Déclaration de M. Michel Barnier, ministre des affaires étrangères, sur les relations franco-mozambiquaines et franco-africaines, Paris le 6 mai 2004.

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Circonstance : Visite en France du président de la République du Mozambique, M. Joaquim Alberto Chissano : toast de Michel Barnier à l'occasion du diner offert en son honneur, à Paris le 6 mai 2004

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Texte intégral

Monsieur le Président,
Madame et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
C'est un très grand honneur, Monsieur le Président, pour la France, de vous recevoir pour ces deux jours de visite officielle qui témoignent, une fois encore, de l'amitié entre nos deux pays. Vous me permettrez d'ajouter que c'est un plaisir pour moi, avec mon épouse Isabelle, de vous accueillir ici, au Quai d'Orsay, quelques jours seulement après vous avoir rencontré la semaine dernière à Pretoria, au moment d'un événement qui m'a beaucoup touché et qui était extrêmement émouvant, à l'occasion du dixième anniversaire de la fin de l'apartheid.
Puis-je d'abord, Monsieur le Président, saluer en vous un vrai et grand artisan de paix, au service de son pays et du continent africain ?
Votre action, en effet, a toujours été placée sous le signe de la réconciliation. Nous le savons bien, la réconciliation n'est durable que lorsqu'elle s'enracine dans la démocratie et dans le développement.
Lorsque vous succédez à Samora Machel à la tête de l'Etat, il y a près de vingt ans, dans des circonstances tragiques, vous n'avez de cesse de rétablir la paix. Six ans plus tard, cette paix est scellée par les accords de Rome.
C'est là un succès exemplaire, un modèle de retour à la paix, une référence pour votre continent.
Cette paix, vous l'enracinez, vous la consolidez, par l'instauration d'une démocratie vivante, partagée, solide. Si vivante, partagée et solide, que vous avez acquis désormais l'assurance qu'elle était suffisamment solide pour durer au-delà, longtemps, au-delà de votre propre action personnelle.
Ainsi, Monsieur le Président, sous votre impulsion, le Mozambique a renoué avec la croissance et pris son essor vers une société plus juste et plus prospère.
Monsieur le Président, nous sommes fiers de l'amitié ancienne et naturelle qui lie la France à votre grand pays qui s'allonge le long du flan Est du continent, de Cabo Delgado à Maputo. Cet attachement est d'abord le vôtre puisque c'est ici, chez nous, en France, à Poitiers, que vous avez entrepris au début des années 60 des études de médecine et sans doute tissé vos premiers liens avec notre pays.
Cette amitié est ancienne. Elle remonte, m'a-t-on raconté, au président Mac Mahon, qui a d'ailleurs laissé chez nous des souvenirs mélangés mais qui, chez vous, est un grand personnage, notamment pour l'arbitrage qu'il a rendu sur Lourenço Marques grâce auquel Maputo est aujourd'hui mozambicaine. Il est aussi devenu un personnage plus familier des Mozambicains pour la très populaire marque de bière à laquelle son nom est associé.
Cette amitié est aussi concrète. Notre coopération bilatérale, qui doit beaucoup au travail et à l'engagement de nos ambassadeurs, de part et d'autre, depuis le premier jour, se concentre aujourd'hui sur l'annulation de la dette, le financement d'infrastructures et la lutte contre le sida.
Nos pays sont amis. Ils sont aussi voisins. Cet aspect singulier de notre relation est aussi un de ceux qui contribuent, qui va contribuer, à l'inscrire dans la durée.
Je veux parler de la visite au Mozambique du président du Conseil régional de la Réunion, Paul Vergès, et je le dis en saluant la présidente du Conseil général de la Réunion qui est ici ce soir. Cette visite, en octobre dernier, a ouvert des perspectives de renforcement de notre coopération, de croissance, de solidarité régionale, et j'y suis, pour ce qui me concerne, très attentif. Dans les cinq années que je viens de passer à Bruxelles, j'ai beaucoup travaillé à proposer la réforme de la politique régionale européenne qui intéresse les sept régions ultra périphériques, dont la Réunion, et j'avais proposé la création d'une action de grand voisinage pour aider nos départements d'outre-mer et d'autres régions, du Portugal ou de l'Espagne, à mieux rayonner dans leur environnement régional. C'est votre cas au Mozambique avec la Réunion. L'inauguration l'année dernière d'une liaison aérienne régulière, qui met désormais Mayotte à une heure de vol de Pemba (Mozambique), en témoigne également. C'est en amies, mais aussi en voisines, que les forces françaises basées à la Réunion - les FAZSOI - ont pu développer une coopération fructueuse mais aussi porté assistance aux populations de votre pays qui ont été victimes d'inondations.
