selon certains élus, saigne les collectivités ?

CATHERINE VAUTRIN
Vous savez, c'est une élue qui va voir des élus. J'ai été élue six fois, élue six fois dans la ville de Reims, présidente de la communauté urbaine du Grand Reims. Je connais bien les sujets des élus. À ma connaissance, tout le monde l'a dit bien avant moi : le couteau suisse de la République, deux, on travaille ensemble…

BENOIT MARTIN
Mais il leur faut des sous à ses couteaux suisses.

CATHERINE VAUTRIN
Bien sûr, mais il faut qu'on arrive à répartir correctement les compétences entre les différentes collectivités. Et quand tout le monde est capable de s'articuler, on fait vraiment des choses très intéressantes. Puis, comme je suis ministre de la Défense, je vais leur parler des correspondants défense qui sont au sein des conseils municipaux, celles et ceux qui s'engagent pour faire ce lien entre l'armée et la Nation. Merci à eux.


source : Service d'information du Gouvernement, le 19 octobre 2026