Texte intégral
JOURNALISTE
Bienvenu. Le Gouvernement a répondu aux revendications des lycéens et des étudiants, avec des annonces qui ont été faites hier. On va y revenir en détail dans un instant avec vous, Elizabeth. Mais d'abord, une question à laquelle je vous demande, monsieur le ministre, de répondre très précisément : combien vont coûter ces annonces ? Quel est le montant de la facture ?
DAVID AMIEL
Le gros du montant des annonces qui a été annoncé hier, c'est les investissements dans les bâtiments scolaires : pour pouvoir les rénover, pour pouvoir les moderniser. Et ça, ça coûte 5 milliards d'euros, enfin, 4 milliards d'euros de prêts qui seront réalisés par la Banque des Territoires, et puis 1 milliard d'euros pour les bâtiments universitaires. Donc, c'est le gros des investissements qui sont réalisés. Et puis, à côté de ça, et ça commencera à se déployer dès 2027, c'est les créations des 15 000 places dans l'enseignement supérieur, et le plafonnement à 28 élèves du nombre d'élèves dans les classes de seconde entre 2027 et 2028. Mais le gros de ce qui a été annoncé hier, en termes de financement, c'est les 5 milliards d'euros pour les bâtiments scolaires et universitaires.
ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, il y a des dépenses en plus, il y a des économies en moins ; parce que par exemple, vous renoncez à la suppression du nombre d'enseignants dans le budget de 2027. Vous êtes l'homme des comptes publics, hein. C'est vous qui veillez sur les cordons de la bourse. Il n'y a plus d'argent dans les caisses. C'est ce que vous dites à longueur de temps. Comment vous faites ?
DAVID AMIEL
C'est la raison pour laquelle, ça devra être financé par des efforts supplémentaires. On ne peut pas promettre d'une main à la jeunesse et de l'autre l'étrangler par de la dette supplémentaire. Parce que les jeunes d'aujourd'hui, les enfants, les adolescents, c'est ceux qui auront à rembourser la dette publique que l'on créerait aujourd'hui. Et donc, pour 2027, l'objectif de 5,0% de déficit public, que j'avais d'ailleurs annoncé sur votre plateau, je crois que c'était le 1er septembre, il reste évidemment intangible. Et donc, il faudra des efforts. Vous le savez, le Gouvernement, dès son texte initial, avait fait un choix important et différent des années précédentes, c'était que le budget qui augmentait le plus après la défense, le budget civil, c'était l'éducation nationale. Eh bien, on continue dans cette voie en répondant encore plus à des urgences. Mais oui, il faudra des efforts supplémentaires.
ELIZABETH MARTICHOUX
Oui. Alors, ça, c'est un peu vague, on a bien compris. Vous appelez sans doute toutes les oppositions à prendre leurs responsabilités. Quelle est votre responsabilité ? Vous, vous rognez sur quoi, par exemple, pour financer le milliard qui va être inscrit dans le budget, en plus, pour le bâti des universités ? Vous proposez quoi ?
DAVID AMIEL
On aura l'occasion de faire des propositions supplémentaires dans le débat parlementaire. La première chose, madame Martichoux, c'est de défendre aussi les économies qui ont été proposées dans le budget, parce que ce qu'on a vu ces dernières semaines dans les débats à l'Assemblée nationale, c'est beaucoup de groupes politiques qui disent non à toutes les économies quelles qu'elles soient : non aux économies sur les arrêts de travail, non aux économies sur les retraites, non aux économies sur l'Etat, non aux économies sur les collectivités locales. Donc, ce front du refus n'est pas possible. Si on a une priorité dans ce budget, moi, je suis convaincu que ça doit être la jeunesse. Parce que c'est l'avenir de notre pays et il faut pouvoir tenir cela.
ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. Mais vous étiez exaspéré, je crois, vendredi dernier, à la fin du budget de la Sécurité sociale qui n'a pas été voté. Le déficit est passé de 11 à 24 milliards. D'accords. Vous avez dit " Ce n'est pas un jeu vidéo ". Mais sauf erreur, il y a beaucoup de députés Renaissance qui n'étaient pas en séance, et qui ont permis l'adoption d'amendements en rafale, par exemple, du Rassemblement national. Vous non plus. Ce n'est pas sérieux.
DAVID AMIEL
Non. D'abord, les députés Renaissance que vous évoquez, comme les députés Modem, comme les députés Horizon, comme beaucoup de députés LR, comme le rapporteur général du budget, Philippe Juvin, font précisément partie des rares qui défendent des économies courageuses dans ce budget. Ce qui s'est passé, c'est qu'effectivement, il y a eu des alliances entre l'ex-NUPES, d'un côté, le Rassemblement national de l'autre, pour s'opposer à un certain nombre d'économies. Mais ce débat, il a une vertu, Elisabeth Martichoux : c'est que chacun joue carte sur table.
ELIZABETH MARTICHOUX
Par exemple ?
DAVID AMIEL
Le Rassemblement national que vous évoquiez, il a présenté son contre-budget, il y a de cela une quinzaine de jours, peut-être trois semaines maintenant, en se drapant dans les oripeaux de la responsabilité budgétaire. Ce contre-budget, il a explosé en plein vol. Dès la première discussion budgétaire, tous les amendements du Rassemblement national, s'ils avaient été adoptés, si le Rassemblement national avait eu une majorité absolue à l'Assemblée nationale, s'il avait été aux responsabilités, ça aurait dégradé le 14 milliards le budget de sécurité sociale. Un doublement du déficit : voilà ce qui aurait eu lieu si le RN avait une majorité. Donc, son contre-budget, il a vraiment explosé au décollage.
