Texte intégral
E. Martichoux-. Dimanche dernier, on apprenait que dans le Tour de France du centenaire, ce Tour de France inoubliable, suivi avec une ferveur populaire toujours plus importante, un cas de dopage avait été décelé. Un coureur dont l'identité n'a pas été révélée d'ailleurs...
- "Non, effectivement."
Que vous connaissez ?
- "Non, c'est un coureur étranger, sinon nous aurions été avertis."
Un cas de dopage donc, sur les 90 contrôles effectués, sur 198 coureurs au départ, dans un Tour qui a battu de nouveaux records de vitesse. Est-ce que cela vous étonne ?
- "Non, cela ne m'étonne pas. Mais je vois, au travers votre question, le sentiment... Est-ce que quelque chose a changé ? Je vous dirais que "oui", depuis 1998, où on a bien vu qu'à cette époque, le dopage était quelque part un peu "institutionnalisé" dans ce sport, où, finalement, il était organisé au sein des équipes, un peu d'ailleurs à l'image de ce qui a été fait en Allemagne de l'Est - souvenez-vous de ce procès retentissant, où pratiquement plus de 1.000 sportifs ont porté plainte vis-à-vis du gouvernement de l'époque, qui avait institutionnalisé le dopage. Je crois que cette ère est terminée. D'ailleurs, tout le monde, que ce soit le Gouvernement français, au travers de la loi et des contrôles inopinés et de suivis longitudinaux, mais également vous-mêmes, les médias, vous mettez, nous mettons la pression sur l'ensemble du cyclisme international pour éviter que tout cela se reproduise. Alors, qu'il y ait toujours, bien sûr, des gens qui se dopent... Mais il y en a dans tous les sports, il faut lutter efficacement, il faut que ce soit d'ailleurs une lutte au niveau international, qui nous permette de lutter contre ce fléau. Mais je pense que cette ère est passée. C'est en tout cas le sentiment que j'ai à l'issue du Tour de France."
Je le disais tout à l'heure, en tout cas, la ferveur populaire est toujours là et entière. Il y a donc un soutien extraordinaire derrière le Tour. Mais néanmoins, pour tous les sceptiques qui se disent par exemple qu'on a encore battu des records de vitesse pendant ce Tour 2003... Vous parliez de l'Est : quand le ménage a été fait dans l'athlétisme, dans certaines disciplines, il y a des références qui ont été revues à la baisse. Et là, dans le cyclisme, vous nous dites : "tout est terminé" et on va de plus en plus vite ?
- "Ce n'est pas tout à fait exact. Je reprends l'expertise de J.-M. Leblanc, directeur du Tour, qui disait que les conditions météo étaient excellentes cette année ; il y a eu très peu de pluie, on l'a vu et on le voit encore aujourd'hui. Le profil aussi du Tour était fait peut-être pour qu'il soit beaucoup plus roulant... Les équipes, parce que c'était le Tour du centenaire, sont allées plus vite, parce qu'elles souhaitaient véritablement gagner des étapes. Donc, il y a peut-être des conditions qui ont fait que le Tour est allé plus vite. Encore une fois, je crois qu'il y a des avancées techniques, technologiques qui font que les coureurs vont plus vite. Mais ce que je souhaite démontrer au travers de la lutte antidopage et les différents dispositifs mis en place maintenant, de plus en plus en Europe, c'est qu'on ne peut pas passer au travers des gouttes. Je vais vous donner un exemple : Rusmas, l'année dernière..."
Troisième du Tour de France...
- "Voilà... On a trouvé des produits interdits dans le coffre de la voiture de son épouse. Il passe au travers les gouttes, parce qu'on a du mal à faire le lien entre ce qu'il aurait pu prendre et ce qu'il y avait dans la voiture. Il se fait attraper en Italie, cette année, cette saison. Je crois que c'est à ce prix et selon ces modalités, que nous pourrons lutter efficacement contre le dopage."
Mais vous, Monsieur le ministre, mais aussi le citoyen, l'idée que, finalement, au lieu d'interdire et sans avoir les moyens de vraiment contrôler, ne pourrait-on pas lever une forme d'hypocrisie et puis laisser couler, comme dans certains disciplines américaines par exemple où, finalement, on l'autorise, et le spectacle sportif est toujours là...
