Texte intégral
J.-J. Bourdin.- D'abord revenons sur ce qui c'est passé tôt ce matin vers 6 heures : des exactions commises sur des lignes TGV.
R.- Je viens de l'apprendre. On ne peut que dénoncer. L'outil de travail est à protéger dans tous les cas, même dans un cas de conflit. En plus, on est là devant un service public, donc le service public est aussi à protéger. Maintenant, on ne sait pas qui a fait ces actes, mais de toute façon, quel que soit l'auteur ou les auteurs, c'est à dénoncer le plus fermement possible.
Q.- Est-ce que vous êtes un traître ? Parce que j'ai entendu, vous aussi ?
R.- Il faut demander...
Q.- "C'est un traître !" ; "Sarkozy-Chérèque, même combat !" ; "Oui à l'unité, non à la collaboration" ; "Chérèque, pas de couteau dans le dos !..." Vous avez entendu tout cela hier ?
R.- Vous savez, je pense qu'il y a du sectarisme derrière cela, c'est-à-dire que la pensée unique...
Q.- D'où vient d'où ce sectarisme ?
R.- Il vient de la part des personnes qui ont proféré ces propos hier dans la manifestation, des militants de la CGT, des militants d'extrême gauche qui n'acceptent pas que l'on puisse penser différemment d'eux. Je suis à la tête d'une confédération dans laquelle il y a des salariés des services publics de ces entreprises, dans laquelle il y a des fonctionnaires, dans laquelle il y a des salariés du privé. Et je représente tout le monde et je défends l'intérêt de tout le monde. Et en accord avec les cheminots CFDT, j'ai appelé à la reprise du travail pour ouvrir les négociations, pour deux choses : pour amener des contreparties pour les cheminots, parce que là il s'agit des cheminots, mais aussi pour tenir compte de la situation des usagers, parce qu'il y a des adhérents CFDT, aujourd'hui, qui galèrent et qui m'écrivent et qui disent, "François, il faut changer les choses !". Donc, je m'exprime au nom de la CFDT. On est en démocratie, et si on ne peut pas le faire simplement, je pense que c'est dommage !
Q.- Cela vous a fait mal ? Cela vous a touché ?
R.- L'amour propre, un petit peu toujours, quand on se fait insulter...
Q.- Vous avez été obligé de quitter le cortège, c'est vrai ?
R.- Non, c'est une information que je rétablis.
Q.- Alors rétablissons les faits...
R.- D'ailleurs, B. Thibault est sorti un quart d'heure avant moi. Donc on part toujours pour des raisons de sécurité, puisque malheureusement, on n'est pas toujours dans de la détente dans ces manifestations. On part toujours avant la fin et je suis parti avant la fin, un peu plus rapidement comme on le dit, que d'autres pour simplement me protéger.
Q.- Ce matin, sur RMC, dites-vous aux cheminots et aux employés de la RATP "arrêtez la grève" ?
R.- Mais je le dis depuis mercredi dernier.
Q.- Vous continuez à le dire ?
R.- Je le dis avec les cheminots, avec les salariés de la RATP CFDT ; les agents de la RATP CFDT ont arrêté la grève mercredi dernier, il y a une semaine, parce qu'ils ont commencé les négociations ; à EDF, ils ont commencé la négociation. Pourquoi ce qui est possible dans certaines entreprises n'est pas possible à la SNCF ? Tout simplement on a ....
Q.- Pourquoi ?
R.- Je ne sais pas. Parce qu'il y a des personnes à qui... Je pense que c'est un problème de fond...
Q.- Allons au fond...
R.- C'est qu'on n'a pas expliqué, on n'a pas débattu depuis des années avec ces salariés-là. Nous, nous l'avons fait à la CFDT, c'est la raison pour laquelle je suis en totale unité avec les militants CFDT de ces entreprises. Cela fait trois ans qu'on débat ! On sait que les 40 ans de cotisations sont inéluctables pour tout le monde, mais qu'il faut négocier des contreparties. Donc quand cela arrive, on n'a pas de difficultés.
