Tribune de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, dans "Valeurs Actuelles" du 15 janvier 2009, sur la réforme des collectivités locales, intitulée "Indispensable département".

Texte intégral

Lors de son discours de Toulon sur la crise mondiale, le 25 septembre 2008, Nicolas Sarkozy a fustigé la "mondialisation heureuse", rompant ainsi avec beaucoup de ses amis qui en ont été les zélateurs et les théoriciens, tels Alain Minc ou Jacques Attali. Lorsque, à la fin de son propos, il en est venu à proposer des solutions et des réponses à ce séisme financier, il a fait applaudir une seule idée concrète : « la suppression d'un échelon territorial». Il s'agirait, si l'on a bien saisi, pour répondre à la dissociation mortelle de l'économie réelle et de l'économie spéculative, de simplifier le contour même de nos collectivités territoriales.
Chacun aura bien compris que cette entreprise de simplification passe, dans l'esprit du président de la République et de son premier ministre, François Fillon, par la suppression des départements.
Or, ce serait là une grave erreur. Les départements ont une forte identité, alors que la plupart des régions n'en ont pas. Les départements font faire des économies aux contribuables parce qu'ils sont établis sur le circuit court de la décision et donc du moindre coût. Les régions, quant à elles, sont beaucoup plus lointaines. Elles multiplient les schémas et les impôts. Elles éloignent le pouvoir et la responsabilité.
Le grand malaise de la France d'aujourd'hui vient précisément de l'éloignement du pouvoir et de sa dilution à partir d'une dérive vers la concentration, la suppression des échelons de proximité (petits hôpitaux, etc.), bref vers l'urbanisation et l'agglomération systématiques. On vient de voir, dans le domaine financier, à quoi conduit cette idéologie du mastodonte. Ce que réclament les Français aujourd'hui, c'est plus de proximité pour plus d'attention. Je mesure chaque jour, à partir des succès économiques de mon département de Vendée, que nous avons forgés depuis vingt ans, à quoi correspond ce propos tiré de l'expérience quotidienne.
La proximité est la clé de tous les succès. Elle n'est pas au goût du jour. Ce qui est au goût du jour, c'est le mondialisme. L'homme qui est derrière la suppression des départements n'est autre que Jacques Attali, qui propose pour demain, dans chacun de ses livres, un monde unifié d'individus atomisés et nomades.
La vraie réforme territoriale devrait au contraire reposer sur les principes suivants :
- Le premier, le principe de la proximité, passe par la revalorisation des communes, des départements et de l'État, c'est-à-dire des trois échelons qui garantissent la protection de la France moderne.
- Le deuxième principe est celui de la responsabilité, qui permettra de faire beaucoup d'économies en supprimant le pullulement des structures inutiles de "démocratie participative" comme les pays et en contenant l'intercommunalité galopante. Il faut revenir à une intercommunalité de projets et non plus de gestion.
- Enfin, le troisième principe est celui de la masse critique, qui implique une nouvelle taille et une nouvelle mission pour les régions. Il faut passer de vingt-deux régions métropolitaines à onze pour qu'elles soient à la bonne échelle européenne et que leur seule préoccupation soit la prospective et les grandes infrastructures plutôt que cette gestion socialiste au jour le jour qui ne vise qu'à doublonner l'État et à démarquer les départements.
Le pouvoir en place a perdu successivement les municipales, les cantonales et les sénatoriales. Peut-être veut-il finir le travail en donnant le pouvoir aujourd'hui aux régions, qui sont à gauche, et, ce faisant, leur abandonner le terrain définitivement ?
Ce serait la fin de la France rurale, la France des territoires et des terroirs, la France de la province et du jugement autonome. Bref, un obstacle en moins - peut-être le dernier - sur le chemin de la "mondialisation heureuse". CQFD.Source http://www.pourlafrance.fr, le 26 janvier 2009