Interview de Patrick Devedjian, ministre chargé de la mise en oeuvre du plan de relance, à La Chaîne Info LCI le 4 septembre 2009, sur la mise en oeuvre de la taxe carbone et sur la situation économique.

Texte intégral

C. Barbier.- Réunion d'arbitrage à l'Elysée aujourd'hui, sur la taxe carbone. La décision de F. Fillon de taxer à 14 euros la tonne de CO² est donc remise en question. Le Premier ministre est-il désavoué ?
 
Je ne crois pas, et puis vous savez, les Verts ne sont pas porte-parole du Premier ministre, ni de l'Elysée. Donc, je...
 
L'Elysée aurait dit "rien n'est décidé, 14 euros, non, pas forcément".
 
On va en discuter, on va en débattre. Bien sûr, le Président veut procéder à des consultations, il a raison.
 
Quand le Premier, dans une interview au Figaro Magazine dit : "c'est décidé, c'est 14 euros", ça ne pèse pas ?
 
Si, ça pèse, justement.
 
Vous étiez avec le Président dans l'Orne hier, justement. A-t-il arrêté le montant de cette taxe, est-il déterminé, est-ce que le processus de compensation dans sa tête est fixé ?
 
Le montant n'est pas arrêté, d'abord parce que c'est compliqué, il faut bien y réfléchir. Ensuite, il est déterminé effectivement à instituer cette taxe carbone. Je sais qu'il y a des débats là-dessus, mais il faut bien voir quand même que notre système fiscal est un système fiscal qui est assez inopérant en regard des performances économiques. Souvent il est antiéconomique ; la taxe professionnelle, par exemple, est un exemple d'instrument qui provoque du chômage d'une certaine manière.
 
Vous voulez échanger ?
 
Non, je ne veux pas échanger, mais simplement, la pression fiscale doit demeurer constante, et ça, c'est vraiment le projet du Gouvernement, c'est-à-dire, qu'il n'y aura pas d'augmentation de la pression fiscale, mais simplement une réorganisation de la fiscalité.
 
66 % des Français, selon TNS-Sofres, ne veulent pas de la taxe carbone !
 
Oui.
 
...Ils considèrent que ça ne sera pas efficace et ils voient ça comme un impôt nouveau !
 
Oui, mais d'abord parce que la pédagogie n'a pas été faite, et donc il faut la faire, bien sûr. Ça demande un débat, des explications, et aussi, sans doute, une amélioration. Changer de système fiscal ce n'est jamais facile, parce qu'on s'habitue. Finalement, le plus mauvais système fiscal dans l'opinion, c'est toujours le plus nouveau. Mais c'est indispensable pour avoir une économie plus performante. Je prends un exemple, simplement : nous, nous imposons des normes environnementales, elles pèsent évidemment sur le coût de notre production économique ; d'autres pays s'en dispensent, et ils nous exportent leurs produits avec donc un avantage. Eh bien avec la taxe carbone, on va pouvoir leur dire : non, mais attendez, vous allez payer en mesure des précautions environnementales que vous ne prenez pas.
 
C'est-à-dire, qu'il faudra aux frontières taxer les produits...
 
Moi je pense que, effectivement, la taxe carbone a pour objet de pénaliser le pollueur, et donc, si un pays étranger produit en ne prenant pas les précautions élémentaires au regard de l'environnement, il doit en supporter la conséquence économique.
 
La reprise de la croissance ne sera-t-elle pas brisée, freinée par cette taxe carbone ?
 
Je ne le crois pas, au contraire. Le but c'est de la dynamiser et pas du tout de la pénaliser.
 
Puisqu'elle sera compensée, pourquoi ne pas aller tout de suite à 32 euros, c'est-à-dire ce que souhaite Rocard...
 
Eh bien, voilà. Il y a un débat là-dessus... Je pense...
 
Vous seriez pour, vous, qu'on aille plutôt vers le haut que...
 
Je pense que le... Vous savez, l'ajustement d'un impôt, d'abord c'est variable avec la conjoncture, ce n'est pas l'essentiel. L'essentiel, c'est l'articulation de cet impôt, c'est comment on l'organise. Et ça, ça demande encore du travail.
 
Souhaitez-vous que J.-F. Copé discipline le groupe UMP à l'Assemblée quand ce texte, très délicat à monter, viendra devant les députés ?
 
