Texte intégral
Hedwige Chevrillon : Hier, vous étiez au sommet patronat-syndicats à l'instigation de Laurence PARISOT. Donc vous étiez au siège du MEDEF. Des décisions ont été prises, la création, notamment, de groupes de travail... Vous avez dit, vous, que c'était ... Quelque chose, une étape très importante. Il faut dire qu'il n'y avait pas eu un tel sommet depuis 2000, donc cela fait quasiment six ans. Laurence PARISOT a dit : " C'est un premier pas, juste un premier pas ", vous, vous avez l'air plus enthousiaste...
Bernard van Craeynest : Je me réjouis que nous soyons enfin parvenus à nouer des liens de dialogue pour construire, ensemble, dans la mesure où nous observons, depuis plusieurs mois, que les dossiers importants pour la vie des salariés de ce pays sont plutôt en train de stagner. Je pense à un certain nombre de négociations en cours sur la pénibilité au travail, sur la branche accidents du travail -maladies professionnelles, et vous avez pu noter que, dans le relevé de conclusions auxquelles nous sommes parvenus, les groupes de travail qui vont être créés ne remettent pas en cause la poursuite des négociations sur ces thèmes. Je crois que, à l'heure où l'on parle beaucoup du dialogue social et des moyens de l'améliorer, il me semble important que les partenaires sociaux démontrent qu'ils sont tout à fait responsables et capables de se réunir pour commencer -et je pense que c'est à cela que Laurence PARISOT faisait référence- effectivement, par un état des lieux. Mais quand on ne se parle pas franchement depuis des mois, il est bon, quand même, de faire un point précis et puis de vérifier quel est l'état d'esprit des uns et des autres, quelles sont les préoccupations, ce que l'on met derrière les mots...
HC : On va rappeler que les trois groupes de travail concernent le système d'assurance chômage -vous devriez trouver une solution dans les cinq mois-, le contrat de travail -vaste sujet, surtout en période électorale- et puis la sécurisation des parcours professionnels. En revanche, on l'a appris aussi, la présentation de l'avant-projet de loi sur le dialogue social a été repoussé. Est-ce que vous avez des précisions sur ce point-là ?
BVC : Je pense que ce projet de loi que nous appelons de nos voeux et que nous souhaitons voir voter avant la fin de la législature est légèrement décalé pour, d'une part, d'ultimes arbitrages, mais surtout pour faire en sorte que le dossier soit bien bordé sur le plan juridique avec le Conseil d'Etat, et puis peut-être aussi pour des raisons diplomatiques, de manière à ne pas déplaire au président du Conseil économique et social puisque vous savez que nous sommes en train de travailler sur le problème de la représentativité. Le CES doit voter un avis le 28 novembre prochain. Donc, il n'est pas exclu qu'il y ait un souci côté gouvernemental, d'attendre les conclusions du CES pour mettre en avant ce texte.
HC : Donc le texte devait être présenté le 27 octobre ; donc pour vous, ce ne sera pas avant début décembre ? Si c'est le 28 novembre, l'avis du CES...
BVC : J'espère qu'on trouvera une juste articulation pour respecter le calendrier, respecter les contraintes des uns et des autres ! Vous savez que ce texte doit être présenté devant la Commission nationale de la négociation collective, qu'il doit recevoir l'aval du Conseil d'Etat, passer en Conseil des ministres bien entendu, et être examiné au Parlement. Donc, quand on sait que la session parlementaire s'arrête le 22 février prochain, il ne reste plus beaucoup de temps...
HC : Cela laisse effectivement, peu de temps. Bernard THIBAULT, le secrétaire de la CGT, lui, était plus réservé sur... Il a dit qu'il était déçu par ce sommet, mais en même temps, il a indiqué ce matin qu'il n'était pas question, pour la CGT, de jouer à la chaise vide dans ces groupes de travail. Vous vous en félicitez ? Mesure de sagesse ?
BVC : Oui ! Absolument. C'est ce que j'avais senti de la part de Bernard THIBAULT hier, il était réservé et prudent -ce que je conçois parfaitement- mais il me semble que nous avons une démarche de construction commune et il est important, tout au moins dans ces prémices, que nous montrions que nous sommes en capacité d'avancer ensemble.
HC : Un des thèmes, donc, concerne le contrat de travail. On sait que le MEDEF veut discuter un peu autour de la précarité, de la flexibilité aussi. Dans une interview, que peut-être vous n'avez pas encore eue, Dominique de VILLEPIN, le Premier ministre, dans le journal LE MONDE, autour de la flexibilité justement, l'assouplissement du contrat de travail, il dit que c'est vrai que le CPE, c'était de faciliter l'embauche des jeunes sans diplôme ni qualification, l'objectif du CPE, c'était justement de faciliter cela, pardon, mais il dit : " Cette intention n'a pas été comprise. J'en ai tiré les leçons, mais il faudra bien re-poser la question "...
BVC : Oui, la question majeure, c'est comment fait-on pour diminuer sensiblement le taux de chômage des plus jeunes. On sait qu'il est du triple du taux de chômage moyen. Nous y travaillons depuis de nombreux mois, c'est cet après-midi, d'ailleurs, que Monsieur HETZEL va remettre son rapport au Premier ministre...
HC : Absolument, un rapport très attendu, un peu, sur les grandes orientations université-emploi...
BVC : Je crois, vous savez que la CFE-CGC avait proposé, pendant la crise du CPE, que l'on travaille davantage sur l'orientation dès le plus jeune âge, nous avions proposé un passeport " orientation-formation ", pour sensibiliser les jeunes, les parents, les enseignants, les conseillers d'orientation dès la classe de 4ème ou de 3ème sur les parcours à construire pour amener le jeune vers des qualifications qui débouchent sur un emploi. Pour ce qui est du contrat de travail, effectivement, nous allons en parler avec le MEDEF, mais tout le monde est bien conscient du fait que, compte tenu du nombre de branches d'activités dans notre pays, compte tenu de tous les types d'emplois, y compris saisonniers, il faut être extrêmement prudent et construire quelque chose qui soit cohérent et qui assure la cohésion. C'est vrai que Monsieur de VILLEPIN n'a pas su du tout expliquer sa démarche, et surtout qu'il a été très rétif à tout dialogue, comme vous vous en souvenez, en janvier-février-mars...
HC : Il disait qu'il était incompris... Juste un mot en conclusion : " un diagnostic partagé doit être obtenu au cours du premier trimestre 2007 entre les différents partenaires sociaux ", réaliste ? Irréaliste ?
BVC : Réaliste !
HC : Réaliste ! Ecoutez, bravo de cet optimiste, Bernard VAN CRAYENEST, je rappelle que vous êtes le président de la CFE-CGC. Source http://www.cfecgc.org, le 26 octobre 2006