Texte intégral
Mesdames, Messieurs,
Je vous remercie d'avoir bien voulu accepter de participer à cette table-ronde. Je vous vois nombreux, représentatifs de la diversité des professions du livre. Je sais que nos discussions, nos débats nous permettront d'exprimer et de clarifier les points de vue des uns et des autres, sur les problèmes que connaît votre secteur, d'approfondir l'analyse des pouvoirs publics et d'engager, je l'espère, un processus positif pour toute la chaîne du livre.
La chaîne du livre, vous le savez mieux que quiconque vous qui en êtes les acteurs, repose sur des équilibres et des solidarités entre ses différents maillons. Nous devons maintenir ces équilibres, les garantir et même les renforcer, si nous ne voulons pas que soient mis en péril la diversité de la création, la diversité éditoriale, l'accès du public au livre et, à moyen terme, la viabilité économique même du secteur, qui est étroitement liée à cette diversité.
La défense de ces équilibres et de cette diversité constituent par ailleurs les fondements des mécanismes de régulation du marché du livre que sont, à côté des aides directes à l'édition et à la librairie, la législation sur les droits des auteurs, le taux de TVA réduit et, en tout premier lieu, la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre, que la loi sur le droit de prêt viendra renforcer, en plafonnant les rabais aux bibliothèques. Cette loi de 1981 c'est notre bien commun. Mais, nous le savons, elle n'a pas que des amis. Gardons-nous tous de la fragiliser !
Cette loi a permis de maintenir et, plus encore, de développer et de moderniser le réseau des librairies françaises. Si les grandes surfaces spécialisées et la grande distribution ont elles-mêmes étendu leur réseau, elles tiennent aujourd'hui un rôle majeur mais pas exclusif. Cela tend à prouver que le marché du livre, bien qu'encadré, est resté un marché libre et ouvert. Je défends l'idée que cette loi est une véritable loi de concurrence car la diversité des points de vente assure une émulation qui est profitable tant au consommateur qu'au marché lui-même.
Les évolutions du marché voisin du disque montre a contrario combien l'absence de régulation renforce la concentration et conduit à un appauvrissement de l'offre qui, dans de nombreux pays, explique la crise profonde de l'industrie musicale.
L'économie du livre n'est pas dans une situation aussi périlleuse et je tiens à saluer le dynamisme du secteur, son incessante capacité de renouvellement grâce au professionnalisme et à l'engagement de l'ensemble de ses acteurs, des auteurs aux libraires en passant évidemment par les éditeurs et par leurs relais en matière de diffusion et de distribution.
Pour autant, je l'ai dit, depuis que j'ai pris mes fonctions, je n'ai cessé d'être sensibilisé à l'aggravation de certaines difficultés dans le fonctionnement même de la chaîne du livre. Vous le savez, je me déplace beaucoup. Ces déplacements m'ont permis de rencontrer de nombreux libraires, et des éditeurs en régions. C'était notamment le cas à Toulouse et Rodez, autour des éditeurs et des libraires de Midi-Pyrénées. J'ai pu prendre à cette occasion une meilleure connaissance de ces difficultés que vous connaissez les uns des autres. En prenant l'initiative de la table ronde qui nous réunit, j'ai considéré que nous ne devions pas avoir peur de faire de ces questions l'objet d'une réflexion collective et d'un débat. Nous savons tous que ces difficultés ne sont pas récentes, et nous pourrions tous dire, comme Phèdre : "mon mal vient de plus loin". Mais nous sommes aussi tous parfaitement conscients, que la situation créée par les déboires du groupe Vivendi et la mise en vente de son pôle édition rend notre réflexion non seulement nécessaire, mais indispensable et urgente. C'est cette urgence qui en a déterminé la date. Je n'ai pas voulu, je n'avais pas à tarder plus longtemps à répondre à une demande pressante de la majorité des acteurs du livre.
Notre table ronde, je souhaite le rappeler, ne préjuge en rien des décisions que seules les autorités de la concurrence seront habilitées à prendre. Je connais les procédures en cours et je les respecte parfaitement. Je connais les différences d'appréciation qu'il y a, à ce sujet, ici-même, entre les uns et les autres, et je les respecte tout autant. En tout état de cause, quel que soit le résultat du processus en cours, et a fortiori s'il aboutit à une nouvelle concentration, mon souci est que les autres acteurs de la chaîne du livre, libraires et éditeurs, n'en soient pas lésés.
Le débat qui s'est engagé sur l'avenir de l'édition et de la librairie françaises a mis en avant les risques de la concentration sur les équilibres entre les acteurs de la chaîne du livre. La fragilité des librairies face à ce risque a été fortement soulignée. A mes yeux, ce débat a également révélé combien la situation des librairies restait de toutes manières encore très vulnérable et combien leur développement et leur dynamisme pouvaient être suspendus à des évolutions commerciales et économiques sur lesquels leurs dirigeants n'ont que peu de prise.
