Allocution de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, sur le renforcement de la défense européenne à la suite de l'élargissement de l'UE et sur le partenariat entre l'UE et l'OTAN, Budapest le 1er juin 2004.

Prononcé le 1er juin 2004

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Circonstance : Voyage de Michèle Alliot-Marie en Hongrie le 1er juin 2004-réunion à l'Institut culturel français de Budapest

Texte intégral

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs,
C'est pour moi un véritable plaisir d'être parmi vous pour parler, avec vous, de notre avenir commun : l'Europe.
La Hongrie est au cur de notre continent. Avec le récent élargissement de l'Union européenne, une nouvelle ère s'ouvre à nous. Le tournant exceptionnel du 1er mai a marqué la fermeture définitive des cicatrices héritées des affrontements du siècle précédent. Je suis heureuse que les nouveaux membres, à l'image de la Hongrie, aient fait preuve d'enthousiasme et se soient mobilisés en faveur du projet européen.
Si la construction européenne progresse à grands pas depuis quelques années, elle doit, avec l'appui du dynamisme des nouveaux membres, franchir de nouvelles étapes. L'élargissement est une chance pour parachever les objectifs des pionniers de l'Europe et réunifier notre continent autour d'une ambition commune : une Europe unie, puissante, capable de se faire respecter dans le monde et de défendre ses citoyens et ses intérêts partout où cela est nécessaire.
1. L'élargissement de l'Union européenne est une opportunité sans précédent.
1.1 Notre continent aspire désormais à l'unité, tout en préservant sa diversité.
L'élargissement est une étape décisive et irréversible dans la réunification de la famille européenne. L'abolition des barrières est un facteur de stabilité et de développement partagé.
L'Union ne signifie pas pour autant l'affaiblissement de nos identités nationales. Séculaires, elles s'appuient sur l'histoire de nos pays, nos cultures et la volonté de nos populations. La construction européenne n'a pas pour objectif de tirer un trait sur ces identités. Les pays qui, comme la Hongrie, ont un passé prestigieux et ont récemment reconquis leur indépendance sont là pour nous en rappeler le prix.
Toutefois, la défense de nos intérêts communs exige une action collective pour mieux défendre les intérêts de chacun. Dans le monde multipolaire qui est le nôtre, il n'y a pas d'avenir solitaire.
1.2 Nous avons besoin d'une Europe solidaire.
Le modèle européen que nous devons bâtir ensemble s'appuie sur des objectifs partagés. Que ce soit dans les domaines économique, social, culturel et politique, nous avons des valeurs communes, des intérêts communs. Nous voulons pouvoir disposer d'entreprises multinationales suffisamment puissantes pour affronter la compétition mondiale. Nous voulons préserver un modèle social protégeant les plus déshérités. Nous voulons défendre nos richesses culturelles et ne pas céder à la facilité de l'uniformisation.
Pour promouvoir ensemble ces intérêts et ces valeurs, nous devons renforcer notre concertation et notre coopération dans tous les domaines. Nous en avons d'autant plus l'obligation que nous sommes désormais vingt-cinq États membres.
Mais notre voix commune ne sera entendue que si nous manifestons concrètement notre capacité à la faire respecter, si nécessaire, par des moyens militaires. Cela exige donc le renforcement de l'Europe de la Défense.
2. L'Europe de la défense est plus que jamais une composante incontournable de la nouvelle Europe élargie.
L'obligation première de l'Europe, comme l'obligation première de tout État, c'est d'être en mesure de défendre nos ressortissants, nos intérêts et nos valeurs à l'extérieur du continent, le cas échéant par des moyens militaires. C'est la raison d'être, c'est l'ambition de l'Europe de la Défense.
2.1 La Défense européenne commence aujourd'hui à prendre forme.
Le drapeau européen a flotté l'an dernier en Ancienne République yougoslave de Macédoine pour consolider la stabilité de ce pays. Il flottera en Bosnie à la fin de l'année, pour conforter la paix entre les communautés à proximité de nos frontières. A l'été 2003, nous avons pour la première fois conduit et réussi de façon autonome une opération difficile en Ituri qui a préservé cette région de la République démocratique du Congo des massacres interethniques.
