Texte intégral
Je crois qu'il faut d'abord dissiper une impression qui semble se diffuser fâcheusement, une impression de morosité, qui insiste surtout sur les facteurs de pessimisme dans cette affaire. Depuis le début, je dis qu'il faudrait évaluer ce Conseil Affaires sociales, à partir du chemin parcouru et quand je me retourne en arrière, je vois qu'avant le sommet d'Amsterdam, les questions n'étaient même pas à l'Agenda. Il n'y avait aucune ambition collective, l'hostilité était assez partagée et le scepticisme général. Mais je constate que, réunion après réunion, il y a quand même une prise de conscience très forte qui s'opère. Donc, j'écarte tout pessimisme - je vais venir après à ce qui me parait être d'ores et déjà certains résultats engrangés. Je pense en même temps qu'il faut être réaliste, comme le disait tout à l'heure Jean-Claude Jüncker, ce sommet marquera une première percée, une première étape, vers une Europe davantage tournée vers l'emploi et vers la croissance, même si ce deuxième aspect sera développé aussi lors du deuxième sommet de Luxembourg. Je continue de penser qu'à Luxembourg on peut parfaitement définir des objectifs de Luxembourg, déclinables par Etat, dans une démarche comparable, par certains égards, aux critères de Maastricht. J'ajoute un dernier point de préambule, une démarche politique. Je sors du Conseil des Affaires sociales, où je remplaçais Martine Aubry, qui était retenu par son budget à l'Assemblée nationale, mais mon impression c'est que rien n'est encore définitif, qu'une partie très importante va se jouer lors du Sommet de Luxembourg lui-même. Ne faisons pas comme si les réunions ministérielles étaient des réunions conclusives, ce sont des réunions au cours desquelles on engrange des points d'accord, où se dégagent des lignes, mais, en même temps, je suis persuadé, dans cette affaire-là, qui est une affaire extrêmement politique, que la politique jouera son rôle. Cela est un point dominant.
Alors pour ce qui est de la réunion d'aujourd'hui, le président du Conseil, M. Jüncker a fait réellement progresser le débat, en creusant pour la première fois la question posée par les lignes directrices proposées par la Commission, et en dissipant ainsi des malentendus autour de ce projet. A mon sens, le Conseil Affaires sociales a fait des progrès importants sur deux points : la méthode et les objectifs eux-mêmes
Sur la méthode, je pense qu'il y a vraiment l'esquisse d'une nouvelle approche, à travers une articulation entre, d'une part quelques objectifs précis, quantifiés ou quantifiables, qui sont à la fois communs aux quinze Etats membres et en même temps, déclinables dans chaque Etat membre, selon ses spécificités, mais fixés au niveau européen. Je n'ai pas vu d'objectifs quantifiés exclus. Je pense qu'il y en aura et nous, gouvernement français, nous continuerons à nous battre pour qu'il y en ait. C'est le premier volet.
Le deuxième volet, ce sont les plans nationaux qui comporteront des engagements précis, des engagements chiffrés des Etats membres, qui feront ensuite l'objet d'une procédure de surveillance multilatérale, au sein de l'Union européenne, et qui traduiront concrètement des objectifs communs. J'ajoute qu'une notion qui s'est dégagée assez fortement au cours de la discussion, c'est la notion d'évaluation en tendance de ces objectifs. Pour ce qui concerne la France, j'ai annoncé que le Premier ministre, le gouvernement, étudiait une proposition complémentaire à adresser à la présidence. Pour ce qui nous concerne, nous continuons de penser que l'objectif global, en terme de réduction du taux de chômage ou de création d'emplois, reste pertinent même si nous sommes très ouverts quant à la manière de le formuler. Il s'agit effectivement d'un objectif politique qui, dès lors, peut être articulé comme un résultat. Nous pensons que la perspective d'ensemble du Conseil européen doit rester - cela me paraît une évidence - la réduction du taux de chômage, et à l'intérieur de la réduction du taux de chômage, la réduction du taux de chômage des jeunes, et du taux de chômage pour les chômeurs de longue durée. Voila pour la méthode
Sur les objectifs eux-mêmes, il est apparu un accord clair, qui nous satisfait parce que c'était notre position, sur les quatre piliers de proposition de la Commission. C'est ainsi que sera sûrement articulée la résolution de Luxembourg.
