Entretien de Mme Catherine Colonna, ministre déléguée aux affaires européennes, à "France 2", sur la fête de l'Europe, le 26 avril 2006.

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Média : France 2

Texte intégral

Q - Cette fête de l'Europe, on ne la célébrait pas chez nous en France, il faut bien le dire. Dans les autres pays, oui ?
R - Oui, dans beaucoup de pays européens. C'est la Fête de l'Europe depuis vingt ans, depuis 1986 et, en effet, en France, nous ne nous en apercevions pas complètement. Il nous a donc semblé que vingt ans, cette année, était un bel âge pour que nous nous en apercevions davantage et pour que nous la fêtions, dignement, positivement, parce qu'elle le mérite.
Q - Justement, ceux qui ont voté "non" pourront quand même fêter l'Europe, le 9 mai prochain ?
R - Je crois qu'il le faut. Si nous voulons prendre un peu le temps de la réflexion, c'est aussi le sens de cette fête, et regardez ce que l'Europe a fait, depuis non pas vingt ans, mais depuis cinquante ans : elle a fait du bon travail !
Q - Sans faire un cours d'histoire, mais c'est l'Europe de Robert Schuman dont on parle...
R - C'est le 9 mai, en hommage au 9 mai 1950, qui est, en effet, le jour où le ministre français des Affaires étrangères, Robert Schuman, a fait une proposition qui était à la fois visionnaire et révolutionnaire et qui a lancé la construction européenne. Il s'agissait de mettre en commun les productions française et allemande de charbon et d'acier. Je m'arrête là dans la technique, mais cela signifie transformer les outils de guerre en outils de paix. Cela a marché !
Q - Mais, oui, cela a marché et, dès ce moment-là, les gaullistes ont été contre.
R - C'est un signe !
Q - De Gaulle était contre. Chirac était contre. Tout le monde était contre et tout d'un coup, ils sont devenus européens. C'est grâce à vous ?
R - Je ne dis pas que le président n'était pas né à cette époque, mais on parle de 1950 !
Q - En 1950 ? Il distribuait des tracts pour le Parti communiste au lycée Condorcet.
R - C'était après...
Q - Oui, c'était contre le plan Marshall en 1948.
R - L'appel de Stockholm...Il n'est pas interdit de s'améliorer...C'est ce que vous voulez dire...
Q - Madame Colonna, vous étiez déjà secrétaire des Affaires étrangères en 1983, c'est-à-dire sous "l'ère Mitterrand". Maintenant, vous êtes sous "l'ère Chirac", lequel des deux présidents - c'est la question-piège Mitterrand ou Chirac, était le plus européen ?
R - Je suis fonctionnaire, c'est vrai, technocrate, corse, femme, diplomate, donc j'ai tout faux depuis le départ, je sais... J'ai aussi les pieds sur terre et j'essaie de faire attention quand même. Chaque président est élu par tous les Français, et donc, son devoir, son obligation, son rôle, c'est d'être le président de tous les Français. J'ai eu l'immense honneur et la chance de travailler pendant de très longues années avec le président Jacques Chirac. C'est une expérience absolument unique et je voudrais pouvoir démontrer à Pierre Bénichou qu'il est très européen, qu'il a fait beaucoup pour faire avancer l'Europe : l'euro, la défense, etc.
Q - Je le sais, mais, c'était normal que l'on vous titille un peu avec cela, surtout que vous avez eu l'honneur, le plaisir et la joie de travailler avec François Mitterrand. Vous admettez qu'il était quand même aussi un peu européen ?
R - Je ne le connaissais pas. Il a fait de grandes choses pour l'Europe. Cela ne me gêne pas de le dire. Tout au contraire.
Q - Vous avez sur le plateau quelqu'un de rare, recordwoman du monde de la longévité de porte-parole présidentiel, une fonction qui est redoutablement difficile. Vraiment, et c'est une femme qui a des nerfs d'acier et qui a fait une carrière politique remarquable à gauche - elle a travaillé avec Roland Dumas - et à droite aussi. Vous êtes pour moi un 4X4 de la politique. ça n'a pas l'air mais je le pense. Je ne sais pas si c'est les racines corses, mais c'est un parcours absolument irréprochable.
R - Tous les fonctionnaires servent la République. Je le vis, moi, comme un honneur. Vous êtes tout à fait gentille de rappeler des choses que je ne mérite pas, mais j'avais fini par être le plus vieux porte-parole en activité et je me sentais un peu comme un diplodocus. Donc, pas tout à fait dix ans, mais neuf et demi. C'est déjà un record du monde !
Q - Et parlons quand-même des festivités parce que c'est un jour de fête le 9 mai ...
R - ...en principe c'est fait pour ça...
Q -...vous en avez décidé ainsi, la Tour Eiffel sera illuminée à minuit, mais je pensais qu'elle était déjà illuminée à minuit la Tour Eiffel.
