Texte intégral
le 28/03/04
Je veux remercier toutes les électrices et tous les électeurs qui ont fait le résultat de ce soir et créer ainsi une situation politique nouvelle.
Les Françaises et les Français, lors de ces élections régionales et cantonales, ont -avec une forte participation au scrutin- adressé un message clair à l'ensemble des responsables politiques.
Ils ont d'abord, et c'est justice, prononcé une lourde sanction envers l'ensemble du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. Ils ont rejeté une politique qui, depuis 2 ans, a aggravé les inégalités, accentué les tensions sociales et méprisé les plus faibles.
Ils ont ensuite infligé un désaveu sévère au Président de la République qui, en raison même des conditions de son élection, devait veiller au respect du pacte social et du pacte républicain. Il s'en est écarté.
Dès lors, la réponse ne peut se trouver dans un remaniement gouvernemental, quelle que soit son ampleur, mais dans un changement profond d'orientation politique. C'est le Chef de l'Etat qui est devant cette responsabilité et lui seul. La droite doit aujourd'hui renoncer à toute remise en cause des acquis sociaux, en matière de Sécurité sociale, de droit du travail et de Services publics.
Une majorité de nos concitoyens vient de confier à la gauche la direction de la plupart des Régions en métropole et en outremer et de nombreux départements. Ils ont voulu faire un choix utile en faveur de l'Education, de l'emploi, de l'environnement. Ils ont donné à la gauche, et notamment aux socialistes, une capacité d'action dont elle devra faire le meilleur usage dans la limite il est vrai des compétences prévues par les lois de décentralisation.
Mais, la gauche ce soir est lucide sur la confiance qui lui est accordée. Elle n'a aujourd'hui aucun droit à faire valoir et n'a que des devoirs à accomplir :
Devoir d'opposition d'abord qui devra faire entendre sa voix, la voix des Français, au
Parlement ; Devoir de solidarité dans toutes les Régions et dans tous les départements où nous serons en situation d'agir;
Devoir de propositions.
Le Parti socialiste, par son rôle ce soir, doit accélérer le rythme et doit ouvrir un vaste débat sur son programme. Il doit faire participer l'ensemble des forces vives de la nation à son élaboration. Il s'agit d'un projet qui doit donner à chacun sa chance, ses droits et sa dignité.
La gauche qui a su se rassembler a su aujourd'hui se redresser. Elle doit préparer maintenant les réponses qui sont attendues.
Une étape importante vient d'être franchie. Il lui reste à reconquérir l'espérance. C'est désormais notre tâche ; ce soir, c'est notre défi.
(Source http://www.parti-socialiste.fr, le 29 mars 2004)
30/03/04
Face à un vote sanction d'une rare ampleur exprimant une profonde volonté de changement, Jacques Chirac vient de prendre une grave responsabilité devant le pays.
En reconduisant Jean-Pierre Raffarin, il choisit en effet de poursuivre avec les mêmes équipes la même politique, avec les mêmes résultats. C'est plus qu'une erreur, c'est une faute par rapport au suffrage universel.
En ignorant cyniquement le message des Français, il prend le risque d'aggraver la crise de confiance à l'égard de l'Exécutif et d'aggraver les tensions sociales et les conflits.
En cherchant à gagner du temps, il maintient un gouvernement à bout de souffle, sans autre légitimité que celle de son bon vouloir et sans autre mandat que celui de gagner du temps.
Aujourd'hui, au-delà des questions de personne qui marquent un pouvoir aux abois, c'est un changement profond de politique qu'il faut engager.
C'est pourquoi, je demande au nom du Parti socialiste une nouvelle discussion du projet de loi de décentralisation dont le vote doit être reporté, le renoncement à toute remise en cause des acquis sociaux en matière d'assurance maladie et de droit du travail et l'abandon de toute privatisation de service public.
J'imagine le sentiment de déception, voire même l'impression de mépris que doivent ressentir beaucoup de nos concitoyens.
Les Français auront les moyens, à l'occasion des prochaines élections européennes, de faire de nouveau entendre leurs voix.