Sur l'esprit d'entreprise, il y a un large accord, me semble-t-il, pour encourager la baisse des charges administratives sur les PME, et sur la réduction progressive des charges fiscales et sociales sur le travail, il convient en effet que l'emploi et le travail ne soient pas les facteurs pénalisés, en matière de fiscalité.
Sur la capacité d'insertion professionnelle, c'est ainsi que je traduirais le terme d'employabilité - car il faut aussi lever certains malentendus là-dessus - il me semble que se dégage une proposition structurée autour des trois objectifs, qui sont trois priorités. L'objectif très prioritaire est la lutte contre le chômage des jeunes, avec la proposition de la Commission de leur offrir un nouveau départ dans les six mois. Je crois que c'est la première priorité. Cela n'a été discuté par personne, même si parfois c'est un dispositif critiqué au plan national. Je crois qu'on a mis le doigt, sur une problématique commune au niveau européen. Deuxième objectif : l'endiguement du chômage de longue durée, afin de prévenir l'extension de ce phénomène, puis d'aller vers la diminution, en offrant à tout chômeur adulte un nouveau départ dans les douze mois. Il est important d'articuler ces deux choses, c'est-à-dire à la fois le traitement du flux, puisqu'il y a eu ce débat, c'est-à-dire les entrants, et puis la réduction en tendance du stock, c'est-à-dire le taux de chômage longue durée lui-même. Enfin, troisième objectif qui consiste à augmenter, en tendance, la part des chômeurs bénéficiant d'une formation. L'idée étant - cela me paraît d'ailleurs un point général dans toute cette affaire-là, quand on se fixe des lignes directrices, personne n'a envie d'être le dernier de la classe - de s'aligner sur les meilleurs. Cela peut prendre du temps, mais c'est tout de même l'objectif que l'on doit viser. Cette proposition m'a semblé recueillir un large accord, ce qui prouve qu'il y aura des objectifs, encore une fois, dans la mesure où les plans nationaux pourraient fixer certaines modalités concrètes, telles que les délais de réalisation. Cela a été un objet de débat assez long, avec une préoccupation qui s'exprimait de la part des Allemands sur les coûts de l'opération. D'ailleurs, d'après ce que j'ai lu et pour avoir parlé avec Dominique Strauss-Kahn tout à l'heure, on trouve à la fois des positions différentes, mais globalement semblables à ce qui s'est exprimé au Conseil Ecofin. Les clivages sont à peu près les mêmes qu'hier. Dans ce contexte, nous avons mis l'accent sur les possibilités de nouveaux emplois pour les jeunes, dans le secteur des besoins collectifs non satisfaits, un point qui avait été repris dans l'avis du comité de l'Emploi et du Marché du travail et qui a été soutenu par certaines délégations. Je pense aux Pays-Bas.
Sur l'adaptabilité, le président Jüncker a proposé une analyse qui nous convient, c'est-à-dire qu'il a souligné l'importance de l'aménagement et la réduction du temps de travail, en demandant en même temps à chaque Etat membre de présenter les orientations retenues à cet égard, avec le fait que ces Etats membres auront le choix entre des méthodes très différentes. Pour les uns, nous avons retenu des méthodes législatives. Pour d'autres, cela peut être l'annualisation du temps de travail. Ce n'est pas ce que nous privilégions, même si la conférence salariale en ouvre la possibilité. Pour les troisièmes, c'est l'extension du temps partiel, ce qui n'est pas non plus la formule que nous suggérons. Je pense que cette démarche permet, à la fois d'avoir un point commun, c'est-à-dire l'objectif de réduction du temps de travail, et en même temps de souligner qu'il n'y a pas de modèle unique. Le président a gentiment souligné que nous-mêmes, nous ne proposerions pas les 35 heures à l'échelle européenne. Je vous le confirme. Mais nous sommes certains que le succès de la mesure finira bien par l'imposer, d'où cette démarche de conviction que nous allons privilégier. Et j'ai soutenu cette appréciation qui, je crois, est à la fois souple et en même temps indique un cap que seuls les Anglais ont discuté assez fermement, même si, semble-t-il, il y avait des difficultés de traduction, peut-être pas au point qu'on y revienne cinq fois.