R - En bleu, en bleu... Et avec les petites lumières ça fera quasiment le drapeau européen...
Q - Des tickets bleus dans le métro...
R - Des tickets bleus dans le métro...
Q - Et ce qui m'épate aussi...
R - Il y a du roller, il y a du tiercé, vous pouvez aussi aller au cinéma, il y a plein de choses.
Q - Et alors, vous, vous serez gare du Nord. Cela m'épate pour le départ de l'Angleterre de l'Eurostar aux couleurs de l'Europe. L'Angleterre, où on en est encore à la livre sterling.
R - Et on va leur envoyer à Waterloo un train qui va dire "faites l'Europe". Donc, c'est un peu fait exprès !
Q - Comme quoi on gueule toujours.
J'ai lu une information dans un très bon hebdomadaire : Le Nouvel Obs, qui explique que quand vous avez été promue porte-parole de l'Elysée en 95, "Catherine Colonna n'avait jamais rencontré Jacques Chirac". Alors je veux savoir : est-ce que c'est vrai ?
La réponse c'est Villepin, non ?
R - Il m'a fait cette proposition ...
Q - Vous ne l'aviez jamais vu avant, c'est vrai ?
R - Je ne le connaissais pas. Avant que cette proposition ne me soit faite, c'est vrai.
Q - C'est Villepin qui vous a recrutée en quelque sorte.
R - C'est Dominique de Villepin avec lequel j'avais travaillé, Alain Juppé qui était ministre des Affaires étrangères à l'époque et moi servant dans ce ministère.
Q - L'impression que j'ai, c'est qu'étant donnée la situation dans laquelle sont les Français aujourd'hui et le sentiment de malaise qu'on a par rapport à la politique, c'est parfois difficile quand on a l'impression que son pays n'est pas en pleine forme, de se projeter plus loin et de se projeter dans l'Europe, en l'occurrence. Et vous qui êtes intelligente, qui avez de l'humour ce que je ne savais pas et que je découvre sur ce plateau, qui êtes éminemment sympathique, à la première question que vous pose Laurent sur lequel des deux présidents pour vous est le plus européen, vous avez répondu intelligemment, avec de l'humour, mais vous n'avez pas répondu et vous avez répondu une fois de plus en langue de bois. Vous avez parlé de Jacques Chirac sans répondre à sa question qui était : lequel des deux présidents ? C'est pas grave, même si on est de droite, on a le droit de reconnaître qu'un président de gauche a été plus européen que l'autre. C'était juste pour parler du problème qu'ont les Français avec la langue de bois.
Jean-François Copé qui est porte-parole lui aussi a promis et a juré de ne plus pratiquer la langue de bois.
R - C'est aussi pour ça que j'ai rendu hommage à l'action européenne de François Mitterrand. Je crois l'avoir fait, si vous n'avez pas entendu, je le refais.
Q - Et la deuxième chose par rapport à la fête, moi je trouve que votre fête quand je lis le détail des festivités n'a rien de très festif mais plutôt instructif. Mais le sens festif, un peu gai, bon il y un concert, effectivement à 18h dans les jardins du ministère des Affaires étrangères. Voyez, une fête, c'est une fête ...Est-ce que vous manquiez d'argent pour faire quelque chose d'un peu plus festif ?
R - D'abord on a le budget habituel et j'ai fait appel à beaucoup de partenaires. J'ai trouvé beaucoup de bonnes volontés pour que tous les événements puissent être organisés. Pour cette journée du 9 mai, il y a le site " feteleurope.fr " et là, vous verrez qu'il y a des choses partout, dans toutes les régions. Vous allez sur le site, vous cliquez sur votre région : il y a plein de choses très sympas, des chorales, des fêtes dans les rues qui ne dépendent pas que de moi, parce que sinon se serait moins drôle ! Il y a des choses partout en France.
Q - Il y a quelque chose en Europe qui sert de repoussoir et d'enjeu. C'est l'adhésion de la Turquie. Le président est pour, Nicolas Sarkozy est contre, et vous ?
R - Moi je suis plutôt pour, si la Turquie change. En clair, on a intérêt à avoir une Turquie démocratique moderne qui rejoint les valeurs démocratiques, si elle peut le faire, cela apporterait quelque chose à l'Europe.
Q - C'est pas contre pour des raisons géographiques, c'est contre, pour l'instant, pour des raisons internes.
R - Cela peut apporter beaucoup à l'Europe.
Q - Fêtons l'Europe grâce à cette initiative dont Madame Colonna a bien voulu gentiment accepter de parler dans notre émission. Restez encore quelques minutes, on va vous faire jouer. On va regarder si vous avez bien suivi l'actualité depuis ce matin. J'imagine que vous lisez toute la presse. Alors vous allez pouvoir accorder vos points gagnants aux membres de l'équipe. Voici le "kikavukoi ".source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 mai 2006