- "Je suis totalement opposé à cette démarche, qui serait celle de dire : on baisse les bras et on laisse faire. C'est totalement inapproprié. Le dopage, c'est trois choses : c'est, bien sûr, la lutte contre la tricherie ; c'est aussi la préservation de la santé du sportif - il prend un produit, il met en danger sa vie - ; et c'est un troisième point : l'exemplarité du champion. Il y a quelque temps, un champion d'un sport collectif avait, semble-t-il, peut-être ingéré des drogues - cocaïne, ecstasy - : eh bien, c'est un exemple qui s'effondre pour des jeunes du sport en question. C'est inacceptable. Donc, la lutte contre le dopage, c'est bien la préservation de la santé, la lutte contre la tricherie et de l'exemplarité des sportifs. C'est à ce prix que nous pouvons effectivement continuer à transmettre des valeurs au travers la pratique sportive."
Un mot de M.-J. Pérec qui a fait une apparition assez émouvante, il y a quelques jours, à Narbonne, aux Championnats de France d'athlétisme. Vous avez des contacts avec elle ces derniers mois ? Vous la connaissez bien ?
- "Oui, je la connais bien, puisque nous étions dans l'équipe de France olympique aux Jeux de Séoul et de Barcelone. Je l'ai vue peu à peu s'affirmer comme une très grande championne. Je l'avais aussi vue gagner ses deux médailles à Atlanta, je crois que c'était un moment inoubliable. A plus de 30 ans, elle tente un retour. C'est difficile à plus de 30 ans de revenir, surtout sur le 400 mètres, sur le tour de piste, qui est une discipline terrible au niveau physique. Elle l'a tenté... On voit bien que les petites blessures qui apparaissent l'empêchent de revenir à un niveau qui lui permettrait de défendre ses chances correctement au niveau des Championnats du monde d'athlétisme, qui se dérouleront donc dans quelques semaines à Paris, au Stade de France. J'espère qu'elle va pouvoir se repréparer à nouveau, peut-être pour les Jeux. Elle va retenter encore une fois une préparation la saison prochaine pour les Jeux d'Athènes."
Elle ne sera pas au 4 X 400 m relais ?
- "Il y a encore une toute petite chance, on le sait. On va donc espérer qu'elle soit là pour le relais, on va attendre le dernier moment, la dernière date pour les sélections - c'est dans quelques jours. Croisons les doigts. Mais encore une fois, ce qu'elle a essayé de faire, c'est très bien pour elle, c'est très bien aussi pour tous les Français qui apprécient l'athlétisme et cette grande championne. Elle a raté, elle ressent de grandes difficultés cette année. Je suis sûr qu'elle va réessayer pour les Jeux d'Athènes."
Le football, c'est l'actu en ce moment, en sport : la saison a repris. Lyon est à la Une de L'Equipe ce matin, Lyon, qui cherche à recruter un attaquant. Le dernier coup de gueule de J.-M. Aulas ne vous aura pas échappé, il y a quelques jours, qui s'en est pris à vous nommément, chez nos confrères du Parisien. Il disait ceci : "Sincèrement, le discours de J.-F. Lamour m'amène à me poser des questions pour l'avenir. J'envisage même de tout arrêter si je ne peux pas trouver rapidement les moyens de financer le développement de l'OL". Il veut introduire son club en bourse. Pourquoi pas ?
- "Oui, pourquoi pas ? Je n'ai pas de position idéologique contre l'entrée en bourse des clubs, mais j'estime deux choses : un, aujourd'hui, que les clubs ne sont pas prêts - les clubs pros uniquement - à faire rentrer, à transformer leur statut juridique de club en société anonyme classique. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas d'actifs dans ces clubs. Donc, que les clubs se constituent des actifs, nous verrons ensuite. La deuxième chose - c'est une démarche et une réflexion tout à fait personnelle -, j'ai l'impression que ce n'est pas dans la culture du sport français. Le sport français, et peut-être est-ce un peu une exception, en tout cas une spécificité au niveau européen et mondial, c'est une organisation qui repose essentiellement sur le socle associatif, avec un partenariat étroit entre l'Etat et les collectivités locales. Le secteur économique est là, mais c'est ce trépied qui fait l'organisation du sport dans notre pays."
Votre attachement à l'association, on va y revenir, cela va être un grand chantier de la rentrée pour vous... Mais un cabinet d'audit montrait récemment que les clubs français, en football, souffrent d'un handicap économique et donc sportif...
