Texte intégral
Monsieur l'Ambassadeur, Monsieur le Doyen, d'abord, merci de cette invitation. Merci de cette occasion de nous retrouver, les ambassadeurs et beaucoup d'amis du monde arabe, des spécialistes français qui, de par leurs responsabilités ont à travailler avec vous tous les jours.
Merci de cette idée, de cette invitation, de ce cadre charmant.
Vous savez parler à la France car lorsque vous dites que c'est non seulement un pays mais que c'est une idée, vous savez qu'il n'y a rien qui ne fasse plus plaisir aux Français. Mais, c'est très exigeant et c'est ainsi que vous expliquez vos attentes. Nous devons être à la hauteur dans un monde qui ne cesse de changer, mais acceptons ce défi.
Vous avez dit un mot sur moi, concernant l'intérêt que j'ai toujours éprouvé pour le monde arabe, simplement, vous pourriez dire que j'aime le monde arabe depuis toujours, que je m'y sens bien dans tous ces aspects et dans tous les pays que je connais.
Vous savez tous, à quel point, pour le président de la République, pour le Premier ministre, pour le gouvernement, le monde arabe est important et à quel point cette amitié est forte et réelle, vous en avez des témoignages concrets au travers de nos amis ambassadeurs qui le vivent dans leur métier. Vous savez que ce lien est très fort avec le monde arabe à la fois dans son unité et dans sa diversité. Je crois que nos relations sont plus denses que jamais, c'est vrai sur le plan politique, sur le plan humain à travers les échanges entre les Arabes qui vivent en France et les Français qui vivent dans vos pays. L'intensité des contacts, le dialogue politique, sont devenus une composante naturelle, il n'y a pas besoin de le démontrer, de l'expliquer. C'est une composante de toujours qui est très présente aujourd'hui dans notre travail politique. C'est très vrai également sur le plan économique même si on peut toujours vouloir amplifier les relations et naturellement, c'est vrai sur le plan culturel dans toutes ses dimensions. Ce sont parmi les relations les plus fortes que nous ayons et c'est plus vrai que jamais.
A côté de cette densité, ces relations sont impressionnantes par leur maturité. Nous nous connaissons tous bien, depuis longtemps, je parle des pays et pas uniquement des individus, nous comprenons bien, les uns et les autres ce qui se passe chez les autres. Il y a toujours des problèmes d'accommodations parce qu'il y a des mondes culturellement différents, des conceptions différentes, des réactions différentes, il peut y avoir différentes formes de diversité, mais au total, je crois que nous avons trouvé, au fil du temps et à travers l'Histoire, une forme de relation remarquable par cette combinaison de sympathie, d'affinités, de franchise et de travail en commun qui fait que vous êtes, vous les représentants des pays arabes, nous la France avec cette insertion très forte dans l'Europe, nous sommes une des grandes composantes du monde actuel.
En ce moment, notre attention est spécialement attirée sur le Proche-Orient, comme depuis longtemps, même si ce n'est pas le seul domaine dans lequel il y a des problèmes à résoudre. Au Proche-Orient, c'est très simple, la France ne cherche pas un rôle, ce rôle elle l'a, elle cherche à l'exercer de la façon la plus utile qui soit pour la paix. Cela suppose un dialogue confiant, fort et réel avec chacun des protagonistes en même temps, y compris Israël naturellement. L'amélioration des relations avec les responsables israéliens depuis que M. Barak est au pouvoir est un élément indispensable à l'action que nous voulons pouvoir mener pour faciliter ce processus de paix qui, certains jours nous enthousiasme et d'autres jours nous inquiète. Mais notre énergie et notre ténacité est la même, quels que soient ces changements de conjoncture.
C'est simple, nous ferons tout ce qui dépend de nous pour que ces négociations, ces contacts, ces processus aboutissent à cette fameuse paix juste et globale. Nous ferons tout pour que ce qui s'est passé au Sud-Liban, qui est l'application d'une résolution du Conseil de sécurité enfin, aboutisse à une situation de plus grande stabilité qui préfigure d'autres progrès ultérieurs et nous agirons aussi pour un vrai règlement complet entre Israël et la Syrie dans l'affaire du Golan pour aider les Israéliens et les Palestiniens à trouver un accord véritable permettant la naissance d'un Etat palestinien viable qui est une condition absolue de la pérennité des accords auxquels ils seraient parvenus. Nous le faisons avec beaucoup d'engagement beaucoup de conviction, sans jamais nous décourager, dans un esprit de coopération avec les Etats-Unis car notamment dans cette région, le temps des guérillas inutiles est dépassé. Nous avons notre façon de voir, nous avons nos contacts, nos propositions, nous avons des idées mais l'essentiel est que cela converge pour la paix. Voilà ce que nous faisons et voilà ce que nous allons continuer à faire.