Il le fera, je ne suis pas inquiet. Mais en même temps, c'est naturel qu'il y ait un débat à l'intérieur de la majorité, il y en a un à l'intérieur de l'opposition, et Dieu sait s'il est vif. Mais c'est vrai que notre devoir c'est d'être plus modernes que l'opposition.
 
La France a connu une légère croissance au deuxième trimestre avec des plans sociaux qu'on a vus défiler pendant l'été. Est-ce qu'on va replonger en récession dès le troisième trimestre ?
 
Je suis, au ministère de la Relance, pas pour agir pas pour faire des pronostics. Simplement, ce que je constate c'est que ça va beaucoup mieux que ça n'a été. Je prends un exemple, simplement, puisque vous parlez du chômage : au mois de janvier, l'augmentation du chômage était de 90.000 par mois, c'est un record absolu ; aujourd'hui, l'augmentation du chômage est de 10.000. Bon, c'est trop, mais entre 90.000 et 10.000 il y a une grosse différence.
 
Et pourtant, vous nous dites : on va encore souffrir pendant environ une année. Jusqu'où va monter le chômage : 3 millions, 3,5 millions ?
 
Bien sûr on n'est pas sortis de la crise. Le mois dernier il a baissé le chômage...
 
Il a remonté un tout petit peu...
 
...il a remonté un tout petit peu, et cette tendance d'ailleurs elle n'était pas isolée, puisque c'était exactement la même chose en Allemagne, notre principal partenaire économique. La consommation, c'est aussi quelque chose qui est positif en France comme en Allemagne depuis plusieurs mois. La croissance ce dernier mois est en légère augmentation, en Allemagne aussi. Donc, tout ça ce sont quand même de bons signes qui montrent que la politique qui a été conduite et initiée par le président de la République donne des résultats.
 
Diriez-vous encore que votre tâche sera achevée dans le courant de l'année 2010, comme vous l'aviez susurré ?
 
Le programme qui m'a été posé et la loi qui a été votée, prévoient que le plan de relance il est sur deux ans : 2009 et 2010. Cela dit, j'ai déjà investi plus de 18 milliards dans les circuits de l'économie, et ça a contribué bien sûr à la soutenir. En même temps, nous allons dans les six derniers mois de cette année - donc ça a déjà commencé - investir 54 milliards avec les collectivités locales, et donc c'est un puissant soutient à l'économie. L'année prochaine ça devrait produire des effets.
 
L'année prochaine, il y aura également le grand emprunt. Etes-vous favorable à son étalement sur plusieurs années ?
 
Oui, d'abord parce que c'est l'idée d'A. Juppé et je pense qu'il n'a pas tort. D'abord, parce que ça sera plus facile sur le marché. Si d'un seul coup, vous pompez tout l'argent sur le marché, vous en privez d'autres acteurs économiques qui peuvent besoin de recourir au marché, et puis vous faites monter les taux d'intérêt. Donc, A. Juppé a raison. Et puis, peut-être, on n'a pas non plus besoin de mobiliser tout de suite, d'un coup, l'entière somme définie.
 
Universités d'été de l'UMP ce week-end, l'arrivée des "Chasseurs" et des "Villiéristes" dans le cercle de la majorité, ça signifie un durcissement à droite de l'UMP ?
 
Pas du tout, ça signifie un élargissement de la majorité présidentielle à tous les courants.
 
Vers la droite ?
 
Je ne comprends pas. Quand c'est vers la gauche, personne n'y trouve à redire. Quand c'est vers la droite...
 
Parfois vous, un peu.
 
Non, ce que je souhaite, moi, c'est que les "Sarkozystes" soient le pilier central de la majorité présidentielle, c'est le cas.
 
Zéro cumul des mandats, promettent les socialistes. La droite doit-elle suivre ce terrain, et notamment régions-ministres ?
 
C'est vrai qu'une région c'est prenant, ça demande beaucoup de travail. Cela dit, c'est un discours récurrent l'histoire du cumul des mandats. Je veux dire une chose, si on veut vraiment régler la question du cumul des mandats dans notre pays, qui est parfois une spécificité, il faut régler le problème de la décentralisation. C'est l'absence de décentralisation qui a conduit historiquement dans notre pays à cumuler les mandats. Regardez le nombre d'industries, d'entreprises, de moyens de transport qui ont été établis en province grâce à des ministres issus du terroir local.
 Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 7 septembre 2009