Je sais que la grande majorité des éditeurs sont très sensibles à la situation des librairies car ils savent combien elles comptent pour eux. Je fais confiance à ces mêmes éditeurs qui ont porté la loi sur le prix unique du livre et qui l'ont continuellement défendue pour s'associer à la volonté qui est la mienne de renforcer la place de la librairie dans la chaîne du livre et, ainsi, la diversité et la viabilité de l'édition elle-même. Je citerai le seul exemple de l'ADELC, représentée ici, qu'a présidée Jérôme Lindon durant de nombreuses années et qu'ont aujourd'hui rejoint plusieurs dizaines d'éditeurs pour illustrer la convergence d'intérêts entre l'édition et la librairie indépendante.
Cette solidarité doit continuer de s'exercer, quelles que soient les évolutions du paysage éditorial français. Mais comment pourrions-nous garantir le développement équilibré du marché du livre si nous n'étions pas en mesure d'appliquer aujourd'hui, dans leur intégralité, la lettre et l'esprit de la loi de 1981 ?
Je fais ici référence aux dispositions de la loi relatives à la construction de la remise commerciale et à la reconnaissance du travail qualitatif des librairies. Je souhaiterais recueillir votre opinion sur l'application effective de ces dispositions. Ce travail qualitatif se traduit concrètement par la présentation d'une offre diversifiée liée notamment au système de l'office, par un personnel qualifié ou par une participation à la vie culturelle locales. Tout cela représente une plus-value mais également un coût que doivent bien intégrer les conditions commerciales.
Certains d'entre vous m'ont également sensibilisé à d'autres aspects des relations entre éditeurs et libraires, les délais de paiement, les encours financiers, la transparence des conditions de vente ou le fait que la négociation commerciale échapperait de plus en plus à l'éditeur au profit de son seul diffuseur. J'ai également entendu à de nombreuses reprises l'inquiétude des libraires face à l'augmentation de leurs charges, qu'il s'agisse du personnel, du coût des baux en centre-ville ou des frais de transport. Je souhaiterais que cette table-ronde soit l'occasion de recueillir votre sentiment sur ces questions.
Je n'oublie pas d'autres questions qui vous préoccupent, qu'il s'agisse des conditions dans lesquelles la gratuité du livre scolaire s'est mise en place dans certaines régions ou encore des projets récents de vente du livre par la presse. En tout état de cause, sur la gratuité du livre scolaire, je considère très clairement que les régions doivent, pour des raisons économiques et culturelles, privilégier les dispositifs qui passent par la librairie. Sur la vente du livre par la presse, je suis très sensible aux appréhensions exprimées par les libraires.
Je mesure également l'importance des outils interprofessionnels qui ont été mis en place en matière de bases de données, de transmission des commandes, de transport ou d'exportation du livre. Ces outils permettent à la profession dans son ensemble d'être plus compétitive. Ils illustrent de manière exemplaire la responsabilité commune qui anime les libraires et les éditeurs et doivent à ce titre être maintenus et même renforcés. Je rappelle à ce titre que le ministère de la culture a très largement contribué à leur création et qu'il continue à les soutenir financièrement pour ce qui concerne l'exportation. De ces outils, je souhaite qu'il soit aussi question aujourd'hui.
Je vous remercie une nouvelle fois d'avoir accepté d'engager cette réflexion commune au service de vos professions. Je suis particulièrement reconnaissant aux syndicats des libraires, aux nombreux éditeurs qui sont présents autour de cette table. Je tiens également à remercier, pour leur présence à notre table ronde et leur implication dans nos travaux, le groupe Lagardère et sa filiale Hachette, ainsi que le groupe VUP qui se savent porteur d'une grande responsabilité sur les sujets que je viens d'aborder et qui auront à cur, je le sais, de faire des propositions concrètes à même de garantir le maintien des équilibres de l'économie du livre. Les discussions de ce matin seront d'une grande franchise. Le groupe Lagardère ne s'y est pas dérobé et je salue cette attitude. Je ne doute pas néanmoins que ces discussions demeureront également d'une grande courtoisie, et que nos travaux seront constructifs et se prolongeront dans la durée selon des modalités qu'il nous appartiendra de définir ensemble. (J'inclus naturellement dans ces modalités le concours, la médiation que pourrait vous apporter, vous proposer la puissance publique).
Je vous propose de passer en premier lieu la parole au Président du syndicat de la libraire française, puis d'entendre les représentants des chaînes spécialisées, avant que le groupe Lagardère, puis les éditeurs ne donnent eux-mêmes leur point de vue.
