Déclaration de M. Hervé Morin, ministre de la défense, sur les actions de la défense en faveur de l'égalité des chances, à Paris le 13 septembre 2007.

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Circonstance : Présentation du plan ministériel Egalité des chances, à Paris le 13 septembre 2007

Texte intégral

Je souhaite évoquer le plan en faveur de l'égalité des chances que nous allons mettre en place et pour lequel j'avais demandé aux armées de me faire des propositions dès mon arrivée. J'ai déjà eu l'occasion d'en préciser les grands axes lors de ma visite du CIRAT de Seine-Saint-Denis, en juillet dernier.
A titre personnel, j'ai toujours considéré l'égalité des chances comme un sujet sensible. Permettez-moi également de remercier les armées pour le rôle extraordinaire qu'elles ont joué dans la préparation de ce plan.
Tout d'abord, je souhaite évoquer la « panne de l'ascenseur social » et l'absence de promotion sociale dans notre pays.
J'ai demandé aux grandes écoles les plus connues : Polytechnique, Normale Sup', HEC, ENA, de comparer le pourcentage d'élèves issus de milieux modestes entre 1955 et 2005. Ainsi, en 1955, ces jeunes représentaient 29 % des promotions de ces quatre grandes écoles ; 50 ans plus tard, cette proportion n'est que de 9 %. En revanche, les jeunes issus des familles de cadres supérieurs représentent 85 % des élèves de ces grandes écoles. Le système français demeure encore trop marqué par l'endorecrutement.
Ensuite, il faut souligner que le ministère de la Défense est probablement le lieu où la promotion sociale a véritablement tout son sens. La possibilité de progression dans la hiérarchie de notre institution est absolument remarquable. Ainsi, 50 % des sous-officiers sont issus des militaires du rang et 50 % des officiers sont issus des sous-officiers. Ainsi, des militaires du rang peuvent devenir officiers, officiers supérieurs, voire généraux.
L'idée centrale du plan d'égalité des chances est de donner toute sa place au mérite individuel. Aucune mesure ne met en oeuvre des mécanismes de « discrimination positive » : la couleur de la peau ou les origines ethniques ne peuvent pas être des critères de sélection. Loin de galvauder les concours d'entrée aux grandes écoles, mon idée est d'aider les jeunes de condition modeste quelle que soit leur origine sociale.
Le plan d'action concerne toutes les grandes écoles du ministère de la Défense : L'école spéciale militaire de Saint-Cyr, l'Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale, l'Ecole navale, l'Ecole de l'Air, les Ecoles de santé de Lyon et Bordeaux, les écoles de la DGA, qu'il s'agisse de l'ENSIETA, de l'ENSTA, de Sup'Aéro ou de l'ENSICA.
De plus, ces mesures vont s'appuyer sur les lycées militaires qui vont nous permettre de mener en amont un certain nombre d'actions.
Une de ces actions sera la mise en place du tutorat. Ce tutorat passera par deux phases. La première phase, qui va commencer dès à présent, consistera à envoyer des élèves officiers des grandes écoles au contact des lycéens pour susciter des vocations.
A la suite de cette campagne d'information, un suivi et un tutorat des jeunes pendant les trois années de scolarité en lycée seront institués. Je précise, en outre, que les lycées concernés ne sont pas uniquement situés en zones d'éducation prioritaires (ZEP). L'objectif est de suivre, dès l'année prochaine, 150 jeunes.
Je constate souvent qu'il y a deux façons d'aborder les réformes. La première consiste à afficher des objectifs importants mais irréalistes. La seconde, qui est la mienne, est de présenter des objectifs crédibles sur lesquels chacun des acteurs devra rendre des comptes.
Au sein des lycées militaires, nous allons mettre en place des classes tampons afin de poursuivre le tutorat initié depuis les classes de 2nde, 1re, terminale, et éventuellement en classe préparatoire.
Parallèlement, nous allons élargir, dès à présent, le recrutement des lycées militaires. Aujourd'hui, dans les lycées militaires, 70 % de jeunes sont issus de familles de militaires et 30 % de familles de fonctionnaires. Le nombre de scolarisés dans les lycées militaires est d'environ 4 000 jeunes. Nous souhaitons conserver la proportion de 70 % de jeunes issus de parents militaires, mais désirons que 20 % de jeunes soient issus de familles de personnels civils, notamment de catégorie C, du ministère de la Défense. Nous leur donnerons la priorité. Les 10 % restants seront ouverts à des jeunes de condition modeste, qui intégreront les lycées militaires dans les mêmes conditions que les autres. Cela représentera environ 400 jeunes issus de familles de conditions modestes dans les lycées militaires.
Un élément important de cette politique est aussi la relance de l'esprit de l'école de Strasbourg supprimée en 1985 : il s'agit de permettre à des fonctionnaires civils de catégorie C et à des militaires du rang de passer ou repasser le baccalauréat en bénéficiant de la qualité des lycées militaires.
A destination des jeunes en grande difficulté, nous allons lancer l'expérimentation de « classes relais » dans deux lycées militaires volontaires qui accueilleront deux classes de quinze jeunes. En cas de succès, nous procéderons à la généralisation de cette mesure.
Un autre axe important du plan est la sensibilisation aux métiers militaires afin que l'armée soit ressentie par tous comme un lieu d'intégration républicaine, ce qu'elle est par excellence. Nous avons prévu trois mesures :
La première concerne la mise en place des « cadets de la défense ». Une première phase, dès 2007, va concerner 150 jeunes de 14 à 16 ans. Ce dispositif vise à trois buts : tout d'abord, faciliter la mixité sociale, ensuite, permettre aux jeunes de connaître l'armée avant l'âge de la préparation militaire, enfin, créer et renforcer, grâce aux jeunes, le lien Armée-Nation.
La seconde vise à mettre en valeur les périodes militaires d'initiation ou de perfectionnement. Un volume de 15 000 jeunes par an est visé en 2008 pour une durée moyenne de préparation de deux à quatre semaines. Ce dispositif permettra au ministère de la Défense de sélectionner en amont les recrutements dont il pourra avoir besoin.
La troisième consiste à renforcer l'action des réservistes locaux à la jeunesse et à la citoyenneté (RLJC). Ils sont un lien essentiel pour permettre aux jeunes de découvrir le métier militaire. J'ai pu constater, lors de ma visite du CIRAT de Seine-Saint-Denis, leur motivation. Les RLJC sont environ 50 aujourd'hui, notre objectif est de parvenir à 200 pour la fin 2008.
Parallèlement à ces mesures, l'effort de Défense en faveur du dispositif « défense deuxième chance », dont le bilan est positif, sera maintenu. Si le financement des centres relève du ministère de l'Economie, des Finances et de l'Emploi, le ministère de la Défense poursuit ses efforts par la cession gratuite, équivalente à 70 millions d'euros, d'emprises du domaine militaire.
Par ailleurs, le plan d'égalité des chances ne saurait être efficace sans une amélioration de la formation qualifiante. Nous allons, en direction des jeunes de milieu modeste, augmenter les stages d'accueil en formation qualifiante au sein même des établissements de la Défense en mettant en place une bourse des stages sur Internet.
Voilà l'essentiel de ce plan, qui s'inscrit pleinement dans une des priorités du gouvernement. La Défense, en matière d'égalité des chances, a un rôle significatif à jouer, du fait non seulement de sa tradition d'intégration sociale mais aussi, plus concrètement, parce qu'elle est le premier employeur de France avec 30 000 personnes recrutées tous les ans.

source http://www.defense.gouv.fr, le 18 septembre 2007