- "Oui, vous le dites bien : cet handicap économique tient à la pression fiscale, à la pression des charges. Sur la pression fiscale, le Gouvernement de J.-P. Raffarin a engagé, à la demande du président de la République, une baisse de la pression fiscale. Cette année, la situation économique fait qu'on va marquer une pause ou, en tout cas, une baisse limitée, mais il n'y a aucune raison d'avoir un statut fiscal spécifique pour les clubs de football ou pour les joueurs."
Dans votre loi, il n'en a pas été question...
- "Par contre - je l'ai dit à J.-M. Aulas et j'engagerais une mission dès la rentrée -, je suis disposé à envisager une baisse de la pression des charges patronales, par exemple en instituant le droit à l'image : une partie de la rémunération des joueurs de football qui serait constitué d'honoraires et qui permettrait au club de bénéficier d'une sorte de ballon d'oxygène pour aller recruter un certain nombre d'autres joueurs étrangers."
Et si J.-M. Aulas va au bout de son projet, c'est-à-dire qu'il contourne un peu la loi, en constituant une holding...
- "Non, il ne contourne pas la loi. Si la COB, le gendarme de la Bourse, estime que cette holding est capable de rentrer en bourse, je n'y vois aucun inconvénient, ce n'est pas du domaine de la loi sur le sport. Si les conditions économiques sont réunies pour que cette holding rentre en bourse, pourquoi pas. Mais en tout cas, ce n'est pas la transformation du statut juridique des clubs qui permettrait une rentrée en bourse."
Deux sujets encore, d'abord le Temestat pour faire gagner son fils au tennis : un père de famille de 43 ans, dans le Sud-Ouest, qui verse un anxiolitique dans la bouteille d'eau de l'adversaire de son fils. Une affaire navrante, mais ce n'est pas la dérive de certains parents-entraîneur ?
- "Cela pourrait être une affaire navrante qui toucherait au ridicule et qui montre qu'un père se comporte n'importe comment. Simplement, semble-t-il, c'est l'enquête qui le démontrera, il y a eu la mort d'un jeune homme..."
Il est mort au volant, quelques heures après l'absorption...
- "Oui, mais il faut savoir si le lien est vraiment établit, c'est l'enquête qui le déterminera. Si cela est vrai, ce type-là doit bien évidemment aller en prison, c'est de la folie pure ! Avant tout, quel est le refuge pour ces jeunes qui ont envie de progresser dans le domaine sportif : c'est le club sportif, c'est l'éducateur. Nous avons des éducateurs sportifs très bien formés dans notre pays et je crois qu'il faut s'appuyer sur eux. Si j'ai bien compris, ce père est également l'entraîneur de son fils. Il faut le dire aux parents qui veulent inscrire leurs enfants dans les clubs : c'est au contact d'un éducateur sportif bien formé, de dirigeants bénévoles qui font très bien leur travail dans les clubs, que ce jeune pourra progresser, dans des conditions à la fois de préservation d'une éthique mais également de préservation de la santé..."
Vous parlez de solidarité gouvernementale à propos de la pression fiscale. Votre budget va subir une baisse...
- "Il va être dans cette logique qu'a institué J.-P. Raffarin, c'est-à-dire des priorités gouvernementales et une solidarité au sein du Gouvernement qui va permettre d'établir un budget dans le cadre que nous devons respecter, avec très certainement une meilleure utilisation des fonds qui nous serons ..."
Faire mieux avec moins, c'est le mot d'ordre de Raffarin...
- "On fera mieux avec un tout petit peu moins ou on trouvera des solutions, pour permettre par exemple à nos équipes de France de bien se préparer pour les Jeux olympiques d'Athènes, et aussi de donner les moyens aux bénévoles de continuer à faire pratiquer le sport dans notre pays, dans les meilleurs conditions."
C'est un dossier pour lequel vous êtes très attaché ?
- "Nous avons eu le projet de loi, c'était un gros travail qui a permis aux fédérations de retrouver un peu des marges d'organisation, d'être plus en adéquation avec le monde d'aujourd'hui, c'était là une priorité. Maintenant, il faut éviter de penser que le club, c'est simplement un prestataire de service, qu'on inscrit son enfant dans un club pour lui faire pratiquer un sport. Non, le club c'est autre chose, c'est du lien social, c'est de la solidarité, c'est le respect des règles, on apprend quelque chose au-delà du geste technique. Et cela sera ma priorité. Dans le cadre du Championnat du monde d'athlétisme, ce seront des valeurs que nous essayerons de faire passer au-delà des médailles que nos équipes - une Arron, un Mesnil, un Raquil - seront en capacité de nous rapporter dans quelques semaines."
