Texte intégral
L'Assemblée nationale vient de se prononcer sur le principe de laïcité. Par cette loi, la France dit refuser la voie du communautarisme. Chacun devrait désormais abandonner à l'école publique les signes de son appartenance particulière, dans une même allégeance à la République.
C'est un message fort que nous nous adressons à nous-mêmes. Mais ce message ne sera qu'un faux-fuyant symbolique si nous persistons à ignorer les causes réelles qui poussent les individus à se détourner de la République, à se replier pour chercher dans le communautarisme, notamment religieux, les repères qu'ils ne trouvent pas ailleurs.
La passion de l'égalité, disait Tocqueville, est le coeur du régime démocratique. C'est elle qui nous rassemble, par-delà nos différences, dans un sentiment partagé de fierté nationale. Cette égalité, il n'a pas suffi de la proclamer en 1789 pour la réaliser, et nous voyons, à mesure que les inégalités grandissent, le pacte républicain se fissurer.
Faute de reconnaître le caractère pluriethnique de notre nation, nous ne pouvons lutter efficacement contre les discriminations qui en résultent.
Les minorités visibles, notamment noires ou maghrébines, sont discriminées en raison de leur origine sociale, mais aussi de leur couleur de peau ou de leur patronyme. Le "plafond de verre" les exclut du paysage économique et politique du pays. C'est la faille de notre maxime républicaine.
Ces obstacles à la promotion se doublent d'une sclérose géographique et ethnique qui cloisonne les populations dans de véritables ghettos, et les empêche de participer au brassage égalitaire, à la mobilité sociale, au métissage de population qui sont pourtant le fondement identitaire de la société moderne et pluraliste à laquelle nous aspirons.
Notre vision actuelle de l'intégration, qui postule que la mixité, la libre expression des talents de chacun seraient spontanées, ne fonctionne pas. Seule une politique publique ambitieuse, ciblée et résolue pourra y remédier.
Cette politique a un nom : l'action positive. Elle repose sur une idée simple : face aux limites du respect formel de nos principes, il est temps de mettre l'exigence de résultat au premier plan, que ce soit en matière d'éducation, d'emploi, de logement.
Puisque nous voyons dans l'école un lieu privilégié d'apprentissage du civisme et de la laïcité, allons au bout de la tâche que nous nous sommes assignée. Nous le savons, l'égalité de tous devant le concours, l'examen, est un mythe moribond. La reproduction des élites freine la libre circulation des talents, et nous devons redoubler d'efforts à l'égard des élèves défavorisés, leur donner les moyens matériels de passer un concours, de suivre une filière professionnelle valorisante. En renforçant par exemple les dotations des lycées en ZEP et en créant des modules et des classes qui préparent à l'entrée à une grande école.
Dans l'entreprise, il ne suffit plus de se retrancher derrière le mutisme confortable de la loi pour fermer les yeux sur les discriminations ; il faut se mobiliser pour lutter contre. L'Etat peut inciter les entreprises à adopter une charte de la diversité, à faire la preuve du traitement équitable accordé aux mérites de chacun. Face au racisme qui écarte des Français, notamment noirs ou maghrébins, de l'ascenseur social, la transparence des procédures de recrutement, de promotion, de formation doit être la règle ! Exigeons aussi, sur le plan pénal, le renversement de la charge de la preuve au bénéfice des victimes.
Nous devons enfin revoir nos politiques de logement social. Ce communautarisme dont on se gargarise est bien né du cloisonnement social, ethnique et géographique. Pour y mettre un terme, nous devons favoriser la mixité des quartiers, et y consacrer une part substantiellement accrue de notre produit intérieur brut.
Je sais que les détracteurs de l'action positive, pour la balayer d'un revers de main, la réduisent abusivement à une funeste "politique des quotas", suspecte de menacer l'unité ou l'indivisibilité républicaine, la promotion au mérite.
Ne nous laissons pas abuser par ces raccourcis trompeurs. Ce seront toujours les mérites d'un individu qui définiront sa place dans notre société. Ces qualités, certains ne peuvent aujourd'hui les faire valoir, et nous avons besoin de mesures pragmatiques pour que cette situation cesse.
Ce qui fonde l'unité d'une nation, dans sa diversité, ce n'est pas une entité figée, abstraite qui guiderait, de loin, la réalité sociale sommée de s'y conformer. C'est la permanence d'une aventure qui rassemble dans un même élan la diversité des expériences, des talents. Certains d'entre nous sont exclus de l'aventure commune : donnons-leur donc les moyens d'y participer de nouveau.