Ces idées nous animeront durant la présidence européenne que nous allons exercer pendant six mois, qu'il s'agisse de la négociation de tel ou tel accord particulier, qu'il s'agisse de l'ensemble du Processus de Barcelone auquel beaucoup d'entre vous participent, qu'il s'agisse du programme MEDA ou de toute initiative politique à proprement parler que nous pourrions être amenés à concevoir dans le cadre de la politique étrangère européenne en formation.
Enfin, vous parliez, cher ami, d'un message de la France, il y a un sujet qui l'emporte sur tous les autres, c'est de savoir ce que va devenir ce monde global. Nous avons plusieurs formules mais qui veulent toutes dire la même chose, disant qu'il faut humaniser, civiliser, réguler la mondialisation. La mondialisation sauvage se développant seule selon ses propres forces, imposée par des bonds en avant technologiques, pourrait aggraver les problèmes, créer des réactions identitaires très violentes de la part de peuples qui se sentiraient blessés par ce phénomène. Nous pensons que la volonté politique doit s'imposer. Cela veut dire édicter des règles du jeu économiques qui soient claires, des règles du jeu politiques et diplomatiques perfectionnées ou adaptées. On voit bien que les mécanismes actuels ne correspondent pas tout à fait au besoin. Cela veut dire que dans ce grand débat qui se développe depuis la mondialisation, à propos du rapport entre les différentes civilisations, à propos de la démocratisation dans le monde, à propos des Droits de l'Homme, du rapport entre l'individu et la société, à propos des rapports entre la culture et la technique, entre la citoyenneté et la consommation, sur tous ces grands sujets qui sont les sujets actuels, nous souhaitons, nous, que le monde arabe et également le monde musulman pour parler plus largement, occupe toute sa place.
Un de nos autres objectifs, c'est la diversité, nous ne voulons pas que cette mondialisation se traduise par un nivellement, une harmonisation vers le bas et nous croyons que le monde de demain qui sera issu de ce mouvement, de cette dialectique doit être notre monde à tous, le nôtre, le vôtre bien sûr, sans oublier aucune des grandes cultures.
Cette tâche est là devant nous.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 13 juin 2000)
Merci de cette idée, de cette invitation, de ce cadre charmant.
Vous savez parler à la France car lorsque vous dites que c'est non seulement un pays mais que c'est une idée, vous savez qu'il n'y a rien qui ne fasse plus plaisir aux Français. Mais, c'est très exigeant et c'est ainsi que vous expliquez vos attentes. Nous devons être à la hauteur dans un monde qui ne cesse de changer, mais acceptons ce défi.
Vous avez dit un mot sur moi, concernant l'intérêt que j'ai toujours éprouvé pour le monde arabe, simplement, vous pourriez dire que j'aime le monde arabe depuis toujours, que je m'y sens bien dans tous ces aspects et dans tous les pays que je connais.
Vous savez tous, à quel point, pour le président de la République, pour le Premier ministre, pour le gouvernement, le monde arabe est important et à quel point cette amitié est forte et réelle, vous en avez des témoignages concrets au travers de nos amis ambassadeurs qui le vivent dans leur métier. Vous savez que ce lien est très fort avec le monde arabe à la fois dans son unité et dans sa diversité. Je crois que nos relations sont plus denses que jamais, c'est vrai sur le plan politique, sur le plan humain à travers les échanges entre les Arabes qui vivent en France et les Français qui vivent dans vos pays. L'intensité des contacts, le dialogue politique, sont devenus une composante naturelle, il n'y a pas besoin de le démontrer, de l'expliquer. C'est une composante de toujours qui est très présente aujourd'hui dans notre travail politique. C'est très vrai également sur le plan économique même si on peut toujours vouloir amplifier les relations et naturellement, c'est vrai sur le plan culturel dans toutes ses dimensions. Ce sont parmi les relations les plus fortes que nous ayons et c'est plus vrai que jamais.