(source http://www.jeunesse-sports.gouv.fr, le 14 août 2003)
- "Non, effectivement."
Que vous connaissez ?
- "Non, c'est un coureur étranger, sinon nous aurions été avertis."
Un cas de dopage donc, sur les 90 contrôles effectués, sur 198 coureurs au départ, dans un Tour qui a battu de nouveaux records de vitesse. Est-ce que cela vous étonne ?
- "Non, cela ne m'étonne pas. Mais je vois, au travers votre question, le sentiment... Est-ce que quelque chose a changé ? Je vous dirais que "oui", depuis 1998, où on a bien vu qu'à cette époque, le dopage était quelque part un peu "institutionnalisé" dans ce sport, où, finalement, il était organisé au sein des équipes, un peu d'ailleurs à l'image de ce qui a été fait en Allemagne de l'Est - souvenez-vous de ce procès retentissant, où pratiquement plus de 1.000 sportifs ont porté plainte vis-à-vis du gouvernement de l'époque, qui avait institutionnalisé le dopage. Je crois que cette ère est terminée. D'ailleurs, tout le monde, que ce soit le Gouvernement français, au travers de la loi et des contrôles inopinés et de suivis longitudinaux, mais également vous-mêmes, les médias, vous mettez, nous mettons la pression sur l'ensemble du cyclisme international pour éviter que tout cela se reproduise. Alors, qu'il y ait toujours, bien sûr, des gens qui se dopent... Mais il y en a dans tous les sports, il faut lutter efficacement, il faut que ce soit d'ailleurs une lutte au niveau international, qui nous permette de lutter contre ce fléau. Mais je pense que cette ère est passée. C'est en tout cas le sentiment que j'ai à l'issue du Tour de France."
Je le disais tout à l'heure, en tout cas, la ferveur populaire est toujours là et entière. Il y a donc un soutien extraordinaire derrière le Tour. Mais néanmoins, pour tous les sceptiques qui se disent par exemple qu'on a encore battu des records de vitesse pendant ce Tour 2003... Vous parliez de l'Est : quand le ménage a été fait dans l'athlétisme, dans certaines disciplines, il y a des références qui ont été revues à la baisse. Et là, dans le cyclisme, vous nous dites : "tout est terminé" et on va de plus en plus vite ?
- "Ce n'est pas tout à fait exact. Je reprends l'expertise de J.-M. Leblanc, directeur du Tour, qui disait que les conditions météo étaient excellentes cette année ; il y a eu très peu de pluie, on l'a vu et on le voit encore aujourd'hui. Le profil aussi du Tour était fait peut-être pour qu'il soit beaucoup plus roulant... Les équipes, parce que c'était le Tour du centenaire, sont allées plus vite, parce qu'elles souhaitaient véritablement gagner des étapes. Donc, il y a peut-être des conditions qui ont fait que le Tour est allé plus vite. Encore une fois, je crois qu'il y a des avancées techniques, technologiques qui font que les coureurs vont plus vite. Mais ce que je souhaite démontrer au travers de la lutte antidopage et les différents dispositifs mis en place maintenant, de plus en plus en Europe, c'est qu'on ne peut pas passer au travers des gouttes. Je vais vous donner un exemple : Rusmas, l'année dernière..."
Troisième du Tour de France...
- "Voilà... On a trouvé des produits interdits dans le coffre de la voiture de son épouse. Il passe au travers les gouttes, parce qu'on a du mal à faire le lien entre ce qu'il aurait pu prendre et ce qu'il y avait dans la voiture. Il se fait attraper en Italie, cette année, cette saison. Je crois que c'est à ce prix et selon ces modalités, que nous pourrons lutter efficacement contre le dopage."
Mais vous, Monsieur le ministre, mais aussi le citoyen, l'idée que, finalement, au lieu d'interdire et sans avoir les moyens de vraiment contrôler, ne pourrait-on pas lever une forme d'hypocrisie et puis laisser couler, comme dans certains disciplines américaines par exemple où, finalement, on l'autorise, et le spectacle sportif est toujours là...
