Interview de Mme Roselyne Bachelot, ministre de la santé et des sports, à LCI le 6 mai 2009, sur la vigilance face à l'épidémie de grippe A (H1N1), la prévention et la préparation aux risques sanitaires, et la réforme des hôpitaux.

Texte intégral


 
 
C. Barbier.- R. Bachelot bonjour. Bonne nouvelle : l'épidémie de grippe, dite AH1N1 est en phase de reflux !
 
Oui, effectivement elle est en phase de reflux, même si nous devons constater un cas avéré supplémentaire dans notre pays, un cinquième cas, je peux l'annoncer ce matin. L'annonce de ce cinquième cas fait que notre vigilance doit être encore pleine et entière. Mais les épidémiologistes nous disent que l'on peut, avec l'arrivée des bonnes et des douces températures voir un reflux de la grippe dans notre pays. Néanmoins, on peut aussi craindre, et ce serait aussi un autre scénario, qu'il y ait un assouplissement en quelque sorte du virus et une reflambée à nouveau à l'automne, ce qui justifie notre vigilance et de suivre les conseils de gestes barrières que j'ai lancés hier.
 
C'est du bon sens ces gestes : se laver les mains, jeter les mouchoirs à la poubelle, cela vaut pour toutes les infections, pour toutes les grippes.
 
Exactement ! C'est la raison pour laquelle la campagne, elle est évidemment une campagne générale, mais elle prend tout son sens avec l'épidémie de grippe. Donc se laver les mains plusieurs fois par jour, se moucher et tousser dans un mouchoir que l'on jette après. Et puis, on ne va pas aux urgences si on présente un symptôme grippal.
 
Alors d'ici l'automne et cet éventuel retour avec une forme très virulente du H1N1, qu'allez-vous faire ?
 
Nous sommes évidemment - ce sont les experts de l'OMS qui le disent- nous sommes l'un des pays les mieux préparés au monde, mais cela nous permettra évidemment de faire les campagnes d'information qui vont bien, de mobiliser les professionnels de santé, de vérifier l'ensemble du dispositif, des stocks...
 
Y compris les médecins de ville ?
 
Y compris les médecins de ville que j'ai réunis hier au ministère de la Santé pour que nous travaillions ensemble, pour leur expliquer les mécanismes de prise de décision, de la continuité des soins. Vérifier qu'ils ont bien leur kit de protection qui leur a été envoyé il y a deux ans et leur indiquer, ou, s'ils ont utilisé les masques, ils peuvent à nouveau se fournir en masques. Nous vérifierons également les stocks de masques, les stocks de produits antiviraux.
 
Le Canard Enchaîné explique ce matin qu'il y a beaucoup de Tamiflu périmé dans vos stocks ?
 
Oh, non très peu. Nous avons fait le bilan de tout cela et, bien entendu, les produits périmés seront changés et nous remettrons les stocks à niveau. Mais sur les plus de 30 millions de traitements antiviraux, il y a très, très peu de produits périmés, contrairement à ce qui est dit.
 
Recommandez-vous aux français, d'ici l'automne d'acheter du Tamiflu pour en avoir à la maison ?
 
Surtout pas, surtout pas, on n'achète pas de Tamiflu, c'est un produit qui n'est pas préventif. Je demande aux pharmaciens d'ailleurs de ne pas en délivrer puisque c'est un antiviral qui est délivré seulement sur ordonnance. Il y a des stocks pour traiter les Français, 33 millions de traitements. Donc, même si nous avions - ce qui n'est quand même pas une hypothèse très probable - même si nous avions une infection massive, une épidémie massive dans notre pays, nous avons assez de traitements valides pour traiter les Français.
 
Un cinquième cas donc, mais où ? Est-ce que c'est un cas très grave, est-ce qu'il y a de l'inquiétude pour le patient ?
 
Aucune inquiétude pour le patient qui est d'ores et déjà sorti de l'hôpital.
 
C'était un cas francilien ?
 
Voilà !
 
Est-ce qu'il faut, d'ici l'automne, confiner les élevages de porcs, contrôler les transports de cochons vivants sur le territoire, parce que c'est passé par le porc ?
 
Non, absolument pas, ce n'est pas du tout le cas, ce n'est pas du tout la situation dans notre pays. La contamination dans notre pays relève de cas qui ont été tous contaminés au Mexique. Il n'y a pas de contamination entre l'animal et l'homme dans notre pays.
 
Au total, que coûtera à la France cette première phase de la pandémie H1N1 depuis quinze jours maintenant ?
 
Oh, il est trop tôt, il est encore trop tôt pour le dire. Mais nous avons mobilisé pour la préparation, le traitement de cette épidémie de grippe, des forces considérables, qui sont les forces du ministère de la Santé, de l'ensemble des ministères. Nous allons reconstituer les stocks en fonction de l'utilisation des produits et de la péremption éventuelle d'une partie du stock. Nous ferons ce bilan dans quelques semaines.
 
Vous ne vous dites pas "on en a fait un peu beaucoup, j'ai un peu donné dans la psychose médiatique" ?
 
Vous savez moi je suis ministre de la Santé, je parle, je pars de l'avis des experts : l'Organisation mondiale de la Santé, le Haut comité, le Comité de sécurité sanitaire européen, l'avis des experts médicaux dans notre pays. Et à partir de ces avis, je fais ce qu'il y a à faire. Que ne m'aurait-on pas dit si je n'en avais pas fait assez ? Je veux préparer mon pays à tous les risques sanitaires et à celui-là en particulier. Il faut savoir, je le répète que demain, à l'automne, nous pouvons avoir à nouveau une flambée de grippe. Je veux que mon pays y soit prêt.
 
