Déclaration de Mme Martine Aubry, première secrétaire du PS, sur la stratégie de reconquête de son parti en vue de la victoire en 2012, Paris le 7 octobre 2009.

Texte intégral


Aujourd'hui, c'est la journée mondiale pour le travail décent. Elle revêt une force et un sens particuliers cette année dans notre pays. Les Français ont suivi avec effroi les 24 suicides de France Télécom, symboles ô combien terribles de salariés stressés, inquiets pour leur avenir et méprisés. Nous savons que beaucoup de Français vivent quotidiennement de mêmes conditions de travail, en silence mais dans la souffrance. Ces suicides sont le signe d'un système de plus en plus incontrôlé, qui marche sur la tête et conduit à des dégâts économiques et à la violence sociale.
Seuls le CAC 40, les bonus et les hautes rémunérations ont redémarré alors même que l'économie réelle ne bouge pas. On réduit les dépenses de l'éducation nationale et de la santé alors que les enfants ont de plus en plus de difficultés et que la demande de soins est majeure. On pense court terme alors qu'on devrait préparer l'avenir. C'est tout le système qu'il faut changer.
Parler de sortie de crise et même de reprise comme l'a fait le Président de la République est indécent. La croissance n'est toujours pas au rendez-vous, ce n'est pas un trimestre de hausse, dans un océan de nuages noirs et d'incertitudes qui fait le printemps économique. Le pouvoir d'achat des salariés, comme des retraités, stagne. Les licenciements se poursuivent et le chômage augmente, avec la précarité et les inquiétudes qui l'accompagnent. Comment ne pas penser aussi en cet automne aux 650 000 jeunes qui rejoignent le marché du travail, avec très peu de chances de pouvoir s'y insérer et construire leur vie ?
Cette situation sociale s'accompagne d'une situation financière calamiteuse, avec une dette explosive qui inquiète chacun des Français comme tous les observateurs. Les déficits, tant budgétaires que de la sécurité sociale sont abyssaux, de même que notre déficit commercial.
Et pourtant, face à cette situation, le Président de la République est fidèle à lui-même : il persiste et signe. Les annonces de cette rentrée sont toutes frappées du même sceau : l'inefficacité économique et l'injustice sociale. Le budget en est un exemple symbolique, puisque les deux seules nouvelles dépenses actives concernent le cadeau de 12 milliards d'euros aux entreprises par la suppression de la taxe professionnelle et des 2,5 milliards d'euros aux restaurateurs par la baisse de la TVA. Aucune mesure pour relancer le pouvoir d'achat ou l'emploi, alors même que des solutions existent ; nous avons fait de nombreuses propositions en la matière. Bien au contraire, les régressions se poursuivent : la taxe carbone injustement compensée et le scandaleux projet de fiscalisation des indemnités d'accidents du travail, en passant par la hausse du forfait hospitalier dans la loi de financement de la sécurité sociale.
Aujourd'hui, pour Nicolas SARKOZY, c'est la mi-mandat, mais pour la France, c'est le plein échec.
Nous aurons l'occasion d'y revenir dans les jours qui viennent. Mais aujourd'hui, c'est d'un autre parcours dont je veux vous parler : celui des socialistes.
Face à cette situation de crise profonde et d'échec du pouvoir, la responsabilité du parti socialiste est immense. Il doit tout à la fois combattre ce qui lui paraît injuste et nuisible pour notre pays et proposer des réponses à court terme. Il doit surtout préparer le projet de l'alternative avec toute la gauche.
Oui, le Parti Socialiste est aujourd'hui à mi-chemin entre une victoire ou une défaite en 2012.
J'ai depuis longtemps la conviction que notre Parti ne peut être crédible sans une profonde rénovation.
Notre parti donne une image de renfermement sur lui-même, de sclérose et d'éclatement. C'est injuste pour nos élus et militants qui se battent quotidiennement pour défendre nos convictions et qui agissent ; mais c'est une réalité qu'il faut regarder en face.
Cette conviction s'est amplifiée encore depuis que j'exerce les fonctions de Première secrétaire. Les Français attendent un parti socialiste à nouveau ouvert, audacieux et novateur en matière démocratique, capable de capter les évolutions de toute la société pour apporter des propositions justes.
C'était l'enjeu du vote des militants socialistes du 1er octobre.
Et, il restera un avant et un après le 1er octobre 2009. Après ce vote, la rénovation est maintenant irrémédiable. Ce référendum interne conduit à une transformation majeure du parti socialiste, sans doute la plus importante depuis Epinay. Les militants se sont saisis de la rénovation et ont choisi de poursuivre l'élan de la Rochelle. Le visage du parti socialiste ne sera plus le même.