J'ai souligné, comme d'autre délégations, l'importance du dialogue entre partenaires sociaux, et sur ce plan-là, à propos du dialogue social en général, j'ai noté d'ailleurs la forte implication - un peu paradoxale quand on songe à d'autres positions prises par ailleurs - du représentant espagnol, qui souhaitait même que cela constitue un cinquième chapitre. Mais, je pense que la position de la présidence est plutôt de souligner toutes les étapes où se situent les objets du dialogue social les plus pertinents. La présidence va accentuer ses efforts pour impliquer les partenaires sociaux, non seulement dans la préparation du sommet, ce qui est déjà prévu, mais aussi dans le suivi du sommet, c'est-à-dire dans l'application des lignes directrices. J'ajoute qu'au niveau du gouvernement nous rencontrerons les partenaires sociaux avant le sommet, je parle des partenaires sociaux français. On ne peut pas se lancer dans une telle opération, sans les avoir consultés.
Voilà ce que je voulais dire. J'insiste beaucoup sur deux points qui me paraissent déterminants : le premier point, c'est que je crois vraiment que l'heure n'est pas au pessimisme dans cette affaire-là. J'ai été surpris de la retranscription récente qui avait été faite de certains de mes propos. J'ai toujours dit que le scepticisme n'était pas de mise parce qu'il y avait un chemin qui se parcourait, une étape nouvelle. En même temps, j'ai ajouté qu'il ne s'agissait pas de se bercer d'illusions parce qu'on sait très bien qu'on ne renverse pas un fléau comme le chômage en quelques mois. Or, depuis quelques jours on insiste beaucoup sur la deuxième partie. Je pense qu'on a tort, pas seulement à partir de mes propos, mais à partir de la tournure générale de l'affaire qui, je crois, marque une avancée patiente, tenace, un peu laborieuse, compte tenu de ce qu'on sait sur les divergences nationales, et en même temps tout à fait réelle. La deuxième chose sur laquelle j'insiste, c'est encore une fois l'enjeu du sommet lui-même, du Conseil européen lui-même qui est très important. Il ne faut pas s'obnubiler sur l'appréciation d'un certain climat, sur certaines déclarations nationales en marge de telle ou telle réunion de ministres. Le Sommet va jouer un rôle important et je peux vous dire que Lionel Jospin, avec qui nous avons parlé récemment avec les ministres compétents, a envie de faire de ce sommet un succès, et en tout cas d'y contribuer, notamment en appuyant la présidence luxembourgeoise.
Voilà, ces choses étant dites, je me soumet à vos questions...
Q - Question sur la proposition complémentaire que doit soumettre la France par rapport aux objectifs globaux...
R - La proposition complémentaire que nous souhaitons envoyer est un document qui récapitule, au stade où nous en sommes des travaux, ce que nous pouvons attendre du Sommet. C'est une position globale qui encadre un petit peu les choses. La proposition complémentaire sera un document qui explicitera ce que nous nous attendons comme type de conclusion du Sommet
J'ai bien dit que la France continuait d'espérer qu'il y ait un objectif global en terme de réduction du taux de chômage. Que cet objectif soit un objectif chiffré honnêtement, je n'ai pas eu la sensation qu'aujourd'hui cela remportait un très franc succès. Mais l'idée n'en a pas été écartée, ni par la présidence du Conseil, ni à fortiori par la Commission. Bien sûr, cela restait la perspective politique, que cela devait être affirmé, que cela ne pouvait être conçu comme le résultat. Il y avait d'autres démarches. Donc, nous continuons de penser qu'il y a dans cette affaire-là une ambition, un sens à donner et que ce sens et cette ambition ne peuvent être que la réduction du taux de chômage.
