Déclaration de Mme Martine Aubry, première secrétaire du PS, sur la situation de la jeunesse en France et sur le rôle du mouvement des jeunes socialistes, Grenoble le 22 novembre 2009.

Texte intégral

«Je voudrais vous dire le plaisir qui est le mien, d'être ici avec vous, pour le 9e Congrès du Mouvement des Jeunes Socialistes. Nous avons besoin de vous alors que le moment est lourd et inquiétant. La droite mène une bataille idéologique. Un drôle de climat s'installe dans notre pays.
* Une génération précaire
Les jeunes auraient pu nous aider à sortir de la crise. C'est le pari que nous avions fait en arrivant aux responsabilités en 1997, alors que le pays était endetté. La réalité de notre pays est actuellement toute autre. Les générations qui arrivent à l'âge adulte, depuis le milieu des années 1990, entrent dans la vie active bien plus tardivement et bien plus difficilement que leurs parents. Ce problème n'est pas celui des jeunes. C'est le problème de la société française. Nous avons l'impression que les jeunes sont victimes d'un bizutage permanent, un bizutage social. Quand ils ont la chance d'entrer dans une entreprise, en général, c'est pour y effectuer un stage. Le stage est logique lorsqu'on fait des études, mais une fois diplômé, il ne doit plus être autorisé. Il faut faire en sorte que les stages soient rémunérés, car il n'est pas acceptable d'utiliser les jeunes, leurs compétences, leur sens de l'innovation, pour ne pas les rémunérer. C'est pourtant le cas aujourd'hui.
23,9% des jeunes actifs sont au chômage. C'est un niveau record. Un jeune qui entre aujourd'hui sur le marché du travail doit attendre de huit à onze ans pour obtenir son premier CDI. L'âge moyen d'accès à l'emploi stable est de 28 ans. Mais qu'ont donc fait les jeunes en France pour qu'il faille attendre huit ans pour utiliser leurs compétences ? Voilà ce qu'il faut changer. Il ne s'agit pas de proposer un CPE, ou je ne sais quel dispositif spécial, mais il faut proposer un vrai statut pour les jeunes.
La première pierre de ce statut est l'allocation d'autonomie, comme vous la proposez au MJS. Cela permettra à tous les jeunes d'avoir les moyens de vivre en se formant, en faisant eux-mêmes leur choix de vie librement. Je porte le combat pour l'allocation d'autonomie depuis longtemps parce que je sais l'injustice du système actuel :l'État consacre plus d'argent en exonérations fiscales aux familles les plus riches ayant un enfant à charge (1,7 milliards d'euros par an) qu'en aides directes aux étudiants (1,3 milliards d'euros). C'est un scandale auquel il faut mettre fin. Si nous l'emportons en 2012, nous créerons cette allocation d'autonomie. Ce sera l'un de nos tous premiers chantiers.
En attendant, et parce qu'il y a une crise violente pour tous mais en particulier pour les jeunes, nous demandons d'agir vite sur la question du logement. Je fais trois propositions simples mais urgentes : généralisons le cautionnement solidaire, pour supprimer les barrières d'accès au logement qui touchent les jeunes. Faisons-le dans nos collectivités ! Supprimons le mois de carence des aides au logement qui alourdit péniblement les dépenses d'entrée dans l'appartement, particulièrement pour les étudiants lors de la rentrée en septembre. Enfin, donnons le même montant d'aides aux jeunes qui sont en colocation. Avec le cautionnement solidaire obligatoire, les différences liées à la famille et aux ressources des parents sont gommées. Faisons cela aujourd'hui avant de mettre en place l'allocation autonomie.
* S'ouvrir aux autres
Je voudrais terminer en vous disant :«On a besoin de vous ». Pas seulement du MJS, mais des jeunes en général. Nous avons besoin des jeunes pour changer ce climat atroce qui s'est installé dans notre pays. Je ne pardonnerai jamais à Nicolas Sarkozy d'avoir lié, par l'intermédiaire d'Éric Besson, le débat sur l'identité nationale à celui de l'immigration.
Les jeunes, par définition, aiment la différence. Par définition, ils sont ouverts aux autres, ils aiment découvrir ce qui leur est étranger. Les jeunes ne sont pas refermés sur eux-mêmes. Aujourd'hui, le projet de Nicolas Sarkozy est de refermer la France sur elle-même. Il faut être fier de son identité, quelles que soient nos origines.
La gauche a trop souvent suivi la droite sur ce sujet, aujourd'hui, il faut arrêter de nous perdre. Il faut être fier de nos valeurs comme nous sommes fiers de l'identité de notre pays. Dans le Tour de France que j'effectue en ce moment, à Nancy, à Grenoble, à La Seyne-sur-mer ou à Rennes, partout, je rencontre des Français qui me disent, « Nous avons envie de retrouver la France des droits de l'homme, celle qui nous rendait fiers de notre pays et que nous avons perdue avec Nicolas Sarkozy ». Nicolas Sarkozy fait honte à la France en mêlant identité nationale et immigration, les Français ne le suivront pas sur ce terrain. Les Français ont compris que ces milliers de sans-papiers, qui sont aujourd'hui exploités dans des entreprises, doivent être régularisés. Les Français ont compris, notamment grâce à RESF, que l'enfant sans-papiers a la même part d'humanité que leur fils ou leur fille dont il partage le même banc d'école. Ils veulent qu'ils restent en France. Les Français ont compris cela, alors que le président, lui, n'a toujours pas compris.
Le Parti socialiste débattra dans les jours qui viennent. Mais je vous fais part ici de ma conviction. Je ne vais pas rentrer dans le détail,mais je veux profiter de cette journée pour lancer un appel à une régularisation large des sans-papiers qui veulent s'intégrer dans notre pays. Cette régularisation sera fondée sur des critères simples et objectifs, en commençant par régler la situation des travailleurs sans papiers.
Nous proposerons une autre politique d'immigration qui tourne le dos à la rhétorique dégradante de « l'immigration choisie ou subie ». Nous voulons construire un partenariat équitable et respectueux entre le pays d'accueil et le pays d'émigration. Je n'ose même pas citer Éric Besson qui, hier, parlait des « mariages gris », il ne manquait plus que cela pour que la honte ne l'atteigne définitivement. Nous voulons que l'on puisse aimer qui l'on veut, que l'on soit black, blanc, beur, ou homosexuel. Car on a le droit d'aimer qui l'on veut. Nous sommes d'ailleurs favorables au mariage et à l'adoption pour les homosexuels.
Voilà quelques pistes que nous pourrons compléter et bâtir ensemble. Le Parti socialiste a besoin d'un Mouvement des Jeunes Socialistes vivant et qui soit à l'image des jeunes de la société française. L'avenir du MJS est entre vos mains. Et à l'image des générations précédentes qui ont assumé leur part de travail, c'est à la vôtre aujourd'hui d'écrire votre page d'histoire. Bon travail et longue vie au MJS ! »
source http://www.parti-socialiste.fr, le 26 novembre 2009