Texte intégral
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.
M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale
L'école de la République fait la promesse d'amener chaque élève au bout de ses potentialités, et de lui offrir ainsi un avenir.
Mme Élisa Martin
Ah bon ?
M. Édouard Geffray, ministre
Cela suppose qu'elle lutte contre toute forme d'assignation sociale, territoriale ou de genre. Cette exigence emporte trois nécessités : permettre des parcours de formation diversifiés à partir du lycée, pour que les jeunes puissent s'orienter librement ; les accompagner pour qu'ils mûrissent leur projet d'orientation, vers la poursuite d'études ou l'insertion professionnelle ; leur donner accès aux mêmes informations et possibilités de découverte, car on ne saurait choisir ce que l'on ne connaît pas, ni nourrir une ambition que l'on n'a pas eu la possibilité d'imaginer.
Il y a donc un continuum, du collège jusqu'à l'université, de l'orientation jusqu'à l'affectation et la réussite dans le supérieur. J'insiste sur ce point : s'agissant de Parcoursup, le débat se concentre souvent sur l'affectation. Or l'enjeu est bien que celle-ci ait été suffisamment préparée et mûrie en amont, et qu'elle débouche sur un parcours dans lequel l'étudiant réussit, en aval. Derrière la question – ou le totem – Parcoursup, c'est l'ensemble de ce processus qui suscite l'inquiétude des lycéens. Les années de lycée ont toujours été et seront toujours des années de choix, de réflexion personnelle intense sur son avenir. L'IA vient encore accroître cette sensation de vertige en promettant, à tort à ou à raison, la disparition de pans entiers d'activités professionnelles au cours des prochaines années ; et cette perspective rétroagit sur les inquiétudes des élèves.
En amont de Parcoursup, qui sera évoqué par le ministre de l'enseignement supérieur, je veux donc parler du processus global d'orientation qui permet à chaque jeune de découvrir ses aptitudes, ses appétences, de connaître les formations et de construire progressivement son projet.
M. Pierrick Courbon
Qui devrait le permettre !
M. Édouard Geffray, ministre
Les évolutions apportées ces dernières années ont permis de renforcer considérablement la liberté de choix et l'attractivité des différentes spécialités professionnelles, générales ou technologiques.
Il y a, premièrement, une meilleure orientation dès le collège. Le plan pluriannuel d'éducation à l'orientation organise un parcours progressif jusqu'à la terminale au sein des établissements ; 88 % des lycées ont ainsi mis en place les quatre demi-journées annuelles dédiées à l'orientation.
Deuxièmement, les choix sont désormais plus diversifiés dès la fin de la troisième. Fait rare, je voudrais partager avec vous une bonne nouvelle : après vingt ans de baisse continue, 37 % des familles – contre 32 % il y a cinq ans – choisissent désormais la voie professionnelle, preuve que celle-ci n'est plus considérée comme une voie par défaut. (Exclamations sur les bancs des groupes EcoS et GDR.)
Mme Élisa Martin
Allez, à 14 ans à l'usine ! Comme mon père !
M. Édouard Geffray, ministre
Cette évolution ne doit rien au hasard : sur les 25 000 places créées depuis 2023 en voie professionnelle, 13 000 l'ont été dans les métiers de l'industrie.
J'ai commencé par la voie professionnelle car elle est souvent oubliée, y compris dans les discussions récentes ; j'en viens à la voie générale et technologique. La réforme du lycée général a remplacé les trois anciennes séries – S, ES et L – par un bouquet de spécialités.
M. Carlos Martens Bilongo
Quel échec !
M. Édouard Geffray, ministre
À la rentrée 2023, près de 300 combinaisons de trois spécialités étaient suivies en première.
M. Alexis Corbière
Un joyeux désordre !
M. Édouard Geffray, ministre
Le champ des possibles s'est considérablement ouvert : les élèves disposent d'une plus grande liberté dans la construction de leur formation, avec à la clé des cursus beaucoup moins marqués socialement et de vrais choix offerts aux élèves. Nul n'ignore que 75 % des enfants de cadres choisissaient l'ancienne filière S, contre seulement 20 % des enfants d'ouvriers et d'employés. Le choix des spécialités a considérablement réduit le déterminisme social des parcours au lycée.
Mme Élisa Martin
Ce n'est pas vrai !
M. Édouard Geffray, ministre
Après la terminale, Parcoursup a rendu l'offre de formations plus visible, avec 25 000 formations post-bac. Cette transparence permet à chaque lycéen, où qu'il vive, d'accéder à une information commune et universelle, et de connaître toute formation susceptible de l'intéresser.
Troisièmement, pour renforcer l'égalité des chances et favoriser la réussite des élèves dans l'enseignement supérieur, nous avons développé les cordées de la réussite : plus de 180 000 élèves en bénéficient, dans plus d'un tiers des collèges et lycées, en ville comme dans les zones rurales, notamment dans le cadre du réseau d'éducation prioritaire (REP) et dans les territoires ruraux éloignés.
Cela suffit-il pour dire que notre système est efficace en matière d'orientation ?
Mme Sandra Regol
Non, il n'a pas l'air efficace !
M. Édouard Geffray, ministre
La réponse est évidemment non : les solutions restent incomplètes. L'orientation repose sur plusieurs acteurs. L'information a été confiée aux régions depuis 2018. L'accompagnement repose sur ceux qui connaissent les élèves, notamment sur les professeurs principaux, au nombre de deux par classe en voie générale et technologique en terminale,…
Mme Sandra Regol
Donc c'est la faute des profs ?
M. Édouard Geffray, ministre
… et sur les psychologues de l'éducation nationale, qu'on appelle les PsyEN-EDO – spécialité "éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle" –, qui dépendent des centres d'information et d'orientation (CIO) et dont le nombre s'élève à 4 700,…
Mme Danielle Simonnet
Bien trop peu !
M. Édouard Geffray, ministre
… mais aussi sur des outils numériques, notamment la plateforme Avenir(s) développée par l'Office national d'information sur les enseignements et les professions (Onisep) il y a deux ans.
M. Frédéric Valletoux
Bravo !
M. Édouard Geffray, ministre
Au lycée professionnel, le dispositif AvenirPro a été généralisé en cette rentrée pour permettre aux élèves qui souhaitent s'insérer professionnellement – ils sont nombreux à le souhaiter car cette voie, historiquement, a été construite pour cela – de le faire en étant accompagnés.
Beaucoup reste à faire. D'abord, seuls 27 % des lycées indiquent que tous leurs professeurs principaux sont formés aux enjeux de l'orientation ; l'effort doit donc être poursuivi. Ensuite, seulement 52 % des établissements informent les familles, et moins encore les associent à la réflexion en matière d'orientation ; c'est trop peu. Enfin, alors que les régions sont des acteurs clés de l'information sur l'orientation, seulement quatorze d'entre elles, sur un total de dix-sept, ont conclu un partenariat avec l'éducation nationale dans ce domaine.
Des améliorations sont donc nécessaires. La première serait de mieux accompagner les générations démographiquement les plus nombreuses, celles qui sont actuellement au lycée. J'ai beaucoup entendu ces dernières semaines qu'il fallait revenir sur les suppressions de postes programmées dans le projet de loi de finances, sans que personne précise pourquoi.
M. Louis Boyard
Pour mettre des profs devant les classes !
M. Édouard Geffray, ministre
Nous avons fait le choix, avec le premier ministre, non seulement de revenir sur les suppressions prévues dans le second degré, mais de créer 500 postes supplémentaires pour plafonner le nombre d'élèves par classe en seconde – classe charnière – et limiter la taille des groupes en première et en terminale, notamment dans les spécialités les plus choisies.
Le deuxième enjeu est de densifier l'accompagnement à l'orientation. Au lycée, chaque élève bénéficie théoriquement de cinquante-quatre heures d'accompagnement par an ; mais ce temps n'a pas le même contenu d'un établissement à un autre. Il faut consolider les programmes d'orientation, que presque tous les lycées ont mis en place, pour rendre ces cinquante-quatre heures réellement efficaces et assurer un accompagnement personnalisé. C'est le sens des formations que nous lançons et de la nouvelle certification "orientation, parcours, insertion" que nous avons ouverte à la rentrée 2026 aux professeurs volontaires. C'est également le sens du renforcement de la place des psychologues de l'éducation nationale dont nous proposons, pour la deuxième année consécutive, de renforcer les effectifs ; le premier ministre a annoncé la création de 200 postes supplémentaires.
M. Sylvain Maillard
Très bien : concret, factuel !
M. Édouard Geffray, ministre
Enfin, nous devons regarder en face la question du contrôle continu et les interrogations qu'il suscite, notamment en lien avec Parcoursup. Le contrôle continu a été pensé pour ne pas concentrer l'enjeu du baccalauréat sur le jour J, celui de l'examen ; à l'époque, une consultation à laquelle avaient répondu plus de 80 000 lycéens avait clairement établi cette nécessité. En effet, l'ancien système exerçait une pression intense sur les élèves dans la phase finale. N'oublions pas – on a tendance à l'occulter actuellement – que le contrôle continu s'est traduit par l'amélioration des résultats des élèves au baccalauréat.
Mme Marie Mesmeur
Mais pas par une amélioration de la santé mentale des lycéens !
M. Édouard Geffray, ministre
Beaucoup d'entre eux notent néanmoins qu'il peut aussi renforcer le stress :…
Mme Marie Mesmeur
Et conduire à des tentatives de suicide !
M. Édouard Geffray, ministre
… les 100 000 contributions de lycéens mentionnaient fréquemment la pression que représentent, dès le début de la première, les évaluations hebdomadaires qui comptent pour le bac.
M. Louis Boyard
Ça fait deux ans qu'on vous en parle !
M. Édouard Geffray, ministre
Ce n'était pas la logique initiale. Dès 2021, nous avons demandé à tous les établissements d'établir un projet d'évaluation, puis de les renouveler en 2025. Il est indéniable que le dispositif a été introduit de manière inégale selon les lycées. Surtout, nous ne pouvons nous satisfaire d'un système qui ferait de la préparation de l'avenir une pression constante sur le présent. C'est pourquoi nous ouvrons la question du contrôle continu en vue de la rentrée 2027 – sans attendre 2028. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS. – «Taisez-vous !" sur plusieurs bancs du groupe EPR.)
M. Louis Boyard
Il est mauvais, vous le savez !
Mme la présidente
S'il vous plaît !
M. Édouard Geffray, ministre
Nous l'ouvrons avec calme et sérénité.
Mme Marie Mesmeur
Ce sont les lycéens qui vous ont forcés !
