Interview de M. François Sauvadet, président du groupe parlementaire Le Nouveau Centre à l'Assemblée nationale, à La Chaîne Info LCI le 11 juillet 2007, sur le rôle du Nouveau Centre dans la majorité présidentielle, et notamment son soutien à la politique fiscale.

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Média : La Chaîne Info

Texte intégral

Michel Field : Le Nouveau Centre n'est-il pas la première victime de l'ouverture pratiquée par le président de la République ?
François Sauvadet : Assurément Non
Michel Field : L'impôt sur la fortune existe t-il encore ?
François Sauvadet : Oui
Michel Field : En claquant les portes des instances du PS, Jack Lang fait-il toujours partie de la famille socialiste ?
François Sauvadet : Oui
Michel Field : Hervé Morin a t-il remplacé François Bayrou en tant que leader centriste ?
François Sauvadet : Oui
Michel Field : Alors vous avez dit que l'UMP respectait assez ses alliés centristes, vous êtes encore vigilant, notamment vis à vis du patrimoine génétique que certains centristes s'accordent à attribuer au RPR ?
François Sauvadet : Non attendez, nous on n'a pas d'état d'âme, on est dans la majorité présidentielle, donc à chaque fois que l'on fait amendement visant à améliorer le texte et quand on entend que l'on a un pied dedans et un pied dehors, je crois qu'il faut mettre les choses très au clair. Nous sommes dans la majorité, nous entendons participer avec ce que nous sommes, avec notre histoire, notre engagement politique différent de celui de l'UMP, vous le savez bien. Nous porterons les valeurs qui sont les nôtres, c'est-à-dire humanisme, équilibre aussi dans les choix, pour avoir de la justice au rendez-vous de l'action politique, donc on sera une force de proposition pour être au rendez vous de l'attente des Français et en respectant les engagements qui ont été pris avec le Président de la République.
Michel Field : Vous serez peut-être une force de proposition mais si tous vos amendements sont refusés, vous allez vous lasser quand même ?
François Sauvadet : Non. Le débat commence, d'ailleurs, vous avez observé que dans le paquet fiscal, il n'y a pas simplement le bouclier fiscal qui vise à plafonner l'imposition en France à 50% de l'ensemble des revenus. Il y aussi d'autres sujets comme les heures supplémentaires pour les quels nous serons très engagés, notamment pour une simplification du dispositif en direction des petits entreprises et des salariés eux mêmes. Mais il y aussi d'autres dispositifs comme les droit de succession. Par exemple, nous avons fait passer un amendement visant à ce que l'on règle le problème entre frères et soeurs dans les lignes de filiations directes, donc vous voyez, nous sommes entendu, simplement, il y a un débat légitime pour savoir ce qui doit être pris en compte dans le cadre du bouclier fiscal.
Michel Field : Vous serez prêts à retaper du point sur la table si jamais Jean-François Copé était trop surgi ?
François Sauvadet : Oui mais je crois qu'il a compris que nous étions dans une majorité voulue par le président de la République, ouverte. J'entends les états d'âmes de l'UMP sur cette ouverture. Je n'en ai pas, notre groupe n'en a pas. Nous pensons le contraire.
Michel Field : Il y a plus de ministres issus de la gauche au sein du gouvernement que de ministres issus du Nouveau Centre, est ce que ça veut dire que vous vous êtes ralliés trop vite.

