Interview de M. Xavier Bertrand, ministre de la santé et des solidarités, à France Info le 20 février 2007, sur la fraude aux prélèvements obligatoires et les propositions Mme Ségolène Royal, les sondages de l'élection présidentielle et la candidature de M. Nicolas Sarkozy.

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Média : France Info

Texte intégral

O. de Lagarde - Vous êtes porte-parole de N. Sarkozy. On va bien entendu parler de S. Royal à la télévision, hier, on parlera de F. Bayrou. [...] Ce chiffre révélé par Les Echos : la fraude aux prélèvements obligatoires atteindrait 30 à 40 milliards d'euros chaque année. C'est l'équivalent du déficit budgétaire, c'est le chiffrage des programmes des candidats. Alors, si on combat la fraude, on a résolu tous nos problèmes ?
R - Si on combat la fraude, déjà, on aura répondu à cette question d'équité, c'est que tout le monde doit cotiser et personne ne doit s'amuser à contourner le système, c'est d'ailleurs ce que l'on a commencé à faire, vous savez, pour la partie qui est la mienne, dans le domaine social j'ai installé un Comité national de lutte contre les fraudes, où tout le monde échange les meilleurs moyens d'être efficace, tous les organismes de Sécurité sociale au sens large, que ce soit pour l'Assedic, que ce soit pour l'assurance maladie et on obtient des résultats. On parle de plus en plus aujourd'hui des fraudes, ce n'est pas qu'il y en a plus, mais c'est surtout maintenant que les affaires sortent, parce que nous sommes déterminés à mettre un terme aux fraudes et aux abus.
Q - La fraude la plus importante, c'est celle concernant la TVA ?
R - Oui, les déclarations à la TVA, mais il n'y a pas que celle-ci, vous savez, on sait aussi que dans le domaine de la Sécurité sociale, il y a des fausses déclarations, on le sait pour les arrêts de travail, et si nous avons complètement inversé la tendance en matière d'arrêts de travail, s'ils baissent aujourd'hui, c'est tout simplement parce qu'on assume le fait de contrôler de sanctionner ceux qui fraudent. Il faut surtout que ceux qui sont tentés par la fraude se disent aujourd'hui qu'avec des outils juridiques, avec les systèmes informatiques, on ne peut plus passer au travers des mailles et donc qu'il convient d'arrêter ces procédés tout de suite.
[...]
Q - Je regardais la presse, ce matin, comme vous, j'imagine, et elle n'est pas mauvaise pour S. Royal. Vous, vous l'avez trouvée comment ?
R - Ecoutez, moi, je n'ai pas vocation à être commentateur de la prestation, hier, de madame Royal. Ce que je remarque surtout, c'est que les Français avaient des questions précises à lui poser et elle a eu des réponses qui étaient des réponses floues. On n'a pas eu, à un moment donné, la réponse à la question : "comment vous allez faire ?" Parce que je crois qu'aujourd'hui les deux questions fondamentales qui se posent, c'est comment on compte mettre en oeuvre, justement, les promesses qui ont été faites par madame ROYAL ? Et avec qui les mettre en oeuvre ? Et je crois que sur ces deux questions là, elle a été à côté des attentes des Français. Vous savez, commencer toute réponse par : "Vous avez raison" ou "Je suis d'accord avec vous ", ça ne fait pas un projet politique, ça ne fait pas un projet de société et ça, en tout cas, ça n'est pas une vision pour la France, et ça, ça manquait profondément hier.
Q - Hausse du SMIC, augmentation des petites retraites, ça ce sont des propositions concrètes qu'elle a faites ?
R - Non non, attendez, ça...
Q - Elle est la candidate des petits contre les riches ?
R - Non, ça c'est un effet d'annonce parce que l'augmentation du SMIC, sans rien faire, sans coup de pouce particulier, à la fin des 5 ans qui viennent, au rythme où nous progressons actuellement, ça sera au rendez-vous. Donc c'est-à-dire qu'elle ne propose rien de nouveau. L'augmentation des petites retraites, soyons concrets, l'augmentation des petites retraites, avec la réforme Fillon, ces petites retraites, notamment au début 2008, seront revalorisées, justement, de 5 %, ce qui montre bien que sur des dossiers comme celui-ci, elle cherche à faire en quelque sorte du neuf alors que c'est déjà la réalité. Donc, voyez, on est dans l'effet d'annonce, et puis surtout, sur la question des retraites, elle n'a pas répondu à la question de fond : Qu'est-ce qu'elle compte faire de la loi Fillon ? Est-ce qu'il faut s'en tenir au projet socialiste qui voulait abroger la loi Fillon ? Ce qui est une hérésie la plus complète, et puis aussi une autre question : qu'est-ce qu'elle compte faire sur les régimes spéciaux ? Prenez N. Sarkozy, nous indiquons, nous, que nous voulons revaloriser justement les petites retraites, pas seulement le minimum vieillesse mais aussi les retraites des commerçants, des artisans, des agriculteurs. On veut augmenter pour plus de 3 millions de Français, mais N. Sarkozy explique comment nous allons faire, notamment en réformant les régimes spéciaux. Vous voyez, la question la plus importante, c'est comment on va faire ? Jamais elle n'a répondu à cette question : comment elle veut faire ?
Q - Les sondages donnent aujourd'hui beaucoup d'avance à N. Sarkozy sur S. Royal, en revanche, s'il y avait un deuxième tour Sarkozy/Bayrou, eh bien ça serait, à en croire les sondages, ce serait Bayrou qui l'emporterait...