(source http://www.culture.gouv.fr, le 10 février 2003)
Je vous remercie d'avoir bien voulu accepter de participer à cette table-ronde. Je vous vois nombreux, représentatifs de la diversité des professions du livre. Je sais que nos discussions, nos débats nous permettront d'exprimer et de clarifier les points de vue des uns et des autres, sur les problèmes que connaît votre secteur, d'approfondir l'analyse des pouvoirs publics et d'engager, je l'espère, un processus positif pour toute la chaîne du livre.
La chaîne du livre, vous le savez mieux que quiconque vous qui en êtes les acteurs, repose sur des équilibres et des solidarités entre ses différents maillons. Nous devons maintenir ces équilibres, les garantir et même les renforcer, si nous ne voulons pas que soient mis en péril la diversité de la création, la diversité éditoriale, l'accès du public au livre et, à moyen terme, la viabilité économique même du secteur, qui est étroitement liée à cette diversité.
La défense de ces équilibres et de cette diversité constituent par ailleurs les fondements des mécanismes de régulation du marché du livre que sont, à côté des aides directes à l'édition et à la librairie, la législation sur les droits des auteurs, le taux de TVA réduit et, en tout premier lieu, la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre, que la loi sur le droit de prêt viendra renforcer, en plafonnant les rabais aux bibliothèques. Cette loi de 1981 c'est notre bien commun. Mais, nous le savons, elle n'a pas que des amis. Gardons-nous tous de la fragiliser !
Cette loi a permis de maintenir et, plus encore, de développer et de moderniser le réseau des librairies françaises. Si les grandes surfaces spécialisées et la grande distribution ont elles-mêmes étendu leur réseau, elles tiennent aujourd'hui un rôle majeur mais pas exclusif. Cela tend à prouver que le marché du livre, bien qu'encadré, est resté un marché libre et ouvert. Je défends l'idée que cette loi est une véritable loi de concurrence car la diversité des points de vente assure une émulation qui est profitable tant au consommateur qu'au marché lui-même.
Les évolutions du marché voisin du disque montre a contrario combien l'absence de régulation renforce la concentration et conduit à un appauvrissement de l'offre qui, dans de nombreux pays, explique la crise profonde de l'industrie musicale.
L'économie du livre n'est pas dans une situation aussi périlleuse et je tiens à saluer le dynamisme du secteur, son incessante capacité de renouvellement grâce au professionnalisme et à l'engagement de l'ensemble de ses acteurs, des auteurs aux libraires en passant évidemment par les éditeurs et par leurs relais en matière de diffusion et de distribution.
Pour autant, je l'ai dit, depuis que j'ai pris mes fonctions, je n'ai cessé d'être sensibilisé à l'aggravation de certaines difficultés dans le fonctionnement même de la chaîne du livre. Vous le savez, je me déplace beaucoup. Ces déplacements m'ont permis de rencontrer de nombreux libraires, et des éditeurs en régions. C'était notamment le cas à Toulouse et Rodez, autour des éditeurs et des libraires de Midi-Pyrénées. J'ai pu prendre à cette occasion une meilleure connaissance de ces difficultés que vous connaissez les uns des autres. En prenant l'initiative de la table ronde qui nous réunit, j'ai considéré que nous ne devions pas avoir peur de faire de ces questions l'objet d'une réflexion collective et d'un débat. Nous savons tous que ces difficultés ne sont pas récentes, et nous pourrions tous dire, comme Phèdre : "mon mal vient de plus loin". Mais nous sommes aussi tous parfaitement conscients, que la situation créée par les déboires du groupe Vivendi et la mise en vente de son pôle édition rend notre réflexion non seulement nécessaire, mais indispensable et urgente. C'est cette urgence qui en a déterminé la date. Je n'ai pas voulu, je n'avais pas à tarder plus longtemps à répondre à une demande pressante de la majorité des acteurs du livre.
Notre table ronde, je souhaite le rappeler, ne préjuge en rien des décisions que seules les autorités de la concurrence seront habilitées à prendre. Je connais les procédures en cours et je les respecte parfaitement. Je connais les différences d'appréciation qu'il y a, à ce sujet, ici-même, entre les uns et les autres, et je les respecte tout autant. En tout état de cause, quel que soit le résultat du processus en cours, et a fortiori s'il aboutit à une nouvelle concentration, mon souci est que les autres acteurs de la chaîne du livre, libraires et éditeurs, n'en soient pas lésés.
Le débat qui s'est engagé sur l'avenir de l'édition et de la librairie françaises a mis en avant les risques de la concentration sur les équilibres entre les acteurs de la chaîne du livre. La fragilité des librairies face à ce risque a été fortement soulignée. A mes yeux, ce débat a également révélé combien la situation des librairies restait de toutes manières encore très vulnérable et combien leur développement et leur dynamisme pouvaient être suspendus à des évolutions commerciales et économiques sur lesquels leurs dirigeants n'ont que peu de prise.
