Texte intégral
L. Bazin.- V. Pécresse, bonjour, ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, ministre des facs donc. 6 encore bloquées ce matin, après 16 semaines de conflits, est-ce que vous diriez franchement, que le mouvement se termine ?
Oh je crois qu'il y a une envie vraiment ultra majoritaire de reprendre les cours, de passer les examens, de sauver cette année universitaire et de faire prévaloir l'intérêt des étudiants. Donc cette envie ultra majoritaire, maintenant il faut la traduire dans des plans de rattrapage et c'est ce que j'accompagne aujourd'hui avec les présidents d'universités.
Mais vous diriez quoi du mouvement, il se termine, il s'effiloche ?
Il y a quelques poches de radicalisation aujourd'hui. C'est-à-dire qu'il y a quelques facs, quelques sites qui sont bloqués, qui sont bloqués par la violence et ça, je le regrette parce que vraiment, il y a une envie des étudiants...
Il y a à Toulon 11 grévistes de la faim, ce matin qu'est-ce que vous leur dites ?
Je leur dis qu'ils se trompent de combat, qu'ils n'ont aucune crainte à avoir sur l'avenir de leur université et qu'au contraire, l'autonomie, cela va permettre à leur université de rayonner.
Et ils répondent : on ne vous croit pas. Et cela fait 16 semaines que cela dure.
Oui, mais là je comprends qu'il n'y a pas de geste possible, quand on est...
Le retrait. Ils demandent le retrait !
Quand on est dans un dialogue de sourds, parce que là, effectivement, ce que vous dites, c'est un dialogue de sourds - mais quand on est dans un dialogue de sourds, je crois qu'il faut à un moment donné que chacun fasse un pas vers l'autre. Je pense qu'il faut regarder comment cela se passe dans les 20 universités autonomes. Dans les 20 universités autonomes, cela se passe bien aujourd'hui. Donc je crois que vraiment, il faut que chacun d'entre nous ouvre les yeux sur les réalités. Moi ma porte est en permanence ouverte, hier j'ai reçu l'ensemble des syndicats étudiants pour les rassurer, pour leur parler d'un plan d'accompagnement des étudiants, en leur donnant des garanties. Je vais prolonger les bourses, pour les examens qui se dérouleront en juillet, en septembre, je vais prolonger les logements avec des loyers diminués par deux. Je vais garantir le contenu des plans de rattrapage des examens, donc je vais tout faire pour accompagner les étudiants dans cette période difficile et accompagner les facs dans cette période difficile. Mais sur cette question de l'autonomie, vraiment...
Vous ne bougerez pas !
Non, ce n'est pas ça, je voudrais, on est toujours capable d'améliorer des lois. Il y a toujours possibilité d'améliorer les choses. Mais vraiment que toute la communauté universitaire ouvre les yeux et regarde ce qui se passe dans tous les autres pays du monde. L'autonomie c'est la liberté, c'est la responsabilité et c'est comme ça que l'on réussit. C'est comme ça que les universités réussiront face aux grandes écoles, c'est comme ça que les universités réussiront en France face aux étrangères.
Pour l'avenir, pour cette année, comment est-ce que l'on sauve ces examens, est-ce que vous êtes prête à les sauver par la force ?
Aujourd'hui on est en train d'élaborer les plans de rattrapage avec les présidents d'université et les recteurs.
Il y en a combien pour l'instant, sur la table ?
On les a quasiment tous, il nous en manque que deux ou trois qui doivent nous parvenir dans les prochains jours. Et les recteurs ont toute l'attitude pour travailler avec les présidents d'université. L'exigence est évidemment qu'il y ait de vrais examens, qu'il y ait une vraie session de rattrapage et qu'il y ait une partie conséquente et suffisante des cours qui étaient rattrapés. Quand je dis "conséquente et suffisante", quand vous n'avez pas de diplôme, on peut imaginer qu'un certain nombre de cours soient rattrapés l'année prochaine. Mais quand vous avez un diplôme, il faut que le diplôme corresponde, il y a une habilitation nationale qui correspond à des vrais...
Coûte que coûte là-dessus ?
Non, pas coûte que coûte, monsieur Bazin, je crois que nous le devons aux étudiants, nous le devons à leurs familles, nous le devons, nous avons un devoir qui est de donner des diplômes nationaux qui ont une valeur. Et toute la communauté universitaire est d'accord là-dessus, les syndicats enseignants comme les syndicats étudiants. Il n'est pas question d'avoir des diplômes qui soient des diplômes de rescapés, surtout pas en période de crise aujourd'hui, c'est pour les étudiants.
