Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur la politique de réforme du gouvernement, à l'Assemblée nationale le 8 mars 2000.

Texte intégral

Monsieur le président,
Mesdames et Messieurs les députés,
Monsieur le député,
Les gloses sur la méthode Jospin viennent peut-être des observateurs de la vie publique, je constate qu'apparemment cela interpelle certains députés de l'opposition, mais je ne sache pas que je me sois exprimé, tout particulièrement au cours de ces derniers mois, sur ces questions de méthode. Car le Gouvernement ne se commente pas, il agit.
Vous parlez d'immobilisme, puisque j'improvise cette réponse, je ne donnerai que quelques exemples. Plus d'un million d'emplois créés dans l'économie et la société française depuis deux ans et demi, bel exemple d'immobilisme ! Plus de 570 000 chômeurs et chômeuses de moins dans ce pays, des hommes et des femmes qui ont trouvé du travail, bel exemple d'immobilisme ! Réforme sociale pour améliorer la vie des plus démunis, de ceux dont les conditions d'existence sont les plus difficiles, avec la couverture maladie universelle, avec la loi contre les exclusions, bel exemple d'immobilisme !
Mais si vous préférez que l'on parle des réformes de structures industrielles - et je fais la part de la spéculation boursière et je ne me laisse pas griser par elle -, je voudrais néanmoins vous rappeler qu'un précédent Premier ministre voulait vendre pour un franc Thomson à Daewoo, Daewoo est aujourd'hui en faillite mais Thomson est évaluée à 170 milliards de francs. Entre vous et nous, il y a 170 milliards de francs de richesse pour une entreprise française.
Immobilisme toujours dans le domaine des structures industrielles, ce que vous n'aviez pas été capables de faire en des années : la construction d'une grande industrie européenne de l'aéronautique, avec EADS, nous l'avons fait et nous donnerons les moyens à Airbus de gagner la bataille contre Boeing dans la compétition mondiale.
Le dossier néo-calédonien, s'il faut parler d'autre chose, qui était en panne au moment où nous l'avons trouvé et que nous avons réglé, et dans sa dimension minière avec la question d'ERAMET, et dans sa dimension politique.
Mais faut-il parler des réformes sociales ? Qui a voulu faire bouger la société en adoptant le Pacs, contre qui vous avez voté et que vous avez regretté ensuite de ne pas appuyer ?

Oui, vous nous avez suivi sur le chemin de la réforme de la parité. Je vous rends cet hommage puisque le Congrès a pu se réunir et qu'opposition et majorité - rassemblées à l'exception d'une minorité qui quand même s'est comptée sur vos rangs -, nous avons pu voter cette grande réforme, à laquelle nous allons pouvoir donner une traduction et des prolongements par des changements législatifs, permettant aux femmes de trouver vraiment leur place dans la vie publique.
Mais lorsqu'il s'est agit de réformer la justice, malgré les engagements du Président de la République, vous nous avez abandonnés en chemin. Quand il s'est agit de limiter les cumuls des mandats, là encore c'est le Sénat, c'est-à-dire vous-mêmes qui vous vous y êtes opposés.
Vraiment, je crois que tout gouvernement rencontre des difficultés et des problèmes, il est là pour les gérer. Nous attendons vos propositions dans la vie publique, non pas vos querelles, mais vos suggestions, vos propositions. M. Balladur, il y a 15 jours, disait que depuis trois ans, l'opposition n'avait pas été capable d'avancer des idées. Oui nous sommes confrontés aux difficultés normales du gouvernement, mais nous continuons à avancer alors que vous êtes immobiles dans la proposition et immobiles dans la querelle.
(source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 9 mars 2000)