Interview de M. Pierre Bédier, secrétaire d'Etat aux programmes immobiliers de la justice, à Europe 1 le 24 juin 2002, sur la mission de son secrétariat d'Etat, la construction de prisons et la réfection des tribunaux.

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Média : Emission Journal de 8h - Europe 1

Texte intégral

- "Je ne trouve pas qu'il y ait honte à construire des prisons et à y enfermer des gens. L'important, c'est que ces gens soient jugés, pas qu'on les mette comme ça parce qu'on en a envie. Et s'ils sont jugés et qu'ils sont reconnus coupables, je trouve normal qu'ils aillent en prison. Ce que je trouve anormal - et là je revendique haut et fort - c'est qu'aujourd'hui on puisse condamner les gens qu'on n'envoie pas en prison parce qu'on manque de place. Donc, il va bien nous falloir avoir, à la fois des lieux pour juger sereinement, et lorsque la condamnation est faite, des lieux où on peut faire exécuter dans des conditions humaines mais dans des conditions réelles, ces condamnations."
Le plus gros chantier ce sont les prisons. Comment les imaginez-vous ces futures prisons ? Avez-vous déjà un modèle en tête ?
- "Il ne s'agit pas simplement de construire des mètres carrés. Je crois qu'on peut arriver assez vite à cela : construire des mètres carrés, faire du béton. Ce n'est pas très difficile. Essayons de faire intelligemment des prisons qui soient les plus intelligentes possibles. L'objectif n'est pas de faire des trois étoiles, mais c'est de faire des lieux qui soient des lieux d'espoir pour ceux qui veulent se réinsérer. La prison, c'est retrancher de la société celui qui nuit à la société, mais laisser à celui-là l'espoir de se réinsérer par lui-même, par le travail, par l'acceptation de la règle. Voilà. Pour cela, il ne faut pas avoir des prisons qui soient des lieux où au contraire cela renforce la haine de la société. Il ne faut pas que de deux bêtes sauvages rentrant dans un lieu parce qu'elles sont complètement asociales, on sorte des bêtes encore plus sauvages. Il faut toujours donner sa chance à un homme, toujours."
Avant les prisons que faut-il faire dans les tribunaux ?
- "Je ne prendrais qu'un seul exemple : regardez les salles d'attente aujourd'hui dans les tribunaux pour comprendre combien les justiciables sont maltraités. Regardez aussi les conditions dans lesquelles travaillent les juges, les greffes. Ils ont des bureaux surchauffés, ils n'ont pas de place. Je trouve même qu'on a un personnel judiciaire exceptionnel pour avoir réussi à tenir aussi longtemps avec autant de bouts de ficelle. Je ne vois pas pourquoi la justice devrait avoir des conditions de travail inférieures à celles que rencontre n'importe quel salarié dans n'importe quelle entreprise."
(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 24 juin 2002)