(Source http://www.u-m-p.org, le 17 février 2004)
C'est un message fort que nous nous adressons à nous-mêmes. Mais ce message ne sera qu'un faux-fuyant symbolique si nous persistons à ignorer les causes réelles qui poussent les individus à se détourner de la République, à se replier pour chercher dans le communautarisme, notamment religieux, les repères qu'ils ne trouvent pas ailleurs.
La passion de l'égalité, disait Tocqueville, est le coeur du régime démocratique. C'est elle qui nous rassemble, par-delà nos différences, dans un sentiment partagé de fierté nationale. Cette égalité, il n'a pas suffi de la proclamer en 1789 pour la réaliser, et nous voyons, à mesure que les inégalités grandissent, le pacte républicain se fissurer.
Faute de reconnaître le caractère pluriethnique de notre nation, nous ne pouvons lutter efficacement contre les discriminations qui en résultent.
Les minorités visibles, notamment noires ou maghrébines, sont discriminées en raison de leur origine sociale, mais aussi de leur couleur de peau ou de leur patronyme. Le "plafond de verre" les exclut du paysage économique et politique du pays. C'est la faille de notre maxime républicaine.
Ces obstacles à la promotion se doublent d'une sclérose géographique et ethnique qui cloisonne les populations dans de véritables ghettos, et les empêche de participer au brassage égalitaire, à la mobilité sociale, au métissage de population qui sont pourtant le fondement identitaire de la société moderne et pluraliste à laquelle nous aspirons.
Notre vision actuelle de l'intégration, qui postule que la mixité, la libre expression des talents de chacun seraient spontanées, ne fonctionne pas. Seule une politique publique ambitieuse, ciblée et résolue pourra y remédier.
Cette politique a un nom : l'action positive. Elle repose sur une idée simple : face aux limites du respect formel de nos principes, il est temps de mettre l'exigence de résultat au premier plan, que ce soit en matière d'éducation, d'emploi, de logement.
Puisque nous voyons dans l'école un lieu privilégié d'apprentissage du civisme et de la laïcité, allons au bout de la tâche que nous nous sommes assignée. Nous le savons, l'égalité de tous devant le concours, l'examen, est un mythe moribond. La reproduction des élites freine la libre circulation des talents, et nous devons redoubler d'efforts à l'égard des élèves défavorisés, leur donner les moyens matériels de passer un concours, de suivre une filière professionnelle valorisante. En renforçant par exemple les dotations des lycées en ZEP et en créant des modules et des classes qui préparent à l'entrée à une grande école.
Dans l'entreprise, il ne suffit plus de se retrancher derrière le mutisme confortable de la loi pour fermer les yeux sur les discriminations ; il faut se mobiliser pour lutter contre. L'Etat peut inciter les entreprises à adopter une charte de la diversité, à faire la preuve du traitement équitable accordé aux mérites de chacun. Face au racisme qui écarte des Français, notamment noirs ou maghrébins, de l'ascenseur social, la transparence des procédures de recrutement, de promotion, de formation doit être la règle ! Exigeons aussi, sur le plan pénal, le renversement de la charge de la preuve au bénéfice des victimes.
Nous devons enfin revoir nos politiques de logement social. Ce communautarisme dont on se gargarise est bien né du cloisonnement social, ethnique et géographique. Pour y mettre un terme, nous devons favoriser la mixité des quartiers, et y consacrer une part substantiellement accrue de notre produit intérieur brut.
Je sais que les détracteurs de l'action positive, pour la balayer d'un revers de main, la réduisent abusivement à une funeste "politique des quotas", suspecte de menacer l'unité ou l'indivisibilité républicaine, la promotion au mérite.
Ne nous laissons pas abuser par ces raccourcis trompeurs. Ce seront toujours les mérites d'un individu qui définiront sa place dans notre société. Ces qualités, certains ne peuvent aujourd'hui les faire valoir, et nous avons besoin de mesures pragmatiques pour que cette situation cesse.
Ce qui fonde l'unité d'une nation, dans sa diversité, ce n'est pas une entité figée, abstraite qui guiderait, de loin, la réalité sociale sommée de s'y conformer. C'est la permanence d'une aventure qui rassemble dans un même élan la diversité des expériences, des talents. Certains d'entre nous sont exclus de l'aventure commune : donnons-leur donc les moyens d'y participer de nouveau.
(Source http://www.u-m-p.org, le 17 février 2004)