R - Vous vous rappelez 2002 ? Les simulations, de second tour, qui bien souvent donnaient L. Jospin vainqueur au second tour. Vous vous rappelez de ce qui s'est passé ? Il n'a pas été qualifié pour le second tour.
Q - Justement, c'est pour ça que l'on étudie toutes les possibilités de second tour.
R - Non, ça, ça s'appelle justement de la politique fiction, parce que le vrai sujet aujourd'hui c'est que quand vous avez un escalier qui se monte, il se monte marche par marche et vous avez déjà la marche du premier tour. Aujourd'hui, monsieur Bayrou essaie, en faisant en quelque sorte le grand écart, de pouvoir faire un appel du pied aux électeurs socialistes, parce que justement il y a beaucoup de socialistes qui se rendent compte que la campagne de S. Royal est en panne, il cherche - F. Bayrou - à profiter des difficultés, justement, de S. Royal. Voilà la seule réalité qui compte, le reste, c'est de la politique fiction.
Q - Alors, justement, F. Bayrou qui souhaite prendre un Premier ministre de gauche, s'il est élu. A votre avis, les ponts sont totalement rompus entre l'UDF et l'UMP ?
R - Ecoutez, ce n'est pas forcément que nous avons lorsque nous échangeons avec des parlementaires UDF...
Q - Avec A. Santini ?
R - Pas seulement avec A. Santini, vous savez, il y a de nombreux parlementaires, aussi, de l'UDF, qui ont bien conscience que leur électorat est un électorat de droite et qu'en tout état de cause ils n'ont rien à voir, notamment avec la position ou les propositions de S. Royal, qui est quand même, ne l'oublions pas, sur des sujets de fond, la championne de l'esquive, et ça ce n'est pas quelque chose qui convient notamment à l'électorat de l'UDF. Non, je crois qu'il y a un positionnement politique de F. Bayrou, mais il n'a pas de projet politique, il n'y a pas le projet de société que les Français attendent, mais ça je crois que c'est aussi le plus important. Dans cette campagne, vous voyez, il faut bien répondre aux deux questions : comment on va faire et avec qui on va le faire ? Et quand on revient notamment à l'émission d'hier soir, ce qui m'a marqué, c'est qu'on voit quand même que S. Royal a fait le choix d'être seule. L'élection n'a pas encore eu lieu qu'elle en est déjà à son deuxième ou troisième remaniement dans son équipe. C'est quand même quelque chose de profondément inquiétant. Il y a eu les problèmes avec monsieur Besson, il y a eu les problèmes avec monsieur Montebourg, il y a monsieur Hollande que l'on entendait beaucoup moins, donc là je crois que l'on a un problème pour voir quelle équipe est autour d'elle et je crois qu'elle a choisi d'être seule. Ce n'est pas comme ça, aujourd'hui, que l'on fait de la politique dans notre pays.
Q - Alors, n'y a-t-il pas trop de monde autour de N. Sarkozy ? Et surtout doit-il encore rester au ministère de l'Intérieur ? Vous avez vu sans doute le Financial Times, hier, qui le dit dans son éditorial : N. Sarkozy doit quitter la Place Beauvau, il y a conflit d'intérêts pour ce grand quotidien.
R - Vous savez, ce que disent et ce que pensent les Français, c'est que c'est N. Sarkozy qui est aujourd'hui le mieux placé pour assurer leur sécurité. Prenez notamment le bilan des...
Q - Mais il a le temps de faire tout ?
R - ... le bilan des années Jospin en matière de sécurité. Regardez le bilan de N. Sarkozy. Il n'y a pas photo un seul instant. Il est efficace, et vous savez aujourd'hui, si le courant passe entre N. Sarkozy et les Français, c'est parce qu'ils s'aperçoivent, depuis notamment 5 années, que dans les fonctions ministérielles qui ont été les siennes, il a été efficace et il a fait bouger les choses. C'est ce qui donne d'ailleurs beaucoup de crédibilité pour montrer que ce que nous proposons, nous le ferons et c'est aussi avec un sujet, en ce qui nous concerne, nous avons, nous, le courage d'expliquer comment on fera les choses.
Q - Mais, le ministre de l'Intérieur, c'est celui qui organise les élections. Ça ne pose pas un problème, quand même ?
R - Attendez, vous avez posé cette question, à l'époque, à monsieur Jospin, quand il était Premier ministre et qu'il était candidat à la présidentielle ? On est à la fois dans un sujet très actuel, on ne pose la question que pour N. Sarkozy, alors que le problème aurait pu se poser quand F. Mitterrand était candidat, quand L. Jospin... ? Soyons sérieux, on n'est plus à une époque où les Préfets avaient un rôle d'organisation du résultat des élections. On est aujourd'hui avec des élections qui seront organisées dans la plus grande transparence. Ne plaisantons pas sur un sujet comme ça, la seule chose qui compte pour les Français c'est qu'aujourd'hui, N. Sarkozy est efficace pour s'occuper de leur sécurité, et ça, ça les intéresse.
Q - Et quand est-ce qu'il va quitter, concrètement, le ministère de l'Intérieur ?
R - Ça, ça n'est pas un scoop. Il a indiqué que de toute façon, à la fin du mois de mars, avant la fin du mois de mars, au moment notamment où il y aurait une période de réserve, qui s'impose à l'ensemble des membres du Gouvernement, il quitterait ses fonctions.Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 21 février 2007