Q.- Que demandez-vous lors des négociations qui s'ouvrent aujourd'hui à la SNCF et à la RATP, précisément ?
R.- A partir du moment où on change un pacte social en quelque sorte, on change un paramètre fort qui est celui de la retraite et de la durée de cotisation, il faut renforcer les autres. Donc cela veut dire des contreparties en termes de salaire pour que les niveaux de pension ne baissent pas.
Q.- Vous demandez des augmentations de salaires ?
R.- Non. On demande - c'est un peu comme dans la fonction publique, on l'a fait il y a trois ans - les cheminots, les gens de la RATP on des primes intégrées dans le salaire, mais qui ne participent pas à la cotisation pour les retraites. Donc on demande que ces primes soient insérées dans le salaire pour maintenir le niveau des retraites, si ce n'est l'augmenter parce que ce sont des basses retraites. Il y a ce problème-là.
Q.- C'est une condition incontournable ?
R.- C'est évident, mais tout le monde le comprend ! On a un engagement, on va négocier là-dessus. On a le deuxième élément, c'est la pénibilité. Il y a une mesure : tous ceux qui sont déjà rentrés à la SNCF et à la RATP gardent leur avantage sur la pénibilité. Par contre, ceux qui rentrent non. Par contre, on sait qu'il y a des métiers pénibles, il y a aussi des métiers pénibles dans le public comme dans le privé. Nous, on réclame que certaines personnes puissent partir plus tôt, parce qu'ils ont une espérance de vie plus faible. Donc on veut le négocier pour ces entreprises, comme on le fera dans le privé en 2008.
Q.- Est-ce qu'il y a aujourd'hui un accord tacite entre le Gouvernement et la CGT ? Vous parliez de "coproduction", vous avez dis, vous avez employé le mot "coproduction", "c'est une coproduction, cette grève, CGT-Gouvernement"
R.- Oui, je ne renie rien. Mais je ne dis pas que les deux, les deux sont ensemble pour s'organiser ensemble. Je dis qu'on arrivait à un moment avec une gêne des deux côtés. Le Gouvernement nous avait dit, "je ne négocierai pas s'il y a des grévistes" ; ce matin, il y a une négociation et ils sont grévistes. Donc le Gouvernement espérait qu'en prenant le temps, il y aurait moins de grévistes. Sauf qu'on est toujours dans la même situation. Et de la même façon, je pense que certains syndicats n'osaient pas demander aux salariés de reprendre le travail, donc espéraient tacitement que le nombre de grévistes allait baisser. C'est là que je dis qu'il y a une coproduction mais je ne dis jamais qu'ils ont acté ensemble...
Q.- Pas de connivence.
R.- Non, je pense qu'il faut respecter aussi...
Q.- Coproduction mais pas connivence ?
R.- Ce n'est pas parce qu'on est en désaccord qu'il ne faut pas respecter la position des uns et des autres.
Q.- Regardons le pouvoir d'achat, parce que c'est le fond du problème, on ne cesse de le dire ici sur RMC et sur BFM télé. D'abord première question : est-ce que vous êtes favorable à l'organisation d'un "Grenelle du pouvoir d'achat" ?
R.- Un "Grenelle", si c'est pour faire une grand-messe comme on sait en faire, qu'il n'en sort rien, il faut savoir ce qu'ils mettent dedans. Donc je trouve sympathique de proposer un "Grenelle", mais ce que j'aimerais bien entendre, ce sont des propositions. Qu'est-ce qu'il faut y faire ? On vient d'avoir une réunion déjà à ce niveau-là avec le ministère de l'Emploi, du Budget à Bercy. Nous, on a proposé trois directions importantes : d'abord, débattre de tous ces allégements de charges. Il y a 30 milliards d'aides aux entreprises sur les bas salaires, donc, résultat : on développe les bas salaires.