M. Édouard Geffray, ministre
Nous avons devant nous deux mois de travail avec les représentants des lycéens et les organisations syndicales. Il ne s'agit pas de supprimer le contrôle continu, qui permet de ne pas tout jouer sur une épreuve et qui rend compte de la progression de l'élève, mais de le réformer afin qu'il ne se fasse pas au détriment de celui-ci. La réflexion est ouverte : on peut le limiter ou bien prévoir, comme certains le suggèrent, un droit à l'erreur – je n'ai pas de tabous en la matière. Une chose est sûre : le dispositif doit être repensé dans la perspective de Parcoursup.
Avant de passer le relais au ministre de l'enseignement supérieur, Philippe Baptiste, suivant ainsi l'ordre chronologique du cursus de nos élèves,…
M. Philippe Brun
On n'a pas parlé des maternelles !
M. Édouard Geffray, ministre
… je voudrais conclure en évoquant le passé que beaucoup semblent avoir oublié alors même que tous ici, même les plus jeunes, ont dû le connaître. Nous venons d'un système où les élèves choisissaient leur filière au bac en fonction de leur milieu social et poursuivaient leurs études là où leur milieu social les envoyait, candidatant dans les filières qu'ils connaissaient. (Protestations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
M. Sylvain Maillard
C'est vrai !
Mme Sandra Regol
Vous voulez dire que vous avez réussi ?
Mme Élisa Martin
Mais ce n'est pas vrai !
M. Édouard Geffray, ministre
Nous avons désormais des lycéens qui choisissent leur cursus scolaire et peuvent émettre des vœux cohérents, qui choisissent leurs spécialités en fonction de leurs goûts et non plus de la connotation sociologique d'une filière. (Les protestations s'intensifient.)
Mme Sandra Regol
La honte !
Mme Danielle Simonnet
Vous connaissez Bourdieu ?
M. Édouard Geffray, ministre
C'est une promesse d'ouverture, mais aussi d'exigence. En effet, il ne s'agit pas de faire croire à chacun qu'il peut effectuer, sans préparation, n'importe quel cursus scolaire,…
M. Alexis Corbière
Vous voulez que la grève continue, en fait ?
M. Édouard Geffray, ministre
… mais de garantir que les spécialités générales ou professionnelles librement choisies débouchent sur un parcours librement choisi dans l'enseignement supérieur.
Mme Sandra Regol
C'est de la provocation !
M. Édouard Geffray, ministre
Notre devoir est de faire en sorte que l'orientation donne confiance plutôt qu'elle n'alimente l'inquiétude,…
Mme Marie Mesmeur
Un lycéen sur sept a fait une tentative de suicide !
M. Édouard Geffray, ministre
… qu'elle permette à chacun de se projeter dans un avenir choisi plutôt que subi. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem.)
Mme la présidente
Chers collègues, chaque groupe dispose d'un temps de parole ; vous aurez tout le temps pour exprimer vos opinions !
M. Sylvain Maillard
Voilà !
M. Alexis Corbière
À quoi sert ce débat, s'il n'est qu'autosatisfaction ?
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace.
M. Philippe Baptiste, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace
Il est des débats qui, sous une apparence technique, nous obligent à répondre à des questions profondément politiques. Le débat de ce jour est de ceux-là. Depuis plusieurs semaines, des lycéens et des étudiants nous interpellent, nous parlent de leurs inquiétudes, de leurs aspirations, parfois de leur colère, mais surtout de leur avenir. Nous devons les entendre. Parcoursup est bien plus qu'une simple plateforme numérique, c'est la promesse – que la République doit à sa jeunesse – de choisir son avenir plutôt que de le subir.
Mme Marie Mesmeur
C'est insupportable !
M. Philippe Baptiste, ministre
Pour la tenir, nous devons faire le choix de la lucidité.
Mme Sandra Regol
C'est le Gorafi.
M. Philippe Baptiste, ministre
En 2017, à l'issue de la procédure sur le portail d'admission postbac (APB), prédécesseur de la plateforme Parcoursup, près de 4 000 bacheliers restaient sans proposition d'admission. En 2026, ils n'étaient que 60 – même si c'est toujours 60 de trop.
Mme Marie Mesmeur
C'est 126 000 aujourd'hui ! Vous mentez sciemment !
M. Philippe Baptiste, ministre
Ces chiffres nous rappellent une réalité : l'actuel système d'affectation n'a pas tout résolu, mais les chiffres sont têtus et dire que c'était mieux avant relève au mieux de la mauvaise foi, au pire de la manipulation. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Mme Sandra Regol
Vous vous y connaissez bien en mauvaise foi !
Mme Mathilde Panot
C'est de la provocation !
M. Philippe Baptiste, ministre
Notre pays a choisi, depuis plusieurs décennies, de démocratiser l'enseignement supérieur. Notre responsabilité politique est de réconcilier cet idéal avec le réel. Souvenons-nous de la situation qui prévalait dans notre pays avant 2018 : le tirage au sort pouvait décider de l'avenir de certains bacheliers.
Mme Julie Laernoes
Vous avez sous-investi dans l'enseignement supérieur, c'est pour ça qu'il fallait tirer au sort !
M. Philippe Baptiste, ministre
La loi de 2018 a mis fin à cette situation, avec l'ambition de lutter contre l'assignation à résidence, aussi bien sociale que géographique.
Mme Élisa Martin
Vous l'avez renforcée !
M. Philippe Baptiste, ministre
Elle a apporté des avancées que je revendique fermement : une procédure nationale, une meilleure visibilité des formations, des garanties communes et des dispositifs d'ouverture sociale.
Mme Sandra Regol
Mais oui, c'est merveilleux ! C'est pour ça qu'il y a des manifestations ! C'est insupportable !
M. Philippe Baptiste, ministre
En proposant 11 000 formations en apprentissage, là où APB n'en proposait presque aucune, elle a facilité l'entrée dans la vie professionnelle de centaines de milliers de jeunes. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Lionel Duparay s'écrie "Mais taisez-vous !" en direction des bancs du groupe LFI-NFP.)
Je pense aussi aux quotas de boursiers, qui ont ouvert massivement les portes de certaines formations à des jeunes qui, sinon, n'auraient jamais pu y accéder.
M. Louis Boyard
Vous n'y croyez pas vous-même ! C'est factuellement faux !
M. Jérôme End
Vous vous exprimerez après !
M. Philippe Baptiste, ministre
Depuis 2018, la plateforme a évolué chaque année, mais nous devons aussi considérer les limites du système avec lucidité, car il n'a pas tout résolu.
Les inégalités d'accès à l'information, l'anxiété liée à l'attente, la difficulté à comprendre les décisions…
M. Louis Boyard
Ah oui, ce sont les gens qui sont trop bêtes !
M. Philippe Baptiste, ministre
… sont autant de limites du système qui doivent être dépassées. Surtout, il n'a pas résolu le décalage entre les aspirations des jeunes et les places disponibles. Pourquoi ?
Mme Julie Laernoes
Parce qu'il n'y avait pas assez de places !
M. Philippe Baptiste, ministre
Parce que nous avons demandé à une plateforme de résoudre certains problèmes politiques que la politique n'avait pas tranchés. C'est pourquoi le gouvernement décide d'avancer. Après plusieurs semaines de concertation…
Mme Julie Laernoes
Des semaines de concertation ?
M. Philippe Baptiste, ministre
… avec les lycéens, les étudiants, les représentants des personnels et les établissements…
Mme Delphine Batho
Et des influenceurs !
M. Philippe Baptiste, ministre
… le premier ministre a annoncé, lundi, des engagements clairs et précis : une première transformation dès 2027, un nouveau système d'affectation en 2028, des places supplémentaires là où les besoins sont les plus importants, une indexation des bourses et un effort considérable de 1 milliard d'euros supplémentaire pour rénover les campus.
Nous sommes prêts à faire évoluer profondément le système : ses procédures, ses mécanismes d'admission et jusqu'à la forme même de la plateforme. Notre ambition n'est pas simplement d'en changer le nom, le logo ou la mise en page, mais de changer ce qui doit l'être.
Mme Marie Mesmeur
C'est vous qu'il faut changer !
M. Philippe Baptiste, ministre
Dans ce cas, pourquoi ne pas changer radicalement Parcoursup tout de suite ?
Mme Danielle Simonnet
Pourquoi ne pas changer de gouvernement ?
M. Philippe Baptiste, ministre
Parce que ma première responsabilité de ministre, c'est de garantir que la prochaine campagne de Parcoursup, qui ouvrira dans quelques semaines, se déroule dans les meilleures conditions. Je ne céderai à aucun appel à la démagogie sur ce point.
Mme Julie Laernoes
Nous voilà rassurés !
M. Philippe Baptiste, ministre
Plus de 1 million de candidats s'apprêtent à faire des choix importants pour leur avenir ; ils ont besoin de règles claires, de stabilité et de confiance.
J'en viens au cœur du débat qui nous réunit. Vous avez été nombreux, sur ces bancs, à demander la suppression de Parcoursup. ("Oui !" sur de nombreux bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Certains la réclament depuis des années, d'autres ont rejoint cette position plus récemment. Le gouvernement a entendu la demande : le remplacement de la plateforme est engagé. Cependant, le remplacement de Parcoursup n'est pas qu'un choix technique ; il suppose de décider de ce qui lui succédera.
C'est un choix de société, un choix politique. Je tiens, à cet égard, à remercier les députés Frantz Gumbs et Pierrick Courbon, qui ont contribué à cette réflexion, dans le cadre de leur mission flash. Désormais, nous devons évoquer ce que nous voulons construire.
Je voudrais vous soumettre quatre questions essentielles à notre réflexion collective.
M. Pierrick Courbon
Il faut lire le rapport !
M. Louis Boyard
C'est quoi cette bande de nuls ?
M. Philippe Baptiste, ministre
La première, qui est aussi la plus sensible, c'est celle de la sélection. Il faut avoir le courage de la poser clairement, probablement de manière plus brutale que nous ne l'avons fait en 2017. J'entends, sur certains bancs, qu'il ne faudrait aucune sélection à l'entrée à l'université,…
Mme Élisa Martin, Mme Marie Mesmeur et Mme Danielle Simonnet
Exactement !
Mme Julie Laernoes
Le bac doit suffire pour entrer dans l'enseignement supérieur, comme dans tout pays civilisé !
M. Philippe Baptiste, ministre
… sur d'autres, qu'il faudrait au contraire renforcer les exigences, le mérite et les prérequis.
M. Louis Boyard
Une sélection pour entrer au gouvernement, ce serait bien !
M. Philippe Baptiste, ministre
Partout, une même ambition, refuser la sélection par l'échec. Au-delà des vœux pieux, reste la réalité que nous devons regarder en face : pour la première année de licence de droit, Paris 1 reçoit 20 500 candidatures pour 745 places ; pour le parcours d'accès spécifique santé (Pass), option sciences et vie de la terre (SVT), l'université de Dijon reçoit 2 000 candidatures pour quelques dizaines de places.