Les militants ont dit OUI largement au non-cumul des mandats, permettant ainsi un renouvellement des responsables, mais aussi un engagement encore plus fort de nos élus vis-à-vis ce ceux qui leur ont fait confiance. Nous appliquerons cette règle sans attendre une hypothétique loi. Je suis convaincue que les autres partis devront nous emboîter le pas. Regardez ces Ministres qui renoncent déjà à être tête de liste aux Régionales de peur qu'on leur demande d'appliquer le non-cumul !
Les militants ont dit OUI au choix de notre candidat à la présidentielle par des primaires ouvertes. Ils partageront désormais avec les Français qui le souhaitent un droit qui leur était réservé. C'est un beau message d'ouverture et de confiance vis-à-vis des Français.
Ils ont aussi décidé que notre parti doit ressembler à la France : la parité pour toutes les élections et dans toutes nos instances. Des candidats qui ressemblent aussi à la France, au regard de leur culture ou de leur âge. Pour cela, les militants ont dit OUI à la diversité et au renouvellement générationnel.
Enfin, les militants ont plébiscité l'élaboration d'une charte éthique et la création d'un comité chargé de la mettre en oeuvre. Nous avons déjà engagé le travail en refondant une liste des militants au niveau national qui ne puisse être contestée, et en fixant des règles pour sa mise à jour. Robert Badinter a accepté de conduire le travail sur la charte éthique, la définition des missions et la composition du comité.
Nous allons dès demain mettre en musique les décisions des militants en engageant le processus de réécriture de nos statuts. Une commission va être créée, associant toutes les sensibilités de notre Parti autour d'Arnaud Montebourg. Ce travail aboutira en juin 2010 lors d'une convention qui verra les militants se prononcer à nouveau sur les modalités d'application.
Oui, la rénovation est nécessaire ; c'est pourquoi j'ai voulu cette consultation militante. Mais elle ne suffit pas en soi. Notre organisation est au service de notre projet. C'est pourquoi je me suis attelée avec la direction à d'autres tâches.
Reprenons quelques instants le fil des derniers mois.
Après le Congrès de Reims, je m'étais fixée deux objectifs de nature très différente :
- Le premier, apaiser le parti. Le vote des motions au congrès s'est traduit par une très grande dispersion ; celui pour le poste de premier secrétaire par une grande division, avec le risque d'un parti coupé en deux. Dès le départ, j'ai pris toutes les initiatives possibles pour dépasser ce moment difficile, et je crois avoir pris fortement ma part pour rendre les relations avec Ségolène Royal simples et naturelles. Je l'ai déjà dit, nous sommes très différentes mais nous sommes d'abord socialistes. Ce rapprochement a permis de faire entrer dans la direction certains des amis de Ségolène, et de travailler ensemble dans la plus grande transparence. Cela s'est encore vu récemment lors du vote unanime sur le questionnaire aux militants. C'est cela aussi qui a permis que les militants s'emparent avec force de la rénovation.
- Le second objectif était bien sûr l'essentiel pour le parti socialiste : le remettre sur les rails et le replacer comme le premier parti d'opposition de nature à porter avec la gauche l'alternative en 2012.
Plusieurs chantiers étaient nécessaires. Ils sont aujourd'hui tous lancés et constituent notre feuille de route.
? La rénovation, je viens d'en parler.
? Un parti d'opposition à la politique du gouvernement qui fait entendre sa voix et ses propositions. C'est tout le travail qui a été mené avec la direction, par nos groupes parlementaires et nos élus : notre combat pour la Poste ou contre le budget et nos propositions de loi pour réformer le système financier et pour encadrer les hautes rémunérations, ou pour interdire les crédits revolving en sont les derniers exemples.
? Un parti qui s'oppose et propose, et prépare aussi l'alternance : c'est tout l'objet de l'élaboration de notre projet. Nous l'avons engagée. J'ai appelé à une véritable offensive de civilisation car je suis convaincue qu'il ne suffira pas à la gauche d'avoir 4 ou 5 propositions phare aussi fortes soient-elles, pour être porteuse d'une espérance nouvelle, d'une alternative crédible à la politique de la droite.
Nous avons entamé un tour de France pour débattre avec les Français de la société dans laquelle nous voulons vivre, de la France que nous aimons, et des valeurs qu'elle porte en son sein comme en dehors de ses frontières. Ce travail sur les valeurs, nous le menons avec les français ; ils sont très nombreux à participer à ces réunions publiques du tour de France ; les réformes concrètes, nous les proposerons avec l'ensemble des intellectuels, syndicalistes et acteurs engagés dans la société.
