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Vie publique
L'essentiel de Vie publique
La Méditerranée
Numéro 41 - Vendredi 3 juillet 2026

La canicule qui a touché l'Europe à la fin du mois de juin a entraîné une hausse record de la température de la mer Méditerranée, particulièrement dans sa partie nord-ouest. Cette vague de chaleur marine s'ajoute à d'autres phénomènes qui accentuent la pression sur cette mer "semi-fermée".

Pourquoi on en parle ? 

Du 30 juin au 3 juillet 2026, se tient la 3ᵉ Semaine verte de l'Union pour la Méditerranée (UpM), une organisation intergouvernementale réunissant les 27 pays de l'Union européenne et les 15 pays du Sud et de l'Est de la Méditerranée. À cette occasion, les États membres ont acté le lancement du tout premier Plan d'action climatique régional pour lutter contre les effets du changement climatique, particulièrement visibles dans cette région.

La plus vaste mer semi-fermée 

La mer Méditerranée (du latin « mediterraneus », au milieu des terres) est une mer intercontinentale située entre les côtes d’Europe du Sud, d’Afrique du Nord et d’Asie de l’Ouest. Elle communique avec l’océan Atlantique par le détroit de Gibraltar, avec la mer de Marmara par celui des Dardanelles et avec la mer Rouge par le canal de Suez. S’étendant sur 3 860 km d’est en ouest et 1 321 km du nord au sud, elle a une superficie de 2,5 millions de kilomètres carrés (0,8% de la surface des océans). Elle est bordée par 21 États souverains officiellement reconnus ainsi que par l’État palestinien, Chypre du Nord et Gibraltar.

21 États bordent la Méditerranée
Les frontières maritimes en Méditerranée 

Elles sont définies par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), adoptée en 1982 et en vigueur depuis 1994. Certaines sont contestées par les États concernés pour des raisons historiques (enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au Maroc, mer Égée entre la Grèce et la Turquie…), politiques (à Chypre ou entre Israël et les territoires palestiniens, par exemple), stratégiques (comme à Gibraltar, dans le détroit du même nom, revendiquée par l’Espagne) ou économiques, notamment depuis la découverte en 2000 de gisements offshore d’hydrocarbure en Méditerranée orientale, sources de tensions. Les trois États riverains qui n’ont pas signé la CNUDM (la Turquie, Chypre et la Grèce) se situent dans cette zone.

Un carrefour de civilisations et d’échanges 

Durant l’Antiquité et le Moyen Âge, la Méditerranée est un axe de transport maritime permettant des échanges commerciaux et culturels entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. À partir du XVe siècle, elle reste un espace stratégique malgré la concurrence des routes atlantiques ouvertes par les grandes découvertes. Avec l’ouverture du canal de Suez en 1855 et la maritimisation croissante des économies dans la seconde moitié du XXe siècle, elle devient l’une des principales autoroutes maritimes mondiales. Elle voit transiter 25% du trafic maritime mondial (30% du trafic pétrolier). Les collisions avec les navires constituent la première cause de mortalité non naturelle des grands cétacés.

La Méditerranée en quelques dates
La zone SECA Méditerranée 

Dans cette région de trafic intense, les États ont accru le niveau de protection de la mer. Ils ont créé en 2023 une zone maritime particulièrement vulnérable (ZMPV) en Méditerranée nord-occidentale pour préserver les cétacés, et en mai 2025 une zone de contrôle des émissions d’oxydes de soufre et de particules (Sulphur Emission Control Area – SECA) qui couvre l'intégralité de la mer Méditerranée. La zone SECA Med vise à réduire la pollution causée par les navires de commerce. Leur combustible ne doit pas contenir plus de 0,1% de soufre (une teneur cinq fois plus basse que la norme internationale dans les zones hors SECA).

La Grande Bleue en surchauffe 

Le bassin méditerranéen est, après l’Arctique, la région du monde qui se réchauffe le plus vite. Son réchauffement, de 1,54°C depuis la fin du XIXe siècle (soit 20% de plus que la moyenne mondiale), atteindrait 2°C dès 2040 et 2,2°C en 2050, selon les prévisions. Le réchauffement de la mer (+1,2°C par rapport à l’ère préindustrielle) est deux fois plus élevé que celui de l’océan mondial (+0,6°C). Les vagues de chaleur terrestre et marine, déjà longues, intenses et fréquentes, vont l’être encore plus. Ces changements affectent les espèces, les écosystèmes et la biodiversité.