Mme Julie Laernoes
Mais vous ne vous dites pas qu'il faut créer des places ?
M. Philippe Baptiste, ministre
Ce ne sont que deux exemples parmi beaucoup d'autres, partout dans le territoire. Comment départager les candidats si nous refusons la sélection et le tirage au sort ?
Mme Christine Arrighi
Avec plus de moyens !
Mme Élisa Martin
Il faut créer des places !
M. Philippe Baptiste, ministre
Notre système concilie la prise en compte du mérite académique et un accès de 95 % des lycéens à l'enseignement supérieur, ce qui met la France en tête des pays de l'OCDE à cet égard. Nous ne pouvons pas, d'un côté, réclamer davantage d'exigences, et de l'autre, nous indigner à chaque fois qu'un jeune reçoit une réponse négative. Voulons-nous une sélection assumée ou une absence totale de sélection ?
Deuxième question : que promettons-nous à notre jeunesse ? Certains d'entre vous disent qu'une bonne formation doit préparer immédiatement à un métier. J'entends aussi le discours, assez daté, suivant lequel l'université ne devrait jamais se préoccuper des attentes du monde économique.
Mme Julie Laernoes
On prône l'intérêt général, pas l'intérêt privé. L'enseignement public, vous ne savez pas ce que c'est ? C'est s'émanciper pour réfléchir !
M. Philippe Baptiste, ministre
Où placer le curseur entre les besoins objectifs de la nation et des jeunes, et les aspirations légitimes des étudiants ?
M. Arnaud Le Gall
Nous devons former des citoyens !
M. Philippe Baptiste, ministre
Nous avons fait le choix d'un système équilibré qui offre des places dans des cursus académiques longs et classiques, mais beaucoup d'autres aussi dans des formations professionnalisantes, en donnant une large place à l'apprentissage. C'est un choix politique, sur lequel il nous appartient de débattre.
Mme Élisa Martin
Mon père est allé à l'usine à 14 ans. C'est ça que vous proposez ?
M. Philippe Baptiste, ministre
Troisième question : quelle ambition pour le baccalauréat. Quand 100 % d'une classe d'âge parvient au bac, pouvons-nous attendre des universités qu'elles fassent réussir autant de jeunes, avec des niveaux aussi hétérogènes ?
Mme Marie Mesmeur
Les lycées devraient déjà le faire !
M. Philippe Baptiste, ministre
Réduire cette question à un problème de place me semble être un raccourci. Le bac a été pensé pour être une promesse, il ne doit pas devenir un grand mensonge de la République à sa jeunesse.
Mme Marie Mesmeur
Mais il n'y a que vous qui mentez !
M. Lionel Duparay
Mais taisez-vous !
M. Philippe Baptiste, ministre
Quatrième question : à quoi doit ressembler la prochaine plateforme ? Beaucoup, parmi vous, dénoncent une plateforme nationale jugée complexe ou stressante.
M. Jean-Claude Raux
C'est parce qu'elle l'est !
M. Philippe Baptiste, ministre
Nous avons entendu ces critiques et nous avons surtout entendu la jeunesse s'exprimer au cours de ces dernières semaines.
Mme Marie Mesmeur
Il a fallu du temps !
M. Philippe Baptiste, ministre
Nous allons faire évoluer profondément l'outil et le remplacer à la session suivante. Cependant, doit-on garder le principe d'une plateforme nationale unique ou bien faire une plateforme par discipline ou par région ? Ou encore abandonner le principe d'une plateforme et laisser aux étudiants le soin de se débrouiller seuls face à l'université ou à l'école de leur choix, quitte à revenir – je l'ai entendu – à des dossiers papier ?
M. Louis Boyard
Personne ne propose ça ! C'est insultant, en fait !
Mme Sandra Regol
C'est une mascarade !
M. Philippe Baptiste, ministre
Ces options peuvent être examinées, mais certaines sont dangereuses, car elles remettraient en cause des avancées réalisées ces dernières années en matière d'affectation.
Mme Marie Mesmeur
Vous faites du mal à l'enseignement supérieur, monsieur Baptiste !
M. Philippe Baptiste, ministre
Ces questions dépassent largement le fonctionnement de l'outil qu'est cette plateforme numérique. Nous devons définir une vision, une conception du mérite, de la justice sociale, de la liberté de choix, de l'excellence et de l'égalité. On ne crée pas des places en supprimant une plateforme,…
Mme Julie Laernoes
Créez vraiment des places alors !
M. Philippe Baptiste, ministre
… on n'efface pas les inégalités en changeant un algorithme, on ne garantit pas une réussite en modifiant une procédure. C'est l'ensemble de l'équilibre qu'il faut repenser, dans le cadre d'une réforme qui ne pourra pas se limiter à des évolutions techniques ou réglementaires. Si nous voulons modifier les principes mêmes de l'accès à l'enseignement supérieur, il est obligatoire de passer par la loi. Le Parlement devra alors débattre, trancher et fixer les nouveaux équilibres. Il ne peut se contenter de demander la fin d'un système, il doit contribuer à définir les principes du suivant. Cette responsabilité exigeante fait toute la noblesse du travail parlementaire.
Mme Marie Mesmeur
Pourquoi nous ne votons pas aujourd'hui ?
M. Philippe Baptiste, ministre
Le débat que vous avez souhaité ouvrir est désormais ouvert. Les questions que je viens de soulever appellent des arbitrages et des priorités qui auront des conséquences pour des centaines de milliers de jeunes et leurs familles. Nous pouvons défendre des convictions et des modèles différents, mais notre responsabilité commune est de ne pas laisser les jeunes seuls face à des contradictions que nous n'aurions pas eu le courage de résoudre.
M. Carlos Martens Bilongo
Ça fait dix ans que vous le faites !
Mme Sandra Regol
Ils ne vous attendent pas, et tant mieux pour eux !
M. Philippe Baptiste, ministre
Ce débat nous oblige à revenir à l'essentiel. Il nous appartient d'en faire sortir autre chose que des inquiétudes : une espérance pour notre jeunesse. C'est ce que nous avons à construire, c'est aussi une nouvelle promesse d'émancipation. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem.)
(…)
Mme la présidente
Nous en venons maintenant aux questions. Je rappelle que la durée des questions comme des réponses est limitée à deux minutes, avec droit de réplique et de contre-réplique.
La parole à M. Marc Ferracci.
M. Marc Ferracci (EPR)
Chaque printemps, des centaines de milliers de familles vivent au rythme des notifications de Parcoursup. Et chaque année, nous débattons de Parcoursup, de ses algorithmes, de ses délais, de ses ratés parfois. Or, à force de parler de l'outil, nous oublions la vraie question : celle de la sélection dans l'enseignement supérieur.
Avant le déploiement de Parcoursup, on obtenait une place à l'université selon son adresse, parfois même par tirage au sort. Ce système n'était pas plus juste.
La sélection existait déjà. Elle se faisait par l'échec, en première année. Aujourd'hui encore, moins d'un étudiant sur trois obtient sa licence en trois ans.
D'aucuns diront que la sélection est contraire à l'égalité des chances. Mais est-il juste de laisser un jeune s'engager dans une filière où tout indique qu'il échouera et de laisser croire qu'un master ouvre automatiquement la porte d'un emploi à la hauteur des attentes quand tant d'étudiants découvrent le contraire à l'issue de leurs études ? Est-il juste que nos entreprises peinent à recruter pendant que des diplômés se sentent déclassés ?
En refusant d'assumer la sélection, nous avons construit une usine à fabriquer de la frustration. Nous devons donc rendre l'accès à l'université plus sélectif, non pour fermer des portes, mais pour en ouvrir d'autres, plus tôt et mieux. La première d'entre ces portes, c'est l'apprentissage dès le lycée. La Suisse, où vivent nombre des compatriotes que je représente, en fait la démonstration : deux tiers des jeunes y passent par l'apprentissage. Ils peuvent rejoindre l'université plus tard, grâce à des passerelles qui fonctionnent et le chômage des jeunes y est trois fois plus faible qu'en France.
En la matière, beaucoup a été fait en ce sens. Depuis 2017, le nombre d'apprentis a triplé, preuve que les mentalités peuvent changer. Il faut désormais aller plus loin, en commençant là où se jouent les trajectoires, c'est-à-dire dès le lycée.
Au-delà des évolutions de la plateforme, pouvez-vous donc nous indiquer, monsieur le premier ministre, quelle est la vision du gouvernement concernant la sélection à l'université et ce qu'il entend faire pour que l'apprentissage devienne la norme dès le lycée ?
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace.
M. Philippe Baptiste, ministre
La question de la sélection concerne des filières variées. Comme vous le savez, aujourd'hui en France, une grande partie des formations du supérieur, accueillant une grande partie des étudiants, sont sélectives – classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), IUT, BTS, écoles –, de sorte que la sélection existe déjà.
La question qui se pose plus spécifiquement est celle de la sélection en première année de licence. Or ce que l'on constate, c'est que la sélection intervient en fin de première année – je reprends certains de vos termes – au travers de taux d'échec extrêmement élevés, contre lesquels il faut absolument lutter.
Pour rappel, au cours des dernières années, ce taux a tout de même baissé de près de 10 points, notamment grâce à la création de dispositifs d'accompagnement des bacheliers les plus faibles qui veulent malgré tout suivre un enseignement en licence. Si ces dispositifs permettent d'améliorer la situation, le travail à faire reste énorme.
Comment transformer la sélection par l'échec en première année en une sélection qui serait plus assumée ? Telle est au fond votre première question. Une telle sélection n'est pas prévue dans la loi aujourd'hui en vigueur, puisqu'elle garantit l'accès de tous les bacheliers à l'enseignement supérieur, sans garantir l'accès de tout bachelier à n'importe quelle licence. C'est pourquoi il me semble nécessaire de construire un système permettant d'orienter de manière plus efficace les bacheliers. Il ne convient pas d'interdire à un bachelier qui n'a pas la formation initiale nécessaire de poursuivre la formation dont il rêve ou dont il a très envie, mais lui proposer une formation intermédiaire, par exemple une année propédeutique, une année de remise à niveau qui lui donne une véritable chance de réussir.
Mme la présidente
La parole est à Mme Danielle Brulebois.
Mme Danielle Brulebois (EPR)
Monsieur le premier ministre, messieurs les ministres, merci beaucoup d'avoir organisé ce débat.
N'oublions pas d'où nous venons : avant Parcoursup, c'était APB – et c'était beaucoup moins bien.