Mais vous êtes aussi, Monsieur le Président, au-delà et avec votre pays, le président de l'Union africaine. Et c'est au président de cette Union africaine que je voudrais dire quelques mots maintenant, pour saluer d'abord cette grande ambition qui, dans la ligne de l'impulsion lancée par le président Mbeki, prend résolument corps sous votre présidence. Comme vous l'aviez annoncé, dès sa deuxième année, l'Union africaine a renforcé son autorité et s'est dotée de ses principales institutions : la Commission africaine, que j'ai eu, dans ma précédente vie, l'occasion de rencontrer presque au complet, à Bruxelles, il y a quelques semaines ; le Parlement panafricain ; et enfin, cette institution essentielle qu'est le Conseil de Paix et de Sécurité, qui sera mis en place officiellement à la fin de ce mois à Addis Abeba.
Je souhaite vous dire, du fond du coeur, Monsieur le Président que cette grande ambition d'organisation de l'Afrique, d'intégration de vos pays dans une union, est également la nôtre.
Je viens, je vous l'ai dit, de vivre cinq ans, au coeur de l'exécutif de l'Union européenne. Voilà pourquoi je crois profondément à ce type d'organisation régionale. Si nos continents peuvent être appelés "des régions", c'est l'intérêt des peuples qui ne se ressemblent pas, qui ne veulent pas fusionner mais qui veulent s'unir, de coordonner leurs efforts afin de bénéficier du formidable enrichissement que représente la conjonction des différences, d'être uni, de partager un destin sans renier ni effacer leur propre identité nationale.
Je crois aussi que le renforcement des liens entre nos deux continents - que 14 km seulement séparent au plus étroit du détroit de Gibraltar - est une évidente nécessité, un enjeu formidable, et j'ajouterai une réelle exigence quand on mesure les défis communs qui sont devant nous : l'éducation, le développement, la santé publique, la paix.
Je crois, enfin, à un vrai nouveau partenariat entre l'Union européenne et l'Union africaine, qui devrait d'ailleurs nous conduire, s'agissant des pays européens qui ont une politique en Afrique, à une sorte de mutualisation, au moins partielle de ces politiques nationales pour les rendre plus efficaces. Et je crois à la mutualisation des efforts que nous conduisons les uns ou les autres, parfois les uns à côté des autres, en direction de votre grand continent.
Vous pouvez donc, Monsieur le Président, Monsieur le Président de l'Union africaine, compter sur l'engagement personnel du ministre français des Affaires étrangères, sous l'autorité du président de la République, pour, de toutes ses forces, contribuer à ce partenariat et le renforcer.
Nous devons, Monsieur le Président, nous rappeler un mot que vous avez dit l'autre jour, devant les nouveaux membres du Parlement de l'Union africaine et qui m'a été rapporté : "sans la paix, disiez-vous, tous nos plans ne seront que de l'utopie."
La paix et le développement de l'Afrique sont au coeur de nos préoccupations, et sous l'impulsion du président de la République française, une des priorités de la diplomatie française. Nous devons ensemble, à vos côtés, venir à bout de tant de crises qui secouent et menacent encore l'Afrique. L'issue définitive ou prochaine, nous l'espérons, de plusieurs grands conflits, souvent fort anciens - je pense à l'Angola, à la République démocratique du Congo, à la Sierra Leone, au Liberia -, prouve que cela est possible. Et je n'oublie pas le défi aujourd'hui le plus sensible et sans doute l'un des plus difficiles en Côte d'Ivoire.
L'Afrique affiche aujourd'hui sa détermination à prendre en main son destin, à assumer la responsabilité première de son développement durable, à être aussi la première, j'ai entendu cela à Pretoria, à pouvoir et à devoir régler ses propres crises.
Le NEPAD, dont vous êtes un avocat fervent, en offre la parfaite illustration. La France appuie et appuiera résolument cette initiative et elle entend continuer de mobiliser autant qu'elle le pourra, avec sa propre action, les partenaires de l'Afrique, qu'ils soient des partenaires publics, des partenaires privés - beaucoup sont représentés ici - ou des partenaires des organisations non-gouvernementales et des associations.
Dans tous ces domaines, la France soutiendra activement les efforts engagés par l'Union africaine et par les organisations sous-régionales du continent.
Vous avez dit aussi, Monsieur le Président, devant le même Parlement panafricain : "oui, assurément, le jour de l'Afrique se lèvera".
Sachez que nous partageons cette vision commune de l'Afrique, cette ambition faite de conviction, de foi, et de volonté d'agir.
Soyez assuré, Monsieur le Président; que vous pourrez compter sur notre amitié ancienne, fidèle, sur notre appui.
Je voudrais enfin, plus personnellement, bien que découvrant avec passion et avec humilité, ce continent qui est le vôtre et où je vais beaucoup m'engager dans les mois et les années qui viennent, vous dire une forme de remerciement personnel pour l'exemple que vous avez donné, Monsieur le Président, par votre action personnelle.
Je voudrais lever mon verre à l'amitié franco-mozambicaine et à la solidarité entre la France et l'Afrique et peut-être, si vous me le permettez, vous dire, dans votre première langue, Hoyo Hoyo.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 10 mai 2004)