(Source http://www.parti-socialiste.fr, le 31 mars 2004)
29 mars 2004
Q- J.-M. Aphatie-. La gauche a remporté hier les élections régionales et lors de votre déclaration hier soir, vous avez réclamé - je vous cite -, non pas un remaniement gouvernemental, mais un changement profond d'orientation politique. C'est donc de J. Chirac que vous attendez ce changement d'orientation politique ?
R- "Je pense que J. Chirac est directement interpellé - je devrais dire même "mis en cause" - par le scrutin..."
Q- Il peut terminer son quinquennat ?
R- "Nul ne mettra là, en difficulté, J. Chirac, si c'est ça qui, aujourd'hui, le préoccupe. Il a été élu en 2002 pour cinq ans, il ira jusqu'à la fin de son mandat."
Q- Alors "mis en cause", disiez-vous ?
R- "Mis en cause parce que c'est lui qui a fait les choix, au lendemain de sa victoire, dans quelles conditions, rappelons-nous du 5 mai 2002. C'est lui qui a choisi J.-P. Raffarin. C'est lui qui a choisi la politique qui est menée depuis deux ans, et c'est donc lui qui est sanctionné à travers le vote des Français aujourd'hui."
Q- Mais un changement profond d'orientation politique, c'est ce que vous attendez. Est-ce que vous pouvez concrétiser ceci ?
R- "Concrètement, il y a trois projets qui sont aujourd'hui préparés par le gouvernement de J.-P. Raffarin. Le premier c'est celui sur l'assurance maladie. Nous demandons qu'il puisse être ouvert à la négociation, à la discussion ; pas simplement avec les partenaires sociaux, au Parlement. La moindre des choses, ce serait que le gouvernement renonce d'abord à la procédure qu'il veut utiliser, les ordonnances. C'est-à-dire ne pas utiliser le Parlement mais la voie réglementaire légiférée par ordonnance. Et puis sur le fond, il faut que toute remise en cause d'acquis sociaux soit abandonnée par le Gouvernement. Le deuxième projet qui est préparé par l'actuelle équipe de J.-P. Raffarin, mais sous l'autorité de J. Chirac, c'est la remise en cause du droit du travail à travers une loi, projet de loi, une mobilisation pour l'emploi qui développera la précarité. Il faut là encore qu'on prenne des décisions sur l'emploi, c'est absolument indispensable de croissance, de développement de l'activité, de relance. Mais en même temps, on ne peut pas accepter que la précarité soit encore aggravée. Le troisième sujet porte sur les services publics. D'une manière générale, il faut qu'il y ait là des décisions fortes. Bref, ce qui est attendu de J. Chirac, ce n'est pas simplement tel ou tel ajustement, même un changement de personnes, on voit bien ses difficultés. Ce qui est attendu, c'est tout simplement qu'il soit à l'écoute de ce que lui ont dit, de ce que nous ont dit les Français, hier."
Q- Mais tout de même, vous n'attendez pas de J. Chirac qu'il fasse la politique que vous souhaitiez ?
R- "Je ne peux pas la faire à sa place, j'en conviens, mais en même temps, il est aujourd'hui devant un peuple qui s'est exprimé, et de quelle manière et avec quelle participation. Donc il n'y a pas là de changement de majorité parlementaire, il n'y a pas là de changement de Président de la République. Là n'était pas l'enjeu. Mais maintenant il est devant, effectivement, un dilemme politique. Soit il continue avec les mêmes équipes, la même politique et il subira le même désaveu, mais avec quelle gravité, parce qu'il reste trois ans et jamais nous n'avons vu, dans notre République, autant de temps laissé au Président et à son équipe, alors même qu'il est désavoué par le scrutin."
Q- La gauche a gagné mais pas sans ambiguïté. Par exemple, vous parliez de la réforme de la Sécurité sociale. M.-G. Buffet disait hier : "Il ne faut pas augmenter les cotisations ni diminuer les remboursements, mais taxer le capital." Ce genre de formule vous convient F. Hollande ?
R- "C'est une des voies possibles, mais ce n'est pas la seule."
Q- Et peut-être pas la vôtre ?
