Déclaration de M. Yves Cochet, ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement, sur la nécessité d'ouvrir un débat national pour établir un nouvel équilibre géographique et social du risque industriel, Paris le 11 décembre 2001.

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Circonstance : Table ronde sur les risques industriels à Paris le 11 décembre 2001

Prononcé le

Texte intégral

Pour un nouvel équilibre géographique et social du risque
En ouvrant aujourd'hui cette journée de débat sur les risques industriels, je nourris bien évidemment une forte attente à votre égard. Votre présence massive témoigne d'un véritable besoin d'échange et la présence du Premier Ministre pour clôturer ce soir nos travaux atteste de l'importance de l'événement auquel nous avons à faire face. Avant de poursuivre, je tiens à exprimer à nouveau ma profonde sympathie à l'ensemble des Toulousains qui ont été durement touchés par l'explosion du 21 septembre. Il relève donc aujourd'hui de notre responsabilité collective de tout faire pour qu'un tel événement ne se reproduise plus.
La dramatique explosion de l'usine AZF de Toulouse a naturellement soulevé de nombreuses interrogations quant à la place du risque industriel dans nos sociétés. Au-delà des mesures d'urgence prises très rapidement par le Gouvernement, le choc provoqué par cette catastrophe nous oblige à porter un regard nouveau sur les responsabilités de chacun pour maîtriser les risques industriels et trouver un nouvel équilibre géographique et social du risque. De fait, nous devons être capables de proposer de nouveaux instruments, en vue de faire face aux conséquences néfastes que le développement de notre société peut engendrer.
La nécessité d'un grand débat national
Dès le 28 septembre, le Premier Ministre a ainsi souhaité que soit tenu un débat national, associant tous les acteurs concernés : élus, industriels, scientifiques, organisations syndicales, associations, riverains, services de l'Etat et médias. A l'issue de ces débats, les pouvoirs publics prendront bien sûr leurs responsabilités, mais c'est ensemble que nous aurons réfléchi. Ces discussions devraient notamment permettre de dégager des réponses équilibrées sur la cohabitation des activités à risque avec la population et les autres activités économiques.
Le premier enseignement que je tire des vingt-six tables rondes régionales, organisées entre le 15 novembre et le 5 décembre, est une demande unanime de débat. La rencontre de ce jour se situe dans la continuité de ces deux derniers mois et je souhaite à cet égard qu'il soit aussi ouvert, juste et sans tabou qu'il le fût en province. J'ai, par ailleurs, mené de multiples entretiens avec les acteurs concernés. Je me suis déplacé sur plusieurs sites classés SEVESO et j'ai participé à différentes tables rondes régionales. C'est donc à l'aune de ces expériences de terrain que je me permettrai d'esquisser quelques idées qui me paraissent importantes.
Développer une " démocratie du risque "
Il me semble tout d'abord que la première des priorités est la maîtrise du risque à la source. En conséquence, l'exploitant industriel est le premier tenu d'évaluer le risque d'accident et d'engager les investissements nécessaires pour en éviter ou en limiter l'occurrence. Cette démarche suppose, en outre, la mise en place, par les pouvoirs publics, d'un système de contrôle et de contre-expertise, voué à produire un regard critique sur ce que l'industriel produit en matière de sécurité. C'est dans cet esprit que le Premier Ministre a annoncé un renforcement des moyens du système de contrôle, mais il ne s'agit là que d'une première étape.
Je souhaite qu'une seconde idée soit développée : celle de la " démocratie du risque ". Il faut en effet que chacun des acteurs - et au premier chef les salariés - puisse s'approprier la problématique du risque et faire valoir son point de vue. Sans conteste, cette mesure constituerait un facteur efficace de renforcement de la sécurité industrielle. Enfin, il n'est plus question, depuis Toulouse, de considérer les accidents et la toxicité comme un tribut fatal que notre société devrait payer au progrès. Par conséquent, on assiste aujourd'hui à la naissance d'un véritable débat de société : quels produits fabriquer et pour quoi faire ? Il va de soi que nous devrons tenir compte de ces questions lorsque nous prendrons un certain nombre de mesures.
Je terminerai par quelques mots sur la situation spécifique de Toulouse. J'ai participé à la journée du 30 novembre et, même si le débat a été vif et passionné, je crois que tous les points de vue ont pu s'exprimer. A la lumière de ces débats, je peux aujourd'hui affirmer que les Toulousains aspirent à un nouveau projet économique, social et environnemental pour leur ville. Je souhaite que cette journée puisse les aider dans cette voie.
(Source http://debat-risques.environnement.gouv.fr, le 3 janvier 2002)