Vous avez cependant entendu l'inquiétude des lycéens et vous vous êtes engagés à fournir un travail important en vue de rendre les critères plus transparents, à définir un calendrier moins anxiogène et à proposer un véritable accompagnement.
Au-delà de la plateforme, deux questions me paraissent aussi urgentes et importantes. À l'heure de la progression vertigineuse de l'intelligence artificielle, nos jeunes ne sont pas seulement inquiets, ils sont en proie au doute : vers quelle formation faut-il se diriger alors que cette technologie transforme en profondeur de nombreux métiers, que des tâches disparaissent et que d'autres naissent ? Nos universités sont-elles prêtes à renouveler très vite leurs cursus et à créer les formations aux métiers de demain ? L'adaptation passe aussi par une orientation qui intègre ces profondes mutations.
Second défi : l'accès aux études supérieures dans les départements ne disposant pas d'une université. Pour un jeune du Jura, l'égalité des chances se mesure en kilomètres et en loyers, autant de charges insupportables pour de nombreuses familles. Beaucoup de jeunes renoncent avant même d'avoir formulé un vœu.
Les campus connectés que nous avons créés en 2019 ont fourni une réponse, avec 85 % de réussites, et près d'un étudiant sur quatre n'aurait jamais fait d'études supérieures sans eux. En santé, la première année de médecine promise dans chaque département n'est toujours au rendez-vous dans le Jura, alors que Lons-le-Saunier dispose d'un campus connecté et d'un institut de formation en soins infirmiers prêt à accueillir une première année de Pass-LAS – parcours d'accès spécifique santé et licence accès santé – tutorée à distance.
Ces deux défis n'en font qu'un : la révolution de l'IA et l'accès aux études supérieures ne doivent pas creuser la fracture entre métropoles et territoires ruraux.
Monsieur le ministre, quel plan prévoyez-vous pour adapter rapidement l'offre universitaire aux métiers transformés par l'IA ? Ces nouvelles formations seront-elles aussi ouvertes dans les campus connectés ? Comptez-vous enrichir le catalogue de formations desdits campus et nouer un partenariat élargi avec les universités ? Enfin, ouvrirez-vous dès 2027 une première année de santé à Lons-le-Saunier… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l'oratrice.)
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace.
M. Philippe Baptiste, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace
Merci, madame la députée, pour cette question essentielle, concernant l'intelligence artificielle.
Dans le monde de l'enseignement supérieur et de la recherche, comme dans de très nombreux autres secteurs, cette technologie bouleverse les pratiques. Les communautés de chercheurs se saisissent de la question et y réfléchissent. Certains, notamment les mathématiciens, sont confrontés à de grandes difficultés, mais ce sont eux qui mènent le travail. S'agissant de l'enseignement supérieur, il en va un peu différemment et certaines questions sont abyssales. La pertinence de certaines formations est en question : suis-je en train de former mes étudiants à des métiers qui existeront toujours demain ?
Le rythme d'évolution de l'intelligence artificielle m'oblige à vous dire que je suis le premier à me poser de telles questions, que les collègues dans les amphithéâtres se les posent aussi et qu'ils s'inquiètent de ces évolutions. Que faut-il faire ? Il me semble qu'il faut commencer par former tous les jeunes à la compréhension de l'intelligence artificielle. Quelle que soit la discipline qu'ils étudient – sciences humaines et sociales, sciences et techniques, médecine, peu importe –, il faut pouvoir transmettre une connaissance minimale qui permette de comprendre ce qu'est l'intelligence artificielle.
Il faut ensuite procéder métier par métier pour réfléchir avec les jeunes sur les évolutions possibles de chacun d'eux. Vu la vitesse des évolutions, il n'y a pas de "sachant" en la matière, nul ne peut prétendre être celui qui sait. Il faut donc dialoguer avec les jeunes pour essayer de leur expliquer quelles sont les problématiques, la façon dont on envisage les évolutions des métiers et tenter de les préparer aux changements à venir qui seront massifs.
En termes d'investissements, je tiens à indiquer quelques chiffres : 75 millions d'euros de subventions pour la stratégie d'accélération IA ; près de 400 millions d'euros pour les clusters IA ; et de très nombreux projets d'enseignement supérieur qui leur sont adossés.
Mme la présidente
La parole est à Mme Brigitte Klinkert.
Mme Brigitte Klinkert (EPR)
Les contestations qui s'expriment aujourd'hui dans les lycées et les universités ne doivent pas être minimisées. Elles traduisent une inquiétude profonde de notre jeunesse, la peur de faire le mauvais choix, de ne pas trouver sa place dans la société, et le sentiment que les décisions qui engagent son avenir sont prises sans elle. L'orientation de nos jeunes appelle un débat et des décisions politiques majeures.
En 2026, plus de 1 million de candidats ont formulé des vœux sur Parcoursup, 370 000 d'entre eux ont demandé une formation en apprentissage.
En dix ans, le nombre de candidats a augmenté de 31 %. Derrière ces chiffres, il y a des jeunes de 17, 18 ou 19 ans auxquels on demande de faire des choix déterminants pour leur avenir alors qu'ils connaissent parfois très peu les métiers et les formations qui leur sont offerts. Il nous faut aussi changer de regard : trop souvent perçus comme des choix par défaut, la voie professionnelle et l'apprentissage sont de véritables parcours de réussite et d'émancipation. Lorsque j'étais ministre en charge de l'insertion auprès d'Élisabeth Borne,…
Mme Marie Mesmeur
Vous en êtes fière ?
Mme Brigitte Klinkert
… nous avions mis en place le plan "1 jeune, 1 solution" qui a permis à 4 millions de jeunes de trouver leur voie.
Aujourd'hui, nous devons concentrer nos efforts sur le collège et le lycée. Deux ans après leur sortie de formation, 73 % des apprentis de niveau CAP et BTS – brevet de technicien supérieur – sont en emploi salarié. L'apprentissage est un véritable tremplin qui permet d'acquérir une qualification en apprenant un métier sur le terrain au contact des professionnels. C'est aussi une réponse aux nombreux besoins des entreprises et un moyen de préserver des savoir-faire qui risquent de se perdre faute de transmission.
Monsieur le ministre, devant ces inquiétudes, quelles mesures comptez-vous prendre pour renforcer l'accompagnement à l'orientation, mieux faire connaître les débouchés des formations professionnelles et de l'apprentissage, et garantir que chaque jeune puisse construire son projet professionnel et ne pas subir son orientation ?
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.
M. Édouard Geffray, ministre
Merci d'insister sur le rôle effectivement déterminant de l'orientation, qui doit permettre à chaque jeune de prendre confiance en lui et de trouver le parcours qui lui correspond. Elle ne doit pas l'enfermer dans une trajectoire qui lui paraîtrait définitive, mais au contraire lui permettre de se réorienter par la suite. Chaque année, des centaines de milliers d'étudiants se réorientent, et c'est bien normal.
Je vous répondrai très précisément. D'abord, le plan pluriannuel d'orientation est mis en place dans 88 % des établissements. Notre cible est de 100 %, de sorte qu'au sein de chaque établissement les équipes pédagogiques et éducatives puissent construire de véritables parcours autour de la découverte des métiers.
D'autre part, nos élèves ont évidemment besoin d'outils numériques – le seul moyen de tout voir et de tout savoir –, mais ils ont aussi besoin d'accompagnement humain : ils ont besoin de rencontrer des conseillers d'orientation, de parler à leurs professeurs principaux, etc. C'est la raison pour laquelle nous avons créé des postes l'année dernière et que nous le faisons de nouveau cette année en augmentant leur nombre, puisque nous passons de 300 à 500 postes créés. Il faut évidemment que ces créations de postes s'appuient sur un vivier suffisant de professionnels, ce qui n'est pas forcément le cas, c'est pourquoi cette trajectoire est progressive. Cela dit, il est très clair que les jeunes ont besoin d'humain, et qu'il faut leur offrir.
Comme les associations lycéennes que nous avons rencontrées nous l'ont demandé, il faut aussi proposer des journées d'immersion dans l'enseignement supérieur. Par définition, un lycéen n'a jamais vu une université de sa vie ! Ainsi, dès le mois de janvier de l'année prochaine, nous proposerons en lien avec le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche et les universités des journées d'immersion aux élèves de terminale pour qu'ils aillent voir à quoi ressemble l'enseignement supérieur.
À partir du mois de janvier 2027, les structures du réseau Information Jeunesse, qui participent de l'accompagnement humain que j'évoquais, pourront tenir des permanences dans les lycées. Enfin, nous nous tournons aussi vers les familles par le biais de la plateforme Avenir(s), qui permet de se familiariser avec les filières d'orientation et leurs débouchés. Les familles ont aussi besoin de s'informer : les premières personnes que les élèves interrogent au sujet de leur parcours sont naturellement leurs proches.
Mme la présidente
La parole est à Mme Marie Mesmeur.
Mme Marie Mesmeur (LFI-NFP)
En dépit d'une mobilisation historique, les lycéens et les étudiants ont dû attendre cinq semaines avant d'être reçus par le premier ministre. Sachez que si vous êtes devant nous, c'est parce que le mouvement des jeunes a remporté une première victoire : ils vous ont obligés à leur répondre, même si vous n'avez annoncé que des mesurettes – et cela, de l'Union étudiante à la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) en passant par l'Union syndicale lycéenne, ils l'ont bien compris !
M. Benjamin Lucas-Lundy
C'est vrai !
Mme Marie Mesmeur
Puisque vous refusez de les écouter, permettez-moi de vous rappeler ce qu'ils ont répondu. Vous annoncez d'abord votre décision d'indexer les bourses sur l'inflation, après que le gouvernement les a lui-même désindexées pendant trois ans. C'est un coup de com' qui ne changera rien à l'immense précarité étudiante. Vous annoncez ensuite la création de 15 000 places dans l'enseignement supérieur, alors qu'il en manque 250 000. Vous ne répondez donc qu'à 6 % des besoins !
Troisièmement, vous annoncez une réforme de Parcoursup pour 2028 afin d'améliorer sa transparence. Si les lycéens et les familles sont dans une telle détresse, ce n'est pas par manque de transparence, mais parce qu'ils sont confrontés à une sélection féroce qui discrimine et qui trie en fonction du secteur et du lycée d'origine. Il faut à la fois conserver une plateforme centralisée et abolir la sélection, cela dès aujourd'hui, sans attendre 2028. J'ai déposé à deux reprises une proposition de loi visant à abroger Parcoursup et à rétablir un droit d'accès au supérieur pour tous les titulaires d'un baccalauréat ou d'un diplôme équivalent. Si vous avez un peu de courage, faites-la inscrire à l'ordre du jour ! Si vous ne le faites pas, nous le ferons nous-mêmes en mai prochain, lorsque La France Insoumise sera au pouvoir.
