Texte intégral
Monsieur le préfet,
Monsieur le président de la commission de la Défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale, cher Jean-Michel Jacques,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le délégué général pour l'armement, cher Patrick Pailloux,
Monsieur le chef d'état-major de la Marine, amiral Christophe Cluzel,
Monsieur le major général des armées, amiral François-Xavier Polderman,
Monsieur le directeur général des relations internationales et de la stratégie, cher Guillaume Ollagnier,
Mesdames et messieurs les officiers généraux,
Monsieur le président du GICAN, cher Pierre Éric Pommellet,
Mesdames et messieurs les dirigeants d'entreprise,
Je voudrais également saluer les très nombreuses délégations étrangères présentes ce matin pour ce salon,
Mesdames et messieurs, en vos grades et qualités,
La France est fière d'accueillir cette trentième édition d'Euronaval, d'accueillir ces sept cents exposants, venus des cinq continents et des sept mers !
Aux délégations étrangères, aux industriels, aux marins et à tous les amis de la mer qui jettent l'ancre à Villepinte, au nom de la France, je souhaite la bienvenue.
Je veux remercier le GICAN et la SOGENA, et toutes les équipes qui font vivre ce rendez-vous.
Depuis 1968, se nouent ici des coopérations qui engagent la sécurité de nos nations pour plusieurs décennies.
Car nous sommes dans le domaine du temps long, le domaine de l'océan.
Temps long qui se rappelle à nous en ce 400e anniversaire de la Marine nationale française, que nous célébrons, Amiral, tout au long de cette année 2026.
Et alors que dimanche, à Saint-Malo, les skippers de la Route du Rhum prenaient le large pour rejoindre la Guadeloupe.
Qu'y a-t-il de commun entre les IMOCA et les porte-avions de nouvelle génération ?
Leurs chantiers sont, pour la plupart, bretons ou vendéens, et l'on y retrouve toute l'ingéniosité des architectes et des ingénieurs français.
Là réside toute la vocation maritime de notre pays, 2e zone économique exclusive au monde, qui s'exprime dans sa diversité et son excellence.
La Marine française, aux côtés de ses alliés, perpétue cet héritage dans un environnement maritime plus incontournable et plus hostile que jamais.
L'agression menée par la Russie contre l'Ukraine nous a rappelé que la guerre de haute intensité pouvait revenir en Europe.
Une guerre qui génère un réarmement massif, pour renforcer notre outil de défense, et promouvoir l'autonomie stratégique, c'est-à-dire notre capacité à garder les clefs de notre destin, dans la continuité du développement du pilier européen de l'OTAN.
La dégradation de notre environnement stratégique ne se limite pas à l'Europe. Au Proche et au Moyen-Orient, l'embrasement se poursuit.
La mer Rouge, le Golfe arabe-persique, la Méditerranée orientale nous rappellent que les équilibres régionaux touchent directement nos intérêts et ceux de nos alliés, nos approvisionnements et la compétitivité de nos entreprises, la sécurité de nos ressortissants et celle de nos partenaires.
L'essor de la piraterie et du narcotrafic, les ruptures technologiques, comme le retour de la masse, incarnées notamment par la dronisation dans toutes ses dimensions, aériennes, terriennes, et navales, menacent la liberté de navigation dans les détroits stratégiques.
Chaque nation, chaque armée, doit tirer toutes les conséquences de ce que nous voyons, pour mieux anticiper.
Plus que jamais, nous devons détecter plus tôt, choisir la réponse la plus adaptée à chaque menace et celle qui permettra de poursuivre la mission dans la durée.
Ces bouleversements demandent des navires et des équipages, mais aussi des stocks, des ateliers, et des infrastructures disponibles.
Toute cette chaîne doit être préparée à tenir la haute intensité, dans la durée.
C'est précisément la haute intensité qui est le thème retenu pour cette 3oe édition du salon.
C'est le sens de l'effort de réarmement engagé sous l'autorité du Président de la République depuis 2017.
Le projet de budget que je défends devant le Parlement prévoit de porter les crédits de la défense à 63,4 milliards d'euros pour l'exercice 2027.
Ce sont 6,5 milliards de plus qu'en 2026. C'est historique.
D'une logique de réparation, nous sommes passés à une logique de réarmement. Alors, cet effort se traduira dans la réalité des forces et dans les commandes de l'État.
Dans le domaine naval, nous renouvelons nos sous-marins d'attaque, nos frégates, nos bâtiments de soutien.
Nous préparons notre futur porte-avions, le France Libre et le SNLE 3G qui prendra la relève de la génération actuelle des sous-marins assurant la permanence de notre dissuasion nucléaire.
La loi de programmation militaire nous permettra de poursuivre l'arrivée des derniers SNA de la classe Suffren de moderniser notre patrouille maritime et de renforcer nos stocks de munitions notamment avec de nouvelles commandes de missiles Aster et Exocet.
Cela nous permet de préparer le combat naval de demain.
En juillet dernier la DGA a commandé des drones de surface et sous-marins supplémentaires dans le cadre du programme de lutte contre les mines du futur, SLAM-F.
Dès 2027, le nouveau programme « drones navals » doit permettre de franchir une première étape dans l'acquisition de drones d'endurance embarqués et de munitions navales télé-opérées.
Cette ambition exprime une volonté politique française fermement enracinée conserver la capacité de décider et d'agir par nous-mêmes.
Être craints, pour être libres.
À vous, industriels, je veux redire la confiance du ministère des Armées.
Notre filière navale rassemble plus de 770 entreprises et emploie directement 59 000 salariés.