- "Je suis totalement opposé à cette démarche, qui serait celle de dire : on baisse les bras et on laisse faire. C'est totalement inapproprié. Le dopage, c'est trois choses : c'est, bien sûr, la lutte contre la tricherie ; c'est aussi la préservation de la santé du sportif - il prend un produit, il met en danger sa vie - ; et c'est un troisième point : l'exemplarité du champion. Il y a quelque temps, un champion d'un sport collectif avait, semble-t-il, peut-être ingéré des drogues - cocaïne, ecstasy - : eh bien, c'est un exemple qui s'effondre pour des jeunes du sport en question. C'est inacceptable. Donc, la lutte contre le dopage, c'est bien la préservation de la santé, la lutte contre la tricherie et de l'exemplarité des sportifs. C'est à ce prix que nous pouvons effectivement continuer à transmettre des valeurs au travers la pratique sportive."
Un mot de M.-J. Pérec qui a fait une apparition assez émouvante, il y a quelques jours, à Narbonne, aux Championnats de France d'athlétisme. Vous avez des contacts avec elle ces derniers mois ? Vous la connaissez bien ?
- "Oui, je la connais bien, puisque nous étions dans l'équipe de France olympique aux Jeux de Séoul et de Barcelone. Je l'ai vue peu à peu s'affirmer comme une très grande championne. Je l'avais aussi vue gagner ses deux médailles à Atlanta, je crois que c'était un moment inoubliable. A plus de 30 ans, elle tente un retour. C'est difficile à plus de 30 ans de revenir, surtout sur le 400 mètres, sur le tour de piste, qui est une discipline terrible au niveau physique. Elle l'a tenté... On voit bien que les petites blessures qui apparaissent l'empêchent de revenir à un niveau qui lui permettrait de défendre ses chances correctement au niveau des Championnats du monde d'athlétisme, qui se dérouleront donc dans quelques semaines à Paris, au Stade de France. J'espère qu'elle va pouvoir se repréparer à nouveau, peut-être pour les Jeux. Elle va retenter encore une fois une préparation la saison prochaine pour les Jeux d'Athènes."
Elle ne sera pas au 4 X 400 m relais ?
- "Il y a encore une toute petite chance, on le sait. On va donc espérer qu'elle soit là pour le relais, on va attendre le dernier moment, la dernière date pour les sélections - c'est dans quelques jours. Croisons les doigts. Mais encore une fois, ce qu'elle a essayé de faire, c'est très bien pour elle, c'est très bien aussi pour tous les Français qui apprécient l'athlétisme et cette grande championne. Elle a raté, elle ressent de grandes difficultés cette année. Je suis sûr qu'elle va réessayer pour les Jeux d'Athènes."
Le football, c'est l'actu en ce moment, en sport : la saison a repris. Lyon est à la Une de L'Equipe ce matin, Lyon, qui cherche à recruter un attaquant. Le dernier coup de gueule de J.-M. Aulas ne vous aura pas échappé, il y a quelques jours, qui s'en est pris à vous nommément, chez nos confrères du Parisien. Il disait ceci : "Sincèrement, le discours de J.-F. Lamour m'amène à me poser des questions pour l'avenir. J'envisage même de tout arrêter si je ne peux pas trouver rapidement les moyens de financer le développement de l'OL". Il veut introduire son club en bourse. Pourquoi pas ?
- "Oui, pourquoi pas ? Je n'ai pas de position idéologique contre l'entrée en bourse des clubs, mais j'estime deux choses : un, aujourd'hui, que les clubs ne sont pas prêts - les clubs pros uniquement - à faire rentrer, à transformer leur statut juridique de club en société anonyme classique. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas d'actifs dans ces clubs. Donc, que les clubs se constituent des actifs, nous verrons ensuite. La deuxième chose - c'est une démarche et une réflexion tout à fait personnelle -, j'ai l'impression que ce n'est pas dans la culture du sport français. Le sport français, et peut-être est-ce un peu une exception, en tout cas une spécificité au niveau européen et mondial, c'est une organisation qui repose essentiellement sur le socle associatif, avec un partenariat étroit entre l'Etat et les collectivités locales. Le secteur économique est là, mais c'est ce trépied qui fait l'organisation du sport dans notre pays."
Votre attachement à l'association, on va y revenir, cela va être un grand chantier de la rentrée pour vous... Mais un cabinet d'audit montrait récemment que les clubs français, en football, souffrent d'un handicap économique et donc sportif...
- "Oui, vous le dites bien : cet handicap économique tient à la pression fiscale, à la pression des charges. Sur la pression fiscale, le Gouvernement de J.-P. Raffarin a engagé, à la demande du président de la République, une baisse de la pression fiscale. Cette année, la situation économique fait qu'on va marquer une pause ou, en tout cas, une baisse limitée, mais il n'y a aucune raison d'avoir un statut fiscal spécifique pour les clubs de football ou pour les joueurs."