Mme Geneviève Darrieussecq
Vous ne serez pas au pouvoir !
Mme Marie Mesmeur
Vous annoncez ensuite la création de 500 postes, alors que ce sont 9 906 postes d'enseignants qui ont été supprimés sous Macron ! On dirait une mauvaise blague ; vous prenez vraiment les Français pour des imbéciles ! Vous dites aussi que le bâti scolaire sera rénové avec 4 milliards de prêts. Ce sont en réalité les régions et les départements qui s'endetteront, alors qu'ils sont déjà asphyxiés par vos budgets d'austérité successifs. Enfin, vous annoncez généreusement que les classes de seconde seront limitées à vingt-huit élèves. Monsieur le ministre, auriez-vous oublié que les élèves de première et de terminale existent aussi, alors qu'ils passent le bac et qu'ils sont soumis au contrôle continu ?
Les organisations de jeunesse ont formulé dix mesures très claires ; il faut les respecter ! La jeunesse vous a arraché une première victoire à 412 millions d'euros. Nous sommes encore loin des 10 milliards nécessaires : ils ne s'arrêteront pas et ils nous auront à leurs côtés. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace.
M. Philippe Baptiste, ministre
En matière d'indexation des bourses, notre proposition répond à une revendication des organisations étudiantes exprimée de longue date,…
Mme Marie Mesmeur
Ah ça, on l'attend, la réforme des bourses !
M. Philippe Baptiste, ministre
… et vise à indexer les bourses sur l'inflation cette année, mais aussi dans la durée. Nous cesserions de nous demander chaque année s'il faut indexer cette aide sociale majeure sur l'inflation, puisque nous aurions statué sur la question de manière claire et définitive.
Pour ce qui concerne la création de places dans l'enseignement supérieur, le chiffrage donné n'est qu'une première étape ; le premier ministre a clairement spécifié qu'il restait des marges de discussion. Il nous reste aussi à engager une réflexion pluriannuelle sur l'ouverture de ces places. Ce sont néanmoins 15 000 places qui seront ouvertes dès maintenant,…
Mme Marie Mesmeur
Il faut passer de 15 000 places à 250 000 !
M. Philippe Baptiste, ministre
… surtout en Île-de-France où la situation est très tendue et les besoins très importants, notamment pour l'affectation des bacheliers technologiques et professionnels.
Au sujet de la sélection à l'université, je vous rappelle que l'OCDE classe tous les ans…
Mme Marie Mesmeur
Ah, on l'aime bien l'OCDE ! Moi aussi, je peux vous citer plein de rapports !
M. Philippe Baptiste, ministre
… les pays membres de l'organisation en fonction de leur sélectivité dans l'enseignement supérieur. La France occupe la dernière place du classement. Il me semble donc difficile de dire que la France est un pays où la sélection fait rage.
Mme Marie Mesmeur
Ça vous fait bien plaisir, quelque 126 000 jeunes sur la touche !
M. Laurent Croizier
Mais arrêtez de mentir sans arrêt ! Vous voulez tout nationaliser !
M. Philippe Baptiste, ministre
Je terminerai par la rénovation du bâti scolaire. Cinq milliards d'euros sont aujourd'hui sur la table : 4 milliards seront engagés dans des mécanismes de prêt,…
Mme Marie Mesmeur
Les régions sont à l'os !
M. Philippe Baptiste, ministre
… quand le milliard restant, qui compte 200 millions d'euros de nouveaux crédits, sera distribué dès cette année pour différentes opérations. Je ne crois pas que l'on puisse balayer cela d'un revers de main.
Mme la présidente
La parole est à M. Arnaud Saint-Martin.
M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP)
Face au désarroi des lycéens déboussolés, certains établissements privés lucratifs organisent la prédation, générant du fric sur le dos de jeunes qui cherchent à se construire un avenir. Qu'avez-vous fait pour empêcher un tel scandale de se développer ? Rien, sinon un projet de loi préparant la fusion scandaleuse de l'enseignement supérieur public et du privé, que vous n'avez même pas été capables de mettre à l'ordre du jour de nos travaux. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Pendant ce temps, un étudiant sur quatre étudie dans le secteur privé, dans lequel l'ESR – l'enseignement supérieur et la recherche – privé lucratif occupe une place grandissante. Il prospère notamment grâce au soutien financier de la puissance publique, qui l'arrose généreusement, tandis que l'université publique dépérit. Plutôt que d'essayer de protéger les familles de ces établissements prédateurs qui organisent l'accaparement des lycéens désorientés à grand renfort de marketing trompeur, vous laissez délibérément ces jeunes dépenser des milliers d'euros pour des diplômes bidon enrichissant de grands groupes.
Ces grands groupes, nous connaissons leurs méthodes. La journaliste Claire Marchal a révélé celle du groupe Galileo Global Education : conditions d'études calamiteuses, marchandage du diplôme, le tout avec pour seul objectif de faire du profit. Quelle ne fut pas notre surprise d'apprendre que l'ancienne ministre macroniste Muriel Pénicaud avait rejoint ce groupe, après avoir été à l'origine de la loi sur l'apprentissage qui porte son nom, et dont ces boîtes font leur miel. (Mme Marie Mesmeur applaudit.)
Sous la Macronie, les intérêts de l'université publique s'effacent au profit de ceux de l'enseignement privé lucratif, et ce sont les étudiants qui en payent le prix fort. Cette situation catastrophique, c'est votre bilan. C'est vous qui avez mis les universités à genoux et organisé le tri social des étudiants via Parcoursup, ne laissant pas d'autre choix aux jeunes que de se tourner vers le privé lucratif. Nous vous alertons depuis le début et avons même déposé une proposition de loi pour lutter contre ces arnaques. Mais combien d'étudiants votre inaction a-t-elle désespérés ? Messieurs les ministres, répondre aux revendications des lycéens, c'est aussi tout mettre en œuvre pour qu'ils n'aient pas à poursuivre leurs études dans ces établissements privés malhonnêtes. Quand comptez-vous cesser les effets d'annonce et passer aux actes ? Si vous ne vous en sentez pas le courage, laissez-nous la place, nous le ferons ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace.
M. Philippe Baptiste, ministre
J'essaierai de vous répondre sur le fond, auquel je vous sais attaché. Aujourd'hui, un quart des étudiants étudient dans l'enseignement supérieur privé. Cette part a très fortement augmenté ces quinze ou vingt dernières années – elle a gagné près de 10 points –, sans compter la croissance démographique. La croissance de l'enseignement supérieur privé est donc très forte. Je crois qu'il nous faut reconnaître que, dans la très grande majorité des cas, les étudiants et leurs familles sont très contents des formations de l'enseignement supérieur privé,…
Mme Marie Mesmeur
Oh là là !
M. Philippe Baptiste, ministre
… ce qui ne signifie évidemment pas qu'il faut cesser de proposer des offres dans l'enseignement supérieur public. Néanmoins, il me semble que la liberté de l'enseignement a son importance dans l'enseignement supérieur, et je n'irai jamais à l'encontre de ce principe.
En revanche, il est fondamental de garantir la qualité des enseignements et des formations dispensés dans ces établissements privés. (Mme Mathilde Feld s'exclame.) Des abus, il y en a eu, vous en avez cité. Toutefois, même dans le cadre législatif actuel – qui, je vous l'accorde, nous laisse relativement démunis en matière de régulation – et grâce à l'utilisation des chartes attachées à Parcoursup, nous avons pu mener une quarantaine de contrôles. Ils nous ont permis d'identifier des difficultés sur la plateforme, immédiatement rectifiées par les établissements. Il faut évidemment aller plus loin, mais avec prudence.
M. Arnaud Saint-Martin
Proposez des projets de loi !
M. Philippe Baptiste, ministre
Ces établissements sont la plupart du temps de qualité, voire de très grande qualité.
Mme Marie Mesmeur
Allez dire ça aux étudiants des universités de Rennes !
M. Philippe Baptiste, ministre
Nous comptons parmi eux certaines de nos meilleures écoles et de nos meilleures universités,…
M. Arnaud Saint-Martin
Mais fort coûteuses !
M. Philippe Baptiste, ministre
… les instituts catholiques par exemple.
Mme la présidente
La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy.
M. Benjamin Lucas-Lundy (EcoS)
Messieurs les ministres, le cœur du débat est bien plus qu'une question purement éducative, voire sociale ; c'est une question fondamentalement républicaine. La République est née de l'abolition des privilèges – il faudrait que vous en souveniez lors de nos débats budgétaires – et elle repose sur la promesse que chacun peut s'élever. Avec vos collègues du gouvernement, vous n'avez d'ailleurs de cesse d'en appeler à la valeur du mérite, de l'effort et du travail. Cette promesse est inscrite dans la Constitution : le préambule de 1946 est clair lorsqu'il dispose que "la nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction".
Nous incitons toutes et tous nos enfants à bien travailler à l'école pour qu'ils puissent faire des études. Tous les parents savent que le diplôme protège : il y a trois fois plus de chômage chez les non-diplômés que chez les diplômés. Cependant, Parcoursup généralise le tri avec des algorithmes opaques et ferme la porte à des jeunes qui ont fait tout ce qu'on leur demande ! (Mmes Léa Balage El Mariky et Marie Mesmeur applaudissent.) On est loin de la méritocratie : votre régime, c'est l'héritocratie. Au début du XXe siècle, nos prédécesseurs ont créé les bourses pour que les enfants d'ouvriers accèdent au savoir ; vous, vous dressez des barrages. Parcoursup est le seul outil que vous ayez trouvé pour empêcher les universités asphyxiées de faire faillite, alors que vous refusez de leur donner les moyens d'assurer leurs missions.
Aussi existe-t-il désormais deux jeunesses : une jeunesse livrée à des officines privées hors de prix, que leurs parents ont les moyens de payer, et que le projet de loi relatif à la régulation de l'enseignement supérieur privé avait pour but d'encadrer. Il n'a jamais été inscrit à l'ordre du jour de l'Assemblée et je m'associe à l'interpellation de notre collègue à ce sujet. L'autre jeunesse est une jeunesse sans solution, condamnée à la trappe à chômage. En réalité, Parcoursup, c'est le vigile posté en bas de l'escalier quand l'ascenseur social est en panne. Nous, nous voulons le réparer. Quel gâchis quand le pays manque d'ingénieurs, de médecins et de chercheurs pour la transition écologique et le numérique !
Refuser d'investir n'a rien de rationnel : c'est un choix idéologique, le vôtre et celui de vos prédécesseurs depuis tant d'années. C'est le choix de l'entre-soi et du séparatisme social et scolaire. Alors, oui, il faut en finir définitivement avec Parcoursup et donner les moyens aux universités d'accueillir tous les enfants de la République. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC.) C'est cela, tenir la promesse républicaine, monsieur le ministre. Quel est votre choix : le séparatisme socio-scolaire ou la République ? (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC.)