7,4%
LE CHIFFRE CLÉ

C’est la part de la surface maritime méditerranéenne couverte par des aires marines protégées (AMP), selon le Fonds mondial pour la nature (WWF). 0,04% fait l’objet d’une protection forte. Dans sa Stratégie nationale pour les aires protégées (2021), la France s’est fixé l’objectif de protéger 30% de ses eaux marines à l’horizon 2030, dont 10% sous protection forte.

Danger sur la biodiversité 

La Méditerranée présente deux écosystèmes majeurs : jusqu’à 40 mètres de profondeur, les herbiers de posidonie et, au-delà, le récif coralligène où croît le corail rouge. Ils abritent 17 000 espèces marines (soit 18% des espèces connues), dont 28% ne vivent que dans cette zone (espèces endémiques). 8% des espèces méditerranéennes sont menacées d’extinction en raison du réchauffement et de l’acidification de l’eau (coraux, formations coralligènes, posidonies, grandes nacres…). Certaines espèces endémiques (gorgones, éponges, oursins…) subissent une mortalité massive ou régressent. Des espèces tropicales venues par le canal de Suez (crabes bleus, algues exotiques…) envahissent la région, causant un déséquilibre écologique.

Des golfes pas très clairs 

La Méditerranée contenait 100 déchets par kilomètre carré dans les années 1990, et 200 dans les années 2010. 80% d’entre eux proviennent de l’intérieur des côtes. Sur le littoral sud, 44% des villes de plus de 10 000 habitants n’ont pas de réseau d’épuration. Chaque jour, environ 730 tonnes de déchets plastiques sont déversées dans la Méditerranée et s’y accumulent, menaçant la biodiversité et la santé humaine. En 2024, elle affiche une concentration record de 500 à plus de 2 millions de microplastiques (fragments inférieurs à 5 mm) par kilomètre. D’après les projections, les rejets en mer pourraient être multipliés par 1,5 ou 2 d’ici 2040-2050. Or le plastique met des années à se dégrader en mer : 10 à 20 ans pour un sac, 450 ans pour une bouteille.

État de conservation des habitats marins et côtiers d’intérêt communautaire, par région biogéographique, entre 2019 et 2024
Une pêche de plus en plus durable 

Près d’un million de tonnes de poissons sont pêchées chaque année en Méditerranée (2% des captures mondiales). La part de stocks surexploités atteint son niveau le plus bas depuis dix ans, grâce à une gestion fondée sur la science, une mobilisation des acteurs et l’essor de l’aquaculture dans la région. La pression exercée par les pêches a été réduite de moitié ces dix dernières années, et des stocks se reconstituent. Cependant, 52% des stocks évalués restent surexploités (contre 87% il y a dix ans). L’aquaculture représente désormais plus de 45% de la production d’aliments d’origine aquatique (940 000 tonnes en 2023). Elle devient un pilier de la sécurité alimentaire et des moyens de subsistance des populations côtières.

Mer en vue ! 

En 2020, 7% de la population mondiale (530 millions de personnes) vit dans les pays riverains de la Méditerranée, dont 63% au Sud. Les régions littorales, très urbanisées, comptent 150 millions d’habitants. Selon les projections des Nations unies, les pays riverains concentreraient plus de 580 millions d’habitants en 2050. La croissance démographique serait plus marquée dans les villes, sur les rives est et sud. La bétonisation du littoral risque de s’accentuer. Le niveau de la mer en Méditerranée a augmenté de 6 cm depuis 20 ans et devrait continuer à monter. Cela fragilise les côtes, la faible amplitude des marées ayant conduit à construire à proximité du littoral.

L’aridité gagne du terrain 

60% de la population mondiale pauvre en eau (moins de 1 000 m3 par habitant et par an) vit sur le pourtour méditerranéen. 180 millions de personnes subissent un stress hydrique important, et 80 millions un stress extrême (moins de 500 m3/habitant/an). La quasi-totalité des pays du Sud et de l'Est exploitent près de 100% de la ressource, dont 80% pour l’agriculture. La baisse des précipitations, et donc des ruissellements et de la recharge des aquifères, va encore réduire la ressource de 10% à l’horizon 2050. Au moins 290 millions de personnes seraient alors en situation de stress hydrique important. Le dessalement, en plein essor dans de nombreux pays, a un coût et de forts impacts énergétique et écologique, en particulier sur la mer (rejets de saumure…).