François Sauvadet : Cela a peu d'importance, vous savez qu'il y a des ministres très compétents, Hervé Morin au ministère de la Défense, qui n'est pas un ministère anecdotique, et puis il y a André Santini, Valérie Létard. Chacun participera. Nous avons un groupe qui est très impliqué.
Moi, je crois qu'il appartient au Président de la République de dire les conditions dans lesquelles il constitue le gouvernement. Ce qui est sur c'est que les Français veulent que l'on se rassemblent, que l'on rassemble toute les compétences pour faire gagner la France et que l'on soit au rendez vous de l'attente. Vous savez, quand 85% des gens vont voter en disant « on a beaucoup d'espérance dans ce qu'il va se passer » c'est une question morale d'être au rendez vous du résultat. Alors, après il appartient au Président de la République de fixer les règles du jeu et de savoir quelles sont les compétences dont il entend mettre au service de la France au sein du gouvernement.
Michel Field : François Bayrou que vous avez soutenu durant la campagne présidentielle avait fait comme axe de sa campagne, l'insistance et la pédagogie sur la dette, sur le déficit des comptes publiques. Les jours derniers on a vu que l'option du gouvernement c'était de le laisser filer en tout cas jusqu'en 2012. Est-ce que la il n'y a pas quelque chose qui est quand même en germe, une différence entre vous et la politique gouvernementale ?
François Sauvadet : Je crois que d'abord, il y a une vraie volonté du gouvernement, que nous partageons, d'être au rendez vous de la croissance, de l'emploi aussi pour les personnes et vous savez qu'il y a aussi le retour vers l'emploi et cet engagement qui est pris d'essayer d'assouplir les formules pour éviter que l'on installe dans un système de solidarité qui est extrêmement perturbant pour les individus, donc tout ça participera à la croissance. La dette, vous avez l'engagement du Président de la République, qui s'est exprimé d'ailleurs a Bruxelles en disant que nous serons au rendez-vous de l'équilibre en fonctionnement en 2010 si la croissance est au rendez-vous ou en 2012 si la croissance n'est pas au rendez-vous en tout cas dans les 5 ans qui viennent. Nous, ce que nous proposons au sein du groupe Nouveau Centre, c'est que les 13 milliards de dépenses nouvelles qui seront un levier de croissance, sur le travail, sur la fiscalité, nous devons les financer dès maintenant. C'est à dire que l'on augmente pas la dette et que nous prenons des mesures d'économie. On a fait trois propositions, d'ailleurs une d'entre elle a été retenue notamment un pacte de stabilité entre les collectivités territoriales, vous savez que l'on a des concours très importants au sein des conseils généraux, conseils régionaux, auprès des collectivités, donc que l'on stabilise et que l'on partage l'effort entre les collectivités et l'état. C'est une première mesure qui est retenue. Ce sera un facteur d'économie. Nous avons proposé notamment de plafonner les niches fiscales car il y a 240 niches fiscales en France. Donc plutôt que d'y aller à la pioche, on maintient une imposition minimum alternatives. C'est à dire que l'on ne peut pas cumuler tout les avantages fiscaux, toutes les niches fiscales donc on pose un plafonnement et puis une dernière mesure, il faudra que l'on ait une réflexion sur les aides qui sont apportées aux très grandes entreprises. Après tout, on avait pris des engagements pour soutenir la très petite entreprise et la PME qui est un facteur d'emplois dans le pays donc on souhaite que ce soit ciblé dans ce secteur la. Donc voilà on propose des chemins pour parvenir aux économies qui est l'objectif moral de ne pas augmenter la dette dans notre pays et d'être en équilibre de fonctionnement.
Michel Field : L'ISF vidé de sa substance ?
François Sauvadet : Oui vous savez, je crois que l'on a un vrai problème en France que le Président de la République a eu raison de poser devant les Français c'est que nous avons une sur-imposition qui a conduit tant de nos compatriotes à quitter la France parce que le niveau de fiscalité était devenu trop confiscatoire. Donc la proposition qu'il a faite c'était de plafonner l'impôt à hauteur de 50%, alors il y a un débat que nous avons lancé, qui est si oui ou non dans ce plafond, il faut inclure la CSG et la CRDS donc une proposition de l'exclure en même temps que les impôts locaux. Pour ne pas que l'on se retrouve dans une situation où on sort avec un impôt sur le revenu qui serait inférieur a ce que l'on connaît aujourd'hui c'est à dire 39%. Voilà, on a porté le débat, il a été entendu à l'UMP, vous l'avez observé, à la commission des finances les amendements que nous avons déposés ont été soutenus y compris par des députés UMP. Alors j'ai bien compris que Monsieur Copé remettait un peu d'ordre dans son groupe. En tout cas, pour le notre nous continuerons à être une force de proposition.
Michel Field : Vous allez être un peu la mouche de coche ?
François Sauvadet : Je ne sais pas si la formule est bonne, je ne me sens pas mouche. ON est une force de proposition, on est motivé, on est moderne, on a envie de faire bouger la France, voilà c'est pour cela que l'on s'appelle le Nouveau Centre. On veut pas simplement rester dans une posture. On décernerait des bons points , critiques ou positifs, on va mettre les mains dans le cambouis et on faire en sorte d'être au rendez vous des Français.
Michel Field : Vous avez vous François Bayrou depuis ces élections.
François Sauvadet : Oui je dois vous dire que je l'ai vu à l'Élysée lorsque le président de la République a rendu compte du travail qu'il avait fait à Bruxelles sur le traité simplifié.
Michel Field : Vos rapports sont bons ou inexistants ?
François Sauvadet : J'ai de l'amitié pour l'homme, un désaccord politique profond. Je suis respectueux des hommes. C'est un homme pour lequel j'ai une amitié mais voilà, je suis en désaccord politique profond avec sa stratégie qui va le mener à l'isolement.
Michel Field : C'est irrémédiable ?
François Sauvadet : Au fond, oui parce qu'il pense qu'il n'y aura pas d'autre stratégie. Mais il y en a d'autres. Moi même j'ai expliqué à mes électeurs pourquoi j'ai fais le choix d'être au coté de Nicolas Sarkozy qui précisément voulait l'ouverture que l'on avait tant demandé. Il la pratique et je vais vous dire, moi, contrairement à certains membres de l'UMP je n'ai aucun état d'âme vis à vis de l'ouverture je trouve même ça bon et saint pour le pays.
Michel Field : Hervé Morin a-t-il remplacé François Bayrou en tant que figure emblématique du centrisme ?
François Sauvadet : Oui, je crois qu'Hervé a des qualités personnelles, des qualités d'engagement, des qualités de sérieux et puis d'amitié, naturellement nous serons à ses cotés, nous formerons une équipe, mais vous savez, nous travaillerons dans la collégialité. On va reproduire les schémas du passé. On avait un parti derrière un homme et je crois que l'homme est parti tout seulet le parti est parti de l'autre coté. Les autres députés nous ont dit que nous étions utiles pour essayer de défendre nos idées.
Michel Field : Jack Lang quitte la direction de son parti, votre appréciation sur ce qui se passe au PS ?
François Sauvadet : Jack Lang a raison d'avoir fait ce choix, les Français attendent de nous que dans le respect de nos divergences de nos différences, on participe tous à la modernisation.
Michel Field : Il y a un petit coté tactique quand même...
François Sauvadet : Mais le parti socialiste s'affaiblie lui même. Ce qui pensent que c'est parce qu'on va chercher des compétences au parti socialiste l'affaiblie se trompent. Le parti socialiste est faible. Il n'a pas fait son travail de réflexion. D'ailleurs tous les leaders socialistes le reconnaissent même Ségolène Royal disait que les propositions qu'elle a porté n'étaient pas celles qu'elle souhaitait porter. On voit qu'ils ont tout un travail à faire. Je pense que le parti socialiste est dans une phase de repli. Ce n'est pas bon pour lui, ce n'est pas bon pour la démocratie.Source http://www.le-nouveaucentre.org, le 13 juillet 2007