Mme Marie Mesmeur
Bravo !
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace.
M. Philippe Baptiste, ministre
Merci, monsieur le député, pour cette question toute en nuances.
M. Benjamin Lucas-Lundy
Ça veut dire quoi, ça ? J'ai déjà fait moins nuancé !
M. Philippe Baptiste, ministre
Permettez-moi de revenir un instant sur le tri social. Comment pouvez-vous affirmer que la plateforme Parcoursup fait du tri social,…
Mme Marie Mesmeur
On peut vous conseiller des bouquins de sociologie !
M. Philippe Baptiste, ministre
… alors qu'il n'y a jamais eu autant d'étudiants habitant hors de Paris intra-muros qui font leurs études dans Paris intra-muros ?
Comment peut-on affirmer que cette plateforme opère un tri social, alors qu'elle est la première à avoir instauré des quotas en faveur des boursiers ? Ces quotas, qui n'existaient pas dans les dispositifs antérieurs, ont permis à 150 000 jeunes d'accéder à des formations auxquelles ils n'auraient pas pu accéder s'ils n'avaient pas été boursiers.
Ces résultats sont tangibles et vérifiables. Certes, cette plateforme a mille défauts et demeure sans doute très perfectible. Mais répéter que Parcoursup procéderait à un tri social, c'est entretenir une contrevérité et c'est faux, monsieur le député.
M. Benjamin Lucas-Lundy
Tout le système scolaire est du tri social ! Dans quels pays vivent ces gens ?
Mme la présidente
La parole est à M. Pouria Amirshahi.
M. Pouria Amirshahi (EcoS)
Monsieur le ministre, je dois vous avouer qu'en vous écoutant, j'ai parfois l'impression d'entendre une langue morte (M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit). Il aura donc fallu épuiser huit ministres de l'éducation nationale (Mme Marie Mesmeur rit) pour obtenir, à quelques mois de l'élection présidentielle, des semblants d'annonces.
Deuxième élément de mon désarroi, que d'autres partagent avec moi : il aura fallu qu'un jeune perde une main et un autre un œil pour que vous en arriviez à reconnaître la légitimité de certaines revendications.
J'en viens au fond. Dans cette mobilisation, la jeunesse a exprimé une revendication on ne peut plus légitime : affirmer son existence par soi-même et revendiquer le droit à choisir sa vie. Une pancarte m'a beaucoup plu. Je ne sais pas si vous l'avez vue, même si elle a été largement diffusée. Son message était très simple : le monde ou rien.
Rien n'est plus légitime que cette exigence d'une jeunesse qui demande à vivre dans un monde qu'on lui a préparé, sans qu'elle ait jamais demandé qu'il soit aussi dégradé, mais dans lequel elle souhaite, à tout le moins, s'inscrire comme elle l'entend.
Or cette jeunesse est confrontée, dans sa scolarité, à des obstacles considérables, qui tiennent d'abord à l'origine sociale. La formidable révolution démocratique de l'université, c'est d'avoir permis aux classes moyennes et ouvrières, et à leurs enfants, d'accéder à l'enseignement supérieur après le baccalauréat : c'est fabuleux ! (Mme Marie Mesmeur et MM. Benjamin Lucas-Lundy et Pierre Pribetich applaudissent.)
Mais vous ne pouvez pas, une fois le baccalauréat obtenu, leur dire : "Circulez, il n'y a rien à voir !". Par votre désengagement financier et budgétaire, vous créez les conditions d'une dégradation des conditions d'études.
Parcoursup, de ce point de vue, constitue une catastrophe absolue. Vous obligez des jeunes, alors qu'il est parfaitement légitime qu'ils s'interrogent sur leur avenir, à mentir. Choisir est difficile. Auparavant, ils devaient formuler trois choix, ce qui était déjà compliqué. Désormais, vous exigez d'eux qu'ils en formulent dix, ce qui les conduit à raconter des choses qu'ils n'ont pas envie de raconter. (Mme Marie Mesmeur et M. Benjamin Lucas-Lundy applaudissent.)
C'est pourquoi il faut mettre fin à ce qui constitue une véritable école du vice. L'abrogation de Parcoursup est une revendication légitime et de bon sens. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC.)
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace.
M. Philippe Baptiste, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace
Pour votre bonne information, depuis la création de la plateforme, il est possible de formuler jusqu'à dix vœux, assortis d'éventuels sous-vœux. Il s'agit d'un maximum, mais il n'est nullement obligatoire de formuler dix vœux. Vos sources ne semblent donc pas tout à fait exactes en la matière.
Au-delà de cette précision, la question que vous soulevez renvoie aux aspirations de la jeunesse, qui dépassent le seul cadre de l'enseignement supérieur ou des lycées. Il existe probablement une forme de malaise chez les jeunes, liée à la société dans laquelle nous vivons, mais aussi une aspiration à agir, à se rendre utiles et à trouver leur place dans un monde complexe, marqué notamment par l'émergence de l'intelligence artificielle et par le réchauffement climatique, qui soulève des questions particulièrement délicates quant à l'avenir de notre planète.
Notre responsabilité collective est de proposer à cette jeunesse-là des solutions et des formations susceptibles de répondre à ses aspirations.
Mme Marie Mesmeur
Ouh là là !
Mme la présidente
La parole est à Mme Géraldine Bannier.
Mme Géraldine Bannier (Dem)
Je voudrais profiter de ce débat pour revenir avec vous sur la question du contrôle continu, soulevée par les lycéens. L'idée procédait sans doute, à l'origine, d'une bonne intention : inciter les élèves à travailler plus régulièrement, et non pas seulement à la veille des épreuves terminales. Toutefois, après quelques années de recul, plusieurs travers ont été identifiés.
Les professeurs des enseignements de spécialité se sentent parfois contraints de surnoter des élèves, pour plusieurs raisons : ne pas perdre d'effectifs dans leur spécialité et assurer ainsi la pérennité de cet enseignement ; acheter la paix sociale avec les parents et les élèves – c'est ce qu'une collègue m'a confié ; ne pas pénaliser les jeunes dans le cadre de leur candidature en classe préparatoire, par exemple.
Se pose également la question du poids du contrôle continu en première, dont les notes sont conservées même en cas de redoublement. Il faut rappeler que le stress est vécu très différemment selon les élèves.
Ne pourrions-nous pas plutôt imaginer l'organisation de quelques devoirs communs dans l'année, choisis dans une banque nationale standardisée, selon une formule qui était d'ailleurs initialement appliquée ? Ce dispositif présenterait l'avantage de mieux harmoniser la notation de tous les élèves sur l'ensemble du territoire, quelle que soit la localisation des établissements et leur recrutement social, mesuré notamment par l'indice de position sociale (IPS).
Notre groupe n'oublie pas non plus le problème de l'absentéisme des lycéens en fin d'année, une fois les premières épreuves passées ou leur orientation déterminée, alors même qu'ils devraient poursuivre la préparation des épreuves terminales. Enfin, nous ne perdons pas de vue la situation des élèves de terminale professionnelle et la question du parcours en Y, si décrié, mais maintenu bien que désormais aménagé.
Pouvez-vous d'ores et déjà nous annoncer des améliorations possibles de ce dispositif du contrôle continu ?
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.
M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale
Mesdames et messieurs les députés qui nous faites l'honneur de rester pour ce débat si important pour notre jeunesse, le contrôle continu fait en effet depuis très longtemps l'objet d'une controverse, entre bonnes intentions et effets indésirables. D'un côté, l'objectif est de mieux répartir les évaluations et, par conséquent, la prise de risque pour les élèves. De l'autre, ces derniers vivent désormais dans un état de stress permanent, alors qu'auparavant, ils ne connaissaient ce stress qu'une seule fois, si je puis dire.
Je ne suis pas partisan de la disparition complète du contrôle continu. Contrairement à ce que l'on entend parfois, il a d'ailleurs toujours existé au baccalauréat, notamment pour les langues vivantes. On l'oublie souvent aujourd'hui.
En revanche, deux questions se posent. Premièrement, faut-il maintenir le contrôle continu en classe de première ? Ne pourrait-on pas considérer, au contraire, que cette classe doit être consacrée à la préparation des épreuves anticipées de fin d'année – en français et, désormais, en mathématiques – tandis que l'année de terminale serait pleinement tournée vers le baccalauréat ? C'est peut-être un scénario un peu ambitieux, mais je mets cette hypothèse sur la table.
Deuxièmement, si le contrôle continu présente l'avantage de lisser l'évaluation, ne devrions-nous pas ouvrir aux élèves un droit à l'erreur, autrement dit un mécanisme permettant de corriger les aléas ? Un accident de parcours est toujours possible et ne doit pas pénaliser à l'excès un lycéen.
Quant au lycée professionnel, dont vous avez bien voulu parler et auquel je suis extrêmement attaché, l'une des premières décisions que j'ai prises lorsque je suis arrivé au ministère, il y a un peu plus d'un an, a été de supprimer le parcours en Y tel que nous le connaissions, avec des épreuves organisées très tôt, dès le mois d'avril, selon un calendrier qui conduisait les élèves à décrocher une fois celles-ci passées.
Ce ne sera plus le cas cette année : les épreuves terminales du bac professionnel, comme celles des bacs des filières générale et technologique, se dérouleront au mois de juin.
Mme la présidente
La parole est à M. Laurent Croizier.
M. Laurent Croizier (Dem)
Les jeunes ont trop souvent le sentiment que leur vie entière se joue en quelques clics sur la plateforme d'orientation Parcoursup. Or beaucoup de choses se construisent bien en amont : l'orientation est l'aboutissement d'un parcours continu, permettant à chaque jeune de découvrir ses envies, ses talents, la diversité des métiers et les formations qui y conduisent. La clé réside dans un accompagnement individualisé tout au long de la scolarité.
C'est l'une des conclusions du rapport sur l'accompagnement des élèves à la découverte des métiers et à l'orientation, que nous avons rédigé avec mon collègue Arnaud Bonnet en juillet 2025, et qui formulait quarante-cinq recommandations.
M. Alexandre Portier, président de la commission des affaires culturelles et de l'éducation
Excellent rapport !
M. Laurent Croizier
Nous proposons d'élargir le champ des possibles dès l'école primaire, grâce à la découverte de métiers ; de renforcer le dialogue avec les familles dès la classe de cinquième ; de rendre les intitulés de toutes les formations et de tous les diplômes enfin compréhensibles par tous.