R- "Qu'il faille réfléchir à ce nouveaux prélèvements sur le capital, qu'il faille ne pas demander toujours aux mêmes les sacrifices, ce qui s'est quand même passé depuis deux ans, je pense que c'est la moindre des choses que de voir là un des outils possibles. Mais il va falloir mettre tout sur la table : à la fois tout ce qui est responsabilité, tout ce qui est qualité, tout ce qui est aussi organisation du système de soins, décisions aussi en cette matière. Il faut que les partenaires soient directement impliqués, associés et qu'il y ait là une démocratie qui soit à l'honneur de ce qu'est ce grand acquis qu'est la Sécurité sociale. Oui, il faut des réformes parce qu'on voudrait nous faire croire que les Français ne veulent pas de réformes, mais ils ne veulent pas de régression, ils ne veulent pas de retour en arrière. Ils veulent qu'on les amène vers des progrès qui soient solidaires avec des garanties collectives, même s'il y a des choix qui peuvent être difficiles à faire. Donc le Parti socialiste, la gauche, ira vers des réformes, vers des réformes consenties, vers des réformes négociées, vers des avancées mais avec le socle des garanties collectives. C'est ce qui fait aujourd'hui, je pense, la différence entre la gauche et la droite."
Q- A partir d'aujourd'hui, pour le Parti socialiste, c'est à gauche toute ?
R- "Ce n'était pas plus à gauche toute ou à gauche moins, c'est tout simplement d'être à la hauteur de ce qui vient de se produire. Nous sommes conscients qu'il y a eu une sanction lourde, sévère. Nous en avons été l'instrument ; ce n'était pas dit d'avance, il y aurait pu avoir d'autres partis politiques, d'autres groupes politiques qui auraient pu être les utilisateurs, les récupérateurs de la protestation. Nous avons vu, l'extrême gauche a été cantonnée, l'extrême droite heureusement a été stabilisée, mais elle reste à un niveau élevé. Les Français ont voulu saisir la gauche pour interpeller la droite, mais ils nous ont envoyé aussi un message. Ils nous ont dit : il faut maintenant que pour les mois qui viennent, vous portiez un projet alternatif. Donc nous sommes conscients à la fois de ce qui est produit, mais en même temps des devoirs qui sont aujourd'hui les nôtres."
Q- Votre statut personnel, F. Hollande, change-t-il avec cette victoire de la gauche ?
R- "Oui, je pense que la responsabilité du Parti socialiste est plus grande, il est donc normal que la responsabilité du premier secrétaire du Parti socialiste soit également plus ample."
Q- On moquait jusqu'ici, volontiers, votre autorité au sein du Parti socialiste. C'est une page qui va être tournée ? C'est fini, on ne pourra plus se moquer de F. Hollande ?
R- "Je ne sais pas ce que l'on disait."
Q- Oh si, vous l'avez entendu...
R- "Mais ce qui est important, c'est ce que l'on va dire."
Q- Qu'est-ce qu'on va dire alors ?
R- "On dira ce qui est la vérité : c'est la victoire la plus importante du Parti socialiste et de la gauche depuis 1981. Vous voyez, j'ai une bonne référence."
Q- Est-ce qu'avec d'autres, ceci veut dire que vous vous placez dans la perspective de la future élection présidentielle ?
R- "Ce serait la plus mauvaise des réponses. Aujourd'hui, ce qu'ont demandé les Français, ce n'est pas un choix de candidats, c'est un choix de politique."
Q- On y pense, mais il ne faut pas le dire ?
R- "C'est normal de penser à ce que nous allons faire en 2007 ?"
Q- Vous y pensez ?
R- "Moi, je pense à présenter un projet en 2007 et à désigner, le moment venu, le meilleur candidat. Et ce qui compte pour les Français, on l'a bien vu, ce n'est pas un problème de personne, ce n'est pas un problème de candidature, c'est un problème de pouvoir. [...] Ce qu'ils attendent aujourd'hui, c'est une politique possible. Ce qu'ils attendent aujourd'hui, c'est une visibilité, c'est une perspective, c'est un projet, c'est un sens. Bref, ce qui a été condamné, ce n'est pas simplement une gestion par J.-P. Raffarin, c'est un défaut de Présidence."
Q- On imagine beaucoup de coups de téléphone hier soir dans la joie de la victoire. L. Jospin vous a appelé ?
R- "Oui."
Q- Il est content ?
R- "Il est heureux."
- C'était F. Hollande, qui avait ce mot de la fin : L. Jospin est heureux.
