Déclaration de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, sur la journée du 10 mai fixée comme journée de commémoration de la loi rappelant que l'esclavage est un crime contre l'humanité, Paris le 10 mai 2006.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Circonstance : Commémoration de la traite négrière, de l'esclavage et de ses abolitions à Paris le 10 mai 2006

Texte intégral

Mesdames, Messieurs,
Nous sommes le 10 mai ; c'est une date importante pour les socialistes, parce que c'était la victoire de François Mitterrand en 1981, mais le 10 mai -il en a été décidé ainsi-, c'est aussi la journée de commémoration de la loi qui a rappelé que l'esclavage était un crime contre l'humanité et c'est le souvenir de la traite négrière et de l'exploitation la plus vile qui a été faite de l'homme par l'homme.
Nous avons voulu à notre place, dans notre maison au siège du Parti socialiste, avoir un acte de commémoration. Les socialistes ont voulu qu'il y ait cette évocation d'une part de notre histoire, de notre mémoire et, dès 1982, nous avions -à l'initiative d'Henri Emmanuelli- organisé dans l'ensemble de l'outre-mer un jour férié pour la commémoration de l'esclavage et surtout de son abolition. Il fallait aller plus loin et ce fut sous un gouvernement de gauche, une majorité de gauche, à l'initiative d'une députée de gauche -Christiane Taubira- que fut votée la loi à laquelle je faisais référence et qui a reconnu l'esclavage comme un crime contre l'humanité.
Aujourd'hui, à la suite d'un mouvement qui dépasse, heureusement, les rangs de la gauche et qui concerne toute la République, il y a cette commémoration ; nous nous inscrivons dans ce processus.
Je voudrais remercier Philippe Torreton d'avoir donné sa voix à Schoelcher et d'avoir rappelé tout le décret. C'est une mesure de liberté, c'est un acte même de libération, d'émancipation et, en même temps, que de précautions, y compris pour la période transitoire. On rappelle qu'il faudra trois ans, pour ceux qui possèdent des esclaves, pour se mettre en conformité avec ce décret et qu'ils auront des compensations. Et s'ils venaient à en faire acquisition ailleurs que sur le territoire de la République, ils pourraient bénéficier des mêmes temps de transition.
Ce combat-là, on l'a compris, était important à mener avant 1848, mais il ne s'achevait pas en 1848. Et il n'est pas accompli encore aujourd'hui. Nous sommes dans un monde où il y a encore de l'esclavage. Nous sommes dans un pays, le nôtre, où des situations comparables sont, hélas, révélées.
Nous devons, au-delà de la commémoration, marquer notre solidarité à l'égard de toutes celles et de tous ceux qui souffrent pour leur condition et qui sont victimes de l'oppression, de l'exploitation et de la soumission.
Au-delà de choix d'une date, il y a encore dans notre pays des voix qui s'élèvent pour mettre en cause la loi même de 2001 qui a considéré l'esclavage comme un crime contre l'humanité. Il s'en est même trouvé 40 au sein du groupe UMP à l'Assemblée nationale pour demander la mise en cause de cette loi, comme il s'en était trouvé d'ailleurs une majorité au sein de l'Assemblée nationale pour voter l'article 4 de loi reconnaissant le caractère positif de la colonisation. Tout se tient donc.
Dans le décret Schoelcher, il est évoqué heureusement -et c'est le sens de la cérémonie d'aujourd'hui- l'abolition de l'esclavage, mais l'organisation des colonies et le statut même des colons. Il faut aussi poursuivre cet acte de reconnaissance historique de ce que fut la colonisation.
Nous n'avons rien à craindre, au nom de l'amour que nous portons à la France, de ce travail de mémoire, dès lors que nous sommes fiers de la France émancipatrice, de la France universaliste, de la France des Droits de l'Homme. Nous ne craignons rien de notre passé quand nous savons le maîtriser pour organiser notre propre avenir.
Voilà pourquoi, nous n'avons pas fini de payer nos dettes et c'est la raison pour laquelle nous devons faire cet acte de reconnaissance. C'est la raison pour laquelle nous devons aller plus loin et faire l'acte d'égalité de tous dans la République... Qui peut dire que ce combat est achevé ! Pour ce qui nous concerne, socialistes, au-delà des cérémonies, au-delà du rappel des droits élémentaires, au-delà de l'action pour l'égalité, nous avons aussi le devoir de reconnaître la diversité du peuple français, et ce premier devoir nous l'accomplirons aussi dans la présentation de nos candidats et candidates aux élections législatives de 2007.
Nous sommes ici à un moment important de la reconnaissance d'un acte historique : l'abolition de l'esclavage, mais chacun l'aura compris, le combat pour l'égalité humaine continue.
Source http://www.parti-socialiste.fr, le 11 mai 2006