Aucun jeune ne devrait être laissé seul face à ses choix. Je propose qu'à l'entrée au lycée, chaque élève puisse compter sur un professeur tuteur qui l'accompagnera individuellement durant ces trois années. Combien d'étudiants intègrent l'université par défaut, sans projet et sans maîtriser les acquis nécessaires ? Combien échouent en licence ? Combien découvrent, au terme d'un master ou d'un doctorat, l'absence de débouchés professionnels ?
Je regrette que le débat actuel se réduise à l'accès à l'université. Y orienter les jeunes sans discernement est une erreur. Au groupe Démocrates, nous refusons de mentir aux lycéens sur les exigences des formations et sur leurs débouchés. Ce discours participe à invisibiliser les autres cursus et à dénigrer la voie professionnelle. Je propose au contraire de la revaloriser en fusionnant les lycées professionnels, généraux et technologiques et en créant des secondes mixtes et davantage de passerelles.
Pourquoi faudrait-il séparer les jeunes et cloisonner les voies de formation ? La France a autant besoin de techniciens, d'artisans et d'ouvriers qualifiés que de cadres ou d'ingénieurs. Ce n'est pas l'intelligence artificielle qui viendra réparer nos fuites d'eau, tirer nos lignes électriques ou préparer nos repas. (Mme Josy Poueyto applaudit.)
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.
M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale
Je vous remercie d'avoir rappelé les propositions formulées dans votre rapport. Je n'en évoquerai ici que quelques-unes, même si toutes sont très intéressantes.
Tout d'abord, l'enjeu de la découverte des métiers par les jeunes est en effet essentiel. Une étude réalisée il y a deux ans révélait qu'un jeune connaissait en moyenne quinze métiers à la fin de la classe de troisième, soit, grosso modo, ceux de son environnement social et familial immédiat. Or, sachant que les parents et les proches sont les premiers prescripteurs en matière d'orientation, il est évident que le paramètre de reproduction sociale demeure un phénomène absolument majeur.
Cette découverte des métiers se déploie notamment grâce aux demi-journées qui lui sont consacrées dans les collèges, dans le cadre des plans pluriannuels d'orientation. Mais il faut aussi, comme je l'évoquais il y a un instant, travailler avec les parents et les familles pour élargir l'horizon familial, afin que les parents puissent attirer l'attention de leurs enfants sur l'existence d'un métier susceptible de leur correspondre. Ce n'est pas parce que les parents n'ont pas exercé un métier que celui-ci ne pourrait pas intéresser leurs enfants.
Deuxième élément : le travail sur le tutorat. En la matière, de nombreuses actions sont menées dans le cadre du dispositif des Cordées de la réussite, que j'ai évoquées lors d'une intervention précédente. Près de 180 000 jeunes en bénéficient.
Une piste pourrait consister à mettre en place un suivi individuel, sous la forme d'un portfolio ou d'un carnet de conseils, qui accompagnerait l'élève tout au long de sa scolarité ou, du moins, des classes de cinquième ou de quatrième jusqu'à la fin de son parcours scolaire.
Il y a là un enjeu de continuité dans l'accompagnement. Nous savons tous qu'un seul rendez-vous avec un conseiller d'orientation change rarement une vie. En revanche, tisser une sorte de fil rouge dans le dialogue, à travers un entretien annuel, voire deux obligatoires à partir de la troisième, pourrait contribuer à construire un parcours. C'est une idée que je trouve extrêmement intéressante, même si je ne prétends pas être en mesure de la mettre en œuvre immédiatement.
Enfin, la revalorisation de la voie professionnelle est essentielle. Je le disais tout à l'heure : pour la première fois depuis vingt ans, les vœux pour la voie pro augmentent, et je crois que nous y sommes pour quelque chose.
Mme la présidente
La parole est à Mme Delphine Lingemann.
Mme Delphine Lingemann (Dem)
Depuis plusieurs semaines, des milliers de lycéens nous font part de leur angoisse face à l'avenir. Cette angoisse mérite mieux qu'une surenchère électoraliste. Elle mérite la vérité. La vérité, c'est que certains ont choisi d'exploiter la détresse de la jeunesse. Et quand les mélenchonistes exigent la fin de toute sélection et la création de 250 000 places dans l'enseignement supérieur, c'est bercer notre jeunesse d'illusions. Et une illusion déçue, c'est toujours de la colère en plus.
La vérité, et j'ajouterai l'honnêteté, consiste à dire à notre jeunesse que la réussite ne se résume ni au bac ni aux études supérieures, et qu'une formation professionnalisante qui intervient plus tôt dans un parcours est également une voie d'excellence, lorsqu'elle est choisie et qu'elle conduit aux métiers dont notre pays a besoin.
La vérité et l'honnêteté, c'est aussi leur dire qu'une sélection existera toujours. La seule question est de savoir quand et comment. Soit on l'assume à l'entrée du supérieur avec des critères clairs, expliqués et transparents, soit elle se fait plus tard et souvent plus brutalement, par l'échec en licence ou sur le marché du travail.
Mais il est une autre vérité dont on parle trop peu : l'intelligence artificielle qui transforme nos métiers, l'enseignement et la manière même d'apprendre. Or nous continuons d'orienter des jeunes vers des formations qui risquent de ne plus répondre aux besoins de demain et qui seront autant d'impasses pour eux.
Messieurs les ministres, vous envisagez pour 2028 un outil d'orientation enrichi par l'IA, nourri des résultats des campagnes précédentes. Mais le passé ne dit pas tout des métiers de demain. D'où ma question : êtes-vous prêts à créer un conseil scientifique pour anticiper l'évolution des métiers sous l'effet de l'intelligence artificielle, pour éclairer nos choix de formation et pour donner à chaque jeune les moyens de prendre sa place dans le monde qui vient ?
La vérité que nous devons aux jeunes, en assumant notre responsabilité, c'est qu'une promesse d'avenir n'a de valeur que si nous nous donnons les moyens de la tenir. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.)
M. Alexandre Portier, président de la commission des affaires culturelles et de l'éducation
Très bonne question !
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.
M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale
Je rejoins ce qui a été dit tout à l'heure ; je ne polémiquerai donc pas inutilement sur les risques d'assignation territoriale qui se cachent derrière certains projets.
La question de l'intelligence artificielle est très importante. C'est d'ailleurs l'un des trois chantiers que j'ai engagés à mon arrivée au ministère ; je l'ai ouvert il y a plusieurs mois déjà. L'IA est en train de bouleverser totalement l'horizon des métiers, et par conséquent celui des formations. C'est probablement la plus grande inquiétude des jeunes. J'en rencontre chaque semaine depuis un an, et beaucoup me disent : "Je voudrais être graphiste, ou interprète, mais ce métier va disparaître" ; "Je voudrais faire du commerce, mais mon métier va être remplacé." On ne mesure pas encore suffisamment le vertige auquel ils sont confrontés. Nous devons y répondre.
Nous connaîtrons aussi, probablement, un bouleversement des hiérarchies sociales implicites associées aux formations. Cela ne sera peut-être pas totalement mauvais pour notre pays, qui est, en Europe, celui qui a le plus considéré la formation professionnelle comme destinée à ceux qui ne réussissaient pas dans les savoirs académiques. En Allemagne ou en Suisse, elle est au contraire massive. Pourquoi cette différence ? Parce que nous avons fait le choix d'atteindre un niveau très élevé de tertiarisation. L'IA bouleverse cet ordonnancement : certains métiers dont nous aurons besoin ne seront pas remplacés par l'IA et vont être revalorisés, tandis que d'autres, qui formaient une sorte de sommet social implicite, vont être complètement remplacés – nous menons actuellement ce travail d'identification. J'ai d'ailleurs créé un comité d'anticipation en éducation, qui nous éclaire sur ces évolutions et sur la manière de reconfigurer totalement la carte des formations professionnelles dans les prochaines années.
Il faudra enfin s'interroger sur la partition entre voie générale et technologique et voie professionnelle : un pays qui conduit 50 % des élèves en voie générale sans se demander ce qu'ils deviennent ensuite – et qui est le seul à procéder ainsi en Europe – gagnerait sans doute à le faire, afin précisément de revaloriser la diversité des parcours.
Mme la présidente
La parole est à M. Paul Molac.
M. Paul Molac (LIOT)
À l'invitation du proviseur, nous avons rencontré les 600 élèves du lycée Marcellin-Berthelot de Questembert. Je m'étais engagé à relayer leurs revendications. Je me fais donc aujourd'hui l'orateur de la question écrite par Nello, Nina, Milan, Mattéo et Jules, cinq élèves porte-parole de leurs camarades, que je remercie de leur contribution.
"Bonjour, nous sommes du lycée Marcellin-Berthelot, dans le Morbihan. On aimerait réagir aux pseudo-mesures, insuffisantes au regard de nos revendications : 15 000 places supplémentaires dans les études supérieures, dont 10 000 supprimées cette année, alors qu'on en demande 250 000. Comment se projeter dans le futur et se sentir rassurés ?
"Parcoursup, le budget de l'éducation nationale, la violence ou l'écologie sont des exemples de revendications, parmi des centaines d'autres, portées par les lycéennes et les lycéens. Est-il normal que nous soyons obligés de bloquer nos lycées pour être entendus ?
"Le rythme scolaire, en décalage avec notre rythme biologique, a un impact direct sur notre santé mentale et nos résultats. Pour nous, lycéens de milieu rural, une journée type, trajets et devoirs compris, commence à 6 heures et se termine à 20 heures. Pourquoi ne pas s'inspirer des premiers pays du classement Pisa, qui travaillent moins mais mieux ?
"Depuis la création de Parcoursup, de nombreuses inégalités ont été relevées : un fonctionnement trop abstrait, une sélection fondée sur des critères discriminants, qui nous font vivre un stress permanent. Il faut une refonte immédiate et profonde. Le budget de l'éducation nationale doit être revalorisé et mieux réparti.
"Votre rôle est de protéger la démocratie et de nous garantir un avenir qui respecte nos droits. Arrêtez de nous oublier, de nous ignorer, de nous mépriser et de nous réprimer. C'est à vous d'agir. Vous avez la confiance de la jeunesse entre vos mains."
Mme Valérie Rossi
Bravo !
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.
M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale
Je remercie les élèves qui vous ont écrit. Nous avons, disent-ils, la confiance des jeunes entre nos mains ; eux ont aussi celle de notre société, et singulièrement celle de votre serviteur – sans quoi je ne serais pas là. Comme vous le savez, je n'ai pas de projet électoral pour la suite.
M. Pierre Pribetich
C'est ce qu'on dit !
