Interview de M. Yves Jégo, secrétaire d'Etat chargé de l'outre-mer, dans "France Guyane" du 4 décembre 2008, sur les manifestations à propos du prix du pétrole en Guyane.

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France Guyane : On en est au dixième jour de blocage. Hier les élus locaux ont fait quatre propositions. Laquelle vous semble la plus intéressante ?
Yves Jégo : Elles sont toutes très intéressantes ! Mais malheureusement aucune de ces pistes nouvelles ne permet de répondre, à très court terme, à la revendication de ceux qui bloquent, à savoir obtenir une nouvelle baisse à la pompe tout de suite. Dés hier, je me suis rendu à Bruxelles pour plaider auprès de la commission européenne toutes les demandes visant à accroître les recettes de l'octroi de mer pour les collectivités de Guyane. Mais toutes ces mesures prendront du temps et il ne faut pas mentir aux guyanais, aucune de ces suggestions ne permettent d'envisager la baisse immédiate des prix ! Je le redis très clairement, il n'y a pas d'autres solutions pour satisfaire, dans les heures qui viennent, cette revendication, que celle qui consiste à accepter une baisse des taxes de la région.
France Guyane : Pensez-vous que l'on pourra arriver à une baisse de 50 centimes ?
Yves Jégo : Je vous l'affirme, les 50 centimes sont possible dés demain ! Depuis le début, j'ai consacré toute mon énergie pour trouver des solutions de court et de moyen terme afin d'aider à aboutir à ces 50 centimes. J'ai dis oui pour faire pression sur les pétroliers et j'ai obtenu un effort exceptionnel de 30 centimes. Je note d'ailleurs que personne, et pas même les élus si virulents aujourd'hui, n'avait jamais rien obtenu de tel ! J'ai dis oui à la demande d'un apport financier exceptionnel pour ne pas handicaper le fonctionnement des collectivités en faisant voter au Parlement ce mardi 10 millions d'euros. Il faut savoir que ces sommes qui compensent largement pour les 6 prochains mois la baisse de 20 centimes attendue sont désormais disponibles immédiatement. Je suis prêt à dire oui pour que cette enveloppe puisse aussi servir partiellement au fonctionnement des communes en grandes difficultés. J'ai dis oui aux revendications visant à remettre à plat, dans la durée au-delà des 6 prochains mois, les relations financières entre l'Etat et toutes les collectivités. J'ai même proposé à Antoine Karam, par écrit, avant hier, une méthode et un calendrier précis qui devra aboutir à trouver avant l'été 2009 de nouvelles recettes pérennes pour toutes les collectivités de Guyane. J'ai dit oui à un amendement sénatorial qui va permettre au Conseil général de Guyane d'augmenter ses recettes sur la fiscalité du tabac dés 2009. Cette simple mesure décidée hier au Parlement garantit, des l'année 2009, au moins 6 millions d'euros de recettes supplémentaires au Conseil General ! Je le dis clairement, le Gouvernement est inquiet des risques liés désormais à la poursuite de ces blocages. Je suis pour ma part totalement mobilisé et disponible pour répondre à toutes les questions ou demande de précisions même si j'ai malheureusement de plus en plus le sentiment que certains cherchent à faire de ce qui était à l'origine une revendication des consommateurs et des socioprofessionnelles un combat uniquement politicien. Dans ce dossier, les clés de sorties sont entre les mains du Conseil Régional et de lui seul ! Je le redis, nous apportons tous les crédits nécessaires pour la baisse des 20 centimes et même au delà pour les mois qui viennent et nous nous engageons clairement et solennellement à trouver des solutions durables pour que les collectivités de Guyane puissent obtenir de nouvelles recettes et comblent ainsi durablement l'effort qui doit être le leur aujourd'hui si l'on veut vraiment en sortir vite !
France Guyane : La balle est de nouveau dans votre camp. Que pouvez-vous répondre aux élus et sociaux professionnels guyanais sachant qu'une grande marche a leu lieu hier dans les rue de Cayenne ?
Yves Jégo : Il faut dire la vérité aux guyanais ! Et cesser d'essayer de vouloir faire de ces évènements une guerre entre deux élus de gauche et le Gouvernement. Il est un temps pour les manoeuvres de basse politique et il est un temps où chacun doit se mettre au service du peuple et avoir pour unique but l'intérêt général de la population. L'Etat ne touche pas de taxe sur les carburants. Les pétroliers ont été mis a contribution. Il ne reste qu'une solution pour y arriver : faire en sorte que les taxes régionales, dont je rappelle qu'elles sont en Guyane entre 30 et 50 % plus élevées que dans la Caraïbe, baissent immédiatement de 20 centimes. Je suis perplexe face à ceux qui en disant « non » ne semblent pas avoir conscience qu'ils ne disent pas « non » au Gouvernement, mais qu'en fait ils disent « non » aux revendications des guyanais eux mêmes ! Aujourd'hui, tout est en place financièrement et juridiquement pour que l'on évite une catastrophe économique sociale et humaine. Les guyanais attendent 50 centimes. Ils l'exigent ! Comment vont-ils comprendre et accepter longtemps cet entêtement de ceux qui prennent le risque de tout refuser ?
Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 9 décembre 2008