Q.- Donc il faut supprimer les baisses des charges sur les bas salaires ?
R.- Non, je ne dis pas qu'il faut supprimer, il faut dire aux entreprises, "on vous donne une partie de ces allégements de charges à condition que vous fassiez des efforts sur les salaires" mais sur la formation.
Q.- L'idée qui court - et N. Sarkozy pourrait l'annoncer dans les deux jours qui viennent -, c'est on aide les entreprises qui proposent - avec des baisses de charges par exemple -, des augmentations de salaires. Est-ce une bonne idée ?
R.- C'est une proposition que la CFDT fait depuis trois ans, et que le président de la République a repris dans son programme de campagne ; le Parti socialiste aussi. Il faut choisir (inaud.), il faut vraiment cibler. Il y a ce problème des salaires, et puis, il faut inciter les entreprises à former les salariés. Un des problèmes de l'économie française est qu'on n'a pas assez de salariés formés. En les formant, on a l'économie plus productive, plus efficace et on augmente les salaires parce qu'on a les salariés mieux qualifiés. Donc, je pense qu'il faut faire les deux.
Q.- Les deux ? Donc, on baisse les charges sur les entreprises qui offrent des augmentations de salaires...
R.- Et on incite à la formation.
Q.- Alors autre idée : le treizième mois sans charges. C'est une bonne idée ou pas ?
R.- Le treizième mois sans charges, cela va aider ceux qui ont déjà un treizième mois, c'est-à-dire les salariés des grandes entreprises.
Q.- Donc, ce n'est pas une très bonne idée ?
R.- Et puis surtout, on organise le déficit de la Sécurité sociale et du budget de l'Etat.
Q.- Les primes. Une prime spéciale pour Noël, là encore sans charges.
R.- Mais cela, cela se négocie dans les entreprises, ces éléments de prime. Il y a deux sujets de pouvoir d'achat qui pèsent énormément aujourd'hui : il y a le problème des loyers.
Q.- Qu'est-ce qu'il faut faire à votre avis ? Qu'est-ce que vous proposez ?
R.- Je demande depuis maintenant trois ans qu'on fasse un moratoire sur les loyers. C'est-à-dire qu'on dise que l'on stoppe énergiquement à l'augmentation des loyers. On dit : on ne peut plus augmenter les loyers et on débat.
Q.- Moratoire sur l'augmentation des loyers ?
R.- Oui, et on débat, avec les propriétaires, les bailleurs, avec l'Etat, avec les organismes HLM. Comment peut-on faire en sorte pour maîtriser cette augmentation des loyers ? Et comment on peut organiser, pour les plus modestes, le système d'APL, mais avec une modération des loyers. Puisqu'à chaque fois qu'on augmente l'APL, les propriétaires augmentent les loyers. Donc, inévitablement, cela passe dans la poche du loueur directement dans la poche du propriétaire. Donc il faut revoir ces systèmes, un moratoire de six mois pour voir comment on fait. Un chiffre important : pour les 20 % des salariés les plus modestes, leur niveau de loyers c'était il y a dix ans 21 % de leurs revenus, aujourd'hui c'est 44 % ! C'est énorme !
Q.- Vous parlez des loyers, autre piste ?
R.- Les transports : la CFDT demandait un chèque transport ; il a été créé par monsieur de Villepin et il n'est pas mis en place. Donc on souhaite qu'on puisse avoir... Là, ça peut être des éléments d'incitation à la négociation.
Q.- Mise en place pour janvier 2008, par exemple ?
R.- Oui, mais il existe, tout est fait, le décret. Mais il faut des incitations pour négocier dans les entreprises. On favorise les transports en commun parce que cela va être la priorité, parce que bien sûr il y a le problème de la pollution. Mais ceux qui sont obligés de prendre leur voiture, je pense en particulier en province, il faut les aider pour leurs déplacements professionnels, avec, peut-être, une possibilité dans ce transport de payer l'essence moins cher pour pouvoir aller travailler.
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 21 novembre 2007