Cette nuit, tard cette nuit, votre loi sur la réforme des hôpitaux a terminé son parcours à la Commission des affaires sociales du Sénat - dans de mauvaises conditions de travail disent les sénateurs socialistes. Etes-vous prête à lever la procédure d'urgence pour la suite de l'examen, que l'on prenne le temps de travailler ?
 
Non, non, on prend le temps de travailler. On a terminé de travailler avec les sénateurs à 4 heures du matin cette nuit. On prend le temps de discussions approfondies. C'est vrai que je suis au Sénat, enfin, je présente le premier texte selon la nouvelle formule du règlement sénatorial, il y a des petits réglages, parce que les salles du Sénat ne sont pas adaptées aux nouvelles procédures. Mais le président, N. About, président de la Commission des Affaires sociales gère ça avec une très grande humanité. Et je crois que le président Larcher s'apprête à pousser un peu les murs pour que les sénateurs et les ministres puissent travailler dans des conditions, effectivement acceptables.
 
Sur le fond, êtes-vous prête à rééquilibrer les pouvoirs à l'hôpital dans votre loi, c'est-à-dire à ne pas mettre les médecins trop en dessous hiérarchiquement des directeurs ?
 
Oh, je crois que la question ne se pose pas comme ça. L'hôpital c'est un lieu de soins, ce n'est pas une entreprise et il faut qu'il y ait une véritable équipe à l'hôpital.
 
Mais qui commande ?
 
Il y a bien sûr un patron à l'hôpital et c'est tout à fait normal, ce n'est pas, parce qu'il y a un patron à l'hôpital que c'est une entreprise. Il y a un patron à l'hôpital et les médecins d'ailleurs ne contestent pas. Je travaille avec les médecins, je travaille avec ce qu'on appelle les présidents de conférence - les présidents de conférence de commissions médicales d'établissement, présidents des doyens - eux-mêmes veulent qu'il y ait un véritable patron de l'hôpital, mais ils veulent être écoutés. On leur donne les moyens d'être écoutés à travers un certain nombre de mesures techniques qui sont en négociations continues. Et je ne doute pas que nous arrivions à un consensus sur cette affaire.
 
Ne craigniez-vous pas que la manifestation du 14 mai mette un peu le feu à tout l'hôpital ? C'est-à-dire qu'au-delà des médecins, des mandarins, eh bien les infirmières, tous les personnels se mobilisent ?
 
Vous savez, C. Barbier, on vit dans une période très difficile. Il y a une crise, cela inquiète tous les français. L'hôpital est un milieu particulièrement réactif, il est lui-même en contact, même s'il n'est pas menacé par la crise, puisque l'emploi y est garanti, mais il est le réceptacle de la souffrance, de l'inquiétude des Français. Donc, je ne sais pas ce qui se passera le 14 mai ! Ce que je note pour l'instant, c'est que l'hôpital a été très tranquille, même le dernier grand mouvement, les personnels non médicaux étaient en grève à 10 % à Paris et à 2% en province. Cela a été un mouvement très localisé aux médecins parisiens, qui ont exprimé un certain nombre d'inquiétudes et je veux répondre à ces inquiétudes. C'est ainsi par exemple que j'ai levé, que j'ai retardé ce qu'on appelle la convergence tarifaire entre le public et le privé et c'est une annonce qui a beaucoup rassuré la communauté médicale.
 
Autre sujet d'inquiétude, Alli, la première pilule anti obésité en vente sans ordonnance. Elle démarre aujourd'hui dans les pharmacies, est-ce que cela demeure un produit dangereux selon vous ?
 
C'est un produit qui doit être utilisé avec précaution et d'ailleurs les Autorités sanitaires n'auraient pas autorisé sa vente sans ordonnance, sans un certain nombre de précautions. Et ce que je remarque, c'est que l'Ordre des pharmaciens, les organisations professionnelles de pharmaciens ont parfaitement répercuté ces précautions. Je veux redire, tout simplement, que si on cherche à perdre du poids, eh bien il y a une bonne façon, c'est évidemment de réduire sa ration alimentaire et de faire l'exercice, c'est beaucoup plus efficace que de prendre ce médicament.
 
Demandez-vous aux pharmaciens de vendre cette pilule à quelqu'un qui visiblement n'en a pas besoin ?
 
Absolument, c'est ça, le pharmacien c'est un homme ou une femme de santé publique. Il a le droit, c'est quelque chose qui ressort de sa profession, il a le droit et même le devoir de refuser une vente, si elle est contraire à la santé de la personne.
 
Vous les défendrez s'ils sont attaqués par le consommateur ?
 
Mais bien entendu, et d'ailleurs ils ont élaboré un questionnaire qui permet de voir si la personne peut recevoir ce médicament à moindre risque. Et en tout cas, il faut faire extrêmement attention, si on prend par ailleurs d'autres médicaments, parce qu'il peut y avoir une perturbation de l'absorption d'un médicament, qui lui, est absolument indispensable : une pilule contraceptive, un médicament pour l'hypertension par exemple.
 
En un mot, premier groupe de travail aujourd'hui sur les antennes de téléphonie mobile. Vous souhaitez qu'on abaisse leur seuil de puissance pour rassurer tout le monde ?
 
J'attends ce que vont dire les experts de façon contradictoire sur un sujet qui est très controversé. Moi, le principe de précaution, ce n'est pas un principe d'émotion, c'est un principe de raison.
 
R. Bachelot, merci et bonne journée !
 
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 14 mai 2009