Q - S'il n'y a pas de chiffres, la diminution peut être de passer de 18 millions à 17,99 ?
R - Ne caricaturez pas, la réduction peut, doit être significative. On doit pouvoir indiquer un chemin, une cohérence, c'est cela que je veux dire et je crois qu'il serait vraiment tout à fait dommage qu'on ne dise rien de tout cela.
Q - Les trois points que vous avez indiqués comme objectif intermédiaire, l'emploi des jeunes... est-ce que c'est acquis où encore en débat, est-ce qu'il y a encore des réticences ?
R - Chacun fait la lecture qu'il veut de ce qui s'est passé aujourd'hui. Il n'y a pas de conclusions. Le président du Conseil a estimé qu'il était prématuré d'en tirer, mais j'ai eu la sensation qu'il y avait une assez bonne convergence sur quelques-uns des points que j'ai donnés, sur ces trois points-là notamment, sur la démarche qui concerne l'aménagement et la réduction du temps de travail, pour l'essentiel, et évidemment pour ce qui concerne le dialogue social. Sur ces points-là, j'ai senti que même s'il demeurait ici où là des réticences, il avait, disons, mis en place de précautions, nécessaires pour certains - pour les Allemands, qui, manifestement, en réclamaient, pour les Anglais, qui avaient leurs exigences, qui étaient utiles. Les seuls qui demeurent très opposés sur les objectifs, quels qu'ils soient, sont apparemment les Espagnols, pour les mêmes raisons qu'hier.
Q - (Sur les désaccords sur l'objectif global)
R - Nous ne sommes pas aujourd'hui en train de faire un conférence de presse de sortie de Luxembourg. Nous sommes au stade d'une réunion préparatoire qui engage un certain nombre de ministres avant que les chefs d'Etats et de gouvernement aient engagé leur poids politique. Je pense que cela peut changer pas mal de choses. J'observe quelque chose qui est un peu paradoxal sur ce terme d'objectifs, si on les cite, si on dit, par exemple 7 %, on va dire tout de suite mais "vous allez mentir, c'est un excès d'ambition" etc. Mais, si on ne les cite pas, on dit "mais alors vous ne voulez plus rien". Donc, je pense qu'il faut quand même indiquer le sens et la démarche. C'est le sens de ce que je voulais dire. Il ne m'a pas semblé que l'objectif tel qu'il était formulé par la Commission rassemblait. Il ne m'a pas semblé non plus que l'idée d'avoir un objectif global, qui soit une perspective, était écartée.
Q - Parce que pour vous la Commission a présenté un objectif ?
R - Je sais ce que M. Jüncker en a dit. Je parle de ce que j'ai lu par ailleurs. C'est un chiffre qui était articulé. A fortiori, si la Commission ne le présente pas comme un objectif, n'en parlons pas comme tel. C'est bien quand même une démarche en terme de résultat qu'il faut être capable de conduire.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 septembre 2001)
Alors pour ce qui est de la réunion d'aujourd'hui, le président du Conseil, M. Jüncker a fait réellement progresser le débat, en creusant pour la première fois la question posée par les lignes directrices proposées par la Commission, et en dissipant ainsi des malentendus autour de ce projet. A mon sens, le Conseil Affaires sociales a fait des progrès importants sur deux points : la méthode et les objectifs eux-mêmes
Sur la méthode, je pense qu'il y a vraiment l'esquisse d'une nouvelle approche, à travers une articulation entre, d'une part quelques objectifs précis, quantifiés ou quantifiables, qui sont à la fois communs aux quinze Etats membres et en même temps, déclinables dans chaque Etat membre, selon ses spécificités, mais fixés au niveau européen. Je n'ai pas vu d'objectifs quantifiés exclus. Je pense qu'il y en aura et nous, gouvernement français, nous continuerons à nous battre pour qu'il y en ait. C'est le premier volet.