Dans votre loi, il n'en a pas été question...
- "Par contre - je l'ai dit à J.-M. Aulas et j'engagerais une mission dès la rentrée -, je suis disposé à envisager une baisse de la pression des charges patronales, par exemple en instituant le droit à l'image : une partie de la rémunération des joueurs de football qui serait constitué d'honoraires et qui permettrait au club de bénéficier d'une sorte de ballon d'oxygène pour aller recruter un certain nombre d'autres joueurs étrangers."
Et si J.-M. Aulas va au bout de son projet, c'est-à-dire qu'il contourne un peu la loi, en constituant une holding...
- "Non, il ne contourne pas la loi. Si la COB, le gendarme de la Bourse, estime que cette holding est capable de rentrer en bourse, je n'y vois aucun inconvénient, ce n'est pas du domaine de la loi sur le sport. Si les conditions économiques sont réunies pour que cette holding rentre en bourse, pourquoi pas. Mais en tout cas, ce n'est pas la transformation du statut juridique des clubs qui permettrait une rentrée en bourse."
Deux sujets encore, d'abord le Temestat pour faire gagner son fils au tennis : un père de famille de 43 ans, dans le Sud-Ouest, qui verse un anxiolitique dans la bouteille d'eau de l'adversaire de son fils. Une affaire navrante, mais ce n'est pas la dérive de certains parents-entraîneur ?
- "Cela pourrait être une affaire navrante qui toucherait au ridicule et qui montre qu'un père se comporte n'importe comment. Simplement, semble-t-il, c'est l'enquête qui le démontrera, il y a eu la mort d'un jeune homme..."
Il est mort au volant, quelques heures après l'absorption...
- "Oui, mais il faut savoir si le lien est vraiment établit, c'est l'enquête qui le déterminera. Si cela est vrai, ce type-là doit bien évidemment aller en prison, c'est de la folie pure ! Avant tout, quel est le refuge pour ces jeunes qui ont envie de progresser dans le domaine sportif : c'est le club sportif, c'est l'éducateur. Nous avons des éducateurs sportifs très bien formés dans notre pays et je crois qu'il faut s'appuyer sur eux. Si j'ai bien compris, ce père est également l'entraîneur de son fils. Il faut le dire aux parents qui veulent inscrire leurs enfants dans les clubs : c'est au contact d'un éducateur sportif bien formé, de dirigeants bénévoles qui font très bien leur travail dans les clubs, que ce jeune pourra progresser, dans des conditions à la fois de préservation d'une éthique mais également de préservation de la santé..."
Vous parlez de solidarité gouvernementale à propos de la pression fiscale. Votre budget va subir une baisse...
- "Il va être dans cette logique qu'a institué J.-P. Raffarin, c'est-à-dire des priorités gouvernementales et une solidarité au sein du Gouvernement qui va permettre d'établir un budget dans le cadre que nous devons respecter, avec très certainement une meilleure utilisation des fonds qui nous serons ..."
Faire mieux avec moins, c'est le mot d'ordre de Raffarin...
- "On fera mieux avec un tout petit peu moins ou on trouvera des solutions, pour permettre par exemple à nos équipes de France de bien se préparer pour les Jeux olympiques d'Athènes, et aussi de donner les moyens aux bénévoles de continuer à faire pratiquer le sport dans notre pays, dans les meilleurs conditions."
C'est un dossier pour lequel vous êtes très attaché ?
- "Nous avons eu le projet de loi, c'était un gros travail qui a permis aux fédérations de retrouver un peu des marges d'organisation, d'être plus en adéquation avec le monde d'aujourd'hui, c'était là une priorité. Maintenant, il faut éviter de penser que le club, c'est simplement un prestataire de service, qu'on inscrit son enfant dans un club pour lui faire pratiquer un sport. Non, le club c'est autre chose, c'est du lien social, c'est de la solidarité, c'est le respect des règles, on apprend quelque chose au-delà du geste technique. Et cela sera ma priorité. Dans le cadre du Championnat du monde d'athlétisme, ce seront des valeurs que nous essayerons de faire passer au-delà des médailles que nos équipes - une Arron, un Mesnil, un Raquil - seront en capacité de nous rapporter dans quelques semaines."
(source http://www.jeunesse-sports.gouv.fr, le 14 août 2003)