Interview de Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'Etat au commerce extérieur, à "La Tribune" le 9 juillet 2010, sur les enjeux économiques pour la France en Asie centrale.

Texte intégral

Q - Vous avez effectué la semaine dernière une visite officielle en Asie centrale, au Turkménistan, en Ouzbékistan et au Kazakhstan. Quels sont les enjeux pour la France dans cette région ?
R - Il y a évidemment des enjeux de sécurité énergétique : un litre d'essence sur dix consommé en France provient du Kazakhstan. Le Turkménistan, producteur majeur de gaz naturel, cherche à diversifier ses clients, et la France, elle, a intérêt à diversifier ses fournisseurs. Mais nous pouvons aller bien au-delà. Ces pays, qui connaissent une forte croissance économique, cherchent à établir de nouvelles relations - autres que celles, anciennes, avec la Russie, la Chine et l'Allemagne. Le président Nicolas Sarkozy a non seulement rapidement compris l'intérêt de renforcer nos liens, qui restaient assez faibles avec ces pays, mais surtout, la nécessité d'avoir une approche plus moderne, en les considérant comme des partenaires à part égale, ce qui passe par des transferts de technologie. La relation doit être "gagnant gagnant".
Q - En parts de marché, la France accuse un retard sur des pays comme l'Allemagne, l'Italie et la Grande-Bretagne, sans compter la Russie et la Chine. Comment le combler ?
R - Ce n'est pas un hasard si Nicolas Sarkozy a souhaité établir avec le Kazakhstan un "partenariat stratégique". Ce pays, qui a un fort besoin de biens d'équipements, est politiquement très centralisé. Aussi la qualité de la relation politique au plus haut niveau joue un rôle essentiel. C'était mon troisième déplacement au Kazakhstan. Ces rencontres viennent scander les intervalles entre les visites respectives des présidents des deux pays. Le Premier ministre François Fillon s'est lui aussi rendu récemment au Kazaksthan. Mais le partenariat politique seul ne suffit pas, il faut également comprendre les besoins spécifiques de ces pays en termes d'investissement, d'exploitation, de commerce et leurs demances en matière de transferts de technologies et de partage de l'emploi. Aujourd'hui, nos entreprises connaissent une remarquable croissance, grâce à la fois à la force de la relation politique et à nos secteurs d'excellence : dans le gaz et le pétrole avec Total, dans la construction avec Bouygues. Nos entreprises sont très appréciées pour l'aéronautique, le spatial, le ferroviaire, la construction ou encore l'environnement. Des secteurs qui correspondent précisément au stade de développement du Kazakhstan et des autres pays de la région. Mais l'enjeu est aussi de favoriser la venue de nos PME, car en se diversifiant, les économies de la région vont créer de nouveaux besoins et donc de nouveaux marchés.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 juillet 2010