Déclaration de M. Hervé de Charette, ministre des affaires étrangères, sur les relations entre la France et la Macédoine, l'envoi d'une force d'intervention en Albanie et les relations entre l'Union européenne et la Macédoine, Paris le 9 avril 1997.

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Circonstance : Entretien de M. de Charette avec le ministre macédonien des affaires étrangères, M. Ljubomir Frekovski à Paris le 9 avril 1997

Texte intégral

C'est un grand honneur et un vif plaisir pour moi d'accueillir pour ce déjeuner au Palais d'Orsay, M. Evgueni Primakov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie. Nous nous sommes déjà rencontrés à de nombreuses reprises, Monsieur le Ministre. Mais il m'est tout particulièrement agréable de vous recevoir aujourd'hui pour votre première visite officielle en France. Et nous nous réjouissons, mon épouse et moi-même, de la présence de Mme Primakova en cette occasion.

Cher Evgueni Maximovitch, la France observe avec intérêt, admiration et confiance les développements qui se produisent dans votre pays. Nous avons conscience de l'immensité de la tâche à accomplir. Edifier en même temps une économie de marché efficace et une véritable démocratie représentative est en effet un défi immense. Nous mesurons bien les résistances qu'une transformation de cette ampleur suscite inévitablement. Nous mesurons aussi les difficultés de ceux qui peinent à s'adapter.

Mais que de chemin déjà parcouru ! La maturité que montre le peuple russe au fil des échéances électorales est des plus remarquables. L'économie, enregistre des signes de stabilisation. Ce sont là des bases solides sur lesquelles on peut construire. J'ai été frappé par la vigueur de l'impulsion donnée par le président Eltsine, dans son adresse à l'Assemblée fédérale le 6 mars dernier. Des objectifs clairs ont été assignés avec force sur la voie des réformes.

Nous comprenons que la Russie, avec une équipe gouvernementale dynamique et rajeunie, entende aller résolument de l'avant. Ce mouvement est impressionnant. Il est de nature à inspirer confiance, chez vous bien entendu, mais aussi à l'extérieur de la Russie, auprès de tous vos amis qui vous observent. Nous savons le poids de la politique étrangère à cet égard : les relations de la Russie avec le reste du monde - et d'abord avec ses principaux partenaires économiques que sont les pays européens -, apportent leur contribution à l'effort de réforme. Soyez assuré, Monsieur le Ministre, qu'une Russie forte, prospère, prenant sa place dans toutes les structures de coopération européennes et mondiales, est notre voeu le plus sincère. Nous ne négligerons aucun effort en ce sens. Qu'il s'agisse du développement de notre coopération économique et de notre concertation politique, ou de l'appui que la France peut apporter à la Russie pour son intégration dans les enceintes internationales comme le G7- que nous souhaitons transformer en G8 - l'Organisation mondiale du commerce ou l'OCDE.

La même préoccupation nous anime dans les domaines politique et de sécurité. Alors que les mois qui viennent seront décisifs pour dresser les fondations de l'architecture européenne de sécurité du XXIème siècle, il est important que la France et la Russie contribuent ensemble à cette édification. Le processus d'élargissement de l'Alliance atlantique, pour important qu'il puisse être, ne résume pas, à lui seul, cette construction ambitieuse. C'est un élément certes important pour répondre aux préoccupations de sécurité des uns. L'élaboration d'une charte entre la Russie et l'OTAN est un élément au moins aussi important et sans doute éterminant. Je suis convaincu qu'un compromis raisonnable, de nature à prendre en compte les préoccupations russes peut être trouvé, avant le Sommet de Madrid. Nous en avons très longuement parlé ici ainsi qu'à l'audience chez le président de la République.

Nous devrons ensuite nous atteler tous ensemble à une approche globale des problèmes de sécurité en Europe. La charte sur la sécurité européenne que nous mettrons au point dans le cadre de l'OSCE et dont nous devons ensemble accélérer les travaux, sera un élément central de ce nouvel équilibre où chacun aura sa place, sa sécurité et son avenir garantis.

Sur les grands dossiers de l'actualité internationale, nous échangeons régulièrement nos points de vue. Et nous constatons que nos deux pays ont le plus souvent des analyses convergentes.