LES MOTS DANS L'ACTU
Acidification des océans

Elle est provoquée par l’absorption du dioxyde de carbone émis par les activités humaines. Il réagit avec l’eau de mer, la rendant plus acide. Ce phénomène, plus intense et rapide en Méditerranée, menace les organismes marins à coquille ou squelette calcaire (coraux, coquillages, plancton…), essentiels aux chaînes alimentaires marines.

Canicule marine

Il s’agit d’une hausse prolongée des températures de surface de la mer, qui peut affecter l'écosystème marin, les courants océaniques et les activités humaines le long des côtes. Ces vagues de chaleur marine se multiplient en Méditerranée.

Première destination touristique au monde 

La région Méditerranée accueille 400 millions de visiteurs par an (soit 30% du tourisme international), dont 33,2 millions de croisiéristes en 2023 (deuxième bassin mondial pour les croisières après les Caraïbes). Le secteur génère environ 12,3 millions d’emplois dans les zones littorales, soit près de 11,5 % de l’emploi total dans la région. Mais le tourisme de masse a des impacts environnementaux et socioéconomiques majeurs. Il représente 10 à 12% des émissions de gaz à effet de serre régionales. Des stratégies pour un tourisme durable et résilient sont déployées. Elles visent à protéger l’intégrité écologique des territoires, promouvoir l’équité sociale et garantir la durabilité économique des littoraux.

La route migratoire la plus meurtrière 

Des milliers de migrants et de réfugiés traversent chaque année la Méditerranée depuis les côtes nord de l'Afrique et de la Turquie pour rejoindre l'Europe, particulièrement depuis le début de la crise migratoire (années 2010). La Méditerranée est l'endroit où la migration irrégulière vers l'Europe est la plus visible. Elle est devenue le théâtre de nombreux décès et disparitions. Depuis 2014, plus de 35 000 migrants ont disparu en Méditerranée, selon les chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations.

20 000 câbles sous les mers 

99% des données numériques transitent par des câbles sous-marins. La stratégie européenne « Global Gateway » (« Portail global »), lancée en 2021, finance des infrastructures, notamment dans le numérique, afin de renforcer la connectivité mondiale. Elle prévoit de développer le système de câbles Medusa en Méditerranée. Ce projet, dont le coût prévisionnel s’élève à 342 millions d’euros, consiste à déployer 8 700 km de câble internet haut débit qui relieront les rives de la Méditerranée. Le premier tronçon (1 050 km), qui relie Marseille à Bizerte (Tunisie), est opérationnel depuis juin 2026. 17 câbles sous-marins « atterrissent » à Marseille, premier hub numérique européen et sixième mondial.

Convention de Barcelone : cap sur le développement durable 

Dénommée aussi Convention pour la protection du milieu marin et du littoral de la Méditerranée, elle est adoptée en 1976 et amendée en 1995 afin de prévenir et réduire la pollution marine issue des navires, des avions ou d’origine terrestre en Méditerranée (décharges, eaux de ruissellement, rejets d’effluents liquides). Les signataires coopèrent pour combattre la pollution et améliorer l’environnement marin par la surveillance et la recherche scientifique. Les parties peuvent aussi appliquer la convention à leurs zones côtières.

Le Plan d’action pour la Méditerranée (PAM) 

Ce plan de lutte contre la pollution du milieu marin est lancé en 1975 sous l’égide du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Rassemblant l’Union européenne (UE) et les 21 États riverains de la Méditerranée, il est encadré par la convention de Barcelone et ses protocoles. Il s’appuie sur six centres d'activité régionaux basés autour du bassin méditerranéen, dont le centre du Plan bleu. Centre d’expertise sur le développement et l’environnement en Méditerranée, le Plan bleu produit en particulier des travaux prospectifs destinés à éclairer les acteurs et les pouvoirs publics.

Le Pacte européen pour la Méditerranée 

En octobre 2025, l’UE présente sa stratégie pour approfondir ses relations avec ses partenaires du sud de la Méditerranée en renforçant la coopération économique et politique entre les rives et au-delà. Il comprend trois axes : autonomiser les populations, moderniser les relations commerciales et d’investissement, intensifier la sécurité. Le Pacte est lancé en novembre 2025, à l’occasion du 30e anniversaire du processus de Barcelone. Les 21 premières actions sont dévoilées en avril 2026. Dans le cadre du Pacte, la coopération transméditerranéenne en matière d’énergie renouvelable et de technologies propres voit le jour en juin 2026. Elle mobilisera jusqu’à 25 milliards d’euros d’ici 2035 pour accélérer le développement des énergies renouvelables, de l’hydrogène, de technologies propres et de réseaux électriques modernes dans la région.

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