Texte intégral
G. Leclerc Lors de son intervention télévisée, le Premier ministre a affirmé qu'il baisserait bien les impôts en 2004 et qu'il irait jusqu'au bout de la réforme des retraites, malgré les manifestations, en alignant le public sur le privé. Il dit que c'est "la vérité" et "le courage"...
- "Je serais tenté, en ce jour, de quart de finale de Coupe Davis, de dire qu'il a fait une double faute. La première, la baisse des impôts : on sait très bien qu'aujourd'hui, la baisse des impôts a bénéficié surtout aux hauts revenus, notamment à tous ceux qui payaient l'impôt sur la grande fortune. Et sur les retraites, il s'engage à un véritable bras de fer avec l'ensemble des organisations syndicales et l'ensemble des salariés. Les manifestations d'hier l'ont bien montré, il y a véritablement la volonté de sauvegarder la retraite aujourd'hui, à la fois dans son mode de financement et aussi à propos de l'âge auquel on peut y accéder."
En revanche, sur la réforme du mode de scrutin, il prend acte de la censure du Conseil constitutionnel et n'imposera pas le seuil de 10 % des inscrits. C'est une bonne nouvelle pour vous ?
- "Oui, il tient effectivement compte de l'avis du Conseil constitutionnel. Il ne s'enferre pas et en tire toutes les conclusions. C'est une bonne chose pour la démocratie et pour que ce pays ne tombe pas dans un bipolarisme qui n'aurait été bon pour personne."
Enfin, à propos de la guerre en Irak, les Américains sont aux portes de Bagdad, au niveau de l'aéroport. Ne sont-ils pas en train de gagner leur pari de la guerre ?
- "Personne ne doutait que les Américains gagnent cette guerre, à partir du moment où ils l'ont engagée. Elle a quand même pris un peu plus de temps qu'ils ne le pensaient au départ. Après, ce n'est pas là l'essentiel. Dans cette partie du monde, et notamment en Irak aujourd'hui, c'est comment reconstruire, comment aussi rétablir un climat de paix le plus rapidement possible, comment apporter l'aide humanitaire dont aura besoin le peuple irakien ? Et puis, quid de l'ONU, pour lui redonner tous ses droits, toutes ses prérogatives et faire en sorte que l'ensemble de la communauté internationale ne règle plus ce genre de problème de la façon dont les Américains l'ont fait."
On en vient au 32ème congrès du Parti communiste. Certains le voient comme celui de la survie, après le grave échec de l'élection présidentielle. C'est votre avis ?
- "J'ai terminé mon intervention de bienvenue, hier, à Saint-Denis, en disant qu'on est effectivement devant un choix, qui pouvait se résumer ou se caricaturer de la façon suivante : soit "La vie est ailleurs" ou "Chronique d'une mort annoncée" d'un côté ; ou alors, "nouveau lendemain" ou "L'espoir" de Malraux. Bien évidemment, je me situe dans le cadre de ces deux derniers titres. Mais rien n'est joué. Nous devons effectivement aujourd'hui tirer toutes les leçons de l'histoire, à la fois du communisme international, mais aussi notre propre histoire, et puis ne pas nous recroqueviller sur nous-mêmes, faire en sorte aussi que, sans équivoque, on tire vraiment toutes les leçons qui ont mené le communisme à l'échec."
Mais peut-on sauver le Parti communiste, peut-on le moderniser, quand on voit que seuls 30 % des militants ont voté et que la moitié d'entre eux ont voté pour les orthodoxes et les conservateurs ?
- "Pas tout à fait la moitié, 45 %. Oui, c'est une vraie question. Je ne souhaiterais pas que ce Parti communiste se recroqueville sur lui-même, qu'il revienne à de vieux démons. On a aujourd'hui un espace politique, qui est réel, entre une sociale-démocratie qui se cherche aussi et qui, on peut le craindre, essaie de pencher un peu plus à droite qu'elle ne l'a fait auparavant ; et une extrême gauche qui se cantonne à être protestataire, à simplement dire "non". On a là l'espace politique qui permettrait de rassembler un certain nombre de gens, qui aujourd'hui vivent mal dans ce pays et qui ont tout intérêt à un changement réel."