Sa force tient à cette chaîne de compétences complète, depuis la conception jusqu'au maintien en condition opérationnelle.
Aujourd'hui, d'autres filières technologiques viennent enrichir cette excellence : les capacités spatiales, l'IA, la robotique, mais aussi les technologies d'observation et de détection radar.
Autant de capacités qui nous permettent de préserver notre avance technologique et de garder une longueur d'avance sur les menaces.
Cette excellence tient aux groupes comme aux PME, aux ingénieurs et chercheurs comme aux soudeurs, aux techniciens comme aux compagnons qui transmettent leur métier.
Elle plonge ses racines dans une histoire navale pluriséculaire, qui fait notre fierté collective.
Oui, mesdames et messieurs les industriels, plus que jamais, nous avons besoin de votre mobilisation.
Nous avons besoin de votre détermination.
Du côté de l'Etat, nous nous mettons en ordre de bataille pour vous accompagner, en simplifiant ce qui doit l'être en rapprochant forces et industriels au plus près du besoin opérationnel, sans surcouche administrative, pour que les meilleures solutions technologiques rejoignent les unités, dans un équilibre permanent entre technicité et rusticité.
C'est tout le sens de la réforme de la " DGA de combat ", menée sous l'autorité de notre délégué, Patrick Pailloux, que je remercie pour son engagement quotidien.
Ce salon offre des exemples très concrets, avec par exemple la signature du Pacte " Drones Navals ", qui animera l'ensemble de cet écosystème, pour faire converger besoins des forces et état de l'art.
De la start-up aux maîtres d'œuvre intégrateurs, en passant par nos laboratoires et nos équipementiers. C'est cette proximité entre utilisateurs, chercheurs, innovateurs et industriels, qui offre, toujours, la vitesse nécessaire pour l'adaptation de nos systèmes d'armes, garantie clé de notre supériorité opérationnelle.
Cette ambition, nous la portons avec nos partenaires.
La France, deuxième exportateur mondial d'armement, sait la confiance d'un pays qui lui confie la vie de ses soldats et l'équipement de sa marine.
Vendredi à Lorient lors de la livraison de la FDI Nearchos à la Marine grecque, nous avons mesuré cette émotion particulière, observant chaque marin l'un après l'autre franchir le pont de la FDI.
Chacun alors sentait le poids de la responsabilité qui était la sienne.
Avec nos partenaires européens, nous devons réduire nos dépendances extérieures.
Notre marché offre une profondeur suffisante pour agréger les commandes pour faciliter l'industrialisation et le financement de nos systèmes d'armes.
Notre première arme, c'est notre capacité à produire en Européens. C'est ainsi que nous deviendrons plus forts.
Les exemples fructueux sont déjà là : la Grèce, je l'ai dit.
Mais je pourrais évoquer la qualité et la complémentarité de notre partenariat avec la Suède, dans le domaine des missiles, de l'aviation, du naval, avec comme finalité notre autonomie stratégique mutuelle. Ce programme associe étroitement nos deux industries navales.
Je pourrais également citer la Belgique et les Pays-Bas avec notre coopération pour de nouveaux bâtiments de guerre des mines qui s'appuient sur les compétences de Naval Group, d'Exail et des industriels locaux.
Cette coopération européenne doit se poursuivre et s'incarner dans les programmes actuels comme dans ceux de demain.
Je pense par exemple au futur intercepteur de menaces hypersoniques AQUILA dont l'intégration navale sera clef et s'appuiera sur le consortium européen HYDIS comptant plus de 13 États participants.
Au-delà même de l'Europe, l'Indonésie où deux sous-marins Scorpène Evolved sont en construction à Surabaya, dans les chantiers de PT PAL, grâce à un partenariat tout à fait innovant qui associe directement l'industrie indonésienne.
Je souhaite que les échanges de ce salon permettent d'approfondir nos liens industriels et d'identifier de nouvelles coopérations.
Les Européens ont tout intérêt à renforcer leur propre industrie pour faire vivre nos territoires et nous donner les moyens d'assumer davantage de responsabilités pour notre sécurité.
Mesdames et messieurs,
" Quand un pays est le seul au monde qui s'ouvre à la fois sur la Manche, la mer du Nord, l'océan Atlantique et la Méditerranée, quand il y pénètre par autant de caps, quand il se prolonge dans les cinq parties de la terre, quand il fournit depuis des siècles d'aussi nombreux et bons marins, ce pays est fait de toutes pièces pour jouer demain comme hier un grand rôle sur les océans. "
Ces mots sont ceux du général de Gaulle, prononcés en 1951 à Cherbourg. Ils disent ce que nous sommes.
Depuis quatre siècles, la France construit des navires et forme des marins pour défendre ses valeurs et sa liberté.
Rien ne serait possible sans cette relation singulière qui permet à vos entreprises de répondre au besoin de la Marine nationale, combinant innovation technologique, efficacité, rapidité de livraison, et maîtrise des coûts.
Pendant ces 4 jours, vous allez partager vos expériences, présenter vos innovations, nouer des partenariats.
Je forme le vœu que ces échanges soient fructueux, et surtout, qu'ils donnent à nos marins les moyens de remplir leurs missions, quelles que soient les menaces, quelles que soient les tempêtes qu'ils auront à affronter.
Faire prendre la mer à des femmes et des hommes nous oblige à leur donner les moyens d'aller plus loin, de tenir plus longtemps, et de vaincre.
Je vous remercie et j'ai le plaisir, mesdames et messieurs, de déclarer ouverte la trentième édition du salon Euronaval ici à Villepinte !
source https://www.defense.gouv.fr, le 4 novembre 2026