Déclaration de Mme Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, sur la diversité culturelle à France Télévisions, Paris le 3 juin 2009.

Texte intégral


Madame la ministre, Chère Fadela,
Monsieur le Président de France Télévisions, Cher Patrick,
Monsieur le Président du Comité permanent de la diversité du Groupe
France Télévisions, Cher Hervé,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,
Je suis très heureuse d'être parmi vous aujourd'hui pour l'installation de ce comité permanent de la diversité du Groupe France Télévisions.
En matière de diversité, la télévision publique a une responsabilité particulière.
L'audiovisuel public est le média qu'une société se donne à elle-même pour s'informer, pour se divertir, pour se représenter.
Il est, par excellence, le média du lien, de la cohésion sociale.
La télévision de tous les Français ne peut se faire en laissant de côté une partie des Français.
Elle ne peut se faire en décalage avec la société qu'elle est censée refléter et à laquelle elle s'adresse, en décalage avec les valeurs qui lui sont chères.
Notre société est diverse et cette diversité doit se voir sur nos écrans.
Elle doit se lire dans nos journaux télévisés, elle doit imprégner nos fictions, elle doit être éclairée par nos documentaires.
Le débat, nourri, qui a eu lieu il y a quelques années sur la pâleur de nos écrans, y compris de nos écrans publics, a été le point de départ d'une vraie prise de conscience.
De réels efforts ont été faits, qui méritent d'être salués.
France Télévisions a véritablement montré la voie en matière de diversité.
Et cela avec un plan d'action intelligent, conçu sur la durée, de nature, j'en suis convaincue, à faire bouger les choses.
Je pense bien sûr au fameux « PAPI » - le plan d'action positive pour l'intégration. Il a été lancé en janvier 2004 avec deux objectifs :
- représenter davantage la diversité à l'écran, avec plus de présentateurs et de publics issus de l'immigration dans les émissions ; mais aussi la représenter mieux, dans le contenu-même des programmes ;
-mais la force, l'originalité et - je pense -, l'efficacité de ce plan réside dans son volet « ressources humaines », qui s'attaque au problème à la racine : France télévisions a ainsi développé des partenariats avec desécoles préparant aux métiers de l'audiovisuel, et intégré l'objectif de diversité dans sa politique de recrutement et de formation.
C'est seulement ainsi, par un travail en profondeur, à la fois sur la représentation immédiate et sur le long terme, que nous parviendrons à banaliser - car là est bien l'objectif - la diversité à l'écran.
Pour cela, le groupe France Télévisions ne se bat pas seul, bien entendu.
Il est aidé en cela par le Conseil supérieur de l'audiovisuel, qui vient d'ailleurs de mettre en place un « baromètre de la diversité ».
Il inscrit également son action dans le cadre d'un programme européen, le programme Equal, qui a pour mission de promouvoir, à l'échelle européenne, « une vie professionnelle plus inclusive ».
Et ses efforts peuvent s'appuyer sur de nombreux organismes et instances de lutte contre toutes les formes de discriminations, qui oeuvrent aussi dans le secteur audiovisuel.
J'en profite pour rendre hommage aux actions exemplaires menées par :
- la HALDE [Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité], présidée par Louis Schweitzer ;
- mais aussi par le Club du XXIe siècle, présidé par Hakim El Karoui, qui est d'ailleurs membre du Comité permanent que nous installons aujourd'hui.
Mais, si des progrès réels ont été accomplis, ils restent insuffisants.
Le bilan dressé par le CSA en novembre dernier sur la représentation de la diversité de la société française dans les médias nous montre le chemin qu'il reste à accomplir.
Vous savez que le Président de la République nous a demandé d'aller plus loin dans cette politique et de construire une « République réelle », qui accorde à chacun la place qu'il mérite.
Je tiens d'ailleurs à saluer la collaboration fructueuse qui est née avec le Plan Espoir Banlieues porté par ma collègue Fadela Amara, que je salue. Ensemble, nous avons notamment confirmé les missions de la Commission « Images de la diversité ». Depuis plus de deux ans, cette Commission accomplit un travail remarquable pour donner à nos écrans les couleurs de notre société.
Le Président de la République a par ailleurs confié à Yazid SABEG - que je salue également - la mission d'élaborer un programme d'action pour la diversité et l'égalité des chances.
Ce plan comporte un volet relatif aux médias, qui s'appuie sur un groupe de travail créé spécifiquement.
J'ai moi-même soutenu l'adoption de plusieurs mesures en faveur de la diversité sur nos écrans dans le cadre de la loi du 5 mars 2009 relative à la communication audiovisuelle et au nouveau service public de la télévision :
- les missions du Conseil supérieur de l'audiovisuel ont ainsi été renforcées ;
- nous avons demandé à la HALDE un bilan des actions engagées par les sociétés nationales de programme pour mieux refléter la diversité de la société française, en particulier dans le secteur des ressources humaines ;
- enfin, les nouvelles missions de France Télévisions en matière de lutte contre les discriminations ont été sanctuarisées dans son nouveau cahier des charges.
L'installation, aujourd'hui, du Comité permanent de la diversité du groupe France Télévisions vient donc renforcer ce nouvel élan porté au plus haut niveau de l'Etat.
Ses missions seront multiples. Il mettra notamment en place des indicateurs de suivi de la présence de la diversité au sein des programmes et du groupe France Télévisions. Il l'aidera également à identifier et développer les bonnes pratiques pour la promouvoir.
Ce travail, j'en suis certaine, permettra d'approfondir considérablement les actions déjà engagées.
Je me réjouis de cette initiative qui traduit, une nouvelle fois, l'exemplarité du service public de l'audiovisuel en matière de diversité.
Mesdames, Messieurs, l'éternelle question, dès que l'on met en place un dispositif de ce genre, est celle de la limite : jusqu'où faut-il aller pour favoriser les populations discriminées ? Jusqu'où l'« inégalité » provisoire de traitement peut-elle servir l'égalité au fondement de notre Constitution ?
Je crois personnellement que lorsque l'arrivée d'un présentateur de couleur aux manettes d'un 20h très populaire ne fera plus l'effet d'un Big Bang, lorsque la présence de « minorités visibles » sur nos petits et nos grands écrans ou sur les planches de nos théâtres, sera aussi banale que celle d'une femme aux commandes d'une grande entreprise du CAC 40, lorsque nous ne le remarquerons même plus, alors, nous pourrons considérer que nous aurons accompli une bonne partie du chemin !
Je suis convaincue que toutes les volontés sont là. Et surtout qu'elles répondent à une attente bien réelle au sein même de notre société, à une vraie envie, un vrai besoin, de la part des Français.
En témoignent plusieurs succès éclatants, portés, je m'en réjouis, par le service public : je pense à la série Plus belle la vie, qui décrit un quartier populaire de Marseille en pleine mutation sociologique ; je pense également au téléfilm Aïcha, de Yamina Benguigui, qui raconte l'envie d'émancipation d'une jeune Française aux racines algériennes dans le quartier des Fauvettes : 5 millions de téléspectateurs devant l'écran !
Les mentalités évoluent sans doute plus vite que ce que l'on ne croit. A nous de nous donner tous les moyens pour que notre télévision publique en soit à la fois le reflet et le moteur. C'est sa vocation.
Source http://www.culture.gouv.fr, le 4 juin 2009