Quand je vous disais par la force, la question c'est de savoir si vous êtes prête à les organiser, si on ne peut pas le faire dans les universités, dans des salles hors de l'université, si vous êtes prête à installer des vigiles, comme cela se passe à Tours en l'occurrence, employer des policiers pour filtrer l'entrée. Voilà, est-ce que cela peut être le climat d'un examen ?
Nous faisons ce que nous demandent les présidents d'universités. Vous savez qu'il y a une tradition qui est celle de la franchise universitaire, qui est une tradition qui est séculaire. Les forces de l'ordre n'interviennent dans une université, aux abords d'une université que si le président de l'université le demande et le requiert. Ce n'est pas une décision qui appartient...
C'était le cas à Toulon, la semaine dernière...
C'était le cas à Toulon, la semaine dernière, c'est le cas dans certaines facs. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il y a une telle demande des étudiants de reprendre que, quelquefois, il y a des échauffourées entre les jeunes qui sont encore dans le blocage, qui sont dans la radicalité et ceux qui souhaitent, l'immense majorité, avoir leurs diplômes. Et l'immense majorité est fragile.
Si un président vous demande de sécuriser l'entrée des examens, vous le ferez ?
Mais nous le faisons ! Nous le faisons tous les jours. Aujourd'hui, les examens se passent ; il y a des universités qui ont terminé leurs examens. Parce que c'est tout le paradoxe de ce mouvement, et moi je tiens à le dire à l'antenne, c'est qu'il y a 35 universités qui n'ont pas du tout été perturbées cette année et je le dis pour l'image de l'université française aussi auprès des familles ; il y a des universités qui n'ont pas été perturbées cette année - 35. Il y a une quarantaine d'universités qui aujourd'hui sont en train de rattraper les cours, passent les examens en ce moment même. Et puis il y a une dizaine d'universités qui ont plus de difficultés, plus de radicalité en leur sein et qui ont du mal à reprendre les cours dans leur intégralité - parce que cela dépend, il y a des sites bloqués. Nous les accompagnerons sur mesure, chacune d'entre elles. Et effectivement nous utilisons des locaux en dehors de l'université, nous trouvons toutes les solutions. Nous utilisons Internet, nous utilisons toutes les solutions possibles pour que les cours...
Vous sécuriserez les examens si c'est nécessaire, c'est une question ?
Non, mais on le fait aujourd'hui, on le fait d'ores et déjà aujourd'hui. Nous ferons tout ce que les présidents d'université nous demanderons pour que cela se passe bien.
Entendu. Il y a un président qui est très hostile, il y en a plusieurs, mais il y en a un qui est très hostile, c'est le patron de la Sorbonne Paris IV, Panthéon Sorbonne, qui se dit hostile à votre réforme. Il affirme que vous avez fait pression sur lui, que vous auriez agité la menace d'une mise sous tutelle de la fac s'il n'acceptait pas de participer au déblocage, est-ce que c'est vrai ?
Non, le code de l'éducation dit que les recteurs peuvent, dans le cas où une université ne remplirait pas ses missions de service public, effectivement prendre toute mesure pour assurer le bon fonctionnement du service public.
Donc vous lui avez dit clairement : cela doit s'arrêter là Monsieur, maintenant on débloque.
Je n'ai pas eu de contact avec Monsieur Molinié, puisque Monsieur Molinié ne souhaite pas avoir de contacts avec moi. Mais il y a aujourd'hui un dialogue entre Monsieur Molinié et le recteur de Paris pour voir comment on rattrape les cours.
Il n'y a pas eu menace, à votre connaissance ?
Mais enfin, comment voulez-vous... Menace sur quoi ?
V. Pécresse, on a parlé de la situation à l'université, on va parler politique au sens large maintenant. S. Royal hier a dit : "pardon, merci s'il vous plaît, pardon", notamment pour la colonisation et l'esclavage, cela fait trois fois maintenant, comment vous réagissez à ça ?