(Source http://www.parti-socialiste.fr, le 30 mars 2004)
Je veux remercier toutes les électrices et tous les électeurs qui ont fait le résultat de ce soir et créer ainsi une situation politique nouvelle.
Les Françaises et les Français, lors de ces élections régionales et cantonales, ont -avec une forte participation au scrutin- adressé un message clair à l'ensemble des responsables politiques.
Ils ont d'abord, et c'est justice, prononcé une lourde sanction envers l'ensemble du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. Ils ont rejeté une politique qui, depuis 2 ans, a aggravé les inégalités, accentué les tensions sociales et méprisé les plus faibles.
Ils ont ensuite infligé un désaveu sévère au Président de la République qui, en raison même des conditions de son élection, devait veiller au respect du pacte social et du pacte républicain. Il s'en est écarté.
Dès lors, la réponse ne peut se trouver dans un remaniement gouvernemental, quelle que soit son ampleur, mais dans un changement profond d'orientation politique. C'est le Chef de l'Etat qui est devant cette responsabilité et lui seul. La droite doit aujourd'hui renoncer à toute remise en cause des acquis sociaux, en matière de Sécurité sociale, de droit du travail et de Services publics.
Une majorité de nos concitoyens vient de confier à la gauche la direction de la plupart des Régions en métropole et en outremer et de nombreux départements. Ils ont voulu faire un choix utile en faveur de l'Education, de l'emploi, de l'environnement. Ils ont donné à la gauche, et notamment aux socialistes, une capacité d'action dont elle devra faire le meilleur usage dans la limite il est vrai des compétences prévues par les lois de décentralisation.
Mais, la gauche ce soir est lucide sur la confiance qui lui est accordée. Elle n'a aujourd'hui aucun droit à faire valoir et n'a que des devoirs à accomplir :
Devoir d'opposition d'abord qui devra faire entendre sa voix, la voix des Français, au
Parlement ; Devoir de solidarité dans toutes les Régions et dans tous les départements où nous serons en situation d'agir;
Devoir de propositions.
Le Parti socialiste, par son rôle ce soir, doit accélérer le rythme et doit ouvrir un vaste débat sur son programme. Il doit faire participer l'ensemble des forces vives de la nation à son élaboration. Il s'agit d'un projet qui doit donner à chacun sa chance, ses droits et sa dignité.
La gauche qui a su se rassembler a su aujourd'hui se redresser. Elle doit préparer maintenant les réponses qui sont attendues.
Une étape importante vient d'être franchie. Il lui reste à reconquérir l'espérance. C'est désormais notre tâche ; ce soir, c'est notre défi.
(Source http://www.parti-socialiste.fr, le 29 mars 2004)
30/03/04
Face à un vote sanction d'une rare ampleur exprimant une profonde volonté de changement, Jacques Chirac vient de prendre une grave responsabilité devant le pays.
En reconduisant Jean-Pierre Raffarin, il choisit en effet de poursuivre avec les mêmes équipes la même politique, avec les mêmes résultats. C'est plus qu'une erreur, c'est une faute par rapport au suffrage universel.
En ignorant cyniquement le message des Français, il prend le risque d'aggraver la crise de confiance à l'égard de l'Exécutif et d'aggraver les tensions sociales et les conflits.
En cherchant à gagner du temps, il maintient un gouvernement à bout de souffle, sans autre légitimité que celle de son bon vouloir et sans autre mandat que celui de gagner du temps.
Aujourd'hui, au-delà des questions de personne qui marquent un pouvoir aux abois, c'est un changement profond de politique qu'il faut engager.
C'est pourquoi, je demande au nom du Parti socialiste une nouvelle discussion du projet de loi de décentralisation dont le vote doit être reporté, le renoncement à toute remise en cause des acquis sociaux en matière d'assurance maladie et de droit du travail et l'abandon de toute privatisation de service public.
J'imagine le sentiment de déception, voire même l'impression de mépris que doivent ressentir beaucoup de nos concitoyens.
Les Français auront les moyens, à l'occasion des prochaines élections européennes, de faire de nouveau entendre leurs voix.
(Source http://www.parti-socialiste.fr, le 31 mars 2004)
29 mars 2004
Q- J.-M. Aphatie-. La gauche a remporté hier les élections régionales et lors de votre déclaration hier soir, vous avez réclamé - je vous cite -, non pas un remaniement gouvernemental, mais un changement profond d'orientation politique. C'est donc de J. Chirac que vous attendez ce changement d'orientation politique ?