Je sais que la grande majorité des éditeurs sont très sensibles à la situation des librairies car ils savent combien elles comptent pour eux. Je fais confiance à ces mêmes éditeurs qui ont porté la loi sur le prix unique du livre et qui l'ont continuellement défendue pour s'associer à la volonté qui est la mienne de renforcer la place de la librairie dans la chaîne du livre et, ainsi, la diversité et la viabilité de l'édition elle-même. Je citerai le seul exemple de l'ADELC, représentée ici, qu'a présidée Jérôme Lindon durant de nombreuses années et qu'ont aujourd'hui rejoint plusieurs dizaines d'éditeurs pour illustrer la convergence d'intérêts entre l'édition et la librairie indépendante.
Cette solidarité doit continuer de s'exercer, quelles que soient les évolutions du paysage éditorial français. Mais comment pourrions-nous garantir le développement équilibré du marché du livre si nous n'étions pas en mesure d'appliquer aujourd'hui, dans leur intégralité, la lettre et l'esprit de la loi de 1981 ?
Je fais ici référence aux dispositions de la loi relatives à la construction de la remise commerciale et à la reconnaissance du travail qualitatif des librairies. Je souhaiterais recueillir votre opinion sur l'application effective de ces dispositions. Ce travail qualitatif se traduit concrètement par la présentation d'une offre diversifiée liée notamment au système de l'office, par un personnel qualifié ou par une participation à la vie culturelle locales. Tout cela représente une plus-value mais également un coût que doivent bien intégrer les conditions commerciales.
Certains d'entre vous m'ont également sensibilisé à d'autres aspects des relations entre éditeurs et libraires, les délais de paiement, les encours financiers, la transparence des conditions de vente ou le fait que la négociation commerciale échapperait de plus en plus à l'éditeur au profit de son seul diffuseur. J'ai également entendu à de nombreuses reprises l'inquiétude des libraires face à l'augmentation de leurs charges, qu'il s'agisse du personnel, du coût des baux en centre-ville ou des frais de transport. Je souhaiterais que cette table-ronde soit l'occasion de recueillir votre sentiment sur ces questions.
Je n'oublie pas d'autres questions qui vous préoccupent, qu'il s'agisse des conditions dans lesquelles la gratuité du livre scolaire s'est mise en place dans certaines régions ou encore des projets récents de vente du livre par la presse. En tout état de cause, sur la gratuité du livre scolaire, je considère très clairement que les régions doivent, pour des raisons économiques et culturelles, privilégier les dispositifs qui passent par la librairie. Sur la vente du livre par la presse, je suis très sensible aux appréhensions exprimées par les libraires.
Je mesure également l'importance des outils interprofessionnels qui ont été mis en place en matière de bases de données, de transmission des commandes, de transport ou d'exportation du livre. Ces outils permettent à la profession dans son ensemble d'être plus compétitive. Ils illustrent de manière exemplaire la responsabilité commune qui anime les libraires et les éditeurs et doivent à ce titre être maintenus et même renforcés. Je rappelle à ce titre que le ministère de la culture a très largement contribué à leur création et qu'il continue à les soutenir financièrement pour ce qui concerne l'exportation. De ces outils, je souhaite qu'il soit aussi question aujourd'hui.
Je vous remercie une nouvelle fois d'avoir accepté d'engager cette réflexion commune au service de vos professions. Je suis particulièrement reconnaissant aux syndicats des libraires, aux nombreux éditeurs qui sont présents autour de cette table. Je tiens également à remercier, pour leur présence à notre table ronde et leur implication dans nos travaux, le groupe Lagardère et sa filiale Hachette, ainsi que le groupe VUP qui se savent porteur d'une grande responsabilité sur les sujets que je viens d'aborder et qui auront à cur, je le sais, de faire des propositions concrètes à même de garantir le maintien des équilibres de l'économie du livre. Les discussions de ce matin seront d'une grande franchise. Le groupe Lagardère ne s'y est pas dérobé et je salue cette attitude. Je ne doute pas néanmoins que ces discussions demeureront également d'une grande courtoisie, et que nos travaux seront constructifs et se prolongeront dans la durée selon des modalités qu'il nous appartiendra de définir ensemble. (J'inclus naturellement dans ces modalités le concours, la médiation que pourrait vous apporter, vous proposer la puissance publique).
Je vous propose de passer en premier lieu la parole au Président du syndicat de la libraire française, puis d'entendre les représentants des chaînes spécialisées, avant que le groupe Lagardère, puis les éditeurs ne donnent eux-mêmes leur point de vue.
(source http://www.culture.gouv.fr, le 10 février 2003)