? Nous avons défini une ligne politique sur les alliances. Nous nous sommes rapprochés de la gauche : le rassemblement à gauche d'abord, l'ouverture possible aux humanistes et aux démocrates ensuite à condition qu'elle s'accompagne de clarté et de transparence. La première étape est en marche, avec nos partenaires de gauche, pour construire sans hégémonie ce que j'ai appelé une « maison commune ». Nous partageons avec eux la volonté de commencer par travailler sur le fond et sur le projet. Les initiatives prises ensemble vont dans ce sens, et notamment la votation citoyenne sur la poste qui est un formidable succès comme la réunion commune sur l'emploi que nous organisons le 17 octobre où l'ensemble de nos partenaires de gauche seront présents.
? Par ailleurs, nous avons repris toute notre place dans les instances internationales que nous avions délaissées, que ce soit au sein du PSE ou à l'Internationale Socialiste.
Avec le vote du 1er octobre, se clôt une première phase.
Le parti socialiste a aujourd'hui à nouveau un cap et les moyens d'engager jusqu'au bout la profonde refondation de ses idées et de ses pratiques.
Il a un combat essentiel à mener dans les mois qui viennent, celui des régionales. Il ne s'agit pas seulement de garder des régions, mais de continuer à développer nos territoires et à protéger les Français. Le combat pour les régionales doit tous nous réunir, comme celui contre la réforme territoriale et fiscale de Nicolas Sarkozy. Loin de constituer une nouvelle étape de la décentralisation et une modernisation de nos institutions, il s'agit d'une vaste opération politicienne visant à récupérer les collectivités locales pour la droite, tournant le dos à l'avenir, à l'autonomie et à la démocratie locale.
Alors je veux aujourd'hui lancer une nouvelle étape, celle de la reconquête.
Nous avons beaucoup de travail à faire pour y parvenir. Mais je connais notre volonté, et j'ai confiance en nos capacités : nous avons beaucoup d'atouts pour réussir.
Nous avons mis en place les fondations et les murs. Il nous manquait le ciment. Le ciment c'est notre unité.
Les Français ne supportent plus nos querelles internes ; ils ont l'impression qu'elles prennent le dessus sur l'essentiel. Ils ont raison !
Comment faire entendre aux Français la portée de notre travail collectif si nos voix sont couvertes en permanence par des comportements ambigus, parfois même hostiles et des petites phrases distillées par certains ?
Comment réussir aussi sans l'engagement de tous les grands leaders de notre Parti qui portent la compétence, l'expérience et dont la voix compte pour les Français ?
Je veux être la Première Secrétaire d'un parti où les talents se rassemblent. Nous ne gagnerons pas sans le nécessaire rassemblement de tous les socialistes.
Nous avons beaucoup progressé depuis le Congrès de Reims, mais il nous faut le rassemblement jusqu'au bout. Le rassemblement dans les actes et pas seulement dans les paroles.
Des plus anciens qui ont tenu des fonctions et ont conduit notre parti vers des succès ; des « quadras » comme on les appelle, dont la jeunesse va de pair avec l'impatience à faire bouger les choses ; des jeunes car un parti n'existe pas quand il ne prépare pas la relève.
Nous avons une feuille de route majeure à remplir, la rénovation du Parti à mener à bien, le rassemblement de la gauche à accomplir, notre projet à écrire, le combat contre la réforme territoriale et fiscale, et puis l'union de tous, un pack des socialistes pour les régionales.
Le Parti Socialiste a besoin de toutes ses forces dans le parti, dedans et maintenant.
C'est la raison pour laquelle j'ai proposé à tous les grands leaders de notre Parti de rejoindre les instances de direction, ou pour ceux qui y sont déjà, de s'y impliquer plus fortement, et même lorsque cela est possible de prendre une part au travail politique.
J'ai rencontré Bertrand DELANOE et Laurent FABIUS qui m'ont donné leur accord pour rejoindre le Bureau National. Je les remercie. Le PS a besoin de leur crédibilité, de leur force politique et de leur engagement.
Vincent PEILLON et François HOLLANDE qui font déjà partie du Bureau National, ont accepté de s'impliquer fortement et de s'engager dans notre combat pour les régionales.
Je proposerai à Ségolène ROYAL de rentrer, si elle le souhaite, dans la même démarche.
Nous discuterons dans les heures qui viennent du travail politique particulier qu'ils pourraient prendre en charge.
Aujourd'hui, nous faisons le choix du rassemblement des socialistes dès 2009.
Aujourd'hui, nous faisons le choix de la réussite pour 2012.
Aujourd'hui, est venu le temps de la reconquête.
Pour les Français.
Je vous remercie.
Source http://www.parti-socialiste.fr, le 8 octobre 2009