Déclaration de MM. Alain Richard, ministre de la défense et Louis Gallois, président de la SNCF, sur la reconversion de militaires dans le cadre de la professionnalisation de l'armée et sur la possibilité d'une embauche à la SNCF, Paris le 18 septembre 1998.

Intervenant(s) :

Circonstance : Signature de la convention entre le ministère de la défense et la SNCF sur la reconversion des personnels, à Paris le 18 septembre 1998

Prononcé le

Texte intégral

Louis GALLOIS :
Nous sommes intéressés - mais ce n'est pas à sens unique - par la possibilité de recruter d'anciens militaires. Nous savons que nous pourrons y trouver les compétences que nous recherchons, et pas uniquement pour nos activités de surveillance générale. Nous trouverons de véritables professionnels notamment dans le domaine de la mécanique, de l'électricité, et de l'électronique. Ayant passé quelques temps dans ce ministère, je connais la qualité des formations techniques qui y sont acquises. Nous sommes donc très intéressés par des profils d'anciens militaires.
Ce sont des personnes qui ont acquis, de par leur expérience une certaine maturité. Ce sont des personnels qui ont appris que l'on travaillait dans le cadre de règles établies, sachant s'inscrire dans une hiérarchie et sachant gérer des relations de travail avec des supérieurs et des collègues. Ce n'est pas le cas des jeunes recrutés en direct, ceux-ci n'étant pas surdéterminés par les règles qu'ils ont toujours connues jusque là.
Ces personnels ont une exigence de sûreté et de sécurité forte : sécurité des personnes face à des agressions et sécurité de circulation. Dans ces deux domaines, nous pensons que les personnels militaires ont acquis un certain nombre de réflexes qui nous serons très utiles.
De plus, de manière plus diffuse et plus qualitative, j'ajoute que les personnels militaires savent ce qu'est le service de la nation. Si la SNCF ne sert pas la nation de la même manière que les armées, il y a cependant un lien de filiation entre le service de la nation et le service public. La convergence de ces différences me rend optimiste sur le succès de notre démarche.
Pour finir, je rappellerai que la SNCF est le plus gros recruteur d'Ile-de-France. Quatre mille personnes sont recrutées chaque année en Ile-de-France, dont deux mille en emplois permanents. C'est dans ce cadre que les anciens militaires seront intégrés. Nous recevons 60000 candidatures pour 3 à 4 000 recrutements. En raison de cet accord et afin que les dossiers des militaires ne soient pas noyés dans ces 60 000 dossiers, une filière particulière leur sera réservée.
En conclusion, je voudrais vous assurer, monsieur le ministre, que cette convention représente pour la SNCF une véritable opportunité et que notre entreprise utilisera au mieux les candidatures que vos différents services voudront bien nous transmettre.
Alain RICHARD :
Les propos que Louis GALLOIS vient de tenir résument très bien les objectifs que nous poursuivons ensemble. Je voudrais exprimer ma très grande gratitude au président de la SNCF et à son équipe. Derrière ce précédent, ils nous montrent la voie qui nous permettra de déboucher sur un certain nombre de démarches communes avec de grands employeurs.
Il était important qu'une entreprise qui a une démarche d'employeur et une grande conscience de ses responsabilités, et qui est réputée pour son exigence en terme de rigueur professionnelle, adresse ce signe à la Défense.
Quantitativement, le " débit " d'opportunités qu'offre la SNCF est pour nous quelque chose de précieux. La condition de réussite de la professionnalisation est de changer de rythme et de faire des progrès qualitatifs en matière de reconversion.