Oh, je crois que si, en politique, il suffit d'avoir un seul mot à son vocabulaire pour réussir, alors S. Royal a tout pour réussir. Moi, je crois que ce grand pardon permanent est un peu fatigant. D'abord, je ne vois pas pourquoi, je ne vois pas comment on peut construire une politique sur du repentir permanent. Une politique se bâtit sur des propositions, elle se bâtit sur des réformes, elle se bâtit sur une volonté de changement, elle se bâtit sur un projet. Je ne comprends pas bien la stratégie de S. Royal aujourd'hui !
Il y a là, une forme de diplomatie parallèle d'une certaine manière, (inaud) disent certains.
Ecoutez, la diplomatie parallèle, là encore, elle se construit sur une force de proposition, sur une forme d'action, sur de nouveaux partenariats. Si Madame Royal proposait une politique de développement pour l'Afrique, si elle proposait une politique, des alliances stratégiques différentes. Si elle proposait une nouvelle politique de la francophonie ou que sais-je ? Ou une nouvelle politique universitaire ou de recherche en coopération avec l'Afrique par exemple. A ce moment là, ce serait audible, ce serait intéressant. Mais là, ce dont j'ai l'impression c'est qu'elle utilise ce mot "pardon", qui raisonne fort pour masquer le vide sidéral de sa pensée politique.
Puisque l'on parle du Parti socialiste maintenant, B. Hamon, ce matin, il était sur France Info ; il est revenu sur le dossier qu'il considère comme brûlant de l'adhésion de la Turquie à l'Europe, très critique, vous allez l'entendre envers le président de la République qui a dit clairement, qu'il était hostile à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne.
B. Hamon : Le Parti socialiste, lui, est favorable à l'adhésion de la Turquie, à condition qu'elle se soit mise en conformité avec le droit européen et qu'elle ait fait des gestes sur le génocide arménien et la reconnaissance des minorités. Mais soyez sérieux et rigoureux sur ce dossier, Monsieur le Président de la République, parce que, aujourd'hui, vous êtes en train de faire, encore, d'un dossier lourd comme celui-là, un dossier ou une manière en tout cas d'aller jouer sur on va dire la peur de l'autre - et ce n'est pas sain électoralement, puisque vous préparez l'adhésion de la Turquie à Bruxelles, assumez-le !
La peur de l'autre, cela s'appelle la xénophobie. Voilà ce dont B. Hamon accuse le président de la République, de jouer sur la xénophobie.
Je crois que l'on ne peut pas reprocher cela au président de la République, vous savez bien, vous connaissez l'histoire du président de la République. Le président de la République est un fils d'immigré en France, il croit profondément au rêve français, au projet français, à la Nation française comme une mosaïque.
Il croit à l'identité nationale aussi, il l'a dit pendant la campagne.
Oui, il croit à l'identité nationale, comme un creuset qui soude justement les personnes qui font le choix d'être français, qui sont français par adhésion. Donc je crois vraiment qu'on peut l'accuser de tout, sauf de xénophobie.
Sur le Parti socialiste, S. Royal et M. Aubry à Rezé, est-ce que vous êtes plutôt heureuse d'avoir une opposition soudée en face de vous, si c'est le cas ?
Oh, elle n'est soudée qu'en apparence ; tout ça c'est pour la photo.
C. Allègre est annoncé au Gouvernement : vous avez lu comme nous les journaux, peut-être en entendez-vous plus que nous. Il est annoncé, il s'annonce d'ailleurs un peu lui-même - c'est dans le Journal du Dimanche d'il y a dix jours. Un grand ministère de l'innovation, du commerce extérieur - et on rajoute entre parenthèses - et de la recherche. Mais c'est vous, la recherche, aujourd'hui, non ?
Ecoutez, le président de la République décide et ce qu'il décidera comme organisation gouvernementale sera bien.
Vous êtes prête à changer de poste, cela vous va très bien ?
Moi je suis dans une réforme qui est difficile, qui est cohérente avec l'idée de mettre les universités au coeur de notre système de recherche et d'enseignement supérieur - de leur donner l'autonomie. C'est une réforme compliquée. Depuis vingt-cinq ans tous mes prédécesseurs essayent de la faire, depuis vingt-cinq ans, nous nous heurtons à la difficulté de faire cette réforme.
Monsieur le président, laissez-moi en place, de grâce ?
En tout cas, moi ; je suis prête à continuer cette mission.
Est-ce que C. Allègre est une prise de guerre souhaitable ?
Je crois que l'ouverture est une très bonne chose. Parce que je crois que justement pour faire comprendre que ces réformes sont bonnes, rien de tel que de les faire dans un gouvernement d'union nationale.