M. Édouard Geffray, ministre
Si je suis là, c'est parce que j'adore cette jeunesse et que je lui ai dédié ma vie, en tout cas les dix dernières années. C'est une belle jeunesse, mais une jeunesse à laquelle il ne faut pas mentir et à laquelle il faut répondre précisément. Elle nous dit que nous avons besoin de places dans le supérieur. C'est exact, et nous en créons chaque année. Prétendre en créer 100 000 à la rentrée prochaine serait toutefois mentir : même si tous les étudiants étaient en amphithéâtre, il faudrait 1 000 amphithéâtres de 100 places. Personne ne sait faire cela en quelques jours.
En revanche, créer des places en BTS, c'est répondre aux lycéens professionnels – ce sont eux qui peinent le plus à trouver dans le supérieur des études qui leur correspondent. Nous le faisons notamment dans les secteurs industriels, où ils trouveront ensuite un métier, plutôt que de les envoyer ailleurs, dans des situations qui leur seraient très préjudiciables.
J'ai ouvert le chantier des emplois du temps. Si je peux agir sur le rythme hebdomadaire, notamment en milieu rural, où le 8 heures-18 heures devient un 6 heures-20 heures, voire 21 heures, sans compter les devoirs, et j'en passe, et si j'envisage même d'alléger un peu les horaires de première et de terminale, en revanche, comme je l'ai toujours dit, une réflexion globale sur les rythmes engage les transports scolaires, les familles, la vie économique et le secteur touristique. Une telle réflexion ne se mène évidemment pas cinq mois avant une élection présidentielle – si j'entreprenais de le faire, vous me le reprocheriez, à juste titre.
Le temps me manque pour répondre aux autres questions, mais je suis tout à fait disposé à rencontrer vos élèves – à les faire venir, peut-être – pour un échange direct et concret sur notre action, loin du bruit et des mensonges.
Mme la présidente
La parole est à M. Paul Molac.
M. Paul Molac
Je vous prends au mot, monsieur le ministre. Nous organiserons quelque chose avec le proviseur.
M. Édouard Geffray, ministre
Génial !
Mme la présidente
Nous en sommes témoins. (Sourires.)
La parole est à Mme Nicole Sanquer.
Mme Nicole Sanquer (LIOT)
L'éloignement géographique, le coût des déplacements, la pénurie de logements étudiants et la complexité des démarches administratives et sociales sont autant d'obstacles à l'égalité des chances de nos jeunes Polynésiens face aux études supérieures. J'aborderai trois sujets.
Premièrement, le logement étudiant. Votre gouvernement prévoit 45 000 logements étudiants d'ici à la fin du quinquennat : l'ambition est nécessaire, mais encore insuffisante face aux besoins. Je salue la priorité accordée aux étudiants ultramarins boursiers dans les résidences des Crous. Mais pourquoi en exclure les non-boursiers ? Ils subissent les mêmes contraintes d'éloignement, et leurs familles n'ont pas toujours les moyens de financer un logement. Envisagez-vous d'étendre cette priorité à tous les étudiants ultramarins et d'accélérer la construction de logements étudiants ?
Deuxièmement, l'accès à l'université de la Polynésie française. Notre université accueille des candidats de tout le territoire national, en vertu du principe d'ouverture de notre enseignement supérieur. Mais lorsque ses capacités d'accueil sont limitées, des bacheliers polynésiens peuvent se retrouver sans place dans leur propre université, sans avoir nécessairement les moyens d'étudier dans l'Hexagone. Envisagez-vous d'instaurer une priorité territoriale pour les bacheliers polynésiens dans ses formations sélectives ?
Troisièmement, la stratégie de l'enseignement supérieur dans les outre-mer. Nos territoires abritent une biodiversité exceptionnelle et représentent l'essentiel de l'espace maritime français. Nous n'exploitons cependant pas assez ce potentiel pour développer des formations universitaires d'excellence, notamment dans les domaines de la biodiversité et des écosystèmes marins. Pourquoi ne pas faire de nos universités ultramarines de véritables pôles d'excellence, offrant des cursus complets, de la licence au master, pour former sur place nos futurs chercheurs et experts ? Enfin, quand présenterez-vous la stratégie spécifique aux outre-mer que recommandait la Cour des comptes et qui devait être élaborée avant la fin de 2025 ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT. – M. Marc Pena applaudit également.)
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace.
M. Philippe Baptiste, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace
La situation des étudiants ultramarins est évidemment complexe, pour plusieurs raisons. Dans beaucoup de territoires d'outre-mer, seule une partie des formations existe sur place, ce qui limite le choix – c'est aussi le cas dans certains territoires ruraux de l'Hexagone, me direz-vous ; mais outre-mer s'y ajoute l'éloignement.
Nous agissons dans deux directions. La première consiste à renforcer les capacités d'accueil et de formation des universités et établissements présents sur place – nous le faisons dans de nombreux territoires d'outre-mer. Il est vrai que cela prend du temps : on ne crée pas une université d'un coup de baguette magique, et développer des disciplines qui n'y existent pas encore exige à la fois du temps et des investissements. Se pose aussi parfois la question de l'utilité d'un tel effort : quand une filière n'attire que peu d'étudiants, une formation créée sur place risque, faute de volume, pour ainsi dire, de ne pas être la plus indiquée. La question reste donc complexe. Du reste, l'enseignement à distance et les campus connectés, sans être la panacée, sont aussi une option.
La seconde direction consiste à faire venir les étudiants ultramarins dans l'Hexagone, grâce à tout un dispositif de bourses ad hoc. Vous l'avez souligné, des points de charge supplémentaires leur donnent aujourd'hui la priorité dans les résidences universitaires des Crous.
Faut-il aller plus loin ? Oui, j'en suis convaincu, même si nous avons déjà essayé de faire beaucoup.
Mme la présidente
La parole est à Mme Stella Dupont.
Mme Stella Dupont (NI)
Des effectifs réduits en seconde, 500 postes d'enseignants supplémentaires, un effort sur le remplacement dès 2027 et, pour la vie scolaire, des emplois du temps revus et une pause déjeuner d'une heure garantie : ce sont bien entendu de bonnes décisions. Mais les emplois du temps impossibles tiennent aussi à la réforme Blanquer et à la diversité des spécialités : ce n'est donc pas si simple ; ce n'est pas par plaisir que les proviseurs organisent des emplois du temps à trous, pénibles pour les lycéens. Alors comment faire, concrètement ?
Pour ce qui concerne la santé mentale, 500 postes de psychologues, d'infirmiers et d'assistants sociaux, c'est aussi une bonne décision. Mais dans le Maine-et-Loire, par exemple, un département qu'on peut voir comme un centième du pays, cela correspond à cinq postes pour 830 000 habitants. Voilà qui relativise l'annonce.
Les 15 000 places supplémentaires dans le supérieur et le milliard d'euros d'investissement de l'État dans les universités, c'est bien ; cependant, la question du financement de leur fonctionnement courant demeure. L'université d'Angers subit une sous-dotation annuelle de 53 millions d'euros, alors qu'elle compte 4 000 étudiants de plus et a déjà réalisé 10 millions d'euros d'économies : l'équation est intenable. Ses présidents successifs et les parlementaires sonnent l'alerte depuis des années ; les équipes et les étudiants en pâtissent. Il faut une vraie réforme globale du financement des universités – et cesser de repousser le sujet.
Le remplacement de Parcoursup en 2028 répond à une forte attente : les lycéens décrient la complexité et l'opacité de l'outil. Il faut un changement profond, avec des critères lisibles et des refus motivés. Pour autant, il ne faut pas mentir aux jeunes en leur laissant croire que la sélection disparaîtra : ce n'est pas la réalité de la vie. Le vrai problème de l'orientation en France n'est pas un algorithme, mais une hiérarchie – une hiérarchie silencieuse, qui place la voie générale en haut et fait de la voie professionnelle une orientation par défaut plutôt que choisie. Près d'un tiers des bacheliers sont issus de la voie professionnelle ; ce sont pourtant eux qui peinent le plus à obtenir une place en BTS, formation pensée pour eux. L'orientation n'est pas une affaire de talent, mais de système. Remplacer Parcoursup sans régler ce problème reviendrait à repeindre la façade.
Je formulerai deux propositions simples : garantir aux bacheliers professionnels une vraie place en BTS grâce aux quotas qui leur sont réservés ; construire de réelles passerelles – parcours de transition vers le supérieur, allers-retours entre apprentissage, emploi et études – pour qu'aucun choix fait à 15 ans ne soit définitif. Les terribles angoisses de notre jeunesse s'en trouveraient grandement apaisées.
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.
M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale
Vous me proposez un petit défi : vous avez abordé de nombreux sujets, et je dispose, je crois, de 120 secondes pour vous répondre.
Mme Stella Dupont
Ah oui !
M. Édouard Geffray, ministre
S'agissant des emplois du temps, d'abord. Ce n'est évidemment pas par plaisir : chaque année, les chefs d'établissement accomplissent un travail remarquable pour concilier toutes les contraintes – je dis bien toutes, y compris personnelles. La réflexion que j'ouvre avec les organisations porte sur la condensation des triplettes de spécialités : sur 300 combinaisons possibles, 88 % des élèves se concentrent sur une quinzaine ou une vingtaine ; cela signifie que 12 % des élèves qui se portent sur les choix restants suffisent à chahuter l'ensemble. Il ne s'agit pas de s'en tenir à ces 15 ou 20 combinaisons, mais il convient peut-être d'optimiser un peu l'offre – manifestement, c'est assez attendu. Nous pourrions ainsi resserrer les groupes classes, retrouver plus facilement une forme d'unité de la classe et simplifier les emplois du temps.
Deuxième sujet, les bacheliers professionnels : sauf erreur de ma part, 50 % des places en BTS leur sont réservées. Les 10 000 places de BTS ouvertes à la rentrée prochaine leur sont donc singulièrement destinées, notamment en Île-de-France, où la pression est la plus forte.
Enfin, la santé mentale. J'ai toujours défendu une trajectoire de hausse de ces effectifs. Je l'ai suivie l'an dernier avec 300 équivalents temps plein (ETP), puis cette année avec une base de 300 ETP, portés à 500 par les annonces faites par le premier ministre avec votre serviteur. Rapporté aux quelque 18 000 personnels médico-sociaux et de santé, cela peut paraître insuffisant ; mais cela représente tout de même 800 postes en deux ans. Surtout, cela correspond à notre capacité réelle de recrutement. C'est comme pour les élèves : il ne faut pas mentir aux députés, il ne faut pas mentir aux Français, il ne faut pas mentir aux élèves. Si je vous annonçais 1 000 recrutements à la rentrée prochaine, je vous mentirais. Ne pas mentir, c'est la seule chose à laquelle je m'attache depuis le début de mon mandat.
Mme la présidente
Le débat est clos.
source https://www.assemblee-nationale.fr, le 30 octobre 2026