Déclaration de M. Hubert Falco, secrétaire d'Etat à la Défense et aux anciens combattants, en hommage aux soldats alliés morts lors du débarquement de Normandie en juin 1944, à Ver-sur-mer le 6 juin 2010.

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Circonstance : Cérémonies commémoratives nationales du 66e anniversaire du débarquement allié en Normandie, à Ver-sur-mer (Calvados) le 6 juin 2010

Texte intégral

Il est des lieux qui marquent durablement la mémoire d'un peuple.
Un pays tout entier vient s'y recueillir.
Cesse alors la querelle des jours. La vaine futilité, l'agitation du monde n'ont plus cours.
Seul, face à lui-même et à son passé, c'est son histoire toute entière, sa raison d'être et son destin, qu'il vient méditer.
Seul, il accomplit l'un des plus anciens gestes humains, celui que les fils vont faire à la tombe de leur père : honorer la mémoire des morts.
Courage, volonté, sacrifice : ce qui n'était jusqu'alors que des mots s'incarne en une réalité quasi-tangible.
Leur sens prend un jour nouveau.
C'est qu'on n'honore jamais le souvenir des héros, sans repartir l'âme chargée d'exemples et de modèles. Sans repartir non plus avec une lancinante question : aurais-je été, dans de pareilles circonstances, à la hauteur de ces hommes-là ?
La mémoire ne nous enferme jamais dans le passé : elle nous pose des questions, des questions essentielles. Elle s'adresse à nous. Elle s'adresse à l'avenir.
Il n'est pas de nation au monde qui puisse espérer pour elle-même s'inventer un futur ni même exister aujourd'hui, sans qu'elle ne réponde aux rendez-vous que lui donne sa propre histoire.
Aujourd'hui, à Ver-sur-Mer, la France vient rendre hommage à ses libérateurs.
Elle vient s'incliner devant ceux qui ont bravé tous les dangers, ne craignant ni pour eux-mêmes ni pour leur vie, épuisant jusqu'à leurs dernières forces, combattant jusqu'à leur dernier souffle.
Ils ont traversé des mers et des océans. Ils ont tout quitté. Ils ont tout donné. Ils ont offert leurs plus belles années, l'âge de leurs vingt ans.
Et ce qu'ils ont fait, le 6 juin 1944, à 7 h 35, restera comme l'un des moments les plus héroïques de l'histoire de France : le 30e Corps d'Armée britannique du général Brucknell a écrit ici l'un des plus grands exploits de la Seconde Guerre mondiale.
25 000 hommes débarquèrent sous les ordres du général Dempsey.
Ils menèrent une offensive spectaculaire, repoussant les contre-attaques de l'ennemi et libérant bientôt ce morceau de plage, premier pas vers la libération de la France et la reconquête de l'Europe.
Ici, à Ver-sur-Mer, 413 soldats britanniques sont tombés sous le feu ennemi.
413 : morts les armes à la main, morts loin de ceux qui les aimaient, emportant avec eux leurs rêves et leurs espoirs, et nous offrant le plus précieux don qu'un homme puisse faire à un autre dans sa vie : la liberté...
Aujourd'hui, la France s'incline avec un sentiment infini de respect et de gratitude devant la mémoire de ces soldats.
La République rend hommage à tous les vétérans britanniques du 30e Corps d'Armée qui se sont illustrés ici. A travers eux, nous rendons hommage aux trois millions de soldats alliés qui ont débarqué en Normandie.
Ils étaient principalement américains, britanniques et canadiens, mais aussi français libres, polonais, belges, tchécoslovaques, néerlandais et norvégiens. Nous savons tout ce que nous leur devons.
Gold Beach reste, dans notre histoire nationale, comme le lieu où recommence le pays de la liberté. Le lieu des plus grands sacrifices, mais le lieu de la reconquête et de l'espoir.
Le lieu des plus grands combats, mais le lieu du bonheur bientôt retrouvé.
Comme les plages d'Utah, d'Omaha, de Juno et de Sword, Gold Beach n'appartient pas à notre seule histoire nationale.
Son nom reste un symbole pour tous les Alliés.
C'est une mémoire commune qui réunit ici la France, les Etats-Unis, le Canada et la Grande Bretagne.
Des liens que rien ne peut défaire se sont noués ici entre nos peuples.
Et s'il peut arriver un jour ou l'autre que les liens se distendent, un seul retour ici, sur ces plages du Débarquement, appellera chacun de nous à l'essentiel.
La liberté, la dignité humaine, le refus de la barbarie : voilà l'essentiel. Voilà pourquoi des hommes ont combattu et sont tombés ici. Voilà pourquoi nous leur devons notre respect et notre reconnaissance.
Il est des lieux où un pays vient honorer sa propre histoire et se retrouver lui-même.
Il est aussi des lieux, chargés d'une histoire et d'une émotion si intense, qu'ils excèdent la mémoire d'un seul pays et embrassent toute la mémoire humaine.
Gold Beach est de ces lieux-là.
Source http://www.defense.gouv.fr, le 8 juin 2010