De ce point de vue, le butoir des 30 ans qui se justifie par le statut de la SNCF, mais également par le déroulement de carrière qu'elle offre, n'est pas un obstacle pour nous. Ainsi, l'un des changements qui va avec la professionnalisation, c'est l'exigence permanente d'un rajeunissement et d'une rotation rapide. Nous devons avoir une pyramide des âges des personnels militaires qui corresponde aux besoins des armées. Nous aurons besoin de crédibiliser le fait qu'il n'y a pas d'inconvénient à ce que des militaires quittent le service au bout de cinq ans, sept ans, huit ans, dix ans après avoir commencé leur carrière militaire. Au contraire, en démarrant une deuxième carrière si tôt, ils s'ouvrent plus d'opportunités et de perspectives. Ceci est valable tant pour les militaires du rang, qui auront de plus en plus une réelle qualification et des qualités professionnelles, que pour les sous-officiers.
Parmi les soucis en commun que nous avons la Défense aura à s'interroger sur l'évolution de son système de retraite. L'ambition est d'avoir une évolution régulière des effectifs avec des départs échelonnés tout le long de la vie professionnelle. Cependant le butoir des 15 ans est tout à fait contre-productif car, quand le système aura trouvé sa vitesse de croisière, il sera extrêmement difficile de convaincre un sous-officier à partir dès 12 ou 13 ans de carrière. Notre ambition est d'avoir, régulièrement et dans des conditions positives, des jeunes gens de 27, 28, 30, ans qui quittent le service en ayant acquis une première expérience et en développant une seconde carrière réussie. Il faut s'appuyer sur cette qualité et la développer encore.
La Défense a un rôle de formateur pour de jeunes engagés qui n'avaient souvent au départ qu'un bagage scolaire limité. C'est d'ailleurs une des choses que j'entends dire très souvent par ceux qui regrettent la conscription. Le premier d'entre eux et le plus affirmatif dans ses jugements est Claude Allègre : selon lui, nous sommes en train de nous priver d'un outil d'acquisition de connaissances, de savoir-faire et de savoir-être qui a fait la démonstration d'une réelle réussite. En ce qui nous concerne, nous sommes optimistes car cette machine à intégrer et à former va fonctionner sur des effectifs plus réduits mais de façon plus efficace.
De plus, nous développons une nouvelle filière offrant près de trente mille emplois est - en quelque sorte - un des pendants militaires des emplois-jeunes.
On recrutera pour l'essentiel à des niveaux faibles de qualification, avec des durées d'emploi allant jusqu'à cinq ans. Entre son entrée dans le service et sa sortie, ce public bénéficiera d'une différence qualitative marquante. Avec un rythme de rotation de l'ordre de 20 000 par an, la Défense accueillera, intégrera à la vie professionnelle et armera pour la suite des jeunes qui n'auraient pas forcément eu d'autre occasion de bien s'intégrer à la société sur le plan professionnel.
Mes collègues parlementaires ont également réagi de façon unanime. Ainsi, j'ai trouvé dans chacun des groupes parlementaires des voix favorables au maintien du SMA. Tous les parlementaires d'outre-mer se sont prononcés en faveur d'un service militaire adapté. Pour ceux-ci, c'est un moyen de faire entrer dans le circuit social des jeunes qui n'y seraient pas parvenu.
Nous pouvons offrir à des partenaires de confiance, qui jouent comme nous le long terme en matière d'emplois et de déroulement de carrières professionnelles, un certain nombre de garanties et un sentiment de sécurité. Il nous est également très important de maintenir une relation privilégiée avec la SNCF. Elle est pour la Défense un grand prestataire de services. Nous sommes également partenaires sur d'importants enjeux de sécurité intérieure. Nous partageons avec elle beaucoup d'éléments d'une culture commune, notamment en ce qui concerne la notion de service public et la prise en compte de certains problèmes de société. Cela nous permet de tomber d'accord sur un grand nombre de sujets. Nos cultures professionnelles sont finalement voisines et amies.
C'est un fait que nous voulions souligner et un événement que nous souhaiterions expliquer autour de nous : la SNCF nous fait confiance et nous lui renvoyons cette confiance pour collaborer dans un nouveau champ qui sera utile à beaucoup de jeunes.

(source http://www.defense.gouv.fr, le 18 septembre 2001)