Demain, nous serons sans doute amenés à intervenir aux confins de l'Europe, en Afrique ou ailleurs, pour protéger nos ressortissants pris dans des combats intercommunautaires, pour défendre nos intérêts contre le terrorisme, pour rétablir ou consolider la paix.
Nous ne répondrons à cette ambition qu'à une triple condition :
- renforcer nos capacités militaires : l'Agence européenne de défense nous y aidera, en rationalisant les efforts afin de concevoir nos besoins, mutualiser nos moyens et préparer l'avenir ;
- améliorer nos capacités de planification et de commandement : la cellule européenne nous permettra de mieux prévoir et organiser nos opérations extérieures ;
- développer nos capacités de réaction rapide pour protéger nos citoyens ou prévenir un conflit : c'est l'objectif visé par la création des groupements tactiques.
En 2003, l'Europe de la Défense a connu son vrai départ. Nous devons poursuivre cet élan. Chacun doit y tenir toute sa place. Ensemble, nous devons donner à l'Union européenne, première puissance économique du monde, les moyens d'être aussi une grande puissance politique et militaire.
2.2 Cela ne signifie pas pour autant que nous devons accorder moins d'importance à l'Alliance atlantique et au partenariat transatlantique.
L'Europe et l'Amérique constituent deux partenaires privilégiés. Nous sommes liés par le sang, l'histoire, l'attachement à la liberté. Dans tous les domaines, nous connaissons une interdépendance très forte. Nous faisons face aux mêmes menaces liées au terrorisme, à la prolifération d'armes de destruction massive (ADM) et aux crises régionales. Nous partageons les mêmes valeurs, fondées sur la démocratie et l'Etat de droit.
Les pôles européen et nord-américain doivent donc coopérer de façon étroite. L'Alliance atlantique symbolise cette coopération dans le domaine de la sécurité. Elle est une garantie ultime face aux incertitudes de l'avenir. Elle est aussi un cadre commun d'action pour gérer des crises internationales susceptibles d'affecter notre sécurité.
Pour qu'elle nous permette de répondre efficacement aux crises, nous devons continuer à rénover ses structures. La clé est la flexibilité. En fonction des situations, nous devons pouvoir utiliser soit l'Alliance, soit l'Union européenne avec les moyens de l'Alliance, soit l'Union européenne de façon autonome, ou participer à une coalition de quelques pays.
Il n'y a donc pas de compétition entre l'Union européenne et l'OTAN. La multiplicité des crises prévisibles dans le monde appelle un appui réciproque et interdit toute idée de concurrence entre elles.
Face aux défis actuels, et parce que nous entendons construire une défense européenne crédible pour les relever, il importe de ne pas baisser la garde et de consacrer les moyens nécessaires à la défense. La sécurité des citoyens est la première raison d'être de tout État : de la France, comme de la Hongrie, comme de tout autre pays européen.
La France fait aujourd'hui un effort remarqué pour remettre à niveau et renforcer dans la durée son outil de défense. Elle attend de ses partenaires et de ses alliés qu'ils apportent leur pierre à l'édifice commun de la sécurité européenne.
Le renforcement des capacités militaires de l'Union européenne contribuera aussi au renforcement de l'Alliance. Il pérennisera le lien transatlantique, en montrant à nos alliés américains que les Européens sont capables de mieux assumer leurs responsabilités en matière de défense.
Je tiens à saluer les réels efforts accomplis par les pays qui rejoignent cette année l'Union européenne et l'OTAN. En poursuivant dans cette voie, je sais que nous saurons saisir les opportunités exceptionnelles que nous apporte le projet européen.
La France a toujours joué un rôle moteur dans cette entreprise.
La Hongrie, en tant que vieille nation européenne, est en train de reprendre toute sa place au cur de cette immense ambition commune.
Travaillons donc la main dans la main, pour établir un monde plus juste, un monde de paix.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 3 juin 2004)