Clairement, ce serait la constitution d'une espèce de pôle anticapitaliste, avec les mouvements sociaux, avec l'extrême gauche ?
- "Oui, avec tous ceux qui, aujourd'hui, font de la politique autrement que dans les partis. Il y a tous ceux qui sont effectivement dans les mouvements sociaux, toutes les personnes qui s'impliquent personnellement dans des actions alternatives, dans l'économie solidaire, dans l'économie sociale, dans tous les mouvements qui prennent en compte les questions environnementales, et qui sont finalement très proches d'une position qui est la nôtre, de considérer que la logique qui mène aujourd'hui le monde n'est pas la bonne. Alors, oui, les rassembler, autour d'un pôle, d'un réseau, en tout cas de faire en sorte que toutes ces personnes convergent vers une alternative politique crédible, possible et néanmoins en rupture avec le système actuel."
Est-ce que le Parti communiste doit maintenir des alliances privilégiées avec le Parti socialiste, doit-il continuer à participer à des gouvernements de gauche ?
- "Je le crois. Mais je le crois à partir d'un projet, d'un contenu et d'un rapport de force qui ne soit pas celui que l'on a connu jusqu'à aujourd'hui - peut-être encore pire aujourd'hui qu'hier... Donc, de créer effectivement les conditions pour que ce rapport de force, avec un choix plus radical, soit beaucoup plus important, et qu'on ait ensuite avec le Parti socialiste les discussions par rapport aux élections..."
J.-C. Gayssot a dit hier qu'il doutait de la capacité de rebond du Parti communiste. Et vous ?
- "J.-C. Gayssot a peut-être une responsabilité particulière pour douter de ce rebond. Personnellement, je crois encore à un communisme qui soit un humanisme et qui réponde finalement aujourd'hui aux grands besoins de l'ensemble de l'humanité."
(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 4 avril 2003)
- "Je serais tenté, en ce jour, de quart de finale de Coupe Davis, de dire qu'il a fait une double faute. La première, la baisse des impôts : on sait très bien qu'aujourd'hui, la baisse des impôts a bénéficié surtout aux hauts revenus, notamment à tous ceux qui payaient l'impôt sur la grande fortune. Et sur les retraites, il s'engage à un véritable bras de fer avec l'ensemble des organisations syndicales et l'ensemble des salariés. Les manifestations d'hier l'ont bien montré, il y a véritablement la volonté de sauvegarder la retraite aujourd'hui, à la fois dans son mode de financement et aussi à propos de l'âge auquel on peut y accéder."
En revanche, sur la réforme du mode de scrutin, il prend acte de la censure du Conseil constitutionnel et n'imposera pas le seuil de 10 % des inscrits. C'est une bonne nouvelle pour vous ?
- "Oui, il tient effectivement compte de l'avis du Conseil constitutionnel. Il ne s'enferre pas et en tire toutes les conclusions. C'est une bonne chose pour la démocratie et pour que ce pays ne tombe pas dans un bipolarisme qui n'aurait été bon pour personne."
Enfin, à propos de la guerre en Irak, les Américains sont aux portes de Bagdad, au niveau de l'aéroport. Ne sont-ils pas en train de gagner leur pari de la guerre ?
- "Personne ne doutait que les Américains gagnent cette guerre, à partir du moment où ils l'ont engagée. Elle a quand même pris un peu plus de temps qu'ils ne le pensaient au départ. Après, ce n'est pas là l'essentiel. Dans cette partie du monde, et notamment en Irak aujourd'hui, c'est comment reconstruire, comment aussi rétablir un climat de paix le plus rapidement possible, comment apporter l'aide humanitaire dont aura besoin le peuple irakien ? Et puis, quid de l'ONU, pour lui redonner tous ses droits, toutes ses prérogatives et faire en sorte que l'ensemble de la communauté internationale ne règle plus ce genre de problème de la façon dont les Américains l'ont fait."