R- "Je pense que J. Chirac est directement interpellé - je devrais dire même "mis en cause" - par le scrutin..."
Q- Il peut terminer son quinquennat ?
R- "Nul ne mettra là, en difficulté, J. Chirac, si c'est ça qui, aujourd'hui, le préoccupe. Il a été élu en 2002 pour cinq ans, il ira jusqu'à la fin de son mandat."
Q- Alors "mis en cause", disiez-vous ?
R- "Mis en cause parce que c'est lui qui a fait les choix, au lendemain de sa victoire, dans quelles conditions, rappelons-nous du 5 mai 2002. C'est lui qui a choisi J.-P. Raffarin. C'est lui qui a choisi la politique qui est menée depuis deux ans, et c'est donc lui qui est sanctionné à travers le vote des Français aujourd'hui."
Q- Mais un changement profond d'orientation politique, c'est ce que vous attendez. Est-ce que vous pouvez concrétiser ceci ?
R- "Concrètement, il y a trois projets qui sont aujourd'hui préparés par le gouvernement de J.-P. Raffarin. Le premier c'est celui sur l'assurance maladie. Nous demandons qu'il puisse être ouvert à la négociation, à la discussion ; pas simplement avec les partenaires sociaux, au Parlement. La moindre des choses, ce serait que le gouvernement renonce d'abord à la procédure qu'il veut utiliser, les ordonnances. C'est-à-dire ne pas utiliser le Parlement mais la voie réglementaire légiférée par ordonnance. Et puis sur le fond, il faut que toute remise en cause d'acquis sociaux soit abandonnée par le Gouvernement. Le deuxième projet qui est préparé par l'actuelle équipe de J.-P. Raffarin, mais sous l'autorité de J. Chirac, c'est la remise en cause du droit du travail à travers une loi, projet de loi, une mobilisation pour l'emploi qui développera la précarité. Il faut là encore qu'on prenne des décisions sur l'emploi, c'est absolument indispensable de croissance, de développement de l'activité, de relance. Mais en même temps, on ne peut pas accepter que la précarité soit encore aggravée. Le troisième sujet porte sur les services publics. D'une manière générale, il faut qu'il y ait là des décisions fortes. Bref, ce qui est attendu de J. Chirac, ce n'est pas simplement tel ou tel ajustement, même un changement de personnes, on voit bien ses difficultés. Ce qui est attendu, c'est tout simplement qu'il soit à l'écoute de ce que lui ont dit, de ce que nous ont dit les Français, hier."
Q- Mais tout de même, vous n'attendez pas de J. Chirac qu'il fasse la politique que vous souhaitiez ?
R- "Je ne peux pas la faire à sa place, j'en conviens, mais en même temps, il est aujourd'hui devant un peuple qui s'est exprimé, et de quelle manière et avec quelle participation. Donc il n'y a pas là de changement de majorité parlementaire, il n'y a pas là de changement de Président de la République. Là n'était pas l'enjeu. Mais maintenant il est devant, effectivement, un dilemme politique. Soit il continue avec les mêmes équipes, la même politique et il subira le même désaveu, mais avec quelle gravité, parce qu'il reste trois ans et jamais nous n'avons vu, dans notre République, autant de temps laissé au Président et à son équipe, alors même qu'il est désavoué par le scrutin."
Q- La gauche a gagné mais pas sans ambiguïté. Par exemple, vous parliez de la réforme de la Sécurité sociale. M.-G. Buffet disait hier : "Il ne faut pas augmenter les cotisations ni diminuer les remboursements, mais taxer le capital." Ce genre de formule vous convient F. Hollande ?
R- "C'est une des voies possibles, mais ce n'est pas la seule."
Q- Et peut-être pas la vôtre ?