Le deuxième volet, ce sont les plans nationaux qui comporteront des engagements précis, des engagements chiffrés des Etats membres, qui feront ensuite l'objet d'une procédure de surveillance multilatérale, au sein de l'Union européenne, et qui traduiront concrètement des objectifs communs. J'ajoute qu'une notion qui s'est dégagée assez fortement au cours de la discussion, c'est la notion d'évaluation en tendance de ces objectifs. Pour ce qui concerne la France, j'ai annoncé que le Premier ministre, le gouvernement, étudiait une proposition complémentaire à adresser à la présidence. Pour ce qui nous concerne, nous continuons de penser que l'objectif global, en terme de réduction du taux de chômage ou de création d'emplois, reste pertinent même si nous sommes très ouverts quant à la manière de le formuler. Il s'agit effectivement d'un objectif politique qui, dès lors, peut être articulé comme un résultat. Nous pensons que la perspective d'ensemble du Conseil européen doit rester - cela me paraît une évidence - la réduction du taux de chômage, et à l'intérieur de la réduction du taux de chômage, la réduction du taux de chômage des jeunes, et du taux de chômage pour les chômeurs de longue durée. Voila pour la méthode
Sur les objectifs eux-mêmes, il est apparu un accord clair, qui nous satisfait parce que c'était notre position, sur les quatre piliers de proposition de la Commission. C'est ainsi que sera sûrement articulée la résolution de Luxembourg.
Sur l'esprit d'entreprise, il y a un large accord, me semble-t-il, pour encourager la baisse des charges administratives sur les PME, et sur la réduction progressive des charges fiscales et sociales sur le travail, il convient en effet que l'emploi et le travail ne soient pas les facteurs pénalisés, en matière de fiscalité.
Sur la capacité d'insertion professionnelle, c'est ainsi que je traduirais le terme d'employabilité - car il faut aussi lever certains malentendus là-dessus - il me semble que se dégage une proposition structurée autour des trois objectifs, qui sont trois priorités. L'objectif très prioritaire est la lutte contre le chômage des jeunes, avec la proposition de la Commission de leur offrir un nouveau départ dans les six mois. Je crois que c'est la première priorité. Cela n'a été discuté par personne, même si parfois c'est un dispositif critiqué au plan national. Je crois qu'on a mis le doigt, sur une problématique commune au niveau européen. Deuxième objectif : l'endiguement du chômage de longue durée, afin de prévenir l'extension de ce phénomène, puis d'aller vers la diminution, en offrant à tout chômeur adulte un nouveau départ dans les douze mois. Il est important d'articuler ces deux choses, c'est-à-dire à la fois le traitement du flux, puisqu'il y a eu ce débat, c'est-à-dire les entrants, et puis la réduction en tendance du stock, c'est-à-dire le taux de chômage longue durée lui-même. Enfin, troisième objectif qui consiste à augmenter, en tendance, la part des chômeurs bénéficiant d'une formation. L'idée étant - cela me paraît d'ailleurs un point général dans toute cette affaire-là, quand on se fixe des lignes directrices, personne n'a envie d'être le dernier de la classe - de s'aligner sur les meilleurs. Cela peut prendre du temps, mais c'est tout de même l'objectif que l'on doit viser. Cette proposition m'a semblé recueillir un large accord, ce qui prouve qu'il y aura des objectifs, encore une fois, dans la mesure où les plans nationaux pourraient fixer certaines modalités concrètes, telles que les délais de réalisation. Cela a été un objet de débat assez long, avec une préoccupation qui s'exprimait de la part des Allemands sur les coûts de l'opération. D'ailleurs, d'après ce que j'ai lu et pour avoir parlé avec Dominique Strauss-Kahn tout à l'heure, on trouve à la fois des positions différentes, mais globalement semblables à ce qui s'est exprimé au Conseil Ecofin. Les clivages sont à peu près les mêmes qu'hier. Dans ce contexte, nous avons mis l'accent sur les possibilités de nouveaux emplois pour les jeunes, dans le secteur des besoins collectifs non satisfaits, un point qui avait été repris dans l'avis du comité de l'Emploi et du Marché du travail et qui a été soutenu par certaines délégations. Je pense aux Pays-Bas.