ELIZABETH MARTICHOUX
C'est sérieux aussi d'affirmer que le 5% déficit sera tenu pour 2027, 5,4% en 2026, 5% alors que tout le monde estime que votre prévision de croissance, elle est beaucoup trop optimiste. On n'arrivera jamais au pourcent. Et là, on ajoute. Alors, il y a la colère lycéenne. Il faut y répondre, hein. On ajoute des dépenses supplémentaires et on rogne sur les économies qu'on avait prévues.
DAVID AMIEL
Mais regardez, Elisabeth Martichoux, le débat politique tel qu'il s'organise. On nous reproche plutôt à l'Assemblée nationale, parfois dans les débats publics, ceux qu'on peut avoir à la télévision, d'avoir des mesures qui sont trop difficiles. D'ailleurs, regardez vous-même les votes qui ont eu lieu à l'Assemblée. Moi, je crois qu'elles sont nécessaires. Le 1er septembre, j'étais venu sur votre plateau pour dire qu'il fallait tenir au maximum 5% de déficit public. On a déposé un projet de loi de financement de la sécurité sociale qui confirme cet objectif. L'agence Moody's, vendredi dernier, a décidé qu'elle ne dégradait pas la France, justement parce que le projet…
ELIZABETH MARTICHOUX
Surprise.
DAVID AMIEL
Oui, mais regardez surtout pourquoi. Parce qu'elle considère justement que le projet de budget qui a été déposé par le Gouvernement est sérieux. Donc, l'objectif, c'est que le 31 décembre prochain, on puisse, sur votre plateau de télévision, confirmer que cet objectif de 5% a été tenu.
ELIZABETH MARTICHOUX
Encore une question : pour financer l'effort aux lycéens, aux étudiants, est-ce qu'il pourrait y avoir des impôts en plus, des taxes en plus, sous une forme ou une autre, sur les plus riches ?
DAVID AMIEL
L'année dernière, le compromis politique, il a été réalisé autour de la suspension de la réforme des retraites. D'abord, moi, je trouve que c'est une meilleure nouvelle si cette année, le compromis politique, on le noue pour la jeunesse, c'est-à-dire pour l'avenir de notre société. Et ce serait pour notre classe politique, qui a beaucoup fait de la jeunesse une variable d'ajustement, une très grande nouveauté ; et pour le coup, un motif d'espoir. Ensuite, sur les manières de financer, évidemment qu'il faut pouvoir proposer des économies supplémentaires. On aura l'occasion de le faire.
ELIZABETH MARTICHOUX
Mais donnez-nous une piste. Vous êtes ministre du Budget, vous ne pouvez pas vous défausser.
DAVID AMIEL
Je vais au bout de votre question. Le Gouvernement avait mis sur la table des mesures de lutte contre l'abus d'optimisation fiscale, contre certaines niches dans son texte initial. Evidemment que ces mesures de lutte contre l'abus d'optimisation fiscale, notamment des plus fortunés, elles pourraient encore être renforcées. Ça doit faire partie, ces pistes-là, de ce qui sera discuté au Parlement. L'essentiel, c'est de ne pas faire des promesses de dupes à la jeunesse, et donc de financer toutes les mesures nouvelles à l'euro près pour ne pas la lester d'une date supplémentaire.
ELIZABETH MARTICHOUX
C'est dit. On dit beaucoup que le budget pourrait être adopté par ordonnance. Si c'est par ordonnance, c'est la copie initiale du Gouvernement qui est adoptée. Or, il n'y aurait plus les mesures pour les lycéens et les étudiants dans ce cas-là. Donc, ça exclut une adoption du budget par ordonnance ? Très rapidement, en quelques secondes.
DAVID AMIEL
C'est la raison pour laquelle, il faut qu'on puisse avoir un compromis au Parlement. On a réussi à le trouver en 2024 et en 2025.
ELIZABETH MARTICHOUX
En suspendant la réforme des retraites.
DAVID AMIEL
Dans des circonstances qui étaient, vous le rappelez, tout aussi délicates. Et donc, justement, peut-être que cette année, on peut trouver un compromis pour la jeunesse. Et un compromis pour la jeunesse, ça veut dire tenir notre déficit et réaliser les mesures nécessaires pour l'éducation et l'enseignement supérieur.
ELIZABETH MARTICHOUX
Bally Bagayoko, sur LCI, a estimé qu'on pouvait interdire et qu'on devrait interdire de parole le Rassemblement national pendant la campagne. Réaction après l'attentat présumé raciste de Trappes. Vous lui dites quoi ce matin ?
DAVID AMIEL
Pardon. Je n'ai pas entendu les propos de Bally Bagayoko. Donc, je réagis à, simplement, ce que vous m'en dites. Moi, je vais être très clair : on est en démocratie ; les gens, ils votent. Les propos racistes comme les propos antisémites, ils sont passibles des tribunaux. Donc, ils doivent être condamnés. Mais moi, je ne crois ni à l'interdiction de la France insoumise, ni, évidemment, à celle du Rassemblement national. On est en démocratie. Ce sont deux forces politiques. Ce sont les Français qui trancheront par les votes.
ELIZABETH MARTICHOUX
A quel moment se posera la question du sens de la candidature de Gabriel Attal, qui dévisse sondage après sondage ? Très rapidement.
DAVID AMIEL
Moi, je crois que là, il y a une question plutôt vertigineuse pour le Bloc central, qui est de savoir comment est-ce qu'on gagne face au Rassemblement national et comment est-ce qu'on évite un second tour LFI-RN. Et pour ça, il faut qu'on recrée de l'enthousiasme, de l'espoir. On ne pourra pas se permettre d'être uniquement un vote-barrage.
source : Service d'information du Gouvernement, le 28 octobre 2026