B. Hortefeux, sur RTL ce matin, est revenu sur le travail du dimanche, on va l'écouter.
B. Hortefeux : C'est utile, parce que cela peut créer ou préserver des emplois, 5 à 10.000, selon certaines estimations. Vous avez par exemple des présidents ou des responsables de grands organismes, comme celui des Galeries Lafayette et de Monoprix qui annoncent que cela peut créer tout de suite 4 à 500 emplois. Si vous venez à Vichy, ce à quoi je vous encourage, naturellement, vous vous apercevez que théoriquement le dimanche, vous pouvez vous acheter des chaussures de sport, mais pas de chaussures de ville. Y a-t-il un Français qui pense que c'est une bonne idée ? Deuxième exemple, la capitale, vous n'êtes pas loin, les touristes japonais qui viennent à Paris descendent les Champs Elysées et ne peuvent pas pénétrer dans certains commerces, parce qu'ils n'ont pas d'autorisation, ou en tout cas qui sont en infraction s'ils ouvrent le dimanche. C'est le cas de Louis Vuitton, mais c'est le cas aussi de Nespresso. Y a-t-il un Français qui pense que c'est une bonne idée d'interdire aux touristes de venir dépenser leur argent chez nous ?
Il y a une pub au passage pour un certain nombre de marques citées par le ministre, vous êtes favorable à ça vous ? Parce qu'il y a dans la majorité un certain nombre de députés qui sont très hostiles ?
Je crois que sur l'ouverture des magasins le dimanche, on ne peut pas faire une règle uniforme. Je pense que les rythmes de vie, les conditions de vie, n'ont rien à voir, selon qu'on habite Angers, Vélizy, ou bien...
Vélizy c'est votre circonscription, votre ancienne circonscription ?
...Et je crois qu'il faut que l'on tienne compte à la fois des rythmes de vie, des conditions de vie, des temps de transport. Moi je pense qu'en Ile-de-France et notamment dans la grande couronne de l'Ile-de-France quand on a 90 minutes de transport par jour en moyenne et parfois jusqu'à 2 heures, on ne peut pas faire ses courses en semaine. Donc, on est obligé de se précipiter dans des hypermarchés bondés, le samedi, puisque ce n'est que le samedi que les centres commerciaux ont le droit d'ouvrir. Je crois que c'est, en terme de qualité de vie, une source de dégradation.
Donc, oui, il faut changer ça ?
Moi je pense que dans certaines régions, sous certaines conditions, l'ouverture des magasins le dimanche, si elle s'accompagne d'augmentations de salaire conséquentes, si elle est le fruit d'un volontariat des salariés, peut être une amélioration et pour ces salariés et pour la vie des habitants.
Grosse colère des producteurs de lait, vous le savez, c'est une journée nationale de protestation. Le président de la Commission européenne était sur France 2 ce matin. Ecoutez J.-M. Barroso.
J.-M. Barroso : Notre agriculture se porte très bien. C'est vrai que maintenant nous avons un problème spécifique pour le lait et d'ailleurs je suis en train de voir quelle réponse on pourra apporter à cette situation....
La politique agricole commune et l'Europe se portent bien ?
Je crois que l'Europe se porte beaucoup mieux depuis la présidence française et depuis que le président de la République lui a redonné son volontarisme politique. Parce que je crois qu'on a besoin d'une Europe qui agit, on a besoin d'une Europe qui protège. On a besoin d'une Europe qui nous protège des conflits, qui nous protège de la crise et on a besoin d'une Europe puissante avec une France puissante dedans et c'est ce que nous défendons pour cette campagne européenne, comme vous l'avez compris.
J'ai compris, vous avez trouvé des accents de tribune d'ailleurs en nous en parlant. Carla Bruni s'inquiète du sort Aung San Suu Kyi, c'est son rôle ou c'est une diplomatie annexe pour le coup ?
Eh bien, je suis stupéfaite que S. Royal, qui a tellement envie de faire de la diplomatie, ne soit pas, elle aussi, dans le soutien de Aung San Suu Kyi, c'est un sujet absolument majeur et moi, je me félicite que Carla Bruni ait pris sa plume pour défendre Aung San Suu Kyi qui, pour toutes les femmes du monde signifie quelque chose, porte quelque chose.
Merci d'avoir été notre invitée ce matin.
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 19 mai 2009