Sur l'adaptabilité, le président Jüncker a proposé une analyse qui nous convient, c'est-à-dire qu'il a souligné l'importance de l'aménagement et la réduction du temps de travail, en demandant en même temps à chaque Etat membre de présenter les orientations retenues à cet égard, avec le fait que ces Etats membres auront le choix entre des méthodes très différentes. Pour les uns, nous avons retenu des méthodes législatives. Pour d'autres, cela peut être l'annualisation du temps de travail. Ce n'est pas ce que nous privilégions, même si la conférence salariale en ouvre la possibilité. Pour les troisièmes, c'est l'extension du temps partiel, ce qui n'est pas non plus la formule que nous suggérons. Je pense que cette démarche permet, à la fois d'avoir un point commun, c'est-à-dire l'objectif de réduction du temps de travail, et en même temps de souligner qu'il n'y a pas de modèle unique. Le président a gentiment souligné que nous-mêmes, nous ne proposerions pas les 35 heures à l'échelle européenne. Je vous le confirme. Mais nous sommes certains que le succès de la mesure finira bien par l'imposer, d'où cette démarche de conviction que nous allons privilégier. Et j'ai soutenu cette appréciation qui, je crois, est à la fois souple et en même temps indique un cap que seuls les Anglais ont discuté assez fermement, même si, semble-t-il, il y avait des difficultés de traduction, peut-être pas au point qu'on y revienne cinq fois.
J'ai souligné, comme d'autre délégations, l'importance du dialogue entre partenaires sociaux, et sur ce plan-là, à propos du dialogue social en général, j'ai noté d'ailleurs la forte implication - un peu paradoxale quand on songe à d'autres positions prises par ailleurs - du représentant espagnol, qui souhaitait même que cela constitue un cinquième chapitre. Mais, je pense que la position de la présidence est plutôt de souligner toutes les étapes où se situent les objets du dialogue social les plus pertinents. La présidence va accentuer ses efforts pour impliquer les partenaires sociaux, non seulement dans la préparation du sommet, ce qui est déjà prévu, mais aussi dans le suivi du sommet, c'est-à-dire dans l'application des lignes directrices. J'ajoute qu'au niveau du gouvernement nous rencontrerons les partenaires sociaux avant le sommet, je parle des partenaires sociaux français. On ne peut pas se lancer dans une telle opération, sans les avoir consultés.
Voilà ce que je voulais dire. J'insiste beaucoup sur deux points qui me paraissent déterminants : le premier point, c'est que je crois vraiment que l'heure n'est pas au pessimisme dans cette affaire-là. J'ai été surpris de la retranscription récente qui avait été faite de certains de mes propos. J'ai toujours dit que le scepticisme n'était pas de mise parce qu'il y avait un chemin qui se parcourait, une étape nouvelle. En même temps, j'ai ajouté qu'il ne s'agissait pas de se bercer d'illusions parce qu'on sait très bien qu'on ne renverse pas un fléau comme le chômage en quelques mois. Or, depuis quelques jours on insiste beaucoup sur la deuxième partie. Je pense qu'on a tort, pas seulement à partir de mes propos, mais à partir de la tournure générale de l'affaire qui, je crois, marque une avancée patiente, tenace, un peu laborieuse, compte tenu de ce qu'on sait sur les divergences nationales, et en même temps tout à fait réelle. La deuxième chose sur laquelle j'insiste, c'est encore une fois l'enjeu du sommet lui-même, du Conseil européen lui-même qui est très important. Il ne faut pas s'obnubiler sur l'appréciation d'un certain climat, sur certaines déclarations nationales en marge de telle ou telle réunion de ministres. Le Sommet va jouer un rôle important et je peux vous dire que Lionel Jospin, avec qui nous avons parlé récemment avec les ministres compétents, a envie de faire de ce sommet un succès, et en tout cas d'y contribuer, notamment en appuyant la présidence luxembourgeoise.
Voilà, ces choses étant dites, je me soumet à vos questions...
