Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, sur la crise à Haïti, l'état des relations franco-haïtiennes et l'apport du Comité de réflexion et de proposition sur Haïti à l'amélioration des liens avec ce pays, Paris le 7 octobre 2003.

Texte intégral

Je vous dirai quelques mots sur la façon dont je vois les choses aujourd'hui, dans le contexte assez dramatique, je dois le dire, d'Haïti, dont l'histoire est extraordinairement mêlée à la nôtre. Je souhaiterais, c'est l'objet même de notre démarche aujourd'hui, explorer les voies et moyens par lesquels on pourrait reprendre lien avec ce pays.
La crise est multiforme. Elle est politique, bien sûr. Quand on additionne les difficultés qui se présentent, on se rend compte que le bilan est empli de tristesse : les élections parlementaires contestées ; la dissolution de la Chambre des députés dans des conditions controversées ; la non-imputation des assassinats politiques et l'impunité permanente qui règne dans ce pays ; les fraudes électorales qui ont conduit à la non-participation de l'opposition à la présidentielle ; les efforts de l'Organisation des Etats américains (OEA) qui tente, sans succès, il faut l'avouer, d'amener les partis politiques haïtiens à s'engager dans la voie du dialogue et à rétablir la sécurité et la confiance avec la Constitution d'un Conseil électoral provisoire. Dans ce contexte, ce n'est pas du tout la sécurité qui domine : l'impunité des organisations populaires continue de croître.
Pour la communauté internationale, l'organisation d'élections crédibles demeure la seule issue à cette crise. C'est dans ce sens-là que la communauté a travaillé. Or je vois bien que le temps presse, puisque la présente législature s'achève en janvier 2004.
A cette crise politique, s'ajoute une crise sociale et économique, avec la mauvaise gouvernance économique qui s'ajoute à la mauvaise gouvernance politique. Les aides, les prêts internationaux sont bloqués. La France, troisième bailleur de fonds bilatéral après les Etats Unis et le Canada, a réorienté son aide vers la société civile au bénéfice des populations.
La France a maintenu à travers les péripéties des dernières périodes, son soutien actif et attentif. Mais la question qui se pose est de savoir comment on peut aujourd'hui mieux aider ce pays ami à avancer. Quelle initiative nouvelle pouvons-nous prendre ? Quelles actions conduire ? Que peut faire l'Etat ? Que peuvent faire les collectivités locales ? Nos organisations non-gouvernementales, nos associations ? Comment mieux aider ce pays à sortir du gouffre où il s'enfonce ?
Régis Debray a eu l'idée de former un comité pour, à la fois, réfléchir sur la situation actuelle de Haïti et l'état des relations franco-haïtiennes, et proposer des actions concrètes, capables de dynamiser, de réorienter la relation franco-haïtienne de manière à ce qu'elle contribue, avec tous les Haïtiens de bonne volonté et avec ses partenaires de la région et l'OEA, à briser le cercle infernal dans lequel ce pays est plongé.
Je tiens à préciser que, bien évidemment, votre comité travaillera en toute indépendance. La diversité de sa composition est, je crois, le gage de la sérénité et de l'audace des suggestions et des propositions que le gouvernement attend de vous. Son ambition, c'est-à-dire votre ambition, sera, en vous fondant sur les enseignements de l'histoire et pour dépasser les malentendus du passé, d'explorer, bien sûr, les voies d'une relation plus harmonieuse, plus dynamique, plus constructive avec ce pays. Vous pourrez auditionner un très large éventail de personnalités haïtiennes et françaises, vous rendre en Guadeloupe afin d'examiner les appuis possibles de nos départements des Antilles et de la Guyane à Haïti et vous rendre en Haïti même, afin de rencontrer et d'écouter nombre de responsables, en particulier de la société civile.
Pour ce qui nous concerne, pour être le plus rapidement en mesure d'avancer, je souhaiterais recevoir votre rapport en janvier prochain, puisqu'il y a une échéance importante : le début de l'année 2004 est en effet marqué par un symbole important : c'est à ce moment-là que nous célébrerons le bicentenaire de l'indépendance d'Haïti.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 9 octobre 2003)