Au Moyen-Orient, - admettons-le - le processus de paix est dans une phase d'extrême gravité. La France est très préoccupée par la situation dans cette région. Elle se félicite du rôle joué par la Russie, en sa qualité de co-parrain du processus de paix, en vue de réactiver le dialogue, sur la base des accords conclus. Elle entend n'épargner aucun effort pour contribuer à ce même objectif. Que ce soit à titre national, ou au travers de l'action menée par l'Union européenne dont elle inspire le plus souvent les mouvements.

En Bosnie, la France et la Russie poursuivent, au sein du groupe de contact, et par le biais de leur participation commune d'abord à l'IFOR puis à la SFOR, des objectifs communs : consolider des acquis encore trop fragiles, créer les conditions d'un avenir de paix et de prospérité pour toutes les populations concernées, pourvu qu'elles-mêmes y mettent du leur.

La France apprécie également à sa juste valeur la contribution apportée par la Russie au règlement des conflits régionaux dans les pays de la CEI. Dans le Caucase plus particulièrement, vous le savez, la France a décidé de s'impliquer davantage dans le règlement du conflit du Haut-Karabakh. Elle compte sur l'expérience irremplaçable de la Russie dans ce dossier complexe. Elle compte aussi sur la capacité d'initiative et de cohésion des trois co-présidents de la Conférence de Minsk pour aider les parties à progresser dans la recherche d'un règlement négocié.

Sur le plan bilatéral enfin, nous avons à coeur de renforcer encore le partenariat privilégié que nous avons décidé d'établir entre nous.

Dans le domaine économique notamment, où le potentiel de développement de nos échanges et des investissements de nos entreprises en Russie reste très important. Je salue leurs représentants, nombreux dans cette assistance. Voyez-y le signe, Monsieur le Ministre, de l'intérêt qu'ils témoignent à votre pays. Mais les entreprises, vous le savez, ne s'embarrassent pas d'idées reçues. Elles voient en Russie une économie en mutation, des partenaires ouverts à la coopération internationale, de nouveaux marchés qui se créent et s'élargissent peu à peu. Aussi ne demandent-elles qu'à être plus présentes encore dans votre pays, à y trouver de nouveaux partenaires, à mettre en oeuvre de nouveaux investissements. Elles ont besoin pour ce faire d'un cadre juridique raisonnable et stable. Le gouvernement russe a la volonté d'améliorer leurs conditions de travail. Il s'y emploie, je m'en réjouis. Nous avons redit ensemble, et je m'en félicite, la nécessité de mettre très rapidement en oeuvre le mémorandum sur les emprunts russes qui tournera une page des relations franco-russes, ouvrant la voie à une relation plus solide parce que plus confiante. Notre coopération économique et financière peut et doit être plus dynamique. Elle doit pour cela associer tous les acteurs possibles, c'est-à-dire les petites et moyennes entreprises, qui sont le ferment du progrès économique.

La culture est également l'un des domaines privilégiés de notre coopération. Je me réjouis de l'installation prochaine du nouveau lycée français dans le centre historique de Moscou. Cette réalisation sera le symbole des ambitions nouvelles que nous assignons à notre relation bilatérale et notre accord sur ce point devrait être signé prochainement. Je ne voudrais pas évoquer nos relations bilatérales sans rappeler toute l'importance que nous attachons, et moi tout personnellement, à la résolution de l'accord sur la restitution des archives françaises comme à la question des biens culturels spoliés et emportés en Russie, car il s'agit là de morale et de justice. Deux valeurs auxquelles nos deux peuples sont fondamentalement attachés.

J'évoquerai enfin notre coopération parlementaire, qui fait preuve d'une vitalité et d'un dynamisme exemplaires. J'en remercie les membres de nos deux assemblées, réunis ici autour de nous, dont c'est l'oeuvre assidue et qui savent que leur mission est essentielle.

Notre dialogue politique est, je le rappelais à l'instant, dense et permanent. Votre présence aujourd'hui, Monsieur le Ministre, en est un nouveau témoignage et je sais que le président de la République a été très heureux de vous recevoir à l'instant.

La tenue prochaine de la commission mixte Juppé/Tchernomyrdine et surtout la visite d'Etat du président de la République en Russie les 25 et 27 septembre prochains sont autant de jalons essentiels de ce dialogue étoffé.

Moments importants dans notre relation ancienne et sans cesse renouvelée. Voilà pourquoi je forme des voeux pour le succès de la Russie, pour le bonheur et la prospérité du peuple russe et vous invite, Mesdames, Messieurs, à lever votre verre à l'amitié entre la France et la Russie.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 octobre 2001)