R- "Qu'il faille réfléchir à ce nouveaux prélèvements sur le capital, qu'il faille ne pas demander toujours aux mêmes les sacrifices, ce qui s'est quand même passé depuis deux ans, je pense que c'est la moindre des choses que de voir là un des outils possibles. Mais il va falloir mettre tout sur la table : à la fois tout ce qui est responsabilité, tout ce qui est qualité, tout ce qui est aussi organisation du système de soins, décisions aussi en cette matière. Il faut que les partenaires soient directement impliqués, associés et qu'il y ait là une démocratie qui soit à l'honneur de ce qu'est ce grand acquis qu'est la Sécurité sociale. Oui, il faut des réformes parce qu'on voudrait nous faire croire que les Français ne veulent pas de réformes, mais ils ne veulent pas de régression, ils ne veulent pas de retour en arrière. Ils veulent qu'on les amène vers des progrès qui soient solidaires avec des garanties collectives, même s'il y a des choix qui peuvent être difficiles à faire. Donc le Parti socialiste, la gauche, ira vers des réformes, vers des réformes consenties, vers des réformes négociées, vers des avancées mais avec le socle des garanties collectives. C'est ce qui fait aujourd'hui, je pense, la différence entre la gauche et la droite."
Q- A partir d'aujourd'hui, pour le Parti socialiste, c'est à gauche toute ?
R- "Ce n'était pas plus à gauche toute ou à gauche moins, c'est tout simplement d'être à la hauteur de ce qui vient de se produire. Nous sommes conscients qu'il y a eu une sanction lourde, sévère. Nous en avons été l'instrument ; ce n'était pas dit d'avance, il y aurait pu avoir d'autres partis politiques, d'autres groupes politiques qui auraient pu être les utilisateurs, les récupérateurs de la protestation. Nous avons vu, l'extrême gauche a été cantonnée, l'extrême droite heureusement a été stabilisée, mais elle reste à un niveau élevé. Les Français ont voulu saisir la gauche pour interpeller la droite, mais ils nous ont envoyé aussi un message. Ils nous ont dit : il faut maintenant que pour les mois qui viennent, vous portiez un projet alternatif. Donc nous sommes conscients à la fois de ce qui est produit, mais en même temps des devoirs qui sont aujourd'hui les nôtres."
Q- Votre statut personnel, F. Hollande, change-t-il avec cette victoire de la gauche ?
R- "Oui, je pense que la responsabilité du Parti socialiste est plus grande, il est donc normal que la responsabilité du premier secrétaire du Parti socialiste soit également plus ample."
Q- On moquait jusqu'ici, volontiers, votre autorité au sein du Parti socialiste. C'est une page qui va être tournée ? C'est fini, on ne pourra plus se moquer de F. Hollande ?
R- "Je ne sais pas ce que l'on disait."
Q- Oh si, vous l'avez entendu...
R- "Mais ce qui est important, c'est ce que l'on va dire."
Q- Qu'est-ce qu'on va dire alors ?
R- "On dira ce qui est la vérité : c'est la victoire la plus importante du Parti socialiste et de la gauche depuis 1981. Vous voyez, j'ai une bonne référence."
Q- Est-ce qu'avec d'autres, ceci veut dire que vous vous placez dans la perspective de la future élection présidentielle ?
R- "Ce serait la plus mauvaise des réponses. Aujourd'hui, ce qu'ont demandé les Français, ce n'est pas un choix de candidats, c'est un choix de politique."
Q- On y pense, mais il ne faut pas le dire ?
R- "C'est normal de penser à ce que nous allons faire en 2007 ?"
Q- Vous y pensez ?
R- "Moi, je pense à présenter un projet en 2007 et à désigner, le moment venu, le meilleur candidat. Et ce qui compte pour les Français, on l'a bien vu, ce n'est pas un problème de personne, ce n'est pas un problème de candidature, c'est un problème de pouvoir. [...] Ce qu'ils attendent aujourd'hui, c'est une politique possible. Ce qu'ils attendent aujourd'hui, c'est une visibilité, c'est une perspective, c'est un projet, c'est un sens. Bref, ce qui a été condamné, ce n'est pas simplement une gestion par J.-P. Raffarin, c'est un défaut de Présidence."
Q- On imagine beaucoup de coups de téléphone hier soir dans la joie de la victoire. L. Jospin vous a appelé ?
R- "Oui."
Q- Il est content ?
R- "Il est heureux."
- C'était F. Hollande, qui avait ce mot de la fin : L. Jospin est heureux.
(Source http://www.parti-socialiste.fr, le 30 mars 2004)