On en vient au 32ème congrès du Parti communiste. Certains le voient comme celui de la survie, après le grave échec de l'élection présidentielle. C'est votre avis ?
- "J'ai terminé mon intervention de bienvenue, hier, à Saint-Denis, en disant qu'on est effectivement devant un choix, qui pouvait se résumer ou se caricaturer de la façon suivante : soit "La vie est ailleurs" ou "Chronique d'une mort annoncée" d'un côté ; ou alors, "nouveau lendemain" ou "L'espoir" de Malraux. Bien évidemment, je me situe dans le cadre de ces deux derniers titres. Mais rien n'est joué. Nous devons effectivement aujourd'hui tirer toutes les leçons de l'histoire, à la fois du communisme international, mais aussi notre propre histoire, et puis ne pas nous recroqueviller sur nous-mêmes, faire en sorte aussi que, sans équivoque, on tire vraiment toutes les leçons qui ont mené le communisme à l'échec."
Mais peut-on sauver le Parti communiste, peut-on le moderniser, quand on voit que seuls 30 % des militants ont voté et que la moitié d'entre eux ont voté pour les orthodoxes et les conservateurs ?
- "Pas tout à fait la moitié, 45 %. Oui, c'est une vraie question. Je ne souhaiterais pas que ce Parti communiste se recroqueville sur lui-même, qu'il revienne à de vieux démons. On a aujourd'hui un espace politique, qui est réel, entre une sociale-démocratie qui se cherche aussi et qui, on peut le craindre, essaie de pencher un peu plus à droite qu'elle ne l'a fait auparavant ; et une extrême gauche qui se cantonne à être protestataire, à simplement dire "non". On a là l'espace politique qui permettrait de rassembler un certain nombre de gens, qui aujourd'hui vivent mal dans ce pays et qui ont tout intérêt à un changement réel."
Clairement, ce serait la constitution d'une espèce de pôle anticapitaliste, avec les mouvements sociaux, avec l'extrême gauche ?
- "Oui, avec tous ceux qui, aujourd'hui, font de la politique autrement que dans les partis. Il y a tous ceux qui sont effectivement dans les mouvements sociaux, toutes les personnes qui s'impliquent personnellement dans des actions alternatives, dans l'économie solidaire, dans l'économie sociale, dans tous les mouvements qui prennent en compte les questions environnementales, et qui sont finalement très proches d'une position qui est la nôtre, de considérer que la logique qui mène aujourd'hui le monde n'est pas la bonne. Alors, oui, les rassembler, autour d'un pôle, d'un réseau, en tout cas de faire en sorte que toutes ces personnes convergent vers une alternative politique crédible, possible et néanmoins en rupture avec le système actuel."
Est-ce que le Parti communiste doit maintenir des alliances privilégiées avec le Parti socialiste, doit-il continuer à participer à des gouvernements de gauche ?
- "Je le crois. Mais je le crois à partir d'un projet, d'un contenu et d'un rapport de force qui ne soit pas celui que l'on a connu jusqu'à aujourd'hui - peut-être encore pire aujourd'hui qu'hier... Donc, de créer effectivement les conditions pour que ce rapport de force, avec un choix plus radical, soit beaucoup plus important, et qu'on ait ensuite avec le Parti socialiste les discussions par rapport aux élections..."
J.-C. Gayssot a dit hier qu'il doutait de la capacité de rebond du Parti communiste. Et vous ?
- "J.-C. Gayssot a peut-être une responsabilité particulière pour douter de ce rebond. Personnellement, je crois encore à un communisme qui soit un humanisme et qui réponde finalement aujourd'hui aux grands besoins de l'ensemble de l'humanité."
(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 4 avril 2003)