Q - Question sur la proposition complémentaire que doit soumettre la France par rapport aux objectifs globaux...
R - La proposition complémentaire que nous souhaitons envoyer est un document qui récapitule, au stade où nous en sommes des travaux, ce que nous pouvons attendre du Sommet. C'est une position globale qui encadre un petit peu les choses. La proposition complémentaire sera un document qui explicitera ce que nous nous attendons comme type de conclusion du Sommet
J'ai bien dit que la France continuait d'espérer qu'il y ait un objectif global en terme de réduction du taux de chômage. Que cet objectif soit un objectif chiffré honnêtement, je n'ai pas eu la sensation qu'aujourd'hui cela remportait un très franc succès. Mais l'idée n'en a pas été écartée, ni par la présidence du Conseil, ni à fortiori par la Commission. Bien sûr, cela restait la perspective politique, que cela devait être affirmé, que cela ne pouvait être conçu comme le résultat. Il y avait d'autres démarches. Donc, nous continuons de penser qu'il y a dans cette affaire-là une ambition, un sens à donner et que ce sens et cette ambition ne peuvent être que la réduction du taux de chômage.
Q - S'il n'y a pas de chiffres, la diminution peut être de passer de 18 millions à 17,99 ?
R - Ne caricaturez pas, la réduction peut, doit être significative. On doit pouvoir indiquer un chemin, une cohérence, c'est cela que je veux dire et je crois qu'il serait vraiment tout à fait dommage qu'on ne dise rien de tout cela.
Q - Les trois points que vous avez indiqués comme objectif intermédiaire, l'emploi des jeunes... est-ce que c'est acquis où encore en débat, est-ce qu'il y a encore des réticences ?
R - Chacun fait la lecture qu'il veut de ce qui s'est passé aujourd'hui. Il n'y a pas de conclusions. Le président du Conseil a estimé qu'il était prématuré d'en tirer, mais j'ai eu la sensation qu'il y avait une assez bonne convergence sur quelques-uns des points que j'ai donnés, sur ces trois points-là notamment, sur la démarche qui concerne l'aménagement et la réduction du temps de travail, pour l'essentiel, et évidemment pour ce qui concerne le dialogue social. Sur ces points-là, j'ai senti que même s'il demeurait ici où là des réticences, il avait, disons, mis en place de précautions, nécessaires pour certains - pour les Allemands, qui, manifestement, en réclamaient, pour les Anglais, qui avaient leurs exigences, qui étaient utiles. Les seuls qui demeurent très opposés sur les objectifs, quels qu'ils soient, sont apparemment les Espagnols, pour les mêmes raisons qu'hier.
Q - (Sur les désaccords sur l'objectif global)
R - Nous ne sommes pas aujourd'hui en train de faire un conférence de presse de sortie de Luxembourg. Nous sommes au stade d'une réunion préparatoire qui engage un certain nombre de ministres avant que les chefs d'Etats et de gouvernement aient engagé leur poids politique. Je pense que cela peut changer pas mal de choses. J'observe quelque chose qui est un peu paradoxal sur ce terme d'objectifs, si on les cite, si on dit, par exemple 7 %, on va dire tout de suite mais "vous allez mentir, c'est un excès d'ambition" etc. Mais, si on ne les cite pas, on dit "mais alors vous ne voulez plus rien". Donc, je pense qu'il faut quand même indiquer le sens et la démarche. C'est le sens de ce que je voulais dire. Il ne m'a pas semblé que l'objectif tel qu'il était formulé par la Commission rassemblait. Il ne m'a pas semblé non plus que l'idée d'avoir un objectif global, qui soit une perspective, était écartée.
Q - Parce que pour vous la Commission a présenté un objectif ?
R - Je sais ce que M. Jüncker en a dit. Je parle de ce que j'ai lu par ailleurs. C'est un chiffre qui était articulé. A fortiori, si la Commission ne le présente pas comme un objectif, n'en parlons pas comme tel. C'est bien quand même une démarche en terme de résultat qu'il faut être capable de conduire.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 septembre 2001)