Déclaration de M. Hamlaoui Mekachera, ministre délégué aux anciens combattants, sur le devoir de mémoire concernant les camps de concentration et la déportation pendant la Deuxième Guerre mondiale, à Natzwiller le 26 juin 2005.

Intervenant(s) :

Circonstance : Dévoilement d'une plaque en mémoire de 86 juifs gazés lors de la cérémonie annuelle d'hommage aux déportés du camp de concentration de Natzweiler-Struthof (Bas-Rhin), le 26 juin 2005

Prononcé le

Texte intégral

Monsieur le Préfet,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires et les élus,
Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs les membres du corps diplomatique et consulaire,
Messieurs les officiers généraux,
Monsieur le Président de la Commission exécutive du Struthof,
Mesdames et Messieurs,
En mémoire de chacun et de chacune de ceux qui ont disparu dans ce camp de concentration, je m'incline avec respect et émotion.
Devant ceux qui ont survécu au pire, j'exprime admiration et reconnaissance.
Soixante ans après la capitulation sans condition du IIIe Reich, ce sont eux, c'est vous, les vainqueurs.
Vainqueurs, ceux qui ont été pourchassés, internés et déportés, ceux qui ont été humiliés, torturés, affamés, brisés, ceux que l'on voulait anéantir, faire disparaître dans la " nuit et le brouillard ".
Vainqueurs, ceux dont les idées, les modes de vie, devaient être extirpés de la société, ceux dont le peuple, la race, devaient être exterminés.
Oui, vainqueurs, tous ceux que MALRAUX dénomma " nos frères dans l'Ordre de la nuit ".
Chacune et chacun d'entre eux est, pour toujours, dans nos mémoires.
Chacune et chacun d'entre eux est devenu symbole de la victoire de l'humanité sur la barbarie, signe du triomphe des idéaux d'égalité et de dignité sur l'idéologie de la haine et de la mort.
Vainqueurs, nous le sommes tous, responsables publics et citoyens d'une République qui repose sur les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité.
Autant de principes à l'exact opposé des théories nazies, à l'exact opposé de l'oppression, de l'inégalité et de la violence qui prévalaient dans les camps.
En cette année du 60ème anniversaire de la Victoire et du retour des déportés, nous avons manifesté notre gratitude indéfectible à ceux qui ont remporté une victoire militaire et politique décisive.
Sur ce lieu, symbole tragique de leur martyre, j'exprime notre reconnaissance aux Résistants. Ils ont apporté une contribution essentielle à la lutte contre l'occupant et à la victoire, avant de s'atteler à la reconstruction du pays.
Je n'oublie, bien sûr, ni nos Alliés, ni aucun des combattants, de toutes nationalités et de toutes origines, qui ont consentis tant de sacrifices pour nous libérer.
Mesdames et Messieurs, à l'automne, au Struthof, le Président de la République inaugurera le " Centre européen du Résistant déporté dans le système concentrationnaire nazi ".
Mémoire de la tragédie des déportés de ce camp et de tous les autres, le " Centre européen " exposera l'enchaînement des faits, des trahisons et des renoncements qui ont abouti à cette barbarie.
Ce sera un espace d'information et de réflexion, d'incitation à la vigilance.
Son inauguration sera un des principaux temps forts de cette année de commémoration, qui est aussi, résolument, tournée vers l'avenir. Avec ce Centre, le Struthof deviendra un des lieux de mémoire majeur de notre pays et même de notre continent.
Il est juste qu'il en soit ainsi, car dans ce camp, toutes les limites de l'insoutenable auront été franchies.
Dans ce camp, où les déportés " N-N " ont subi des épreuves dont l'horreur est indicible,
dans ce camp, où des Résistants, des combattants, des hommes des femmes de l'Europe entière ont été assassinés dans des conditions qui défient la conscience,
dans ce camp, où des expériences médicales inconcevables ont été réalisées,
la Shoah a également frappé.
A l'issue de cette cérémonie, au nom du Gouvernement, je dévoilerai une plaque à la mémoire des 86 Juifs gazés à quelques mètres d'ici.
Dans cette chambre à gaz expérimentale, en août 1943, des déportés venus spécialement d'Auschwitz ont été tués dans des conditions indescriptibles.
Ce crime, voulu par de prétendus scientifiques, ne doit pas tomber dans l'oubli.
J'assure la communauté juive d'Alsace et de France, de la détermination du Gouvernement à lutter sans faiblesse contre toute forme, directe ou indirecte, d'antisémitisme.
J'assure tous ceux qui conservent la mémoire de la déportation de notre engagement à leurs côtés.
Je salue la commission exécutive du Struthof, ses membres, son personnel et son président, Jean de Roquette-Buisson, récemment distingué par le chef de l'Etat.
Mesdames et Messieurs,
Sur cette terre d'Alsace qui porte les stigmates de tant de malheurs, dans ce camp du Struthof, qui restera, à jamais, comme un témoin du pire, avec encore plus de force qu'à l'accoutumée, nous pouvons dire :
Vive la République !
Vive la France !

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 28 juin 2005)