A côté de cette densité, ces relations sont impressionnantes par leur maturité. Nous nous connaissons tous bien, depuis longtemps, je parle des pays et pas uniquement des individus, nous comprenons bien, les uns et les autres ce qui se passe chez les autres. Il y a toujours des problèmes d'accommodations parce qu'il y a des mondes culturellement différents, des conceptions différentes, des réactions différentes, il peut y avoir différentes formes de diversité, mais au total, je crois que nous avons trouvé, au fil du temps et à travers l'Histoire, une forme de relation remarquable par cette combinaison de sympathie, d'affinités, de franchise et de travail en commun qui fait que vous êtes, vous les représentants des pays arabes, nous la France avec cette insertion très forte dans l'Europe, nous sommes une des grandes composantes du monde actuel.
En ce moment, notre attention est spécialement attirée sur le Proche-Orient, comme depuis longtemps, même si ce n'est pas le seul domaine dans lequel il y a des problèmes à résoudre. Au Proche-Orient, c'est très simple, la France ne cherche pas un rôle, ce rôle elle l'a, elle cherche à l'exercer de la façon la plus utile qui soit pour la paix. Cela suppose un dialogue confiant, fort et réel avec chacun des protagonistes en même temps, y compris Israël naturellement. L'amélioration des relations avec les responsables israéliens depuis que M. Barak est au pouvoir est un élément indispensable à l'action que nous voulons pouvoir mener pour faciliter ce processus de paix qui, certains jours nous enthousiasme et d'autres jours nous inquiète. Mais notre énergie et notre ténacité est la même, quels que soient ces changements de conjoncture.
C'est simple, nous ferons tout ce qui dépend de nous pour que ces négociations, ces contacts, ces processus aboutissent à cette fameuse paix juste et globale. Nous ferons tout pour que ce qui s'est passé au Sud-Liban, qui est l'application d'une résolution du Conseil de sécurité enfin, aboutisse à une situation de plus grande stabilité qui préfigure d'autres progrès ultérieurs et nous agirons aussi pour un vrai règlement complet entre Israël et la Syrie dans l'affaire du Golan pour aider les Israéliens et les Palestiniens à trouver un accord véritable permettant la naissance d'un Etat palestinien viable qui est une condition absolue de la pérennité des accords auxquels ils seraient parvenus. Nous le faisons avec beaucoup d'engagement beaucoup de conviction, sans jamais nous décourager, dans un esprit de coopération avec les Etats-Unis car notamment dans cette région, le temps des guérillas inutiles est dépassé. Nous avons notre façon de voir, nous avons nos contacts, nos propositions, nous avons des idées mais l'essentiel est que cela converge pour la paix. Voilà ce que nous faisons et voilà ce que nous allons continuer à faire.
Ces idées nous animeront durant la présidence européenne que nous allons exercer pendant six mois, qu'il s'agisse de la négociation de tel ou tel accord particulier, qu'il s'agisse de l'ensemble du Processus de Barcelone auquel beaucoup d'entre vous participent, qu'il s'agisse du programme MEDA ou de toute initiative politique à proprement parler que nous pourrions être amenés à concevoir dans le cadre de la politique étrangère européenne en formation.
Enfin, vous parliez, cher ami, d'un message de la France, il y a un sujet qui l'emporte sur tous les autres, c'est de savoir ce que va devenir ce monde global. Nous avons plusieurs formules mais qui veulent toutes dire la même chose, disant qu'il faut humaniser, civiliser, réguler la mondialisation. La mondialisation sauvage se développant seule selon ses propres forces, imposée par des bonds en avant technologiques, pourrait aggraver les problèmes, créer des réactions identitaires très violentes de la part de peuples qui se sentiraient blessés par ce phénomène. Nous pensons que la volonté politique doit s'imposer. Cela veut dire édicter des règles du jeu économiques qui soient claires, des règles du jeu politiques et diplomatiques perfectionnées ou adaptées. On voit bien que les mécanismes actuels ne correspondent pas tout à fait au besoin. Cela veut dire que dans ce grand débat qui se développe depuis la mondialisation, à propos du rapport entre les différentes civilisations, à propos de la démocratisation dans le monde, à propos des Droits de l'Homme, du rapport entre l'individu et la société, à propos des rapports entre la culture et la technique, entre la citoyenneté et la consommation, sur tous ces grands sujets qui sont les sujets actuels, nous souhaitons, nous, que le monde arabe et également le monde musulman pour parler plus largement, occupe toute sa place.
Un de nos autres objectifs, c'est la diversité, nous ne voulons pas que cette mondialisation se traduise par un nivellement, une harmonisation vers le bas et nous croyons que le monde de demain qui sera issu de ce mouvement, de cette dialectique doit être notre monde à tous, le nôtre, le vôtre bien sûr, sans oublier aucune des grandes cultures.
Cette tâche est là devant nous.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 13 juin 2000)